ÉGLISE DE NOTRE DAME DE L4 VIE
▲NGIEK PA£I0lg£ EOMAIlf
L'antique édifice dont nous esquissons Thistoire ressemble à la Maison -Carrée de Ntmes;
il a vu s'écouler biea des siècles • mugir autour de lui bien des passions apportant avec elles diverses révolutions qui agitèrent un nombre immense de générations , qui se sont tour k tour évanouies. Aujourd'hui le prétoire exige des réparations urgentes» surtout depuis que l'on a compromis sa solidité* en dégageant une de ses colonnes. On ne peut se dissimuler qu'il faudra de grands talents et beaucoup d'habileté pour lui rendre , même en partie , sa beauté première ; nous croyons qu*on y réussira difflcilement.
£spérons cependant; car la science et le génie opèrent tant de prodiges!
Nous lisons dans Irébonius Rufinus : a Sous « Tempire d'Auguste , un /brum magnifique fat « bâti dans la basse ville : c'est sous les portiques « de ce /brum que les grammairiens, les rhéteurs (( et les philosophes donnaient des leçons publiu quesy suivies par de nombreux élèves. (Voir le « volume de VHisloire de Vienne, page 174.) « A l'extrémité occidentale du forum est un roo- « nument, formant un carré long, ouvert de tous <f côtés, excepté à l'occident. La façade qui 9 regarde Torient est surmontée par un fronton « triangulaire I et les façades latérales sont for- « mées par des colonnes isolées , de sorte que ,
« de rinlériear , on peut voir d'antant plas faci- « lement tout ce qui se passe sous les portiques « et dans Tenceinte dn forum , que le prétoire
« est élevé de plusieurs pieds au-dessus du sol a de la place, j»
Les colonnes corinlhiennes qui supportent Tentablement sur lequel repose la toiture sont au nombre de six à Test et de huit sur les côtés , y compris celles des angles. Sans nous jeter dans des détails scientifiques, nous remarquerons qne cet édifice tient plus de rarchitecture grecque que de la romaine; ce qui s*explique facilement , puisque des artistes Marseillais dirigèrent les travaux de sa construction. L^anteur précité dit qu^on le nommait prétoire du forum ; que le forum était dédié à Auguste et à Livi^ ainsi que rindiquait une inscription placée sur le fronton du prétoire. Lesduumvirs rendaient la justice en ce lieu. L'intérieur en était simple : on y voyait une table recouverte d'un tapis brodé d'or ; sur cette table un livre contenant les pouvoirs et les instructions des juges. La robe prétexte et le laliclave formaient le vêtement de ces magistrats , qui avaient pour attributs le glaive, les faisceaux et le sceptre d'ivoire; peut-être ces symboles furent-ils aussi représentés sur le fronton de la
façade, ce qui aurait donné lieu plus lard à la faUe de la pomme du sceptre de Pooce Pilate.
Deux fois par an , un concours s'ouvrait à Tienne sor différents sujets d'histoire, de science, de philosophie , d'éloquence ou de beaux- arts. Les compétiteurs se réunissaient sur la place du forum. Les flamines et autres prêtres, les sé- Dateurs, les chevaliers, les principaux habitants, et spécialement les maîtres et les professeurs , occupaient rinlcrieur du prétoire , ainsi que les marches de Tescaller qui l'environne de trois c6tés , tandis que le peuple se pressait sous les portiques. Les vainqueurs étaient couronnés par le prince du Sénat et leurs noms consignés dans les registres publics. La lutte et la course à pied s^xécuiaient aussi dans Tenceinte du forum ; mais alors les édiles présidaient ces jenx.
Une longue lacune existe dans Thisloirc du prétoire viennois; elle se prolonge depuis le moment od les bordes barbares du Nord humilièrent Taigle des Césars , détruisirent la puissance orgueilleuse des Romains et dominèrent dans nos qontrées , jusqu'au commencement du onzième siècle. A cette époque, Parchevéque Bnrefaard jugea que ce bel édifice pouvait élre transformé en église , et il fit remplir avec de la maçonnerie
161 ioMnrâlIês qui estetatent dTone oolottne à
rauire. Les ouvrière employés à ce trayaii brisérail les camielttres de ces coioDAes pour qu'elles ue dépassassent pas lo mur dans lequel ils les engageaient i oelles ées angles échappèrent heureusement à colle dégradalion. Le prétoire, devenu temple chrétien i fut dédié par Burchard à Notre- Dame- de- la-Vie ou de V Ancien-Chemin , et cédé par ce prélat auK derniers rois de notre ciié, qui, ayant fixé leur résidence dans le palais de justice actuel, désiraient avoir une chapelle h proximité de leur habitation. Notre* Dame-de-la-Vie devint plus tard une des églises paroissiales de Vienne ; elle fol réparée et embellie par Jean de Bournin dans le Xlil^ siècle. Pendant les gn erres civiles et religieuses , elle servit quelque temps de corps -de -garde; mais les saints eiercices do oulto catholique ne tardèrent pas à y être réiablis. En 1770 , on réunit à celle paroisse celle de Saiot-Ferréol , ce qui doubla son imporlance. Ses chapelles éiaient richement dotées j celle dédiée à sainte Catherine et à sainte Marguerite avaii une rente, au profit de son recteur, sur les terres de Beuryer ou Bois royal, qui dépendirent plus tard du domaine de Saint-Ignace. Les jésuites la payèrent longtemps à M. de Revol et
à M. de Gère, soa succe&seur^ mais ensuite ils ' en eiigèrent le rachat , altendu que le rectorat de celle chapelle ue conférait pas les droits de seigneur haut justicier.
Les familles Costaing de Pusignan et Palmier» si renommées dans le Viennois, araient leurs tombeaux dans celte église. On y rcnfiarquait aussi celui de Jean faber, archevêque de Tarse in partibus infidelium et coadjuteur de notre archevêque Jérôme de Villars.
Pendant les orages révolutionnaires de 1708 , le club vienooiSy Tun des plus modérés de France , s'empara de cet édifice» soumis déjà à de si étranges transformations, et le convertit en une salte publique , oii les citoyens pouvaient pérorer à leur aise. L'ioscription : Société populaire , fut inscrite sur le frontispice ; lafixa-t-onà l'aide des anciens trous, ou en fit-on de nouveaux? C'est ce que nousigaoronsi mais celte inscription pourrait mettre quelques entraves au travail des amateurs de la méthode Séguier, Alors on changea le niveau de Taire : on substitua un plafond neuf à Tancien ^ les croisées qui éclairaient Téglise furent condamnées pour en ouvrir de nouvelles , et enfin on construisit les tribunes qui font le tour de rinlérieur.
Après les lois du 17 UieriDidor et do 13 fruc *
tidor ao VI, qui coordonnaient les jours de repos avec le calendrier râpubiicaia» les Vienaois choisirent Notre-Dame-de-la-Vie pour y célébrer les fêles décadaires. Un autel à la patrie y fut élevé; des emblèmes civiques décorèrent ses murailles , condamnées à ne plus recevoir ceux du christianisme on y afficha la déclaration des droits de rhomme. Ce temple» où tant de générations avaient prié avec ferveur et espoir le Dieu du Calvaire ; ce sanctuaire sacré, dans lequel s'étaient humblement agenouillés de puissants monarques, retentit d'hymnes patriotiques, et vit la doctrine de r£vangile remplacée par celle des théophilanthropes. On y célébrait aussi les mariages. Nos concitoyens, peu touchés par toutes ces cérémonies, lui donnèrent le nom de Cour du roi Piia%Ml ou de Pétaudière ; mais sous le consulat le prétoire fut presque rendu à sa destination primitive ; car le tribunal de commerce et les deux justices de paix en prirent possession. Ils ne purent longtemps y tenir leurs séances, parce que rintérieur, très-frais en été, est difficile à réchauffer pendant Thiver. Â cette époque , pourtant encore moderne, Notre-Dame-^de-la-Vie ne portait pas le titre pompeux de Temple d'Auguste
ei de LivU. Tons les âctes des séances d'alors sont daiés de iancien prétoire des Romains.
Spon , dans ses Recherches eurieuies , 9^ dissertatiou, page 166 et suivanles , imprimées & Lyon, cbex Thonias Almauri» rue Mercière, en 1683j est le premier qui ait émis Topinion que cet antique édifice pouvait éire un temple.
Cliorier, dit-il, croit, à la vérité , que cette église a serxii de préioire aux Romains t ce qui n'empêche pas que ce n'ait été aussi nu temple ^ car les Romains rendaient souvent la justice dans les temples , afin que leurs jugements fussent estimés sacrés et souverains.
Sohneyder , ainsi que ravait fait Spon , et après lui quelques archéologues modernes, oubliant rédit d'Honorius, exécuté avec tant de rigueur à Vienne et dans toute la Gaule, sans prendre la peine de nons expliquer par quel miracle et quelle faveur il aurait échappé à la destruction générale qui frappa tons les antres édifices consacrés au culte païen , oiu entrepris de convenir notre prétoire en un tesiiple. C'était là un rude travail. Il est facile de reconnaître que Tespace à Toccident, seul côté qui ne fAt pas à jour, était beaucoup trop étroit pour contenir la ccUa ou sanauaire , mais se trouvait assez
vasie pour y placer chaises ciirtiles des duumvirs et des édiles. Pfivés de documents poar en composer rhtstotre, ite ont r^coovu ati témoignage du monument lui-même et lu son passé sur ses débris ; méiliode qui pMt produire pour résultat des interprétations bien diverses et plos tariées que coirraiociintes. Noos citerons, pour preuve de ce que nous avançons, rexplieaiion qu'ils nous e«it donnée de rinscrip- Cîon de la frise et de Farchitrave de la façade. Dans leur aride recherche » nos savants avaient pour guides des trous distribués au hasard et sans aucun ordre ; quelques-uns étaient de trop » d'antres manquafeiic • ponr former les lettres indispensables qu'ils désiraient obtenir. Ils prirent le parti de ne pas sinquiéter de trouver un em^ ploi au& trous dont la présence intempestive les gèteU y et de suppléer, par la force de leur volonté , à ceux dont Tabsence pouvait faire douter, avec raison , de la vérité de leur découverte. Ayant ainsi facilement aplani toutes les difficultés, grftce à leur bon vouloir, ils composèrent la dédicace du temple d'Auguste et de Livie. Avec d'aussi puissants moyens que ne feront-ils pas encore? Voici ce qu'en pense le savant Millin : ^ Depuis la découverte de M. Ségnier, plusieurs
c personnes ont vonlu lire riatcriplion du temple
« de Vieaoej mais, ainsi que j'ai pu m'en assurer « par la correspondanœ de M. Ségaier, que l'on < conserve dans la bibliothèque Je Nîmes, les « trous de cette inscription sont, dans les copies « qu'il a reçues, placés de plusieurs manières « différentes. 11 y a un très-grand nombre de « ces trous dont on ne tient aucun compte. »
{Voyage au midi de la France.) Nous avouons qu* Aymar du Ri vail , Lelièvre , Dubois , Cborier « Charveip les deux Bénédiclins, el enfin tous nos anciens auteurs , appuyés sur des documents hi8> toriques et une tradition constante, n auraient pas été d'accord pour nous convaincre que cet édifice était un prétoire ^ nous aurions encore manqué de foi pour adopter l'opinion de Scbneyder et de Séguier, basée sur des preuves si faciles à réfuter.
Scbneyder a rencontré plus justOi en présumant que Tornement de la frise devait être une aigle aux ailes éployées ; en cela il est d'accord avec Trébonîtts Rufinus, dans lequel nous lisons:
« Divers prodiges annoncèrent la £n prochaine de a Tempereur Auguste ; à Vienne, Faigle de brome
doré , placée au milieu du fronton du prétoire, «c se détaeba, et^ dans sa chute, blessa grièvement n une personne qui entrait dans ce monumeot. »
Notre-Dame-de-la-Vie , ea ièl'i , d'après les
iaslaaies sollicitaiions de plusieurs personnes amies des arts » réunit la bibliothèque et le musée. La bibliothèque renferme les volumes qu'on a pu rassembler .des bibliothèques des anciens monaslèrcs, de celles du chapitre de Saint-Maurice et du collège, de beaucoup d'ouvrages modernes d'un gnnd prix, dons du gouvernemeni ou acquis par la ville, et de quelques manuscrits précieux. Le musée coniteot la belle collection de marbres antiques faite par Schneyder, augmentée tous les jours par les soins de Tadministration locide et la générosité des Viennois.
ÊfiLlSfi ABBiTIALfi M SAIKT -PIERRE
De graves auteurs remontent Torigine de cette
basilique aux premiers siècles de noire ère , à peu près à Tépoque où les Porphyre et les Jamblique disaient que la religion chrétienne n*avmt ni culis , ni iemjUe , ni autel ; parce que les ado • rateurs du Christ ne célébraient les saiats mys* ières que dans des chapelles souterraines. Mais,
dès que les peraécuiions furwt moins vives , des
églises sorlirent de terre , et les cryptes leur servireoi de base« Oa éleva à Vienoe celle qui est sous rinvocation des apôtres saint Pierre et saint Paul. Le duc Aucen^ond et sou épouse Ansleubane» en 543 Ja réédifièrem du oomentement du Sénat viennois. Ils élevèrent » afin que les reliques des saints reposeni « par leur moyen t tani en dehors qu'en dedans de la ville, un monastère sur les raines du palais impérial exira^^wi^ros 9 palais situé dans le lieau-Ckamp j nom que portait le lerriioîre entre le Uhône et Beaumm. lis y établirent des ermites qui habitaient auparavant quelques cabanes isolées» non loin de la cliapelie de Saint-Pierre, et suivaient la règle institaée par saint Léonien. Bientôt la nouvelle communauté compta trois cents cénobites qu'attirait la foi ardente et enthousiaste du moyen âge, qui, en adoucissant ce que les mœurs avaient alors de rude et d'inculte, faisait accomplir des choses paraissant presque impossibles aujourd*bui. En 787, lorsque les Maares apportèrent la désolatien et la ruine dans ce menastère , ii renfermait cinq cents relifieoi, irivant sous la discipline de saint Benoit et la dtreaion d'un abbé. Hugues-le-Grand, n'éUDt ennon qM comte de Pmvenee» le mbAtit ;
et quand ce prince, dégoûté des faux honneurs du siècle, eut abdiqué eo faveur de son fils Lotbaire , H prit Thabit monastique dans Tabbaye de Saint-Pierre , oii il mourut en 9Zi6. Le comte Gérard et le roi Conrad accordèrent de riches doiaiioBs à cette pieuse maison ainsi qu'à son église.
En 1179, l'archevêque Robert . de la Tour-du- Pin , obtînt du pape Alexandre III que Tabbé de Sahit-Pierre eûi le droit de porter la mitre.
Pendant son séjour à Lyon , en 1215 , Innocent IV commit les cardinaux Hugues de Sainte- Sabine et Guillaume des Douze -Apôtres pour relever les corps de saint Hésldiius, saint Naamat, saint Pantagalhc, saint Georges, saint Léonien, et enfin de saint Phocas, de Stnope« en Asie. Dans le but de garder la mémoire d'une cérémonie • aussi solennelle , le saint pontife accorda des indulgences perpétuelles à ceux qui visiteraient l'église des apôtres aux jours commémoratifs de cette translation. Le même pape , pienx gardien des antiques traditions, concéda d*égales indulgences anx fidèles qui » aux fêles de Pâques et de la Pentecôte , viendraient vénérer la relique célèbre de la sainte Mantille on Nappe , que le Rédempteur portait le jour de la Cène , quand il
inslilua le sacrement de rEucbaristie. Cet objet
sacré , dit Lelièvre , avait été donné par saint Pierre à son disciple saint Zacbarie » lorsque » après l'imposilion des mains , il l'envoya évangéiiser les chrétiens de Vienne , première métropole des Gaules. La sainte Nappe , précieusement enchâssée, fut révérée jusqu'à l époque de nos tourmentes révohitionnaires , et elle disparut alors ainsi que beaucoup d'autres trésors.
Cest dans Tabbaye de Saint-Pierre que , le 1^ et le 2 août 1343 , se réunirent le haut clergé et la noblesse pour donner leur adhésion à la cession du Dauphiné à la France.
£n 1385 y en reconstruisant les murs de Vienne, on agrandit son enceinte et Ton y enferma renclos du monastère de Saint-Pierre. L'année 1562, époque de nos discordes religieuses , cet établis* sèment vît reparaître une ère de vandalisme ^ on le pilla impitoyablement , et, à peu de jours de distance, les disciples de Calvin, désireux d'achever leur œuvre de destruction , y vinrent de nouveau ; mais les moines les repoussèrent vaillamment. Nous ne nous arrêterons pas à éoumérer eu détail les nombreuses vicissitudes qu'éprouvèrent ces religieux. Le 9 février 1612, leur institut fut sécularisé par Paul V, et ils eurent pour succès*
seur un chapitre de nobles chanoines dont le prieur eut le litre de doyen , et les membres la qualité de comte. Michel-Antoine de Chàtillon , neveu de Jérôme de Yillars , vicaire général du diocèse de Vienne , a été le premier doyen de celte nouvelle collégiale.
En 1777, la chanoinie de Saint-Pierre et celle de Saint-Chef, qu'on lui incorpora , n^en formèrent plus qu'une sous le vocable de leurs patrons respeciifs saint Pierre et saint Chef, et les litres constitutifs réduisirent le nombre des canonicats à trente- six , y compris les dignitaires. Les chanoinesi comtes de Saint-Pierre, portaient sur leur poitrine , suspendue par un ruban bleu liséré de violet, une large croi& d'or, émaillée de blanc, ornée de quatre fleurs de lis et surmontée d'une couronne comlale. Au centre et de face était une médaille représentant saint Pierre avec cette légende : EcclesiacomitumS, S. PietrietTkeodorii Viennœ. An revers , une autre médaille représentait saint Théodore; on lisait sur Texergue: Bonis atque honoribus atmt Lud. Les soutanes noires de ces ecclésiastiques étaient doublées et avaient des parements , des boutons et des boutonnières de couleur violette. Lors de la suppression des établissements religieux , M. Regnauld
de Belledse était abbé commendataf re } M» de
Rachais, doyen du chapitre , et M. de CordoB', 80ua-doyen. M. Gaillermla , notaire » remplimit les fonctions de trésorier-archiviste.. Les derniers chanoines de cette noble abbaye descendaient des premières familles du vaste diocèse de Vienne: de Dolomiea, Vavre, Chi valet, Virieu, Meyrieu, Dapeloux, d'Harengs de la Condamine, Meffrey, de la Porte, de Buffevent, de Corbeau, etc.
Le grand portail de Téglise abbatiale de Saint- Pierre est précédé d'un porche ou vestibule, sur lequel s'élève la tour carrée du clocher; le style de régliseest celui des anciennes basiliques de Rome, et, quoique dépourvue des beautés qu'enfanta Fart gothique, on remarque toutefois qu'une pensée grande et profonde en a présidé Tarchi lecture. Elle a été en partie construite avec des débris de monuments antiques , et comme type et cachet d^anclenneté, le long de ses murailles, ainsi qu'i Saint-Sévère, on trouve un grand nombre d'inscriptions tombales païennes et chrétiennes. Elle a trois nefs, ei sa haute voûte est supportée par quatorze colonnes corinthiennes, y compris celles du choerur, d'un module plus élevé que les autres. Toutes les bases et les chapiteaux de ces colonnes sont en marbre de Paros, et leurs fèts, d'un seni
uiyui^ud by GoOgl
bloc» en marbre aotiqQe ou cipolin. Au road-poiot
du saucluaire était le siège de l'abbé ; celle œuvre remarquable faîi acluellemeat partie du cabinet du roi. Le grand aulel renfermait les précieuses reliques d'une fouie de mariyrs » et l*oi^ ne poumU, dil Chorier, en approcher sans un extrême respect , d moins d une extrême impiété. Aiiyourd*haî les souvenirs , et plus encore les mines mystérieuses de l'humanité qui gisent dans ce lieu , nous disent : Tout passe , tout s'effùee ! et leurs voix OQl ici un écho bien juste et bien imposant. Des princes et même des rois sollicitaient Thraneur d'avoir leurs dépouilles mortelles inhumées dans ce temple où reposent la plupart des saints pontifes de noire illustre église ; mais, en 1215 , à cause de la sainteté du lieu , Innocent III défendit d'y donner la sépulture à personne.
LVcbevôque Antoine de Poisieu , ancien abbé de Saint-Pierre , fit décorer la Yoûte de Téglise d'un lambris orné d'or, d'argent» de ses armoiries et de riches peintures représentant le Christ ec ses ap6ireS| saint £usèbe et s^int Pontien. Antoine de Poisieu donna aussi à cette église son calicOf sa mitre» son anneau pontiiical et une magnifique tapisserie sur laquellese trouvaient les principaux traits de la vie du prince des apôtres. Ce prélat
reçut la sépulture dans la chapelle de la Viei^e ,
où il avail fondé une messe quolidienne» et placé sur Tautel uoe belle et grande statue en argent.
Peu de temps avant la dissolniion de son chapitre, la basilique de Saint-Pierre fut réparée par des artistes, très-mal inspirés, qui babillèrent ses élégantes colonnes d'un pardessus de briques et de plâtre, et appliquèrent nn revêtement de même nature sur son magnifique lambris. Mais il faut Favouer , tout en les défigurant d'une manière déplorable, ce triste travestissement garantit à présent ces chefs-d'œuvre d'une dégradation qu'on pourrait vivement regretter.
L'antique abbaye de Saint-Pierre , après avoir traversé lant d'ères de vandalisme et de prospérité, est tombée pour ne plus se relever ; mais il n'en est pas de même de son église : on pourrait facilement encore lui rendre son culte, sa croix et ses autels. Attirés ici par la vénération que leur transmirent leurs aïeux, d'illustres voyageurs viennent parfois la visiter, et il faut convenir que leur stupéfaction est extrême, quand, loin d'y trouver le calme et le recueillement, atmosphère des générations saintes qui s'y reposent, après avoir vécu dans la piété et la justice, en attendant réternité , ils y sont accueillis par le tintamarre
d une machine à vapeur et tout le brouhaha d'un atelier. Héritiers de ce vénérable et aathenliqae reliquaire que tant de cités nous euvieut, ne le laissons pas , avec une coupable insouciance » se
dégrader et aller à sa ruine.