‹ Chronique religieuse de la ville de Vienne DauphinéChapitre 12 sur 12 · ÉGLISE ET ABBAYE DE SAIKT ANDRÉ LE HAUT · texte numérisé non relu

ÉGLISE ET ABBAYE DE SAIKT ANDRÉ LE HAUT

Le monastère et Téglise de Saiot-Ândré-le- Haut eurent aussi pour premiers fondateurs le duc Ancemond et la duchesse Ânsleubane, ainsi que le prouve une charte adressée par eux à leur iW^jRémile, sous le vocable d'Eugmie; charte dans laquelle nous lisons :

« Nous donnons le palais que nous possédons , « non loin du lieu appelé de Mars , ainsi que tout «t ce qui nous appartient par droit d'héritage, «r soit au-dedans , soit au-dehors de la ville » et « enfin tout ce qui nous y revient, d'après les « lois » afin que voua établissiez là un monastère « de saintes femmes qui vivront sous la règle « instituée par saint Léonien , pour le monastère 9 de notre ville dont notre sœur Eubonne est

« abbesse. Nourrie dans l'institulioa de ceile-ci , « voos n'hésUeres pas à voaer, comme nons , ce u même mooaslère à la mère église de Vieiuie» « el à signer les actes rédigés poor que , par h « suiie, elle devienne noire héritière. A cet effet, « nous vous subsliiuons tout notre avoir » à Texa ceplion de ce que nous avons déjà légué par « testament à la mère église et â Saint-Pierre, « ei de ce que nous réservons à nos héritiers. « Nous vous concédons tout le reste pour que <f vous remplissiez notre vœu , et que , plus par* « faite » vous méritiez de plaire à Dieu.

a Moi , Servilius , par ordre de Monseignear a Ancemond et de Madame Aosleubane , ai écrit <r et certifié la présente donation , Tan 9 du règne a de Monseigneur Clotaire. j>

Cette date correspond à l'an 543. Chorier dit que Rémiie-Eugénie fut religieuse dans le monastère qu'elle fonda. Il est présnmable qu'elle en a été la première abbesse.

Le Cbamp-de-Mars occopait le terrain sttoé entre Eumédium (Pipet) et Quirîacum (Saime- Blandinejt oo sont maintenant le cimetière actuel , les jardins et les bâtiments qui dépendaient des Dames de Saînt-André-le-Haut, et une partie des jardins et des bâtiments du collège. S1I y

avait du douie k cet é|[ard , cette cliarte seule suffirait pour en faire tx)Daattre exactement la position. Le temple dédié à Mars ei è la Victoire « édifice colossal , fut construit en ce lieu sur les débris d'un autre temple érigé par les Gaulois en rhonneur du dieu Hésus, qui avait chez eux les mêmes atiributs que Mars et la Victoire chez les Romains. Des fiamines ou prêtres sacrificateurs , issus de familles patriciennes, desservaient les autels de ces divinités; leur sacer<)oce était à vie ; mais ils pouvaient en être pi ivés, s'ils venaient à déméri^ier* Cbarvet dit qu'en 1753 les Dames de Tabbaye faisant réparer le mur qui séparait leurs vignes du jardin» les ouvriers trouvèrent uae pierre carrée, dure et polie, où cette ins- <*ription était gravj^e en gros caractère : MAKTl £&CONT£SSIUS OEDIL; et enfin des colonnes brisées» des bases, des fragments d'architraves, de' frises , jie cornicbes , la moitié du pied de ia statue gigantesque de Mars , la jambe avec une partie de la cuisse» etc. Ce mur de clôture avait été construit dans le VI** siècle. On fit de nouvelles explorations dans s^ fondations» en 1827» et on y découvrit encore des morceaux de sculpture mutilés» aussi beaux que ceux dont parle Cbarvet. L'édifice auquel appartenaient ces ricbes. débris

devatl éire magnifique ; et si la loi d'Honorius eût

soiifTcrl quelques exceptions . n'auraienl-elles pas été en sa faveur , plutôt que pour le préteodu temple si mesquin d* Auguste et de Livie? Noos soumettons cette question à la sagacité de nos lectenrs.

D*aprës ce qui précède » il est impossible de ne pas être convaincu qne le temple de Mars et de la Victoire occupait précisément la place du cimetière actuel ; court espace qui » par ses destina* lions diverses, nous rappelle tout à la fois les ères de gloire du paganisme , la ferveur austère du christianisme , le peu de durée des œuvres humaines et la brièveté de la plus longue vie. Là se trouvent réunis , comme une poétique évocation , pour former un saisissant tableau d en-

semble , les travaux cyclopéens des dominateurs

du monde, ceux non moins remarquables du moyen âge » de la renaissance et même de la période actuelle; et. pendant qu'ils nous présentent les ruines des arts noircies par le temps, peutêtre foulons-nous sous nos pieds , mêlée à la . poussière > la cendre des génies qui créèrent ces merveilles. SI vous ne craignez pas les réflexions extrêmement tristes, allez au cimetière, et, vous dirigeant à droite, tournez, vos regards vers la

vieiUe abbaye ; admirez ie rond-poioi de Téglise, Doble débris de ce sombre monumeui^ soutenu par uQ arc-boulaat qui s^appoie sur une anlique muraille, reste majestueux de la force et de la grandeur romaine. Un Père de l'église dit que rien ne réveille Tâme comme la pensée de la mort, et que ce sentimeni lui donne des secousses qui retentissent Jusque dans Téternité. Nulle part plus qu'ici, elle ue peut être profondément émue !

D'après la charte précitée du duc Anceuiond , nous sommes porté à croire que le monastère qui suivait la règle de saint Léonien devait être celui de sainte Blandine ; car » en 543 , c'était la seule communauté de femmes existant k Vienne. Selon I opinion fondée sur l'expression de la lettre des martyrs de Vienne et de Lyon « sainte Blandine était veuve; et celte maison fut spécialement destinée aux veuves. Le duc Ancemond la gratifia de biens considérables parce que sa sœur Eubonue eu était abbesse. £lle jouissait d'une grande réputation de régularité et de piété sous le pontificat de suint Cadéolde. Nops ignorons la cause et la date de sa réunion avec Tabbaye de Saint-André-le- Haut. Cbarvet croit que ses bâtiments , situés sur l'ancien mont Quiriœum auquel elle a donné son

nom aciuel , menaçaient ruine. Chorier dit « an

contraire , que les religieuses y furent remplacées par des moines. Il ciie. comme preuve de ce qu'il avance, l'épitaphe de Dodon , oh Von voyait qu^ll donna, pour l eatreiien du service divin et des frères qui y étaient établis, des vignes qu'il possédait au territoire nommé Tausieu , in Tausiaco. C'est dans une recluserie ou cellule Isolée , construite sur le mont Sainte-Blandine, que saint Theudère acheva sa vie dans des exercices dignes des solitaires de la Thébaïde. Un autre prêtre non moins vénérable, saint Clair i abbé de Saint- Marcel, reçut la sépulture devant le grand aulel de l'église de ce monastère » qui était sous le vocable de saint Laurent. Quelques siècles plus tard » les restes mortels de cet illustre cénobite furent transportés à Saint-Pierre. La chapelle de Sainte-Bfaindine subsista jusqu'en 1562 ; mais, le 11 juin, de Bernins» gouverneur de Vienne, pour des Adrets, donna ordre 'de la démolir. On voit encore une croix de bois dans le lieu qu'elle occupait, au pied de laquelle les nourrices qui ont mal aa sein ou qui manquent de laU vont faire leurs prières et laissent quelquefois des offrandes; et pourtant les reliques de sainte Dlandine qui, depuis la réunion des deus communautés, étaieni

conservées à Saint- André-le-Hant, soni mainte-

nant déposées dans la nouvelle église paroissiale ; mais la confiance des pèlerins parait pins vive sur le monlicule où elles ont élé longtemps honorées.

L'abbaye de Saint- André*le* Haut 9 après plusieurs siècles de calme et de prospérité, vit apparaître des jours de. deuil et de destruction , lors du sac de Vienne par Richard, duc de Bourgogne, auquel la sévérité rapide de ses jugements et leur prompte exécution firent donner le surnom de justicier. Elle ne reprit sa splendeur première que grâce à la générosité de Rodolphe-le-Fainéant, ainsi que le prouve une charte datée du 25 août 1031» insérée dan^ le onzième volume du Becueil des Bis'toriens des Gaules, page 335.

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité» « Rodolphe» roi par la faveur divine »

«( Prévoyant la destruction de ce monde qui (( dépérit, nous attendons avec grainte la des- « truction de toute chair ; c'est par cette raison

que, pour le soin de notre ame et pour apaiser « celui que nous reconnaissons avoir offensé dans « beaucoup de circonstances, nous voulons réta- « blîr le monastèré situéà Vienne» dédié en Thon- « neur de saint André » et nommé anciennement

• des filles i à cause de la grande quantité de « jeuoes et saintes personnes qui s'y vouaient au « service riu Seigneur , monastère autrefois céiè- « bre, aujourd'hui en ruines, vraiment négligé « par les hommes , mais cher à Dien « ainsi que a nous le pensons. »

A la suile de ce paragraphe est la longue nomenclature des biens donnés avec leurs confins » dont le monastère de Saint-André-le-Haut a joui, en grande partie, jusqu'en 1790. Outre les beaux domaines formant leur dotation , ces Dames pos* sédaient , à Tenlour de leur demeure , des jardioi spacieux ornés de haies de charmilles et de bellss avenues d'arbres» et enfin des vignes, des bois et des champs.

Pendant la période si critique des guerres civiles et religieuses, les Calvinistes n'épargnèrent pas cette somptueuse abbaye. Le 20 mars 1561 , ils détruisirent les tableaux et les statues de son église ei en brisèrent les armoiries ; le 2 juin 1562» ils allèrent même jusqu'à en chasser les pieuses , habitantes pour y installer le collège ; mais aussitôt que revinrent des jours plus calmes on les y rétablit, et leur maison tarda peu à reprendre une haute importance ^ car les puissantes et riches

foinilles de ces nobles recluses , surnommées les

Grands-Dames , se hâtèrent de venir eificacement k leur aide. Nos historiens ne nous donnent point la date de Tépoque où elles quittèrent la règle ausiàre de saint Léonien pour suivre celle de saint Benoît , qui tendait à détourner d'une contemplation oisive et n^exigeait ni macérations extraordinaires, ni efforts surhumains, mais ordonnait de joindre à la prière le travail des mains. Dociles aux leçons de ce sage législateur, les Dames de Saint - Âadré - le - Haut confeciiounaient les plus jolis ouvrages; elles excellaient particulièrement dans les broderies de luxe où Ter » rargent et la soie s'allient avec grâce. On conserve dans la sacristie de Téglise paroissiale

actuelle des ornements brodés par ii"^^ de Villars» sœur et nièce de notre archevêque Henri. Ces religieuse^ cultivaient aussi la littérature et la poésie. Nous avons quelques-unes de leurs pièces de vers qui ne manquent ni de charme ni de mérite , et nous pensons que » comme l'abbesse Herrade, dont les précieux manuscrits sur vélin, ornés de miniatures d'un grand prix, sont à la bibliothèque de Reims, elles durent également s'occuper d'iconographie chrétienne.

Chorier dit que « l'église de Samt-André-le-

<t Hauif difjne d'être vue, témoignait assez par « la beauté de sa ctmstruction , la dignité de « ce mmasttre et la grandeur de ses fondateurs. (« Elle est entièrement voûtée, et rien de ce qui « pouvait lui donner de la grâce pour plaire aux « yeux et de la forée pour résister au temps n'y « a été négligé, i» Cette courte description était parfaiiement exacte, et, joignant nos souvenirs d'enfaoce à ceux que nous a laissés notre historien, nous pouvons ajouter qu'elle était somptueusement décorée. £lie avait une gprosse cloche, appelée Mande-Guerre , nom peu en harmonie avec les habitudes des paisibles habitantes de ce clottre, qui, tous les soirs, sonnait pour annoncer la retraite et la fermeture des portes de la ville.

Les restes mortels de Julienne de Savoie , ab« besse des Grands -Dames, fille du comte Amédée III et sœur de Humbert-ie-Saint , reposaient dans la chapelle de Saint- Joseph ; et pourtant, eu 1827, la pierre sépulcrale contenant i'épilapbe de celte princesse a été retrouvée dans la SaAne.

Depuis 1534, époque de la démolition de réglise prieurale de Saint-Biaise, celle de Saint-André-le- Ilaul joignit à sou litre d'abbatiale celui de paroissiale ; et, le 16 avril 1591, le pape Grégoire XIV, sur la demande de rarchevéque Pierre or-

donna que des bulles fassent expédiées pour y autoriser rétablissemeat d'uae confrérie du Saint- Sacrement.

Getle illustre abbaye disparut au milieu des violentes secousses de la tourmeute révolutionnaire qui contraignit tous les ordres monastiques i abandonner leur retraite» Madame de Virieu- Beauvoir en fut la dernière abbesse. Ces vastes bftUments servirent quelque temps d'hôpital militaire, d'oùleur est venu le nom d'Ambulance^ Le peuple parait avoir oublié tous ceux qui rappe* laient la sainteté, l'orgueil et la puissance de ses nobles recluses , pour ne se remémorer que celui que lui donna Tabri momentané qu'y trouvèrent la misère et la douleur. Il est fâcheux que l'admiotstration locale n'ait pas conservé celle maison pour succursale des hospices» Le remarquable portail de la cour d*honneur, élevé dans leXVlI« siècle • si bien reproduit par M. &ey, dans son bel ouvrage sur les monuments de Vienne , la rendait digne d'appartenir à une grande cité ; et on aurait pu destiner à une promenade publique les allées d'arbres qui ombrageaient les jardins.

La vie du passé et ses glorieux souvenirs n'ap« paraissent nulle part mieux que dans celle portion de la haute ville , aujourd'hui si déshéritée ; car

ee qui aiteslait chez les Romains le seDtiofient du beau I c'était de savoir disposer des lignes d'une perspective favorable • ménageant des points de vue pour que les muaumeois produisissent tout lenr elfet ei forçassent Tattention k se concentrer sur eux. Afin que notre cité renfermât tout ce qui pouvaii régaler à la capitale du monde et pos* sédât les mêmes privilèges , ce qui s'observait pour Rome fut observé pour elle. Elle eut son sénaCi ses ordres du peuple. Assise, comme Rome, sur plusieurs coUiues et sur les deux rives d'uu flenve, on Torna des mêmes édifices publics:

temples, palais, aqueducs, bains, naumachie, forum, prétoire, etc. La haute ville, dont le magnifique panorama avait enchanté l'empereur Auguste , fut la mieux partagée ; on y éleva le capitole , le palais impérial supérieur , le tetnpio du Dieu des combats,, le cirque, le théâtre et ramphiihéfttre. Maintenant que le sonlfle destmc* teur du temps et des révolutions humaines a fait disparaître toutes ces merveilles , elle conserve une vénérable ceinture de ruines ; et , malgré les rues étroites et tortueuses qui la déparent, elle a encore quelques beaux monuments : le collège,, la fontaine lonvenet et ses anciens monastères. Si nous affectionnons* Vienne d'un amour filial r

nous avouons avoir aussi une prédilection mar*

quée pour ces quartiers , pour cette paroisse où nous sommes né , où s'est écoulée notre vie près-» qu'entière , et nous regrettons sincèrement que M. de liiremonty cet administrateur si habile , n'ait pas eu le temps d'exécuter les plans qu'il formait pour Tembellir de nouveau.

SAINT-LOViS

HOCYELLE ÉGLISE PiaOISSIiLE DE SilNT-AKDBt-LB-HAOT

A la fin du XVI« siècle , lorsque les consuls de

Vienne se décidèrent à confier Tinstruction des Jeunes gens aux disciples de saint Ignace , on reconnut que les bâtiments de l'ancien collège étaient insuiBsants. Les Pères témoignèrent le désir que le nouveau fut établi de manière à former un carré parfaitement isolé. de toute babitation , et qu'une vaste place en précédât la principale façade. Ils choisirent remplacement qu'avaient jadis occupé les jardins du palais impérial supérieur. Ce local était couvert de plus de deux

ceols maisotts , que divisaient plosievra raes^ nioiif qui o'empécka pas nos magistrats de prendre rengagement d'acquérir hi lotaiîté da terraiB

demandé. Un édit de Henri IV, du 24 février 1604. enregistré au parlement et i la diambre des

comptes de Grenoble, au mois d'avril suivant, autorisa les Jésuites ^ se fi&er à Vienne , et, te S9 juillet i60G, on posa la première pierre du collège, dont l'architecte se nommait Etienne Martel- Ange. L'église ne fut entreprise que beaucoup plus tard; car Chorier, dans ses Recherches swr les À7Uiquités de Vienne, publiées en 1659 , dit « qu'à ceite époque les fondements n*en^ éiaieni « pas encore jetés ; mais qu'une chapelle voûtée, « qui sera jointe à plusieurs autres , y est cepen- « dant un arriie pour la construction du reste. • Iléjàt te 9 juillet IMS, probablement avant le eomroencêmeol de cét édiûce , 'M^^* Geneviève Pélissou, fiUo de M. Aymard Péllsson « docteur ea droit et avocat à Vienne» par acte reçu M« Reeoo^

don, notaire, fit don à la sacristie des Révérepés Pères de la compagnie de Jeans d'une semoir de cent cinquante livres, dont le revenu devait être employé à rentretien d'une lampe devant le Saint- Sacrement» Cette condition fut acceptée par le père Grand ti.

Le l*»^ janvier 1662 , Gaspard de Fillion , dernier desceadani mâle de celle famille , avant de cfoUter le monde pour revêtir le froc des capu^ cias, par acte testamentaire , légua aux Jésuites la somme de deux mille livres; elte devait être employée à la construclion d'une chapelle où le corps de son père , noble Melchior de Fillion , beigneur d'Aiguebelles, conseiller du roi et son procareor général an parlement du Danpbiné , serait enterré. Celle chapelle est celle de la Vierge. Françoise de Fillion « venve de Pons de la Porte , seigneur d'Eydoche , hérilière bénéficiaire de Gaspard de Fillion , *son frère , fut chargée par lui de payer, à mesure que la construction s'avancerait; mais elle préféra donner en échange un terroir situé h Notre • Dame -derile. Une transaction eut lieu entre elle et les Jésnites.

11 parait que , bien longtemps avant la date précitée , on avait commencé les travaux pour la chapelle de Saiut-Ignace et une parlie de Téglise, puisque nous lisons dans VHistoire de la sainte église de Vienne y de Mauperluis, que a le res- « pect qu'avait Jérôme de Viliars pour fa mé- « moire de Tarchevéque Pierre, son frère, et « la vénératiim religieuse que tout te peuple

m vteoiiois lémoignaic poor les dépouilles sacrées

<« de ce grand homme , le portèrent à laisser de « quoi lui éleTer un tombeau dans Téglise des u Pères-Jésuites, que la piélé de Tun et de Tau- « tre avait commencé à leur bâtir dans Vienne , « et qui attend de celle de quelqu'un de leurs « successeurs sa dernière perfection. » C'est dans cette chapelle que reposent les restes mortels de Pierre V; mais nulle inscription n'en indique la place.

Les rois Henri IV et Louis XIII accordèrent aux Viennois , pour les frais de construction et / d'entretien du collège, un droit de trois deniers par livre dè viande ; de quinze sols sur chaque charge de vin de pays , et de trois livres par charge de vin étranger; ét trois livres par minot de sel , vendu dans les greniers de la ville ; du treizain du pain et du vingtain du vin ; enfin m autre droit de deux sols par charge de marchandise passant par terre ou par eM dans ou denafU Vienne. Celle dernière concession , premièrement obtenue le i 6 novembre 1669, fut renouvelée en 1673, 1681, 1692, 1709 et 1718. Depuis 1620, le tiers du produit de ce péage fut employé aux bfttiments de Téglise ; et le 2 mars de cette même année , les Jésuites firent Tacquisition , aux frais*

delà ville 9 d'aoe maison» dite de la Régiater

pour la continuation de la nef. Un acte, du 17 , Bovembfe 1781, constate qu'alors les murailles

ne s'élevaient encore qu*â 20 pieds au-dessus de terre.

Le 16 novembre 1682, Lonfee de Honrviller.

fille de ooble Pierre de Mourviller et de Marguerite Pilléron , donna qnatre cent» livres pour aider à racbèvement de Téglise. Cette somme devait être spécialement employée A la oonsiruction d'une chapelle.

En 16^1 , la solde des frais , à la charge de la ville, montait déjà à /»2,612 fr. Depuis 1692 jusqu'en 1707| ils s'élevèrent encore à 29,780 fr. ; et cependant la majeure partie des pierres de taille était euraite du palais des canaux. Il restait à faire tontes les voûtes de l'église et des chapelles , plus de la moitié du frontispice » les tribune» 1 1^8 balustrades » la plus grande partie des* bâtiments de la sacristie et la terrasse. Il n'y avait encore ni portes ni vitres. M. Rozier, architecte viennois , chargé iH3 la direction des travaux, dans une note remise le 22 janvier 1708 , évaluela dépense qn'iis occasionneraient encore à plus de trente mille francs.

Enfin cette belle église , le mardi 21^ avril 1 710 ^

par soiie des coaveaiion» amérieureoieBl passées

entre les consuls et le père Joseph de Saint- Eiieone , reciear du collège , reçut le nom de ' Saint-Louis et une première consécration par Monseigneur Armand de Monimorin ; mais le service divin ne put s'y faire régolièrement que Tannée suivante , et elle n'a été entièrement achevée qu'en 1795 ^ et , le S5 août , le prince Henri- Oswald de la lour-d'Àuvergne la consacra une seconde fois. Ses riches ornements sacerdotaux ainsi que ses garnitures d'autels furent en grande partie fouruis, brodés et confectionnés par M"** de la Poype, abbesse du royal monastère de Notre- Dame-des-ColonneSy de l'ordre de Sainte-Claire, et M***' Dupuy et DeleussCi religieuses dans la même maison. Ces Dames » à chaque changeineni d'abbesse, devaient une rente au prieur de Notre-Dame-de-rile , seigneur direct des vignes qu'elles possédaient à Sainte-Colombe. Reymonde Manfrey, Jeanne Micbaëli, Claudine de llaugiroa, Catherine de Torchefélon et Catherine de Dizimieu» Tavaient acquittée sim^^ssivement sans réclamation. Les Jésuites , recounaissauts du maguilique travail et des dons de M"^ de la Poype, ainsi que des autres claristes, pour une fois* ne virent pas danger à ne point réclamer ce droit

suzerain ; mais le monastère , abusant de celte condescendance, voulut s'en faire un titre; et son opposition, quoique momenianée, dura assez pour donner lieu à une curieuse correspondance entre les Révérends Pères et la noble abbesse. - Les disciples de Saint-Ignace» pendant leur puissance » rendirent tous les ans hommage à la ville de Vienne, comme fondatrice du collège; et après leur disgrâce, jusqu'en 1789, le principal et les régents qui leur succédèrent remplirent la même formalité.

Ainsi que toutes les autres » Téglise de Saint- Louis eut à supporter les excès des terroristes de 1793. £lle perdit ses riches ornements, ses statues et ses écussons ; mais des personnes pieuses surent dérober aux modernes iconoclastes quelques* uns des tableaux qui décoraient ses autels , et les lui rendirent quand , après le concordat , on la désigna pour Tune des succursales devienne. Alors le nom de l'antique abbaye, dont la chapelle servait jadis pour les exercices religieux de la paroisse , lui fut imposé; et , par une autre anomalie , on lui donna sainte Anne pour patronne.

Larchiiecte de cette jolie église n'a point surchargé son œuvre de décorations inutiles ; l'en-

semble est d'un effei simple , mais élégant ; et iotérîeurement » elle est la mieux ornée de la ville. Sur le grand autel , on voit une adoration des Mages , dont un de nos archevêques de la maison de Villars avait gratifié l'abbaye de Saint-André- Ift-Haui. Les deux antres tableaux, qui soni aussi dans le chœur» viennent du couvent des Capucins ; ils représentent sainte Elisabeth et saint Laurent. Trois de ceux des chapelles latérales, dignes aussi tie fixer notre attention » y avaient été sans doute placés par les Jésuites • et il est présumable qu'ils sont l'ouvrage de quelques-uns de ces Pères; car cette célèbre congrégation ne négligeait pas les beaux*affts. Dans la première chapelle » à droite » est une Âssomption de la Vierge ; dans la seconde, un saint Joseph mourant , dans la troisième , l'apdtre des Indes, saint François-Xavier administrant le baptême. Dans la première chapelle , à gauche » saint Ignace , et dans la troisième , l'aputre des pauvres habitants des montagnes du Vivarais et du Velay , saint Jean -François-Régis • puissant intercesseur auprès de Dieu, auquel surtout les Dauphinois et les Languedociens re<courent avec une entière coiiliance. Cette peinture ainsi que celle de saint Joseph ornaient autrefois réglise de Suint- André -le- Haut. La chapelle

qui fait face à celle de Saint-Joseph n'a pas de tableau ; une slatue de la Vierge de Citeaux , en bois sculpté, peint et doré, en occupe la place. Elle est semblable à celle que Ton voit ù la calhé* d raie (le Valence. Nos pères la désignaient sous le Dom de Vierge proteclrice* Ils étaient persuadés que la reine des cîeux ne pouvait rejeter les prières qu'on lui adressait aux pieds de celte madone privilégiée ; et les mères pieuses s*em* pressaient de lui présenter leurs enfants nouveauxnés. Cette statue appartenail primitivement aux Bernardines ; et lorsque ces religieuses quittèrent leur première résidence pour s'établir dans les bâtiments de Tancienne commanderie de Saint- Antoine , en attendant de lui préparer chez elles un local convenable , elles Teutreposèrent provisoirement à Tabbaye des Colonnes. La terreur ne larda pas à régner, se signalant par la proscription de tous les objets qui rappelaient le culte catholique; et pour conserver la sainte représentation de celle que l'église romaine invoque comme Tespérance et le refuge des chrétiens , il fallut , en bravant le danger, que le génie du bien luti&t efficacement contre le génie du mal. Une famille de la rue Cuvière» qui la cachait avec soin , fut bientôt soumise à une de c^s rudes

épreuves donl les jusies ne soni pas toujours exempts , et vit uq de ses membres enfermé dans les prisons de Saint- Joseph. Redoutant à chaque

insiaui des visites domiciliaires, tous les autres, placés sous la surveillance active des clubistes , durent prudemment chercher un autre abri à la Vierge proscrite ; après avoir encore plusieurs fois changé d'asile , elle se trouva enfin en sûrelé dans le domicile de la famille Perrin , à Saint- André-Ie-Ilaut ; famille qui, lorsqu'on rétablit les autels de Marie • en fit don à Téglise paroissiale où elle est maintenant.

ÉGLISE DE SAIXT NARTIi^

Saint Nizier ou Nicèta , quinzième évéque de Vienne , y éleva une église eu Thonneur de Saini- Martin , Tun de ses prédécesseurs , qui avait été martyrisé la troisième année du règne de Tempereur Adrien , qui correspond à la cent-vinglième de rère chrétienne et au pontificat de Sixte Il est donc évident que c'est sous Tinvocation da

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troisièine poQiife de notre cilé, et non sous ceile de révéque de Tours, que Ton plaça Pédifice dont nous parlons. Nous n avons remarqué dans aucun auteur chrétien, même parmi les plus anciens» qu'on eût érigés des temples aux. hommes les plus éminents en vertus, tant qu'ils firent partie de réglise miliiante. Ur il esi positif que lévc^que fondateur de la chapelle de Saint-Martin mourut en 395 • et saini Martin de Tours en 400. Sulpice Sévère , son disciple et son historien , Grégoire de Tours , le P. Sirmon , Moréri et les PP. BoU landistes s'accordent sur cette date.

Les pontifes successeurs de saint Nizier établirent un monastère à proximité de Téglise de Saint-Martin, et, au VII^ siècle, lorsque Tévéque Cadéolde gouvernait le diocèse de Vienne» cent cinquante moines y vivaient dans la régularité et la sainteté» bel apanage de cette époque du cbris* tianisme. Mais un siècle après , ce couvent subit le sort des autres établissements monastiques situés hors de fenceinte de la ville fortifiée : les Maures y exercèrent d*atroces ravages. Il ne s'en releva que plusieurs centaines d'années après» pendant Tépiscopat de Gui de Bourgogne , qui » Tannée 1113, rétablit en prieuré pour Ponce»

abbé de Saint-Ruf , à cause de la haute répulâtion

de vcriu des religieux de son ordre. Arnalde, Odiloo, Ponce ei Durand, prêtres a?ignonaU, fondèrent celle congrégation dans le comtal Venaissîn, en 1092; iU élevèrent leor maison sur les bords de la Durance, proche d'une église dédiée à âaint Ruf » premier évéque d'Avignon , que ces moines prirent pour patron; ils observaient la règle de saint Augustin» qui les rapprochait davantage de la vie claustrale que les chanoines des cathédrales beaucoup plus indépendants. Les Ruffiens ne possédaient rien en propre ^ leurs bénéfices étaient régis par des prieurs- directeurs ot maîtres absolus des revenus des collégiées. En 1168, Reymond. abbé de Saini-Ruf , au prix de deux cents marcs d'argent, acheta, du clergé et d'Eudes , évéque de Valence . Tllc Eparvière , et y construisit une somptueuse abbaye, que les protestants détruisirent en 1562, et alors le prieuré de Valence devint chef-lieu de Tordre.

A la mort de Gui de Bourgogne, pape sous le nom de Calixte II , Ponce fit confirmer la donation qui lui avait été faite par Pierre P', archevêque de Vienne et légat du saint- siège. Les religieux de Saint-Ruf devinrent possesseurs de 1 église de Saint-Martinet de ses dépendances : moulins, battoirs , vignes , terres et dîmes ccclésiastiquesi

à la charge par eux de faire célébrer un annuel ù la mort de» archevêques et un trentain à celle des chanoines de la cathédrale. Parmi les signataires de cet acte » nous trouvons Humbert II , fils d'Amédée III , comie de Savoie, qui régna après son père et que nos martyrologes comptent parmi les saints, et Gauthier de Balbière, fondateur du prieuré et de Téglise de Notre-Damede-rile. Il est fait mention d*un prieur de Saint- Martin , nommé Isard , dans des chartes de 1152 et de 1180, rapportées par Chorier. Presque toutes les maisons de Saint-Martin et de Pont- * ' Évéqoe furent grevées de rentes au profit de ce prieuré , et celui de Saiut-Blaise du inénie ordre en dépendait.

Les disciples d,e Saint-Ruf, possesseurs du monastère de Saint-Martin , reconstruisirent Téglise sur un plan assez vaste pour eux . mais qui devint insullisanlà la paroisse qu'ils desservaient, et déjà , en 1526». on s^en plaignait , quand on permit aux habitants d'y établir une horloge, il y a longtemps que cette horloge n'existe plus , et Ton rechercherait vainement dans Tégiise les tombeaux de sou fondateur et de son .patron » de même que rinscription destinée à perpétuer les dates de l'ouverture et de la clôture du célèbre concile œcuménique de 1311.

En vertu des bulles du papoQéoieniKlV, du

juillci 1771 et février 1773, l'évêque de Valence sécularisa les religieux de Saiul*Ruf et réunit leurs domaines à son église. Le 27 mai 1779, Monseigneur de Pompignan prit les mêmes mesures è regard des bénéfices Rnfflens de «on dio> cèse; et cette congrégation, autrefois renommée» qui donna k la chrétienté trois papes , plusieurs cardinaux et un grand nombre de prélats, tomba en désuétude. Un curé et un vicaire remplacèrent les religieux dans Tadminislraiion ecclésiasliqiie de la paroisse de Saint-Martin. En 1844, la sollicitude et rinfliience justement méritée de son recteur, M. Tabbé Rigat, firent enfin reconnaître qu'il y avait urgence de répondre au vœu généralement manifesté pour ragrandissement de réglise; on l'augmenta en forme de transept de tontes les arcades qui renferment le cbœur, et Ton éleva une voûte au-dessus de son pauvre lambris. Maintenant elle est plus digne de la bu^c^^^ culte catholique. Le clocber de cet édifice , naguère un peu mesquin , a aujourd'bui.des proportions gracieuses ; et nous trouvons que M. Haonr, pour la direction qu'il a donnée aux travaux de cette restauration , mérite des éloges. Tontefots, pour compléter convenablement Tœuvre de rétablissement , il nous semble que la façade beau-

coupirop modeste de Téglise demande qi»eU)ii es ornemests » qmlqiie;» dicoraiioas.

Le 8 aoûl 1504, \es consuls de Vienne déci-' d^eEt que 9 pour obleoir la cessaiion 4k& ravages dè la fièvre noire , oïl élèiferaBt wne cbaf»elle sotn Tinvocaiion de «aiai Rovb et de saint Sébasuen j elle futbéaieile 39 Aai *60«. L'hiisp toe ^es^Eplee et la chapelle qui y aliénait Uiiviiireai.la proie dee flamineSt saos qu'on pftisMpçMoer le. natif de leur incendie, et Ton donna à Téglise de Saitii^ Martin la confrérie qui y étaii élaMie sattA: lie patronage de saint RMh, en Tbonneur duquel , le 16 août» on fait tqus les ans upe.pra0âfisiâni(*)^

ÉGLISE PRIUIRIAU DE liOTRE-0A|IIETM

Xje prieuré df» Noir^-DwKhda*rile» sîlMé à

quelques kilomètres au midi de Vienne, est un tm ^ (uromefuuie £ori ogféM^} '»oi% que i'^an

{*} Lorsque M. Mermet est mort, le beau tableau de saint Roch . peint par M. Pirouelle , n'était point encore placé

suive la grande route ou le joli sentier qui fait suite à la rue des Lanciers , ou qu'où y aille eo bateau. Il fut fondé, ainsi que l'église, en 1130 , sous le pomificat d'£Uenne de Bar , pur Gauthier de Balbière , gentilKonime viennois , qui y établit des chanoines réguliers^ mais les miaimes revenus des terres q u*ii leur concéda étaient insuffisants pour qu'ils pussent y vivre convenablement et y einrcer avec dignité le service divin. En 1202 , sur la demande des principaux d'enlre eux, demande iqne l'archevêque Aynard de Motrenc accueillit avec empressement, parce qu'il les soupçonnait de malversation et de négligence , ce prélat donna le prieuré de Pile à Falcon , abbé de Saint-Ruft dont les moines possédaient déjà le prieuré de saint Martin; se réservant toutefois l'hommage du prieur, qui restait soumis à son autorité et ne pouvait être nommé sans son approbation^ retenant encore que si quelques ecclésiastiques de l^église de Vienne , chanoines oit clercs , à cause de leur âge ou de leurs infirmités, se retiraient dans le prieuré , ils y seraient entretenus aux dépens de l'ordre, et, s'ils le désiraient, reçus au nombre des ruffiens.

' Sous ces nouveaux maîtres, la chapelle de la Vierge fut embellie et devint un lieu de pèleri*- '

nage très-renommé. Les Viennois la regardèrent comme le PalladtoiA de leur ciié« Bien des vœux roonlaieni Journellement vers Marie, dans ces jours de foi naïve , avec cette ardeur passionnée et celle vénéralion profonde , marques disiinc*tives du moyen âge. En compulsant nos antiques annales, nous avons souvent remarqué qu'aux époques de calamités publiques , lorsque rintenipérte des saisons menaçait la terrei^de stérilité ; lorsque la guerre ou des maladies contagieuses , souvent mortelles « portaient le deuil et la terreur dans la contrée, c'était toujours sous la protection de Notre-Dame-de rUe que se réfu{;iaient les habilanls de la ciié sainte et des hameaux voisins. Les personnes du dernier rang du peuple et celles placées au plus haut de Téchelle sociale témoignaient une égale dévotion à la mère de Dieu ; et dans son sanctuaire on voyait se prosterner avec la même ferveur le mendiani et le grand seigneur. De preui chevaliers , de hauts barons se plurent à enrichir ce temple; c'est ce que prouvent les armoiries à demi -effacées que ron voit encore dans quelques salles du prieuré. Plusieurs se consacrèrent aussi au service de ses autels , et ron retrouve sur les pierre» tombales de ses cénobites les noms des Paladru » des Illins

et desCbaponnay; et un illustre prélat, Bournou de Voiron » descendit du trône du primat des primats pour tenir paisiblement achever sa car-» rière dans ce pieux asile.

Jusqu'à l'époque des guerres civiles et religieuseSyriean'interrompitla prospérité du prieuré de Notre^Danie-de-rile ; mais lorsque les disciples de Calvin, en le foulant aux pieds, nienacèrent d'abolir le culte que nos pères a?aîeat suivi peu* dant tant de siècles , ils n'épargnèrent pas le temple de Marie« Pillé et dévasté, après ces jours de deuil » quoique toujours le but de nombreux ^ pèlerinages, il porta longtemps la trace des ravages qu'ils y exercèrent , et le chaut sacré des psaumes ne retentit que rarement sous ses voAtes , snrioàt lorsque la voix de la prière aurait dû s'y faire entendre avec plus de ferveur , dans les moments calamitaux pendant lesquels les magistrats de notre cité firent , tout proche du prieuré, élever de^ cabanes pour y loger des petr tiférés. Déj«n depuis quelque temps les Ruffiens , auxquels le service de ce saint It^u était confié , préftraient, presque tous, le bruit du monde à la retraite, recherchaient les honneurs temporels et» avec empressemenit sa faisaient incorporer au clergé 4e la cathédrale^ Ainsi, noua voyons leur

savant prieur, Annet de Maugirou, unir à ce titre modsaie les litres pltts pompeux de doyen du chapiire de Saiul-Maurice, d'abbé de Saini- André*-(e-Uas et de camte de Téglis^ de baiot- Jean de Lyon.

Enfin, il était dans les décrets de la Providence qu'après avoir édifié nos pères par leurs vertus , par bien des années de sincère piété et de ;ràle <Aréiien , les disciples de Saint-Rnf dtevaient mériter les méoi/çs reproches adressés jadis aux chanoines lenrs devanoiers. Le jeudi 2S Jntllet t6S6 , Guillaume-Ëmmanuel de la Faye» abbé général de leur ordre » se rendit en batean jusqu'au prieuré cl resta quelques inslanls ravi d'admiraiiott devant le beau portail de Téglise. Le Père sacristain qui, saus doute» ne s'attendait pas à oeihonnenr» était seul pour recevoir TiMustre visiteur. Le révérend abbé trouva la chapelle^dans un pitoyable état : les murailles ne pouvaient

tarder à s'écrouler par suite des dégâts qu'y causaient les eaux pluviales t faute de réparations h la toiture ; une croix et des chandeliers de bois garnissaient les autels -, un calice d'étaiu et quelques ornements de vil prix servaient pour la saint sacrifice^ Les bâtiments du prieuré étaient négligés au point que leur.dégnulation en faistit

rctlouier la prochaine ruine. Guillaume-Emmanuel de la Faye repartit irès^mécontent après avoir visité le cloître, dont la majestueuse voûte estt dit-il I souttnm par cinquanU'-nmf pilitrs de marbre d'un travail admirable. (Voir le procès-verbal de la visite de Tabbé géûérah)

En 16*28, la peste reparut avec plus d'intensité que jamais. Un grand nombre de malades fut encore transporté dans les baraques établies aux environs du prieuré. Un tel voisinage devait naturellement éloigner les pèlerins, dont la générosité aurait puissamment aidé aux restaurations si ur« gentes. L'abbé génét*al, désespérant sans doute de pouvoir jamais rendre à cette maison sa première splendeur et ayant un pressant besoin d'argent pour son abbaye de Valence, consentit à s'en défaire. Les consuls de Vienne Tacquirent au nom du collège. La transaction par laquelle on leur concéda le prieuré et ses dépendances est du 3 mai 1628. Elle porte la signature de GuiUaume-£mmanue| de lu Faye, abbé général de Saint-Ruf ; Révérend Charles Dupinay, recteur du collège des Jésuites » ainsi que celles de leurs conseils et amis coinniuns. Elle fut successivement approuvée par une bulle du pape Urbain VIII»

datée de la veille des Noues de septembre , Tan

de Notre-Seigneur 1629 » et par le roi , le 29 août 4êa/0. Les Jésoiles se sounirent à ptyer à Tabbé de Saint-Ruf 3,600 livres et 2,400 au chapitre; mais c'est la ville de Vienne qol solda pour eux. Le 19 avril 1630, Jean Jas, dernier prieur ruffien de Notre-Dame-de-rile , résigna son bénéfice. Le même jour, roflicial fulmina la bulle pour la prise de possesûon , cérémonie qui eut lieu le lendemain , à huit heures du matin. Voici ce que constate le procès -verbal :

d Mous avons mis en possession réelle le véné- « rable Père Girardox , recteur , tant par entrée , « sortie de la dicte église et prieuré, aspersion « d'eau bénlle, balsement du grand aitel d'icetle « église , sonnement des cloches ei autres solen- « nîtés en tel cas requises et faictes. Après quoi a nous avons fait nos prières au*devant dudict ^ grand autel ; avons en signe de vraye prinse de ^ « possession faict asseoir le dit vénérable Père « Girardozi recteur du collège « aux lieu et place « du prieur. £n foi de quoi nous avons signé et « faictsignerle substitutdenotregreffier etapposé « le sceau archiépiscopal , en présence de messire <( Joseph Vidon» préire incorporé de Téglise « cathédrale de Saint-Maurice de Vienne; de

«( M. Sébaslien BeDoit. docieur en droit, avocat. « Signés : MBRi«iii, oSàûoÀ délégué; Didier Gi-^ il RARDOz , recteur et prieur; André Lescliixbt; « >. VipoN { S* liBHoiT , ei TtfiLLi£K , Mibsiiiul du u greffier de TofiiciaL n

Celte prisé de pdseression fbt sohrie éé pinsievrs opposiliras de la pari du prieur de Saifti-Marlia, syndic général de Vûràré de Seint-Riif , et de Claude Pauge» se disant prieur de iNoire-Damede-rile; mais le conseil privé du roi, par une décision du 29 décembre 16^, mainiinl les disposilions des JellreeilMileales do %9 aeAi 1680» elle parlemenl de Grenoble, par jmârfél défiutiif dlii 4: âoàt i6Ut» approuva la ceasiM du prîearé, qui comprenait dans ses domaines la tour de feyaîB ec;seadépeDdaiiees« ainsi que des terres

el des droits seigneuriaux dans le Lyonnais.

Le 12 mai lôâO» les^lLévérends Pères dressèrent «n preMier projet des réparations à faire à Téglise et au pcieoi^é.Le Père J jioque^Geof gesse diargea des pJans^ei dévie et- de leur exécoiion. Il s*en acquitta admirablemeut. Grâce à son habileté» le teiaple dfe la Vierge prit un autre aspect ; il s*en* ricl^itd'uA lambris, de peiniures à la fresque et de Qoisveaux omeoaleotslf mais les auiela restaurés

conservèrent leur ancienne dédicace k la Vierge, il sakii Ruf ci 4 saiat Denis. Pour feciliter les pèlerinages, les chemins furent mis en bon état; de btMb^ pldoiali^mfi de tilleuls ombragèreat ce lieu vénéré eilui formèrent une riante avenue. Lesi ti'avaux aiarcbaient rapidement , ei pourtant ils ne purent être achevés faute de ressource péC4iniaire. Cependant , le S octobre de la mÂme année , Antoine de Hant-ViHars , recteur du coi* iége et prieur de iNûire-Dam^-de-llle, présenta au vibailli de Vrenne le compte des dépenses pour le faire acquitter. (Voir ce compte.) Moins d'un siècle s'écoula avant qu^on nouYcau - ii^lbeur ne meqaçat la sainte chapelle. Le 27 mars 1721, après avoir renversé les murailles de l'enclos, les eaux du Rhône renvabirenl. On redoutait à chaque instani sa complète destruction ainsi que celle du prieuré, et leur conservation fut regardée comme un prodige.

Autant que dura radminislration des Jésnites» Notre-Dajne-de-rile coniioiia a être visitée par un nombre immense de fidèles ; la confiance et Tespoir en fifarie semblaient redoubler , et son temfde s'enrichissait de dons précieux. Les babi« tduls du village de Comm.unay y suspendirent une magotflqpe laRipe d'argent ; d'mlm patèreat

sa sialue de couronnes d'un grand prix. Les décors » les garaiiures d'autels» les riches oroements laf forent prodigués.

Après la disgrâce des disciples de saint Ignace, Motre-Dame-de-rile, ainsi que toutes les dépendances du prieuré , reslèreut propriétés du collège , et le Père Plasson » jésuite , continua i y exercer les fondions du ministère ecclésiaslique, en qualité de chapelain » jusqu'à Tépoque de la révolution de 1793, et le concours des serviteurs de Marie ne diminua pas. Monseigneur de Pomfiignan aimait è aller onblier en ce lien le lourd fardeau que lui imposaient Tarchiépiscopat et la politique : sou^nt il y passait des journées entières. Naguère encore quelques vieillards se rappelaient Vy avoir vu arriver dans un brillant équipage, suivi de nombreux domestiques revêtus d'une riche livrée; et après, frappante (•pposilion de fasie ei de simplicité profondément gravée dans leur mémoire , ils y avaient aussi souvent rencontré le modeste successeur de ce grand prélat, accompagné d'un seul prêtre » venant se prosterner dentnt Tantel de celle qui console ei fortifie dans les jours d'épreuves et de douleur.

Lorsqn^on vendit les domaines qui dotaient lei communautés religieuses, les propriétés du

collège subireui le même sort, sans égard à leur deslinaiion , sauf à impoaar de nouvelles charges aux Viennois pour subventionner cet établissement. Les lerres du prieuré de TUe furent divisées entre plusieurs acquéreurs. Un Lyonnais acheta réglise et le prieuré; mais il n^ tarda pas à s'en défaire. Alors M. Fabbi Duboucbet, M. Paquet et M. Cellard , rachetèrent le chœur et quelques bâtiments adjacents er les donnèrent à Thosplce de Vienne» tandis que le nouveau niattre de la nef en fit un fenii. Cette église , ainsi fractionnée , prit déjà un bien triste aspect ; mais le 12 décembre lSS2t un pen plus d^un siècle après qu'elle faillit être entraînée par les eaux du Rhône, un autre fléau encore plus terrible la menaça d'un entier anéantissement; car le beau cloître , qui méritait à tant de titres Tatlentian des artistes et des archéologues , devint la proie des flammes. Maintenant on ne voit sur son emplacement que des ruines et des décombres , près desquels on peut méditer sur le néant des choses humaines. Quelques-unes des colonnettes 1^ moins endommagées ont été portées au Musée. C'est tout ce qui ttOHS reste comme souvenir de tant de magnifieenoeM M. Fleury Richard , Tun de nos plus ingéniesiX peintres* de genre , a représemé une

parile de ce cioiire dans son tableau de Jeanne d'Are oomtliaDi r€rmite de Vaticoyleure.

Ce lieu sacré» malgré toutes ses dégraduiious et sa pàumiéy contittoe à être cher aui Viennois ; toujours ils vénèrent Notre- Dame-de-rile comme inrotearice de leur tité. Pendant le mois de mftl, son autel prend encore un air de féie : de fraîches guirlandes de Heurs remplacent lea somptueux ornements qui la décoraient autrefois ; des chants pieux résonnent encore sous ses voûtes^ le saint sacrifice y est offert , et , comme au temps de sa splendeur, les fidèles recueillis s'empressent d^apporteraux 0ièds de la Vierge consolatrice ie tribut de leurs vœux et de leurs prières. Espérons qae, parmi ces âmes ferventes « un jour il ^en trouvera qui pourront aider efficacement à rendre sa beauté première à ce monument de i 'amour de nos pères pour la Reîiie des cieox. L^an des moyens les plus sûrs d'atteindre ce but désiré serait d^établtr en ce lieu une suocuraale. Avec des offices réguljers et Taccès de ce sanctuaire à tCHile heure permiiri; aux eeryiieurs zélés de Marie ^ bientôt la chapelle délaissée de JNotre- Dame*de«llle ritaliserait avec celle si reDommée de Fourvières. Malgré son abandon, n'est-elle pas toujours ToLyet d'un saint respect? Mainte fois

ne voyous-nou$ pas les bateliers , lournés vers les rive» de rempire , le saluer huoiUeMeat comme

la protecU'ice et Tespoir des malelois , comme l'étoile de la mer qui doil lee ooaduire au port 7 Leur foi ne rappelle- 1- elle pas les jours de gloire ei de pro&périté qui brillèreat pour son temple.

Parmi les processions les plus célèbres « faites à Notffe«-Dame*de-riie , dont lea annales de noire oité conservent le souvenir, nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ici celles qui eurent Heu le mardi 24 juillet et le dimanche août 1554 9 année pendant laquelle la fièvre noire exerça ses plus cruels ravages; celle de 1739 , preuve de la piété qn'insfMraii à noa pères l*étoqnence de Bridaiue^ ei enfin celle de 1816, qui se fit avec riniention d'apaiser la colère de Dmu ei d'otv*. tenir, par Tiniercession de su divine mère, la cessation de ta £aniine qui désolait la France.

On ne peut aller visiter cette antique église sans remarquer,la plaine oii elle est située . Tune des pins belles et des plus fertiles du Viennois ; plaine jadis coii verte d'opulentes babitaiions de plaisance , ornées de riches mosanques et d*élé« gantes sculptures, et dans laquelle plusieurs aqueducs conduinaieBi des «uu pures et abon-

danies. On s'arrête avssi volOBttora quelques

instaols pour admirer la pyramide de TAiguille, eoiistruile près de rancieoue Foie DomUienne , qui portait aussi le nom de Via Magna, aujourd'hui changée en Vitnagtie ou Vûnaine » le long de laquelle on a découvert tant de cippeset de tombeaux antiques : ce qui prouve que les Ko- . mains, et les Gaulois qui les imitaient» aimaient à placer leurs moaumenis funéraires dans les lieux les plus fréquentés, pane quHIs les croyaient propres à les faire vivre longtemps dans la mémoire des hommes*

Assez de descriptions de cette remarquable pyramide ont été faites pour que nous nous dispensions d^en donner une ici. L'ensemble en est grand et majestueux ; son élévation est de 23 mètres 2&6 mMimètres ; elle repose sur un massif solide en pierres dures, dont les assises sont de quinse à seize pouoes de hauteur, posées en.

retraite, de manière à former des gradins sur les quatre faces. Gaylus dit qu'en opérant des fouilles h Tentour, on en découvrit jusqu'à huit; mais il est possible qu'il y en ait davantage. Les savants ne sont pas d^accord sur l'époque de sa constrocUon , et , conséquemment » il y a divergence entre eux sur sa destination.

8St

Il n'était pas dans les usages des maîtres du

monde d'exposer à être foulés aux pieds les restes mortels des personnes qu'ils bonoraient jusqu'à Papothéose; et aussi nous ne sommes point surpris qu'en 1776» Schneyderi après avoir examiné ses fondations extérieures et intérieures » autant qu'il lui fut possible, n'ait rien découvert qui p6t lui faire présumer qu'elle renfermait un souterrain. Ce savant , pour s'introduire dans la pyramide, fitéter une pierre, qui a été remplacée par une porte de fer, et trouva au-dessus du plafond un espace vide de deux mètres en carré , se rétrécissant jusqu'au seizième rang des assises, et, sans doute, destiné à recevoir l'urne sépul* erale. Le Père Montftinean croit que ce monument est un mausolée. Chorier, Schneyder et M. Re.y sont, comme nous, persuadés que c'est un céno* taphe. Chorier pense qu'il fut élevé à la mémoire de l'empereur Auguste; Nous aimons que Ton s'appuie de l'autorité des anciens auteurs, la vérité y gagne toujours quelque chose, et Schneyder, diaprés un passage de Lampride, a présumé qu'il avait été construit en l'honneur d'Alexandre Sévère. MM. Rey et Cochard ont adopté cette opinion ^ mais M. Vietti , l'un des hommes les plua instruits en arcbiteolure et en sculpture an-^

Uques, obserte judkiMfteoMttt qu'il eg| trop modeste pour un empereur. TréboiMus Rufious, qui M pottTiiii igaorer son origine et le personnage auquel on le desiioaii. nous apprend que les Viennois 4'érigèreni pour rappeler à la postérité les exploits, les vertus, les bienfaits et les malbeurs de leur célèbre oompairiote Vnlérins Asialicus, mort victime de la stupîde faiblesse de rempereur Uande. ils lui donnéreol la forain de pyramide , symbole d'immorialîlé, et ce bel on-^ vrage» quo^iu'il failnt y employer une immense quaniilé de-pîerres taillées « fut fak en trois mois; mais.U ne piiiêtiie entièrement achevé, parce que» lorsqu'on élail oeenpé à Torner ei à le polir » Claude ordonna d'en .suspendre les travaux, Totttef6iSt flsalgré le n^anveié vouloir de ce sonveraio , ia Providence a permis que cette élégie roonniftsiitale iraversli les âges cemme un précieux et rare souvenir de gratitude.

On a bien eherclié à oombaiire Topinion générale admettant que la pyramide de TAiguille est nn oéttoiapbe.. .Qn a.dîl qu'elle éiaii la première pierre milliaire de Vienne , dont elle décorait le mîUeu de ranaienne enceinie; que ^ se irouvani faire Usée aux quatre points cardinaux , elle servait à indiquer les heures sur un qadran.borktonial.

On a surtout nié que ce tombeau vide fât élevé à Valérius Asiaiicus , privé de sépulture , afin que son Ame vint en prendre possession et n'errât pas uu siècle avant d'élre admise aux Chainps-Élysées. Mais alorSt dans une ville si belle et si puissante, où tous les édifices publics étaient de vrais chefsd'œuvre de perfection et de magnificence, pourquoi ce monument, placé là comme un énigmatique sphynx ou un mystérieux hiéroglyphe, serait-ril resié sans êlre complètement terminé? Qui aurait pu empêcher ou même retarder son achèvemenl? Enfin on a essayé de construire un cirque à Tentour et de l'établir en ornement de la Spina, pour les fondations de laquelle on prend celles des murs de soutènement de la voie Domitienne. Tous ces travaux bercnléens, exécutés sans obstacles, ue reposent que sur des conjectures et des suppositions, bases peu solides qui s'écrouleront.

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