‹ Chronique normande du XIVe siècleChapitre 14 sur 315 · P. 198, note · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. xlj

La Chronique normande, ainsi abrégée et remaniée, a eu au xiv^ siècle une vogue qu'on peut trouver peu méritée ; non seulement nous possédons de cette seconde rédaction un grand nombre de copies manuscrites, mais encore elle est entrée dans plusieurs compilations postérieures. D'après ce qu'en dit David Aubert, l'un des copistes attitrés du duc de Bourgogne, Philippe le Bon ', elle était regardée à la cour de ce prmce comme donnant le récit pour ainsi dire officiel des premières guerres anglo-françaises. Le résultat immédiat de cette vogue extraordinaire a été de faire oublier la chronique originale ; de celle-ci nous n'avons que deux manuscrits incorrects, tandis que les bibliothèques de Paris et de Bruxelles possèdent des copies nom-

1. Dans la préface du ms. de l'Arsenal 6328, que voici : « Cy commence ung petit prologue sur certaines anciennes croniques, etc. — Pour ce que les fais des anciens sont de très grande louenge et recommandation dont la mémoire en demeure vive et en si très grant clareté qu'elle ne puet estaindre, ains sera perpetuele et miroir à tous ceulx quy vendront après eulx,ja soient long temps a leurs corps trespassez de ce monde, et au plaisir de Dieu leurs âmes logies en son saint paradis, qui de ceste prérogative les reguerdonne, doit on voulentiers lire, ouir et très diligamment retenir, car ilz pevent moult valoir et donner bon exemple aux nobles de cœur et hardis en armes. Par le commandement et ordonnance de très hault, très excellent et très puissant prince et mon très redoubté seigneur Phelippe, par la grâce de Dieu duc de Bourgoingne, de Lothriik, de Brabant et de Lembourg, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne, palatin de Haynnau, de Hollande, de Zeellande et de Namur, marquis du Saint Empire, seigneur de Frise, de Salins et de Malines, ces Croniques de France, d'Angleterre, de Flandres et d'aultres contrées, commençans l'an de Nostre Seigneur Jhesu Grist mil deux cens quatre vings et seze et fenissans l'an mil trois cens soixante dix, ont esté mises au net par David Aubert, clerc, l'an de grâce mil quatre cens cinquante nœuf, en la fourme et manière que cy après s'ensieut. »

xlij INTRODUCTION.

breuses et parfois excellentes de son remaniement. Sans être très méritée, cette faveur s'explique sans peine ; pour les Flamands, et c'était à leur intention que l'abrégé de notre chronique avait été rédigé, la lutte séculaire entre la France et l'Angleterre n'était pas l'événement le plus important du xiv^ siècle ; les démêlés entre la Flandre et les rois Capétiens et Valois leur paraissaient naturellement plus intéressants. Au lieu de faire commencer les guerres qui signalèrent cette triste époque à l'hommage d'Edouard III à Amiens, en 1329, ou aux premières hostilités, en 1337, ils remontaient à l'année 1294, date des premières querelles entre Gui de Dampierre et son suzerain Philippe le Bel, date également du premier traité d'alliance entre les comtes de Flandre et les rois anglais. Les ducs de la maison de Valois se trouvaient dans la même situation que les derniers comtes indépendants, et la couleur effacée de la chronique, respectueuse pour les rois de France, sans pourtant être hostile aux prétentions des comtes flamands, convenait parfaitement à leur politique.

Nous ignorons le nom de l'auteur du remaniement de la Chronique normande, aussi bien que celui de l'auteur du texte original. On l'a quelquefois attribué * à Jean le Tartier, prieur de Cantimpré, ami de Froissart, qui, dit-on, passa auprès de lui ses dernières années. Ce Jean le Tartier était un esprit cultivé; M. Dinaux^, qui ne cite d'ailleurs aucune autorité à l'appui de son dire, lui attribue des poésies, des lais, des ballades, et une généalogie des rois de

1. Voir V Inventaire des manuscrits français de la Bibliothèque nationale, de M. L. Delisle, I, p. 105, ei Bulletins de la commission d^histoire de Belgique, II, 2, pp. 10, 11, 12.

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