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Chronique normande du XIVe siècle

Art. 14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication.

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution.

Le nom de l'éditeur sera placé à la tête de chaque volume.

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d'être publié.

Le Commissaire responsable soussigné déclare que l'édition de la Chronique norm.lxde du xiV" siècle , préparée par MM. Auguste et Emile Molixier, lui a paru digne d'être publiée par la Socie'té de l'Histoire de France.

Fait à Paris, le Z\ janvier 1882.

Signé L. DELISLE.

Certifié, Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, .1. DESNOYERS.

INTRODUCTION

La Chronique normande du xiv^ siècle, publiée dans le présent volume, n'est ni complètement inconnue, ni entièrement inédite. Plusieurs érudits l'ont déjà citée comme renfermant nombre de détails curieux et de dates précises touchant l'histoire des trente premières années de la guerre de Cent ans. Le premier à notre connaissance, Paulin Paris en publia quelques très courts fragments dans le tome VI de son édition des Grandes Chroniques, paru en 1838 *. M. L. Delisle l'utilisa plus tard dans l'Histoire du château et des sires de Saint- Sauveur-le-Vicomte (1867), et en fit le premier ressortir l'intérêt 2. Tout récemment, M. S. Luce a mis le même ouvrage à profit dans les notes de son édition de Froissart et dans son Histoire de du Guesclin (1876). Enfin, M. Hellot, auteur d'un Essai historique sur les Martel de Basqueville, paru en 1879, cite souvent l'un

1. Pages 37, 45, 110, M7-118, 135, 139, 141, 148, 150, 221,236, 239, 326.

2. M. Delisle a publié d'assez longs passages de la Chronique normande dans l'ouvrage que nous venons de citer; voir notamment pp. 132-133, 135-13G, 136-137,138-139, 141-142, ai Preuves, 89-94 et 142-145.

]j INTRODUCTION.

des deux manuscrits qui nous ont conservé cette chronique.

Nous ignorons absolument le nom de son auteur et nous confessons dès maintenant que tous nos efforts pour résoudre ce petit problème d'histoire littéraire sont restés infructueux. La chose est d'autant plus regrettable que nous connaissons peu d' œuvres plus impersonnelles que cette composition historique. Non seulement l'auteur ne s'y met jamais en scène, ne marque jamais expressément les événements dans lesquels il a joué un rôle ou qui se sont passés sous ses yeux, mais encore il pousse la modestie ou la prudence si loin que tout ce que nous allons dire de sa naissance , de sa condition sociale et de sa vie sera un peu hypothétique. Hâtonsnous toutefois d'ajouter qu'une analyse exacte et minutieuse de son ouvrage nous a permis de déterminer avec un certain degré de certitude la province dont il était originaire, le milieu où il vécut, l'époque à laquelle il écrivit son ouvrage.

Voici une première remarque que nous suggère la lecture de la chronique : l'auteur n'en appartenait sûrement ni au clergé séculier, ni au clergé régulier ; le soin même avec lequel il évite de se mettre en scène, la monotonie et la faiblesse du style, l'absence de toute réflexion pieuse , de toute citation de la Bible, tout cela réuni forme une première preuve ; ajoutons qu'il ne s'intéresse à aucune abbaye , à aucune église particulière, que tous les événements qu'il rapporte sont de l'ordre purement civil. Il cite une foule d'obscurs chevaliers français et anglais ; les papes au contraire ne sont que rarement mentionnés par lui et toujours à propos de leurs efforts pour rétablir la paix entre les rois de France et d'Angleterre.

Notre auteur n'était donc ni clerc, ni moine ; ce devait être soit un homme de guerre , un petit capitaine au service

INTRODUCTION. iij

de la France , soit ce que nous appellerions aujourd'hui un officier d'administration, un agent chargé de la solde et de la subsistance des troupes. A vrai dire, la première de ces deux hypothèses nous paraît très acceptable; la noblesse française au xiv'^ siècle, même la petite noblesse, était en général assez instruite pour qu'on puisse sans invraisemblance attribuer à l'un de ses membres une œuvre aussi rustique, d'une forme aussi peu soignée que notre chronique. On sait qu'un des héros favoris de notre auteur, Geoffroi de Charni , a laissé quelques pièces de vers , et qu'Eustache Deschamps remplit pendant de longues années des fonctions administratives.

Nous croyons en outre que l'auteur de la Chronique normande était de race noble; non pas qu'il appartînt à la haute aristocratie; les termes dans lesquels il parle de la Jacquerie, ses reproches aux seigneurs lorsqu'il raconte la répression de ce soulèvement*, la sympathie qu'il montre pour les héroïques paysans de Longueil-Sainte-Marie et leur brave chef, Guillaume l'Aloue ^, tout cela prouve que s'il était noble, il n'était pas de haute noblesse. On peut encore noter son dédain pour les routiers noyés ou pendus par Guillaume du Merle, lesquels n'ar oient point titre de seigneur^, le mépris avec lequel il parle de Robert de Lorris, sire d'Ermenonville, qui, pour sauver sa vie menacée par les partisans de Marcel, 7^enia gentillesse'^. Tous ces traits réunis nous décident à le croire de race noble. Ajoutons que si sympathique qu'il soit aux paysans de Longueil-Sainte- Marie, il n'a nullement pour eux l'enthousiasme de .Jean de

iv INTRODUCTION.

Venette , et que jamais il ne flétrit les cruautés des nobles avec l'énergie de ce chroniqueur plébéien.

Notre auteur était donc un noble , un petit chevalier, un cadet de famille au service du roi de France , chez qui son dur métier n'avait pas étouffé tout sentiment de pitié pour les populations foulées par les gens d'armes. Ce n'est pas qu'il montre aucune aversion pour la guerre ; on reconnaît au contraire qu'il a toujours vécu dans les camps et qu'il a toujours eu le goût de cette existence. Il ne se permet point des descriptions pittoresques comme celles de Froissart ; il lui faudrait pour cela une habitude d'écrire, de composer qui lui manque; mais, malgré la pauvreté de son style, il sait témoigner son approbation , exprimer un blâme. Les gens d'armes réunis à Cocherel sous la bannière du captai de Buch sont la flew des gens de guerre de France et d'Angleterre*; telle affaire très vaillament fut combatue^; il parle souvent de belles besongnes, de bonnes besongnes combatues moult durement^. Il sait reconnaître les qualités d'un capitaine ; Amauri de Meulan et le sire de Vienne sont de si petit gouvernetnent^, que les Navarrais, bien moins nombreux que les Français , mettent ceux-ci en déroute ; il ne juge pas moins sévèrement le connétable Moreaude Fiennes, dont la.petite emprinse permet à Philippe de Navarre de s'échapper 5. Pour le successeur de Moreau, au contraire, jiourdu Guescliu, il n'a que des éloges et il nous montre alors que, s'il sait blâmer, il sait également louer; il vante ses prouesses en Normandie et en Bretagne, son adresse

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dans les tournois, son courage dans les batailles, la rapidité de ses marches et de ses mouvements ^ Tous ces détails prouvent un homme du métier et nous croyons qu'une lecture attentive de la Chronique normande fera admettre par tous notre conclusion : à savoir qu'elle est l'œuvre d'un capitaine noble au service des Valois.

S'il est assez difficile de déterminer la condition sociale de notre chroniqueur, il l'est beaucoup moins de marquer la province dont il était originaire ; le titre même que nous avons donné à son ouvrage prouve que nous le croyons normand. Notre opinion pourrait paraître assez mal fondée à qui ne lirait que les trente premières pages de notre édition ; dans cette première partie en effet, il n'est question que des affaires de Flandre, etlaNormandien'yestpas nomméeune seule fois; mais nous verrons bientôt que notre auteur a emprunté cette portion de son récit à des sources plus anciennes, et que son œuvre ne devient originale qu'à l'avènement de Philippe VI, en 1328. Qu'on parcoure la Chronique à partir de ce dernier endroit, et on remarquera bientôt que l'auteur a visité plus d'une fois le pays normand et ses principales villes, notamment Caen et Rouen , qu'il connaît assez bien la topographie de la province pour indiquer exactement la situation d'une foule de petits villages^. S'il parle des ravages commis par les grandes Compagnies, il a en vue ceux dont son pays de prédilection a eu à souffrir; quand il arrive à l'exécution du traité de Bretigny, il ne s'occupe guère que de la Normandie 3. Il nomme de préférence des nobles normands, Houdetot, Martel, Bertrand, La Ferté, etc.^ En

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