‹ Chronique normande du XIVe siècleChapitre 262 sur 315 · Crèvecœur, Nord, arr. de Douai · texte numérisé non relu

Crèvecœur, Nord, arr. de Douai

7. Le roi de Navarre resta prisonnier jusqu'au 8 novembre 1357, Jour où Jean de Picquigny le délivra, à l'aide de fausses lettres, suivant Froissart et notre chronique, de vive force et avec le secours des bourgeois d'Amiens, suivant les Grandes Chroniques (VI, 63) ; cette dernière version est la plus vraisemblable : au mois de septembre 1359 , un certain Andry Regelet obtint des lettres de rémission dans lesquelles il est dit que deux sergents du comté d'Artois lui ordonnèrent de la part de Jean de Picquigny d'aider à conduire plusieurs charrettes, qui menaient des échelles au château d'.\rleu\ pour « l'eschieler » (Arch. nat., JJ 90, n" 500; cité par Secousse, Mémoires pour servir à l'histoire de Charles le Mauvais, p. 148).

Philippe (le Navarre s'allie aux Anglais' et, accompagné du duc de Lancastre^, il traverse la Normandie et arrive jusque sous les murs de Paris^; ils voulaient secourir Évreux, qui s'était déjà rendu. Le roi Jean marche contre eux. Lancastre et Philippe de Navarre se replient sur leurs forteresses de Bretagne et de Normandie et garnissent Breteuil '*. Le roi Jean les poursuit jusque près de Laigle^, mais les ennemis décampent. Le roi Jean prend Breteuil après un long siège^. Vers le môme temps, le prince de Galles part de Gascogne et vient jusqu'auprès d'Orléans en traversant la Saintonge, la Touraine et la Sologne" (Pages 109-111) , , . ,-. „

1. Godefroi d'Harcourt et Pliilij)p(; de, Navarre eiivoyèrtMil en Angleterre, dès avant le 12 mai, Jean de Moibecque et Guillautne Carbonncl, solliciter l'appui d'Edouard III (Ryiiier, III, i, 328 et 329), mais ils commencèrent les liostililés avant d'avoir reçu la réponse du roi d'Angleterre (Delisle, Hi&t. de S.-Sauveur, p. 85).

2. Les opérations du duc de Lancastre et de Godefroi d'Harcourt commencèrent le 22 juin (Robert d'Avesbury, IJist. Edwardi III, p. 2'i7). — Sur cette campagne, voyez Delisle, Hlst. du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 8G et suiv.

3. Les Anglo-Navarrais ne dépassèrent pas Verneuil (Eure, arrondissement d'Évreux) , qu'ils atteignirent le 4 juillet 1356 el qu'ils quittèrent le 8, après l'avoir pillé (Robert d'Avesbury, Hist. Edwardi III,

4. Le duc de Lancastre était à Breteuil le 4 juillet, d'oii il marc.lia hur Verneuil (Ibid., pp. 248-249).

5. Le roi de France était à Tubœuf (Orne, arr. de Mortagne, cant. de Laigle), quand les Anglo-Navarrais passèrent à Laigle le 9 juillet [Ibid., p. 249-250); mais le duc de Lancastre n'eut garde de s'arrêter et continua sa retraite sur Argentan.

G. Le siège de Breteuil commença au mois de juillet (Froissart, IV, Lxx, n. 2), après que Jean II eut laissé échapper le duc de Lancastre. Cette ville tomba au pouvoir des Français entre le 12 et le 19 août [Ibid.).

7. D'après la chronique du moine de Malmesbury (citée par M. Luce, Froissart, V, n, n. 2), l'armée du prince de Galles se mit en marche dans la i)remière semaine d'août 1356; le 9, le prince était à Brantôme (Dordogne, arr. de Périgueux). D'autre part, comme l'a fait remarquer M. Luce (Froissart, V, n, n. 2), nous savons par une lettre adressée par le prince de Galles à l'évêque de Worcester (Froissart, éd. Buchon, I, 354), qu'il se mit en marche le 6 juillet; il faut donc admettre qu'il aura fait un séjour assez long dans une des villes où il passa d'abord et que su campagne ne commença vérilabicinent qu'en août.

Amauri de Meulant^, capitaine pour le roi Jean en Basse- Normandie, ravage le Cotentin. Il est défait et pris au gué de Saint-Clément^ par Pierre de Saquenville, Guillaume de Braquemont et autres chevaliers normands, alliés de Philippe de Navarre (Page H 2).

Le roi Jean marche contre le prince de Galles qui vient de prendre Romorantiri, défendu par Boucicaut^. Le prince bat en retraite, poursuivi par les Français jusqu'auprès de Poitiers. Les Anglais battent le comte de Joigny entre Ghauvigny et Poitiers*. Le roi Jean atteint le prince, près de Poitiers, au lieu dit Maupertuis. Le prince avait avec lui les comtes de Warwick et de Suffblk, le Despensier, le baron de Stafford, les sires de la Waire, de Vallus, de Monbrin, d'Albret, de Pomiers, de Lesparre et de Caumont, le captai de Buch, Eustache d'Auberchicourt, etc. Ses forces montaient à 8000 combattants, dont 3000 hommes d'armes et 5000 archers. Quand les deux armées se trouvent en présence,

1. Amauri de Meulant, chevalier, sire de Neubourg, s'intitulait dès le 20 mai 1356 « lieutenant du duc es parties de Normeudie » (Bibl. nat., fr. 25764, n° 86) ; le 14 juillet, le dauphin le nomma « son lieutenant et capitaine es parties et bailliages de Caen et de Costentin » (Delisle, Hist. du cht'iteau et des sires de Saint-Sauieur-le-Vico/nte, p. 90, note), mais il prenait ce titre dès le 3 juillet 1356 (Bibl. nat., ms fr. 25764, n"' 115-116).

2. .\u gué de Saint-Clément (Calvados, arr. de Bayeux, cant. d'Osmanville) ou à Rupalay, cant. d'Isigny, près de l'embouchure de la Vire, suivant le ms. fr. 5610 et ])lusieurs autres (Delisle, ibid., p. 91, et Preuves, p. 93).

3. D'après le moins de Malmesbury, Romorantin se rendit le 3 septembre et le prince de Galles y séjourna le 4; le sire de Craon et Boucicatit y furent faits prisonniers (Robert d'Avesbury, Hisi. Edwardi III, p. 255: Grandes Chroniques, VI, 31). — Pour l'itinéraire 'le Jean II, voyez les notes de Froissart, éd. Luce, 'V, pp. iv-v. Le 8 septembre 1356, il était à Meung-sur-Loire (Loiret, arr. d'Orléans; Arch. nat., JJ 84, n" 598), le 13 à Loches {Ordonnances, III, 84-85); le 15 il assiégeait Ghauvigny (Vienne , arr. de Monlmorillon) et avait par conséquent dépassé l'armée anglaise, qui s'arrêta à Châtellerault du 14 au 16 septembre {Chronique de Malmesbury, Froissart, V, ii, u. 2).

4. Le roi de France ayant, comme nous venons de le voir, trop précipité sa marche, les Anglais en reprenant le chemin de Poitiers, le 17 septembre, rencontrèrent, près de Chauvigny, l'arrière-garde française et la culbutèrent; le comte de Joigny fut pris dans cette affaire {Grandes Chroniques, VI, 31). Le prince de Galles se dirigea ensuite vers Mauperluis, à deux lieues sud-est de Poitiers.

le cardinal de Périgord, légat du pape , demande au roi Jean une trêve de la part du prince. Celui-ci offre de rendre les places conquises par lui en France depuis trois ans, de payer 100,000 florins et de rester en otage jusqu'à exécution du traité. Le roi Jean refuse et exige que le prince et ses troupes se rendent à merci; le prince de Galles se résout au combat^ (Pages 11'2-113).

Principaux seigneurs qui accompagnent le roi Jean : ses quatre fils, le duc d'Orléans, son frère, le duc de Bourbon et son frère Jacques, Jean d'Artois, comte d'Eu, et son frère Charles, fils de Robert d'Artois, délivrés de prison par le roi Jean peu après son avènement, le duc d'Athènes, les comtes d'Étampes, de Dammartin , de Ventadour, de Vaudemont, de Vendôme, Henri de Bar, le sire de Pons, Jean de Landas, Geoffroi de Charni, porteoriflamme de France, les maréchaux Jean de Clermont et Arnoul d'Audrehem, le comte de Sarrebriick (Page 114).

Dispositions militaires des Anglais. Le roi Jean a 12,000 hommes d'armes , mais peu d'archers et d'arbalétriers. Il met la première bataille sous les ordres des maréchaux qui attaquent sans attendre celle du roi. Ils sont défaits; le maréchal de Clermont est tué et Arnoul d'Audrehem fait prisonnier. Le corps du duc de Normandie attaque ensuite; mais les Anglais marchent à sa rencontre et les Français se débandent. La bataille du duc d'Orléans quitte le champ de bataille. Les Anglais s'arrêtent pour attendre l'ost du roi. Déroute des Français. Le roi Jean et son fils Philippe sont faits prisonniers, ainsi que Jacques de Bourbon, Jean et Charles d'Artois, le comte de Dammartin, Henri de Bar, Henri de Sarrebriick, etc. Parmi les morts sont le duc de Bourbon, le duc d'Athènes, Geoffroi de Charni, le sire de Landas, le sire de Pons, Guichard de Beaujeu, Jean de Ghàteauvillain, Mouton de Chambly. Les ducs de Normandie, d'xAnjou et de Touraine^ avaient quitté le champ de bataille. Petit nombre des morts. Cette bataille eut lieu en l'an 1356» (Pages 114-115).

Le roi Jean, son fils Philippe et les autres prisonniers sont menés à Bordeaux. Charles, duc de Normandie, régent du royaume,

i. Sur ces négocialions du cardinal de Périgord, voyez Froissart, V, 23-27. La version do Froissart est conforme à celle de notre chroniqueur.

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