V. A. Baudin (Charles), né le 21 juillet 1784, à
' M le vice-amiral Jean Pierre-Edmond Jurien de la Gravière , écrivain distingué, a consigné dans un ouvrage intitulé : Les Souvenirs tTun amiral , les principaux traits de rhonoraUe carrière de l'amiral Jurien, son père.
Sedan (Ardennes), préfet maritime, du 20 octobre 1841 au 26 juillet 1847; promu amiral, le 27 mai 1854; mort à Paris , le 7 juin suivant. Son nom a été donné h une rue de Paris.
V. A. Parseval-Deschènes (Alexandre-Fcrdin )nd), ncfi Paris le 27 novembre 1790, préfet maritime, du 27 juillet 1847 au 26juillet 1848 ; sénateur en 1852, amiral le 2 décembre 1854. Mort à Paris le 17 juin 1860.
C. A. Bruat (Armand-Joseph), né à C()!m;ir, le 26 mai 1796, préfet maritime, du 27 juillet au 17octobre 1848, vice-amiral en 1852, amiral en 1855; moit du choléra sur le Montebello , le 19 novembic 1855. Un monument érigé à sa mémoire, à Colmar , a été inauguré le 21 août 1864.
V. A. Casy , préfet maritime, du 18 octobre 1848 au 31 août 18 49.*
V. H. Hamelin (Ferdinand-Alphonse), né à Pont TEvéque (Calvados), le 2 septembre 1796; pivfot maritime, du l^*" septembre 1849au 8 juillet 1853; amiral en 1854, ministre de la marine, du K) avril 1855 au 16 août 1856; nommé grand chancelier de la Légiond'Honneur en 1860; mort à Paris , le 16 jaiivifT 1864.
V. A. Bairoîi Du Bourdieu (Louis-Tlion^îs-Rose- Napoléon), né à Port de France (Martini(pie), le 15 juin 1804; préfet maritime, du 9 juillet 1853 au 29 juin 1857; sénateur en 1856; mort le 29 juin 1857, à Toulon.
V. A. Jacquinot (Charles-Hector), néùNevers, le 4 mars 1796 ; préfet maritime ,du 29 juin 1857 au 29 mars 1861.
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V. A. Comte Bouot-Villaumez (Louis-Édounrd) , né le 24 avril 1808 ; préfet maritime, du 30 mars 1861 au 18 avril 1864.
V. A. Vicomte de Chabannes Curton-la-Palice , (Octave-Pierre-Antoine), né à Paris, le 16 mai 1803, préfet maritime du 19 avril 1864 au 15 février 1868.
V. A. Chopart (Louis-Narcisse), né le 6 mai 1806; préfet maritime, du 26 mars 1868 au lOseptembre 1870.
V. A. De la Grandière (Pierre-Paul-Marie), né le 28 juin 1807; préfet maritime, du 2au 20 octobre 1870.
C. A. Baron Didelot (Octave-François-Charles), né le 2 décembre 1812 ; préfet maritime , du 22 octobre 1870 au 5 juin 1871.
V. A. Jauréguiberry (Jean-Bernard) , né le 26 août 1815, nommé préfet maritime le 7 juin 1871.
La grande maison ù balcon , située sur le Champ de Bataille, à l'angle de la rue Saint-Roch , est une des plus anciennes de ce quartier. Elle fut construite, vers la fin du XVIP siècle , sur un terrain concédé par
^ Propriétaire actuel , M. Caire , Simon ; superficie, 217 mètres carrés.
Louis XIV ft M. Girnrdin de Vauné, intendant de la niarine *.
Cette maison appartenait en 1707, h M. Honoré Ratouin, commissaire de marine, qui la laissa en mourant (24 mai 1720), à sa fille Lucrèce Urbaine Ratouin.
La veuve de M. Ratouin, Marie Michelle de Fressine de Grandmaison , épousa , le 31 décembre 1721 , M. Levasseur de Villeblanche , commissaire de marine % et lui porta en dot la maison léguée à sa fille , mais rachetée par elle moyennant 6,000 livres *•
Nommé intendant de la marine, en 1737, M. Levasseur de Villeblanche, fît de grandes réparations i\ la maison de sa femme et s'y installa avec un certain luxe. Il logea chez lui, en 1741 , M. le marquis de Maillebois, maréchal de France et en 1744, M. le comte de Maupas , ministre de la marine *.
L'intendant de Villeblanche fut un des meilleurs administrateurs du port de Toulon. Il était très zélé et ne pouvait supporter le moindre reproche. Un jour^ M. de Maupas lui écrivit, pour l'inviter à activer l'armement d'une escadre qui aurait dû être à la mer depuis
* Brevet do 48 avril 1595 L'emplacement concédé , d*une contenance totale de i 199 toises , formaittoute l'tle comprise entre le Champ de Bataille , la rue Saint Roch , la rue du Trésor et la rue Royale.
* M. Noël François tinrent Levasseur de Villeblanche, fils de noble Noël Levasseur, commissaire général de la marine et de dame Jeanne Escolastique Hubac (acte de mariage).
' Archivée comm. Suppl. série ii, art 32. Papiers de famille. ^ Guerrei maritimet T. i» p SSÎ. Invent, des areh. comm. p. 435.
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longtemps déjà. Il répondit vivement , qu'il avait fait l'impossible , qu'il s'était môme exposé au mécontenment de l'évêque en faisant travailler les ouvriers les jours de fête et les dimanches, et qu'ayant toujours bien servi pendant cinquante ans, il n'aurait pas commencé de négliger ses devoirs dans une circonstance aussi essentielle. Le ministre , regrettant de l'avoir ému , lui adressa quelques paroles affectueuses ; il lui rappela obligeamment que l'année précédente , dans une tournée d'inspection, il avait trouvé le service plus en règle à Toulon que dans les ports de Brest et de Rochefort *.
M. de Villeblanche mourut le 10 août 1759 , après avoir rempli les fonctions d'intendant pendant plus de 20 ans; il était octogénaire et ne comptait pas moins de 63 ans de service*. Madame Levasscur de Villeblanche , sa veuve, ne lui survécut que deux ans; elle laissa , par son testament, en date du 8 octobre 1701 , la maison du Champ de Bataille à M. Charles-Louis Lantier de Villeblanche, son arriére petit-fils.
M. Lantier de Villeblanche, commissaire de marine en 1755, contrôleur en 1771, fut mis à la retraite le l*'"'
* Brun. Guerres marilimes de la France. T. i. p. 290 ' Ibid, Guerres maritimes , T. i. p. 39:2.
Nota. Deux noms ont été mal écrit ci-dessus , page 64 ; il faut lire , ligne première , M. de Vauvré et non Vaiin^, et , lignes 16 et 20 , Maurepas , au lieu de : Maupas.
décemlTre 1777 *. Il rendit ensuite des services à la ville de Toulon en qualité de l^' consul , 1780-1782 '.
C'est'sous l'administration de M. de Villeblanche, que fut enfin démolie l'église du Champ de Bataille. Après avoir débarrassé la place d'Armes des ruines de cet édifice, il fit adopter, non sans difficulté, les plans présentés par M. Sigaud , architecte de la province, pour la construction de la nouvelle égHse , sur l'emplacement des Pères Capucins. Une partie du Conseil, subissant l'influence d'un architecte toulonnais, M. Votier, aurait voulu que l'entrée principale s'ouvrit sur la rue Saint-Sébastien; mais M. Lantierde Villeblanche fit prévaloir le projet de M. Sigaud, qui plaçait la grande porte au Nord, c'est-à-dire, sur la rue Saint Louis , là môme où nous la voyons aujourd'hui.
D'autres travaux, non moins importants, furent entrepris sous l'administration de M. de Villeblanche. L'abattoir , qui avait été construit en 1715, à une époque où on ne tuait que 340 moutons et 20 bœufs par semaine, était devenu insuffisant en 1780, alors que la consommation hebdomadaire s'élevait à 840 mou-
^ Il était ûls dt! M Louis Lantier et de dame Jeanne- Françoise lllermitte de Tamagnon; qui, elle-même, était fille de demoiselle Ratouin, fille de M"*** de Villeblanche, née de Grandmaison et de M Batouin, son premier mari.
' Les administrateurs municipaux de la ville de Toulon n'étaient élus que pour une année, mais, par mesure exceptionnelle, et pour lui permettre de terminer raflfaire relative à la construction de la nouvelle paroisse , l'intendant de Provence fit proroger le consulat de M. Lantierde Villeblanche jusqu'au !•' janvier 1783.
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tons et 50 bœufs *. On dépensa 22,000 livres pour réparer cet établissement.
Les bureaux de l'intendance sanitaire avaient également besoin de grandes réparations, on y consacra plus de 12^000 livres '. Deux nouvelles fontaines furent construites. Tune à la rue Sainte-Ursule (rue Lafayette), l'autre sur la place de la Halle (place Puget). Cette dernière , ornée de trois daupbins dûs au ciseau d'un artiste de mérite, « le sieur Chastel, sculpteur de la province » ne coûta pas moins de 6,000 livres.
M. de Villeblanche essaya, mais en vain, d'apporter quelque amélioration dans le service du nettoiement des rues , qui laissait beaucoup fi désirer. Le ministre de la marine , sur la plainte qui lui avait été adressée par le chevalier de Fabry, commandant supérieur du port, demanda des explications h M. de Latour, intendant de Provence, qui lui répondit, le 20 octobre 1782: « Les consuls de Toulon reconnaissent qu'il y a beaucoup d'immondices dans les rues , attendu qu'ils n'ont qu'un charriot pour les enlever ; mais ils ajoutent que les choses sont à cet égard comme elles ont toujours été et que l'air n'en est pas affecté quoiqu'on en ait dit. » Cependant M. de Villeblanche proposa aucon-
^ Aujourd'hui cette consommation est , en moyenne , de 100 bœufs et de 5(K) moutons par semaine ; mais, en y joignant les brebis et les autres bestiaux, on compte U62 têtes par semaine.
' Archives communales. Reg. BB. 112. fol. 283. Lettre du 21 juin 1781 adressée à M. d« Latour, intendant de Provence.
seil d'imposer une légère redevance^ de 5 sous sur chaque fenêtre prenant joursur une rue, pouren employer le produit au nettoiement de la ville; maïs sa proposition fut rejetée à une assez forte majorité.
Il fut plus heureux , quelques jours après, quand il demanda des fonds pour créer un nouvel emploi, sous le titre significatif de « chasse-mendiant». Il formula sa proposition en ces termes :
« La multiplicité des mendiants étrangers et vagabonds qui assaillissent nos citoyens, soit dans les églises , soit dans les rues , les a mis dans le cas de requérir l'administration d'aviser aux moyens efficaces d'en purger la ville. Il ne s'en présente aucun de plus assuré que la création d'un serviteur aux gages de la communauté, dont la principale occupation soit de parcourir journellement, non seulement les églises et les rues, mais encore les asiles où les mendiants se retirent pendant la nuit, pour les obliger à déguerpir de la ville. En cas de résistance , de les traduire aux prisons royaux, pour y être détenus au pain et à l'eau jusqu'à ce qu'ils promettent de se retirer dans le lieu de leur origine '. »
Le conseil accorda sans hésiter 360 livres pour les gages de l'agent et 40 livres pour son uniforme. Le chasse-mendiants se mit à l'œuvre avec tout le zèle d'un serviteur fraîchement promu à des fonctions publiques , et fit si bien que bientôt toutes les prisons de
^ Archives communales. Reg. BR 95. foL iOi.
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la ville furent pleines de mendiants, de vagabonds et de filles prostituées. La récolte fut si copieuse que l'intendant de Provence dut inviter les consuls ù y mettre plus de modération, s'ils no voulaient ruiner la commune en frais de nourriture. «Il m'a paru, leur écri. vait~il , que cette dépense devenait trop onéreuse à la communauté. Il est nécessaire d'y mettre des bornes, autrement je ne pourrais me déterminer à l'autoriser.» Répondant ensuite à M. Lantier de Villeblanche, qui lui fit connaître que les femmes prostituées très nombreuses à Toulon, avaient été comprises dans le coup de balai du chasse-mendiants, l'intendant répliqua : « Il convient , en effet , de faire enfermer les femmes de cette espèce , afin d'empêcher le scandale et les troubles qu'elles occasionnent; mais il ne doit être question quedeles détenir cinq ù sixjours,au pain et à l'eau , la première fois, et en récidive ce serait le cas de les déférer au procureur du roi *. »
Il paraît que les prisons étaient devenues des auberges trop hospitalières pour les mendiants et les petites dames. On leur fournissait de la soupe et du vin. Aussi l'intendant faisait-il remarquer que certains vagabonds y avaient séjourné plus d'un mois *.
* LcUres do riiilenilaiit aux consuls de Toulon. Anh. comm. Sohe liB. an. UO. Le.îlrcs «les i vi 2-2 juin 1782.
' • J'ai observé |»ar rKl;il. que plusieurs de ces mendiants ont élédHenus
dans les prisons plus d'un mois Il ne faut retenir les mendiants que
trois ou quatre jours . en ayant attention de ne leur faire donner que du pain et de leau , au Heu de la soupe et du vin. > (Lettres du i et du Î6 juin 1782.)
Les Toulonnais, voyant avec plaisir que la municipalité était parvenue à débarrasser la voie pul^lique des mendiants et des filles prostituées, adressèrent une pétition aux consuls pour obtenir le renvoi , hors de la ville , des chaudronniers et de quelques autres industriels dont les marteaux retentissants rendaient certaines rues inhabitables. M. de Villel)lanche ne pouvait pas ordonner une pareille mesure; mais il appuya la requête des plaignants , et , par un arrêt du 26 novembre 1781 , la cour d'Aix condamna « les chaudronniers et autres artisans ayant des professions bruyantes », à aller s'établir sous les remparts de la ville.
L'année suivante, les consuls eurent à s'occuper d'une autre réclamation analogue , formulée par les habitants de la rue des Marchands. Le domestique d'un officier, logé dans cette rue, avait la déplorable habitude de jouer du cor et il se livrait à cet exercice agaçant avec une persévérance désespérante , malgré les plaintes des voisins et les ordres de son maître. M. de Villeblanche crut devoir informer ce dernier^ qu'il était responsable des actes de ses domestiques et qu'il se verrait dans la nécessité de l'actionner personnellement, s'il ne parvenait pas h faire taire cet ennuyeux personnage *. Le domestique prétendait que le cor était son gagne pain et qu'on ne pou-
' Lettre du 7 septembre 1782 adn ssée à M de Uoissinet, capitaine au rég. de Piémont. Arch. B. 112. fol 453
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vait le forcer h y renoncer. C'était probablement un musicien ambulant^ que M. de Boissinet^ capitaine du royaume de Piémont, avait arraché à ses chères habitudes pour en faire son valet de chambre. On eut raison enfin de sa résistance, mais ce ne fut pas sans peine.
Les questions de personnes et surtout celles qui se rattachent aux préséances ont toujours été la pierre d'achoppement des administrateurs. M. Lantier de Villeblanche subit le sort commun. Il se brouilla , sans y avoir mis la moindre intention, avec le parlement d'Aix, pour ne s'être pas conformé au cérémonial adopté dans quelques autres villes, à l'égard des conseillers en mission. Mais, avant de raconter cemémoraljle conflit, il est juste de rappeler, h la décharge du premier consul de Toulon, les différentes circonstances dans lescjuelles il s'était montré conciliant et rempli de déférence pour les autorités locales.
Un jour , M. le chevalier de Fabry, commandant de la marine, vint lui dire que les ingénieurs avaient besoin d'une belle pièce de bois, d'orme, pour confectionner le second bossoir du vaisseau le Majestueuœ , et qu'il espérait que la communauté voudrait bien offrir à la marine un arbre assez grand pour remplir cet objet. M. de Villeblanche transmit immédiatement cette demande h ses administrés; mais ils répondirent tous, invarial)lement, que les beaux arbres étaient rares et figuraient trop bien devant leurs bastides, pour songer à en faire hommage à M. le chevalier de Fabry.
Quelques-uns ajoutaient même que le commandant de la marine était un homme difficile et désagréable et qu'ils n'éprouvaient pas le désir de l'obliger *.
M. de Villeblanche^ ancien commissaire de marine^ connaissait de longue date le chevalier de Fabry et savait qu'il ne fallait pas l'avoir pour ennemi. D'ailleurs , la communauté avait besoin du concours de la marine , pour l'affaire de la nouvelle paroisse et il eut été très impolitique de ne pas tenter au moins de rendre au chef de cette administration le petit service qu'il demandait. Sans hésiter et surtout sans consulter le conseil municipal^ M. de Villeljlanche répondit à M. de Fabry , qu'il pouvait choisir parmi les plus beaux arbres des rues et places de Toulon^ et faire couper celui qui lui conviendrait, a La communauté, lui écrivait-il, le 20 déccm])re 1780^ sera enchantée de donner, en cette occasion, de nouvelles preuves du zélé dont elle a toujours été animée pour le service du roi. Aussi ^ Monsieur^ sans aucun égard pour les décorations publiques^ si, parmi les arbres épars dans la ville^ il s'en rencontre quelqu'un de configuration propre à vous procurer une pièce aussi essentielle, vous pouvez la regarder comme à votre disposition *. »
Le marquis de Coincy, commandant la place, adressa, de son côté, une requête non moins embar-
* Voyez Rue Royale^ maison n» i9, quelques détails sur le caractère do ce brave officier qui , en effel , nïtait pas des plus sympathiques.
* Reg. BB. i<2. fol 203.
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rassante ù M, Lantier de Villeblanche. Il le fit prier par M. de Latour, inteiidaMt de Provence^ de lui allouer une indemnité, pour le dédommager du paiement des droits de piquet *. Le premier consul répondit qu'il n'était pas possible d'accorder une sorte d'exemption au commandant de place sans s'exposer à recevoir, le lendemain, des réclamations analogues de la part de tous les autres fonctionnaires. M. de Latour insista^ disant qu'il n'avait pas eu l'intention d'engager la communauté ù déroger à l'arrêt du conseil qui supprimait toutes les franchises, mais qu'il serait facile de procurer l'équivalent fi M. de Coincy , sous un titre différent, soit comme supplément de logement ou de toute autre manière. Et il ajoutait: « c'est ainsi que je l'ai entendu, quand je vous ai exhorté à faire ce |)etit sacrifice pour des raisons de convenance que vous sentez aussi bien que moi. »
M. de Villeblanche trouva une vive opposition dans le sein du conseil municipal, mais il parvint à faire entendre raison h tousses collègues, ù l'exception d'un seul, M. Turc, qui motiva son refus par écrit. La majorité prît néanmoins la délibération suivante :
<( Le conseil, pénétré des bontés et de la protection que M. le marquis de Coincy, lieutenant général des
^ G êlaît nn droit sur les Liés portés au moulin. Pendant très longtemps les hauls fun<ttiunnaiiTs , officicTs de irrre , officiers de marine et autres , avaient trouvé le moyen de se faire exempter de ee droit de consommalic n ; mais un arrêt du conseil d'Étit , avait sup^Timé , en 1768, toutes les exemp tions.
armées du roi^ n*a cessé d'accorder à la ville en général et à ses citoyens en particulier, depuis plus de vingt ans qu'il a plu à Sa Majesté de le nommer au commandement de la place, a délibéré, à la pluralité des suffrages, fors M. Turc, qui motivera son opinion ciaprôs, de charger MM. les consuls de faire agréer h ce commandant qu'il lui soit présenté, au nom de la ville et comme bien faible remarqunge de la reconnaissance de ses habitants, à l'époque des fêtes de la Noël de chaque année, un quintal de bougies pour l'usage de sa maison *. »
M. Turc, juge honoraire et très ferme observateur des lois et règlements, motiva son refus sur l'art. VI d'une déclaration du roi, du 16 décembre 1764, qui prononçait la nullité de toutes délibérations relatives à des dons ou gratifications. — M. de Latour ne tenant aucun compte de cette opposition, approuva la délibération du conseil municipal. M. de Villeblanche fit porter immédiatement , chez M. le marquis de Coincy, un quintal de bougies, qui coûta ù la commune 210 livres.
• A la même époque, M. Lantier de Villeblanche eut à se disculper d'un défaut de surveillance à l'égard de certains marchands, qui n'observaient pas les fêtes et les dimanches. « Il n'est jamais venu à notre connaissance, écrivait-il ù l'intendant, que des marchands de Toulon aient ouvert leurs boutiques, pour vendre les jours de fête et les dimanches. Les consciences timo-
' Délib. du 4 décembre 1782. fol. i37.
rées qui ont cru devoir vous donner cet avis eussent beaucoup mieux fait de nous en informer tout de suite^ pour faire punir les contrevenants de manière à leur ôter l'envie de récidiver. Nous en avons usé de même envers un détailleur de blé, qui prenait sur lui de vendre les jours de fête. — M. de Villeblanche fut moins heureux vis-à-vis du parlement, qu'il mécontenta dans la personne d'un de ses membres.
Le mardi, 14 mai, M. de Ramatuelle, conseiller à la cour d'Aix^ vint à Toulon; il était chargé d'une mission , et avait par conséquent un caractère officiel. Les consuls attendaient qu'il leur fît connaître son arrivée pour lui rendre visite. Avertis, le jeudi soir^ qu'ils seraient reçus le lendemain matin; ils se présentèrent à l'heure indiquée; mais le conseiller, qui était en habit de ville^ ne leur fît qu'un «demi accueil »; quand ils se retirèrent^ il ne les accompagna que jusqu'à la porte de la chambre, tandis qu'il avait accompagné les officiers de la sénéchaussée jusqu'à la porte de la rue.
M. de Ramatuelle rendit leur visite aux consuls à l'instant même. Mais ici il convient de laisser la parole à M. de Villeblanche^ rendant compte à M. de Latour^ intendant de Provence et premier président du Parlement^ des circonstances du conflit que fît naître l'exigence du conseiller.
« Nous retournâmes à l'hôtel-de-ville , où M. de Ramatuelle arriva quelques minutes après nous. Il s'arrêta à la porte d'entrée de l'hôtel et se fît annoncer
par son garde. Nous nous revêtîmes aussitôt de nos chaperons et nous avançâmes jusque sur le pallier de l'escalier, pour le recevoir et le conduire dans la salle consulaire. Ne le voyant pas paraître nous nous arrêtâmes dans cet endroit et son garde ayant été l'informer que nous l'attendions , il le renvoya pour nous dire de descendre jusqu'au rez-de-chaussée, à défaut de quoi, il ne nous verrait point. Nous chargeâmes son message de lui rapporter que nos usages et nos coutumes ne nous fournissaient pas rexemple de l'excès d'un pareil cérémonial; qu'il ne nous appartenait en aucune façon d'y rien innover et que quelque flattés que nous puissions être personnellement de l'honneur de sa visite , il ne nous était pas possible de l'obtenir au prix qu'il y mettait. N'ayant plus vu revenir le garde, après nous être assurés qu'il s'était effectivement retiré , nous rentrâmes dans la salle consulaire pour reprendre nos occupations journalières *» M. de Latour, toujours très affectueux pour les consuls de Toulon, et qui, dans toutes les circonstances leur avait prêté un appui bienveillant, n'hésita pas à leur donner tort. Sa réponse témoigne de l'importance extrême que l'on accordait encore , à cette époque si voisine de la Révolution , aux questions d'étiquette et de préséance. « Quelque favorablement disposé que je sois pour tout ce qui peut vous intéresser, leur disaitil, dans une lettre entièrement écrite de sa main , je ne
' Rctç. BB. 112. pa}îe3»6.
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saurais approuver la conduite que vous avez tenue; en supposant vos prétentions les mieux (^tablies^ je n'aurais pas balancé, h votre place, de descendre l'escalier pour recevoir M. de Ramatuelle que vous saviez en bas. Vous lui auriez fait valoir vos usages et cette dé^ marche n'aurait pu vous nuire en aucune manière. Tous les consuls des villes principales de la Provence, comme Arles et Tarascon, n'ont fait aucune difficulté d'aller recevoir à la porte MM. les conseillers au parlement qui venaient les visiter. Je serais fâché qu'il en résultat quelque désagrément pour vous , tandis qu'il vous était si facile de le prévenir et de l'éviter *. »
La commune de Toulon, qui avait en ce moment plusieurs procès en appel , et qui venait de souniottre à l'arbitrage de deux présidents une prétention soutenue par M. de Magalon, avocat général, au sujet de la jouissance des eaux de la ville, avait tout e\ craindre, en effet, du ressentiment des membres d'une cour dont la fierté et la susceptibilité n'étaient que trop connues. Aussi M. de Villeblanche essaya-t-il d'obtenir l'appui de M. de Latour qui , en sa double qualité d'intendant et de premier président et par son influence personnelle , pouvait ramener le parlement à des sentiments moins hostiles. Il lui écrivit une longue lettre, pour lui expliquer , qu'avant 1702 les consuls n'avaient jamais rendu de visite aux conseillers ; que , depuis 80 ans , aucun consul n'était allé recevoir ù la porte de l'hôtel
' Lettre du 28 mai 1782 Série BB. art 140.
de ville les membres du parlement ; et qu'il se serait exposé au mépris de ses concitoyens , s'il n'avait pas soutenu les prérogatives municipales que tous ses prédécesseurs avaient su faire respecter. Cependant, en terminant, il lui disait: « veuillez bien nous juger vous même. Monseigneur; si vous nous condamnez, entraînés par la confiance que nous avons en vos d(''cisions , nous nous avouerons coupables. »
M. de Latour ne répondit pas et laissa tomber Tincident; mais j'ai pu me convaincre, en voyant les conclusions de certaines instances, que Messieurs du parlement n'avaient point pardonné, aux bourgeois de Toulon , la raideur de leurs magistrats municipaux , qui n'avaient pas su s'incliner suffisamment devant les représentants de la cour souveraine.
A la fin de 1782 , M. Lantier de Villeblanche quitta le consulat , après avoir vu ses pouvoirs prorogés exceptionnellement pendant trois ans *. Il fut réélu premier consul, en 1788, et présida, en cette qualité, l'assemblée générale de la communauté, du 2 décembre, dans laquelle furent émis, sur sa proposition, les vœux suivants , relatifs h la convocation des états généraux: 1^ Que le nombre des députés de la Provence soit proportionné à la masse de ses impositions; 2° que le
' Les charges municipales étaient soumises à une élection annuelle , mais le roi s'était réservé le droit de suspendre les élections et il avait prorogé , Jusqu'en 1783, les pouvoirs des consuls de Toulon, élus en 1780, afin de leur permettre de terminer rafiaire relative à la construction de la nouvelle i^aroisse.
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tiers état fournisse des députés au moins en nombre égal à celui des deux autres ordres réunis; 3^ que la charge des impots soit répartie également sur les trois ordres , le tiers ayant jusqu'à ce jour porté le plus grand poid des impôts , etc., etc. »
Malgré son dévouement pour la cause populaire , M. de Villeblanche subit les rigueurs de la Révolution. Sa maison fut dévastée et lui même courut les plus grands dangers. Il s'était réfugié à Thôtel-de-vil'e où les émeutiers vinrent le chercher, a Les émeutiers, lisons nous dans un document officiel , ayant soupçonné que les sieurs Lantier et Beaudin pouvaient bien être cachés dans la petite chambre , se portèrent avec fureur vers cet endroit , en brisèrent la porte , et en ayant arraché les sieurs Lantier et Beaudin presque mourants , ils exercèrent sur leurs personnes toutes les horreurs imaginables. Le sieur Lantier s'étant échappé des mains de ces furieux, prit retraite dans le secrétariat et se cacha dans un petit cabinet masqué par la tapisserie. Quelques-uns de ceux qui Tavaient excédé se portèrent au secrétariat, e.ifoncèrent la porte du cabinet dans lequel le sieur Lantier s'était caché , l'en arrachèrent avec violence , le renversèrent par terre , le foulèrent aux pieds et l'accablèrent d'injures et de coups *. »
M. Lantier de Villeblanche, élu plusieurs fois par
* Procès-verbal des événements du i3 mars i789, dressé par les consuls de Toulon , à la requête du parlement d'Aix.
ses concitoyens aux fonctions honorables de premier consul , avait toujours administré les alTaires de la commune de Toulon avec un dévouement éclairé ; c'était d'ailleurs un homme doux et conciliant; il n'avait donc rien fait pour exciter la haine populaire. Il disait, lui même, deux mois après cette scène: «je n'ai jamais fait que le bien de la communauté , et on n'a qu'à ouvrir les registres pour s'en convaincre. J'ai augmenté ses revenus annuels de plus de 40,000 livres, sans rétal)lissement d'aucun impôt; mais bien par la suppression de quelques abus dont aucun de mes prédécesseurs n'avait osé entreprendre la destruction*. »
Un écrivain consciencieux , très bien renseigné sur les événements de cette époque , suppose que les personnes qui avaient eu à souffrir de la suppression des abus dont parle M. Lantier de Villeblanche , n'étaient pas restées étrangères aux excès auxquels la foule aveugle s'était portée vis-à-vis de cet administrateur.
Ce qui a pu donner quelque crédit à cette supposition , c'est que parmi les industriels les plus atteints par les réformes opérées par M. Lantier, se trouvaient les maçons, et que l'un des premiers attentats des révolutionnaires eut pour objet le pillage et un essai de démolition de la maison de l'ancien consul, de celle de son secrétaire, M. Baudin^ et de l'hôtel de la préfec-
^ Voir la lettre de M. de Villeblancbe dans l Histoire de Toulon , publiée par M. Henry. T. i. p. 49.
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ture maritime. Or qui^^plus que les mnçons , avaient intérêt à détruire pour réédifier. Ils ne pouvaient pardonner d'ailleurs à M. de Villeblanche , d'avoir fait annuler, par la cour d'Aix , un article de leur règlement^ en vertu duquel le corps des maîtres maçons prélevait un droit de un pour cent sur les travaux communaux effectués à l'entreprise *.
La maison de M. Lantier de Villeblanche a été successivement possédée , depuis la Révolution , par M. Cliaubry , trésorier delà guerre, par M. Tlianeron , capitaine de vaisseau, et par M. Caire (Simon) , propriétaire actuel.
Pendant 15 ou 20 ans , le premier étage de cette ancienne maison a été occupé par la bibliothèque de la ville. Le savant et sympathique bibliothécaire, M. Charles Laindetde laLonde, y avait son logement. Qui de nous (je parle de tous ceux qui aiment les livres), n'a connu et apprécié cet homme distingué , cet aimable érudit? Quant à moi, je ne saurais oublier avec quelle obligeance affectueuse^ il a guidé mes premières recherches sur l'histoire de Toulon. Et quel maître dans l'art de bien dire^ quel causeur agréable! J'ai toujours eu , je l'avoue , un penchant très vif pour la so-
' • Un arrêt qui inU'r\inl sur noire requête , fit cesser riiumiliante obligation qui résultait d'une délibèratioi prise, depuis 70 ans, par le corps des maîtres maçons > laquelle assujettissait au laiement des droits de i p. O/q le montant de tout les ouvrages de maçonnerie que la «communauté faisait construire à renlreprise. • (llapport lu au conseil municipal par M. de Yilleblanche, le 28 décembre 178i.)
ciétédes vieillards instruits et communicatifs; mais je n'ai jamais écouté personne avec plus d'intérêt que ce digne et spirituel ami, qui avait beaucoup lu, beaucoup vu et beaucoup retenu. Des plumes aussi dévouées , mais plus exercées que la mienne ont raconté sa vie utile et sans reproche. Je n'ajouterai donc rien à ces quelques mots de souvenir , renvoyant le lecteur à la charmante biographie émue et vraie, publiée par M. Pietra*, et au discours, vraiment remarquable^ prononcé sur sa tombe par M. Audemar, alors maire de Toulon '.
Le Couvent des Pères de La Merci.
Sur l'emplacement occupé aujourd'hui par les trois petites maisons n^^ 2 , 3 et 4 , situées derrière l'hôtel de la préfecture , et par la grande maison de M. Adrien Bourgarel , formant l'angle du Champ de Bataille et de la rue Royale , s'élevait autrefois le couvent des Pères de Notre-Dame de La Merci.
Les Pères de La Merci , voués ù Tceuvre de la rédemption des captifs, étaient venus à Toulon, en 1646. Accueillis avec empressement par la population , ils avaient obtenu de la municipalité la concession d'un ancien hôpital, dit de Saint-Lazare ou de Saint-Ladre,
* Silhouettes Toulonnaises. (Progrès du Yar, du^ mars 1870.) ' M. Charles Laindet de la Londe , est mort le 23 octobre 4869.
PLACE d'armes. 83
situé près du pont de TEygoutier et s'y étaient installés *. Mais, pendant le siège de 1707, cet édifice ayant été démoli pour les besoins de la défense , ils furent obligés de rentrer en ville , et comme ils n'avaient pas d'asile , Tévcque mit à leur disposition la plus grande partie du palais épiscopal , où ils demeurèrent pendant plusieurs années; ce ne fut qu'en 1719, qu'ils vinrent s'établir sur le Champ de Bataille. Ils construisirent leur couvent sur l'emplacement de trois maisons appartenant, l'une , à M. le comte de Sabran • et les deux autres à M. François Aguillon •.
^ a Noos , Jean Garnier , Antoine Martiny et Antoine Gavot , consuls <1e la ville de Toulon attestons que le 13 mars 1646, suivant délibération du conseil de la commune , et ayant été très nécessaire et utile d'établir dans la ville les RU. PP. de N -D. de la Merci, de la rédemption des captifs chrétiens, pour être la plus grande partie du peuple adonnés et sujets à la navigation, dont aucuns tombent bien souvent dans les mains d< s Turcs, qui les font esclaves et les traitent fort mal , nous être transportés le même jour à la maison St Lazare, et aurions mis ( t installes les HR PP. en l;i réelle et actuelle possession de la dite maison , église et jardin , pour y d<»meurer et exercer le ministère de leur ordre, et faire les fonctions du rachat des esclaves chrétiens et captifs » (Arch. Série BB art 59 fui. 116.)
• « Dame Claire Dasque, épouse de messire Nicolas de Sabran, des comtes de Forcalquier , capitaine de vaisseau , vend aux RR PP. de la Merci , une maison au Champ de Bataille, et la même qui lui a été donnée en collocation en qualité de créancière de Julien Sénéquier , moyennant 2,800 livres. » (Acte du 3 août 1719.)
' • Le sieur François Aguillon vend aux Pères de La Merci , moyennant 18,400 livres, deux maisons situées au quartier neuf, une , faisant coin au Champ de Bataille , et une autre jointe à «elle- ci ; lesquelles furent bâties par le sieur César Aguillon son père , qui acheta le terrain de M de Vauvré ,
84 LKS RUES DE TOILON.
Dans ce nouvel établissement, comme dans leur ancien couvent, les religieux de La Merci n'eurent qu'une seule pensée , qu'un seul objectif, racheter le plus grand nombre possible d'esclaves chrétiens. Et, malgré les dangers auxquels ils étaient sans cesse exposés , malgré les plus cruels traitements que les Turcs leur faisaient subir*, au prix même de leur liberté, ils poursuivaient l'œuvre admirable du rachat des captifs et méritaient le beau titre des Pères rédempteurs que le peuple leur avait décerné.
Quelle émouvante histoire n'écrirait-on pas avec les traits de dévouement accomplis par ces courageux missionnaires ! Combien de mères désolées vinrent tour à tour , dans le couvent du Champ de Bataille , implorer leur secours, et combien en sortirent consolées ! car , ces religieux, vraiment animés de l'esprit de charité , parvenaient toujours à briser les fers des malheureux qu'on leur signalait, dussent-ils les remplacer eux-môme dans les bagnes. Le fondateur du couvent de Toulon , le R. P. Brugières leur en avait donné l'exemple. Retenu en otage à Alger , en 1644 , il y était encore en 1647, quand le roi Louis XIV
intendant de la marine , par contrats des :26 n a s li>96 , 3 janvier 1<»97 et 3 mai 1699, not Arnaud. > (Arte du 9 juin 1717.)
* I Qu( Iques menus giMis de la populace , lisons nous dans le compte rendu d*une mission des religieux de cet ordre, les traitaient avec outrage , les poussant et tirant par leurs habits , leur crachant au visage, et entreprenant de leur arracher les poils de la barl)e. * Récit rériiahU . etc Uevue
DE MaRSHII.KE et DE PROVENCE . p 525.
PLACE d'armes. 85
adressa la cireulaire suivante à tous les évêques, pour obtenir, de la charité des fidèles , la somme nécessaire à son rachat.
« Les religieux de Notre-Dame de la Merci, disaitil , firent une rédemption en Tan 1644 , dans la ville d'Alger en Barbarie, d'où ils retirèrent et menèrent en notre ville de Toulon 184 français, mes sujets, desquels 53 avaient été pris sur un vaisseau de mon armée navale , et^ parce que les dits religieux n'avaient en main la somme requise pour le rachat d'un si grand nombre d'esclaves, ils laissèrent en otage au dit Alger un de leurs religieux , nommé le P. Brugières , pour la somme de 37,500 livres, laquelle n'étant encore payée, les Turcs d'Alger font souffrir beaucoup de tourments au dit religieux, pour la délivrance duquel j'ai cherché plusieurs moyens. Mais comme il n'en a pas été proposé de plus facile que de permettre une quête extraordinaire par toutes les villes de mon royaume , je vous écris celle-ci , par l'avis de la reine régente madame ma mère , pour vous dire que vous avez à faire exhorter, par les curés et prédicateurs, les peuples de votre diocèse , de contribuer à cette bonne œuvre , m'assurant de votre piété que vous contribuerez de tout ce qui dépendra de vous pour faire réussir la délivrance de ce bon religieux. »
M. le docteur Lambert, dans une excellente notice intitulée : Uœuvre de la rédemption des captifs à Toulon , s'étonne, avec raison, qu'on ait attendu trois ans pour s'occuper de la délivrance du père Brugiè—
res *. Cet oubli estcrautant plus singulier que, parmi les esclaves rachetés , se trouvaient un grand nombre de marins , appartenant à « l'armée du roi » et qu'à cette époque , malgré le désordre des finances , la France payait cent millions d'impôts % sur lesquels Louis XIII aurait bien pu prélever , sans recourir à une souscription publique, 37,000 livres, pour délivrer le père Brugiôres.
Pendant longtemps, l'œuvre de la Merci recueillit assez d'aumônes pour effectuer de nombreux rachats; mais, ensuite , la charité privée , excitée par d'autres malheurs plus voisins et plus pressants en quelque sorte , s'éloigna des pères rédempteurs pour secourir les pauvres qui étalaient leur misère dans les rues. D'autres établissements , récemment créés et ayant l'attrait de la nouveauté, appelèrent à eux les ressources de la charité ; le bureau de la miséricorde, notamment , fondé vers le milieu du XVIII® siècle, eut bientôt des revenus suffisants pour faire construire un hôpital et une chapelle; il centralisa presque tous les secours et reçut même des legs ayant pour objet la rédemption des captifs. D'ailleurs, l'initiative privée avait plus d'énergie et plus de ressources ; des assurances maritimes s'étaient formées pour racheter les
* Revue de Provence. Année 1864.— L'uîMvre de la rédemption des captifs à Tuulon.
' FoRBONWOis. — Rechercl^es sur les finances de la Fraice depuis iSQSjusqtien I72i T. i,p. 200.
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navigateurs , qui tombaient au pouvoir des Algériens. Les pères de La Merci comprirent qu'ils n'étaient plus d'aucune utilité à Toulon , et n'hésitèrent pas à céder leur couvent à la marine, en échange d'une petite pension viagère, qui leur permit de finir leurs jours dans le repos et la prière. — La pension du commandeur de l'ordre, le R. P. Joseph de Beaussier, fut fixée, comme celle des autres religieux , à 400 livres *.
Leur couvent servit d'entrepôt pendant quelques années; mais quand les grands établissements , que l'on construisait dans l'arsenal , furent terminés , la marine céda cet édifice à la municipalité , sous la condition, parcelle-ci, de démolir l'église que l'on essayait d'élever sur le Champ de Bataille depuis près de 80 ans.
Dès que l'administration municipale eut pris possession de l'ancien couvent des pères de La Merci , elle s'empressa d'y installer les Carmes déchaussés et d'offrir le couvent de ces derniers aux pères Capucins, qui venaient d'être expropriés à leur grand regret.
* * Le 3 août 1773, M de Guendreville , iniendaiil de la marine , agissant en vertu d'un arrêt du conseil d Ktat du i®' juillet, passa, au nom du roi, avec les religieux de la Merci , un acte par lequel ceux ci lui cédèrent , en retour de 400 livres de pension viagère pour les 7 pères et de 200 livres pour le frère , qui composaient en ce moment la communauté , leur église , maison et dépendances, i {Uceuvre de la rédempiion des captifs à Toulon par le docteur G. Lambert).
MAISON iV 9. •
En 1707 , nu moment où venait d'être cn'^ée la place d'Armes, la maison n° 9 appartenait à M. Josué de Simonet de la Grossiniùre, capitaine de vaisseau % qui l'habitait avec sa femme, Anne de Grion. — Leur fille, Anne de Simonet, épousa, le 10 août 1726, M. Annibal de Chabert, officier de marine, fils de Gaspard de Chabert , lieutenant de vaisseau et de demoiselle Jeanne de Burgues.
Annibal de Chabert de Burgues (il avait ajouté ù son nom celui de son beau-pére) , mourut le 11 octobre 1744 , d'une fièvre épidémique , qui faisait les plus grands ravages à Toulon '. Il laissa un fils : Michel Annibal de Chal)ort de Burgues , co-seigneur de Léry, qui épousa M"^ Anne Marguerite Chapelle.
De ce mariage sont nées trois filles : 1^ MarrjuoritCy qui apporta en dot A son mari , Charles-Marie Vidal ^
* Los maisons ir* G, 7 el 8 ont leur c:ilr o priniipnlo diiis la rue Royale.
* Il fui nomme gouverneur do la ville de Castellane, le II août 1711. (Arch. comm., pa;)iers de famille . art. 11».
' En annonçant au Minisire de la marine, le 13 octobre !7M , que cet officier êlail mort dos fièvres régnantes, M. Levassourde Villeblandic , intendant de la marine, lui disait : « Ceux qui n'rn meurent pas ont des crnval»'Sfeno(s très loni;uos. les lr«>is quarts <le la \ille en ont ( té affîij^és (Vrchivts de la prêf rture maritimo. >
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la seigneurie de Léry; 2^ Afa/v>, mariée le 26 juillet 1773, à M. de Venel, lieutenantde vaisseau; 3^ *Soy)/2f>, qui légua la maison n^ 9, le 28 octobre 1851 , à M. Vidal de Léry , général de brigade , son neveu , à M'^« de Venel , sa nièce , et à M. le baron Godinot , son petit neveu; lesquels l'ont vendue , le 9 avril 1857, à M. le docteur Turrel.
En résumé , cette maison est restée dans la même famille pendant un siècle et demi. C'était l'usage, avant la Révolution , de ne pas aliéner les biens patrimoniaux; nous en rencontrerons de nombreux exemples dans les autres rues.
La maison n^ 9 mérite d'être signalée à un autre point de vue; elle a été le berceau d'un peintre de grand mérite, qui fait honneur fi notre ville : M. Charles Emile Vacher DE TouRNEMiNE y estné enl814.
Le Musée deToulon possède une des œuvres les plus estimées de M. de Tournemine : un très beau paysage qui a figuré, à l'exposition de 1865, sous ce titre : Rue conduisant au ba^ar de Chabran-el-Kebir.
Il n'est pas hors de propos déconsigner ici l'opinion émise sur les œuvres de notre compatriote, par M. Ernest Chesnau , le savant critique du Constitutionnel. « Je ne connais pas beaucoup de tableaux plus aimables , plus agréables à regarder et à posséder , écrivait-il le 15 juin 1865, que ceux de M. de Tournemine. On ne se fatigue point de les voir, parce que le peintre, amoureux de son art , jette à profusion dans ses œuvres une multiplicité , un fourmillement de détails
d'une exécution spirituelle, qui soutiennent et retiennent l'attention. L'impression de ces paysages d'Orient est toujours vivace et toute pleine d'émotions gracieuses, on sent , en présence de ces toiles, ce que le peintre a senti en présence de la nature, et c'est là le privilège de l'artiste intelligent et conscient de ses propres émotions , il nous impose comme une réalité les transformations que subit le réel ù travers son imagination. »
La maison n^ 10 a presque toujours été possédée ou occupée par des officiers de marine. En 1707, elle appartenait à la veuve d'un officier supérieur , M'"*^ de Ligondôs, qui l'avait louée à M. le commandeur de Bethune de Selle , filleul de Louis XIV '.
Depuis 1759 , jusqu'à la fin du siècle , cette maison demeura dans la famille des de Cuers de Cogolin , qui a fourni à la marine de nombreux officiers de plume * et d'épée. Après la Révolution, elle a appartenu, il est
^ Propriétaires actuels : les héritiers de M. Barry , lieutenant de vaisseau • Dénombrement de la population , effectué en 1707. Reg. CC 50. fol. 289.
Histoire de Vordre de Saint-Louis par Mazas et Théod. Anne T. 2, p/l(»8. ' Avant la Révolution, on appelait ainsi les employés et officiers du corn
roissariat de la marine.
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vrai, à un négociant, M. Louis Cadiôre, mais la marine y avait ses grandes entrées. M'"*^ Cadière , femme très aimable et très galante, avait un faible particulier pour les jeunes officiers , qui remplissaient ses apparments du matin au soir. Affligée d'un énorme embonpoint * , elle sortait peu et recevait volontiers. On faisait la partie chez elle.
La chronique s'occupa beaucoup de cette dame , dont le nom rappelait d'ailleurs un procès scandaleux. Son mari était le neveu germain de la trop célèbre Catherine Cadière, qui accusa le père Girard, supérieur des jésuites , de l'avoir ensorcelée *.
MAISON N» il ».
Réédifîée depuis un an, cette maison, si bien divisée, si fraîchement décorée, ne rappelle en rien la très modeste demeure de l'humble famille de travailleurs, qui la posséda pendant plus d'un siècle. — Pierre Aycard , maître poulieur en était propriétaire en 1698 ;
* • Vous riez à Taspect de celle femme énorme € D'un vaste monument . ruine trop informe. •
(Galerie des Dames de Toulon M* de 1809.) * Le père de Catherine Cadière possédait la maison située rue Royale n^ 81, qui appartient encore aujourd'hui k M™» Saurin , héritière des MM. Cadière. V. celle ir.aison pour les détails du procès. ' Propriétaire actuel: M. Victor Fauchier.
son fils , son petit fils et son arrière petit fils , tous poulieurs ou charpentiers y demeurèreht. Elle était indivise , en 1770 , entre Alphonse Aycard , charpentier et la veuve de Julien le poulieur. Le fils de cette dernière, Louis Julien , maître charpentier , y mourut le 19 mai 1804.
Vers les derniers temps de sa vie , M. Louis Julien avait acquis une certaine fortune ; il était consul général de Gênes et vivait fort honorablement. Son fils , Claude-Nicolas Julien, élevé avec soin fut un homme distingué. Il est mort, le 28 décembre 1852, âgé de 89 ans , dans la maison située sur la place Blancard , où est aujourd'hui la librairie Monge et qui appartenait à M"^® Julien, fille de M. Pons Arnoux , pharmacien de la marine.
MAISONS N°« 42 ET 12 (bis).
L'emplacement de ces deux maisons était occupé autrefois par des greniers à sel. M^^ de Bideau , veuve d'un officier de marine , qui en était propriétaire en 1728, possédait, en outre, la grande maison de la souspréfecture (rue Royale n° 51), dont le jardin , situé dans la rue Possel , venait joindre la cour et les dépendances de l'immeuble du Champ de Bataille.
' Propriétaires actuels : MM. de Mérona et Vincent.
PLACE d'armes. 93
L'ouverture de la petite rue.Possel remonte à cette époque. On l'appela d'abord la rue de la Gabelle du sel *, et , plus tard^ quand le jardin et la maison de la sous-préfecture devinrent la propriété de M. dePossel , commissaire ordonnateur de la marine •, on lui donna le nom de cet administrateur.
M. le contre-amiral Duquesne et ses héritiers possédèrent les greniers à sel, depuis 1759 jusqu'à la Révolution. Le 9 prairial an XI, le citoyen Pierre-Michel Ravel , aubergiste^ s'en rendit acquéreur et les revendit, le 2 mars 1807, à M. le comte Edouard Thomas de Burgues de Misslcissy ^ alors contre-amiral.
M. de Missiessy , qui naviguait et qui vint ensuite occuper à Toulon les hautes fonctions de préfet maritime, ne prit pas grand soin de cet immeuble, dont une partie servait de corps de garde à l'état-major de la place ; l'autre partie était louée à tous les saltimbanques de passage.
Ce ne fut que vers la fin de sa vie , en 1834, que M. le vice-amiral de Missiessy songea à tirer parti de ce grand emplacement. Il y fit bâtir deux maisons, qui étaient à peine achevées, lorsqu'il mourut , âgé de 80 ans, le 24 mars 1837.
L'une de ces maisons, portant le n*^ 12, appartient à M. Tissot de Mérona , petit fils , par sa mère , de l'amiral de Missiessy.
' V. leKi'K. du cadastre ili' 17i8 fo'. 215 ' V. Hue Hoyaie , mais m n^ ol.
La maison n° 12 l)is a été vendue en 1841 , à M. Tingénieur Antoine Vincent, parla seconde fille deTamiral, M"^® Jeanne-Marie de Missiessy , épouse de M. Rivoire , comte de la Tourrette.
Ces deux maisons, quoique appartenant à deux propriétaires différents , sont encore réunies en grande partie. Ainsi les magasins sont loués à M. Moulard, restaurateur, et le deuxième étage des deux maisons est occupé par le cercle de la Méditerranée.
Fondé depuis très peu d'années, ce cercle compte déjà plus de 300 membres *. Il est installé si non avec luxe, du moins avec beaucoup de confortable. Ses fondateurs ont fait une large part à la bibliothèque et ont prouvé leur bon goût littéraire par Texcellent choix des ouvrages qui la composent.
Le président du cercle de la Méditerranée, où règne la plus parfaite cordialité , est lui-même un des hommes les plus sympathiques de Toulon. M. Jordany, très connu et très aimé , relève par un esprit charmant Taustérité de sa profession.
MAISON Ko «3 2.
La maison n^ 13, où nous voyons depuis longtemps déjà un magasin de musique, a été construite vers
* Sa fondation remonte à Tannée 1864. 11 a été successivement présidé par MM. Gras , Bourgarel et Jordany
* Propriétaire : M"« veuve Courier, née Delacquis.
1698, par un maître forgeron, le sieur Pierre Escallon; le fils de ce dernier la vendit à M. Turc , négociant , et aujourd'hui encore l'arrière petite fille de M. Turc , en est en possession*. — Cette maison, depuis 174 ans , n'a donc appartenu qu'à deux familles. Dans un siècle combien de fois aura-t-elle changé de propriétaires ? Nous sommes loin de l'époque où l'enfant aimait à vivre là où son père avait vécu , dans la maison où il était né lui-même, où chaque pièce, chaque meuble lui rappelait un souvenir personnel ou une tradition de famille.
Avant d'être affectée à des bains publics , la maison n*^ 14 était une charmante habitation, avec cour et jardin, que M. de Riez, procureur du roi à la prévôté , s'était fait bâtir en 1698; après lui , elle fut successivement possédée par M. d'Honoré , capitaine de vaisseau, M. Jeoffroy , directeur des fermes et MM. Lambert et Bouquet , officiers de marine. — M. Caillemer,
* M. Turc , négociant , eut un fils , ju{;e royal, dont il sera parlé à la rue de TArsenal n« 31. Le fils du juge laissa la maison du Champ de Bataille à sa fille Marguerite Geneviève, qui épousa, le 6 nivôse an XI M. Aimé Delacquis . médecin. La pro|)riétaire actuelle est la fille de ce médecin.
* Propriétaires : les héritiers de M. le curé Richard.
commissaire général de police, l'acheta de ce dernier , le 18 avril 1813.
M. Caillemer était venu à Toulon , en 1803; il avait remplacé un M. Péward, qui n'avait pu s'entendre avec les autorités municipales.
M. Pérard était un de ces terribles gardiens delà tranquillité publique, qui font plus de bruit que de besogne et qui^ sous prétexte de ramener Tordre dans l'Etat, mettraient volontiers tous les citoyens sous les verroux. Le caractère de ce fougueux fo:îCtionnaire se révèle tout entier dans une lettre qu'il écrivit , le 12 janvier 1801 , au maire de Toulon , M. Martelli Gliautard , pour lui signaler plusieurs vols et se plaindre de la négligence apportée ))ar la garde nationale dans le service de la sûreté pul)lique.
« Citoyen maire , lui disait-il^ je vous ai dit et redit à l'ennui, je vous ai répété hier que si vous ne vouliez pas veiller à la sûreté de vos concitoyens , en vous conformant aux lois sur la garde nationale, il arriverait nécessairement des malheurs. — Vous ne m'avez pas écouté et vous avez continué à encourager la négligence : — Les malheurs prédits arrivent. — Avant hier , un voleur s'est introduit rue Cicéron (rue des Beaux Esprits)^ dans la maison Déchainet; cette nuit, on a dévalisé entièrement un magasin rue de l'Egalité (rue de l'Intendance).
« Je n'ose croire que quelque raison particulière vous ait déterminé à favoriser ces événements affreux, mais je ne puis vous laisser ignorer que vous en de-
venez le complice , par votre mauvaise volonté. — Si demain , je n'ai pas de vous une réponse à mes sollicitations, si vous ne faites pas enfin ce que vous devez pour la sûreté de vos concitoyens , si vous persistez h abandonner leur propriété à la rapacité des brigands , je vous préviens que je vais vous dénoncer au gouvernement , ù la France entière , et particulièrement aux habitants de cette malheureuse commune. — Pérard.»
Avec un pareil homme, les conflits ne pouvaient que se multipher, et ^ en effet , il en faisait naître un ou deux chaque jour. « Je vois avec une nouvelle peine, — écrivait le Préfet du Var, M. Fauchet, ù M. Martelli- Chautard, le 2 février 1801, — les altercations qui s'élèvent journellement entre vous et le commiss;ûre général de police. Votre lettre, du 9 pluviôse , me fait pressentir que l'évasion des détenus si elle avait lieu , devrait lui être imputée; de son coté , il rejette tous les risques sur votre responsabilité. »
Les relations entre le maire et le commissaire général continuèrent ù être des plus désagréables. Voici , entr'autres une lettre de M. Pérard , qui est un vrai modèle d'impertinence :
« J'ai reçu , citoyen maire , votre invitation à nos concitoyens, et je l'ai revêtue de mon visa.
« Recevez mon compliment sur l'attention que vous avez eue de vous occuper de ce qui me regarde , et d'ordonner ce que je fais faire journellement.
« Ce soin , étranger à vos fonctions et ù vos devoirs me fait espérer qu'un jour vous vous donnerez la peine
de vous occuper un peu des vôtres , et , sous ce rapport, j'en ressens une véritable satisfaction.
« J'ai rhonneur de vous saluer. Pérard. » *
M. Martelli Chautard^ ancien chef d'escadre , possesseur d'une grande fortune et très lié avec le Préfet du Var , mit tous ses amis en mouvement pour se débarrasser de M. Pérard. Il y réussit. Un mois après, on lisait , en effet , sur tous les murs de la ville un avis annonçant le départ de ce fonctionnaire *.
Une partie des attributions du commissaire général fut conférée au maire , mais le préfet se réserva les questions politiques. « Tout ce qui tend à former l'esprit public et à diriger l'opinion , écrivait-il ù M. Martelli-Chautard , est de mon ressort, j'ai délègue à cet égard mes pouvoirs au sous-préfet de Toulon , qui me représente dans Tordre administratif '. »
Le gouvernement qui s'aperçut sans doute que le sous-préfet, M. Senès^ n'était pas apte « à former l'esprit des Toulonnais y>, ni a diriger leurs opinions dans la bonne voie , ne tarda pas à nommer un nouveau commissaire général. Le 11 thermidor de l'an XI de la République, à dix heures du matin, M. Charles- François-Louis Caillemer était installé , en cette qualité^ par le conseiller d'Etat , préfet maritime , en pré-
Lettre (lu 21 mai 1801 . Archives modernes.
Arrêté du 10 messidor an IX ,30 Juin 1801), (archives communales).
Lettre du 22 Juillet 1801.
PLACE d'armes. 99
sence de toutes les autorités civiles, judiciaires et militaires de la ville *.
M. Caillemer ne ressemblait en rien ù M. Pérard. Il était calme et réservé , très sévère quand il s'agissait d'un délit politique ; mais toujours poli et bienveillant. D'ailleurs son pasjsé honorable prévenait en sa faveur : successivement bailli du duc de Coigny , député aux états du Contentin, juge au tribunal de cassation, grand juge ù la haute cour nationale d'Orléans , président de l'administration départementale de la Manche, et enfin élu membre du conseil des anciens (germinal an VII), il était entré au tribunat le 4 nivôse an VIII , et s'y était fait remarquer par ses travaux et par l'indépendance avec laquelle il avait combattu le projet du code civile présenté par le gouvernement. Cependant le premier consul ne lui en avait pas tenu rigueur, puisqu'il l'avait nommé au poste très important et très rétribué de commissaire général de police.
Les commissaires généraux étaient^ ù cette époque , des personnages considérables; ils avaient en main des pouvoirs en quelque sorte illimités. M. Caillemer n'était pas homme à en abuser , mais il n'hésitait pas à s'en servir quand il croyait que « la sûreté de l'Etat » l'exigeait. On cite plusieurs exemples de citoyens trop remuants, qui disparurent subitement et dont on n'entendit plus parler pendant de longues années. Un an-
^ V. aux archives , l'affiche qui fut placardée ie même jour dans toutes les rues.
cien fonctionnaire, qui porte vaillamment un grand nombre d'années et qui a connu M. Caillemer, me racontait dernièrement comment s'y prenait ce commissaire général, pour se débarrasser d'un adversaires de son gouvernement. »
M. B... avait alors une vingtaine d'années. Il se promenait sur le Champ de Bataille avec un aspirant de marine et un sous-lieutenant de hussards , nommé Boisquet, qui avait manifesté, dans quelques circonstances, un certain mécontentement; il disait, sans trop se gêner, ce qu'il pensait de l'Empereur, à propos des dernières guerres; mais , en somme , ce n'était pas un conspirateur , et ses jeunes compagnons de plaisir , flânant avec lui, sous les fenêtres des dames de leurs pensées , étaient bien loin de s'occuper de politique , lorsque M. Caillemer, sortant de chez lui, (il demeurait avons nous dit, dans la maison n° 14), s'approcha d'eux et, frappant sur l'épaule du sous-lieutenant de hussards le pria, avec un aimable sourire, de le suivre dans son cabinet. — M. B. . . et l'aspirant de marine attendirent en vain le retour de leur ami. Après une heure de promenade^ ils se séparèrent avec l'espoir de se trouver tous réunis le soir chez l'un d'eux. Mais la soirée se passa et la journée du lendemain , sans qu'il leur fut possible de rencontrer M. Boisquet. — Très inquiet sur le sort de ce jeune officier , M. B. . . eut la pensée de prier son père , qui était reçu chez le commissaire général, de lui demander des nouvelles de M. Boisquet que l'on n'avait plus revu , depuis le moment où il
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l'avait appelé dans son cabinet. M. Caillemer lui répondit que ce jeune homme causait trop volontiers , et que , dans son intérêt, il l'avait envoyé au fort Lamalgue , où il aurait le loisir de parler politique avec les murs de sa petite chambre , sans troubler l'esprit des paisibles Toulonnais , qui ne demandaient qu'à vivre en paix sous le meilleur des gouvernements. Du fort Lamalgue, Boisquet fut expédié en Corse, et y demeura sous la surveillance de la police jusqu'à la Restauration *.
La jeunesse toulonnaise se tint pour avertie , elle évita d'appeler l'attention de ce grave fonctionnaire qui, sans éclat, simplement, en faisant un signe, pouvait vous envoyer à cent lieues, ou vous faire enfermer dans un fort, quand il le jugeait à propos, dans l'intérêt de S. M. l'empereur et roi. Mais il faut ajouter, pour être juste, que ces arrestations arbitraires étaient rares et que M. Caillemer n'y mettait aucune passion personnelle. C'est ce qui explique l'estime générale dont il jouissait, tout en inspirant une certaine terreur. Les anciens Toulonnais n'ont pas oublié avec quel respect empressé, dans lequel se mêlait peut-être un sentiment de crainte , tous les passants saluaient M. le commissaire général ; les boutiquiers eux-mêmes , venaient sur le seuil de leurs portes pour avoir
^ J'ai entendu raconter qu« le même commissaire général avait envoyé au fort Lamalgue un ecclésiastique , M. labbé Desmazures , qui avait fait , en chaire, une critiqua trop sévère des actes du gouvernement.
riionneur de lui présenter leurs devoirs; ils étaient bien aise de demeurer en bons termes avec le représentant de S. M.
M. Caillemer s'était créé quelques amitiés fort honorables; il avait été reçu membre de l'académie de Toulon, et il en était président en 1813. L'année suivante , quand la loi du 10 avril , eut supprimé les fonctions de commissaire général , il écrivit au maire , M. Trulet, une lettre, qui témoigne des bonnes relations qu'il avait su conserver avec les autorités municipales : «je ne quitterai point Toulon , lui disait-il , sans aller vous exprimer, Monsieur le Maire, combien les relations que j'ai eues avec vous m'ont été agréables, combien je vous serai toute ma vie attaché, parce que j'ai été a portée d'apprécier vos excellentes qualités. Au reste , l'absence que je vais faire ne sera que momentanée , puisque je laisse ma famille et qu'il faudra bien que je revienne la chercher^ si je ne me détermine à fixer mon séjour en Provence *. »
M. Cailleirier ne donna pas suite au projet qu'il manifestait dans cette lettre; appelé bientôt à d'autres fonctions , il ne revint plus à Toulon *. Il vendit sa
' Lettre du 22 avril 1814.
* Pendant les cent jours, il fut un des sept lieutenants généraux de police institués par le décret du 28 mars 181.5— La restauration lui offrit une place de conseiller à la Cour de cassation, dont il avait déjà fait partie en 4791 ; il refusa et se fit modestement inscrire au tableau des avocats près le tribunal de 5aint-LÔ (Manche).— Ce ne fut qu'en 1830 , qu'il consentit à accepter du gouvernement de juillet le titre de juge de paix du canton de Tessy. A8i
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maison du Champ de Bataille ;, le 18 août 1814 , h M. Antoine Perret , qui la Cf'^da, trois ans après , le 15 décembre 1817, à M""® Henriette Claire Chautard, épouse de M. Jean-Baptiste Richard.
Cette maison a été ensuite habitée par M. le général baron de Beurmann * , qui fut maire de la ville de Toulon pendant 6 ans , du 20 septembre 1840 au 20 septembre 1846; il mourut le 11 octobre 1850.
Le général avait un fils^ Joseph de Beurmann, qui publia , en 1836 , étant capitaine du 55® de ligne , un Traité sur l' infanterie légère '. Ce petit ouvrage rempli d'idées ingénieuses et pratiques, valut ù son auteur les félicitations du général Schramm, directeur du personnel au ministère de la guerre, mais on ne songea pas à lui donner de Tavancement; vingt ans après , il était encore capitaine. Je serais tenté de croire que^ loin de lui être profitable, cette publication fut la cause indirecte de Toubli dans lequel on laissa ses longs services. Très souvent^ les fonctionnaires civils ou militaires qui livrent leurs travaux à la publicité, sont mal vus et mal notés. Ce n'est pas, assurément, le moyen de relever le niveau de l'instruction dans l'armée ni dans les administrations civiles; mais.
ans, il occupait encore crue humble magistrature. Il mourut dans le courant du mois d'octobre 1843. — Il était né , le 15 novembre 1757, à Carentan (Manchet
' Jean Ernest de Beurmann , né , le 25 octobre 1775, à Strasbourg.
* Paris Anselin, lil)raire. 1836. 1 vol in-3t.
Tusagele veut ainsi. Beaucoup de chefs d'administration sont môme persuadés que , si leurs employés étaient trop instruits , le service en souffrirait.
Le 11 avril 1781, MM. de Villeblanche , Bourguignon et Caire, maire et consuls de Toulon, qui étaient parvenus^ non sans peine^ à faire concéder à la ville le couvent des Pères Capucins , faisaient connaître à leurs concitoyens, par la voix du crieur public, que les terrains disponibles, provenant de ce couvent et de ses annexes , seraient exposés aux enchères le 23 avril et les l®*" et 10 mai suivants.
Aux jours indiqués , et en présence de M. Laugier subdélégué de l'intendant de Provence, les terrains situés sur la place d'Armes, entre les rues St-Louis et St-Sébastien , furent adjugés , après diverses enchères, à M™« Joyeuse de Lépine et à MM. Romain , Baudin, Manche, La Poype de Vertrieux, d'Evant et de Pézénas , qui avaient fait les offres les plus avantageuses. L'adjudication eut lieu au prix moyen de 80 livres la toise carrée; cependant, le premier lot , à
' Cette maison , qui portait autrefois le n^ 15 sur la place d'Armes , a son. entrée, aujourd'hui, dans la rue Saint- Louis ; elle est possédée par M. Thouron notaire.
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cause de sa situation à Tangle de deux rues, (place d'Armes et rue St-Louis), fut poussé jusqu'à 100 livres la toise , et resta à M""® Joyeuse de Lépine , qui acquit ensuite la petite maison voisine, portant len° 1 bis de la rue St-Louis.
Tous les acquéreurs furent soumis aux mêmes conditions. générales : 1^ construire immédiatement; 2^ se conformer au plan dressé par M. Sigaud , architecte de la province, et approuvé par délibération du conseil du 21 avril 1781 ; 3^ faire piloter les fondations dans le cas où la nature du sol l'exigerait ; 4** ne donner h chaque maison qu'une profondeur de neuf toises, entre l'alignement de la rue du Champ de Bataille et celui des cours intérieures ; sauf à ne pas occuper la totalité des 9 toises , mais sous la condition expresse de ne pas dépasser cette profondeur, indiquée du reste par une ligne rouge sur le plan d'alignement *.
De leur côté^ les acquéreurs exigèrent, de la municipalité, la promesse formelle de ne placer qu'une seule cloche sur l'église en construction. Le conseil ne fit aucune difficulté pour prendre cet engagement : « l'assemblée, considérant que le désir des acquéreurs sur cet article , se concilie très fort (lisons-nous dans la délibération du 12 mai 1781) avec l'intérêt pécuniaire de la communauté, a unanimement ratifié la réponse déjà faite aux requérants, à Tefifet de quoi elle donne
' Acte de vente du 20 mai 1781 , notaire Girard.
pouvoir à MM. les maire et consuls de souscrire à cette condition dans l'acte de vente. »
D'autres difficultés plus sérieuses surgirent après l'adjudication. Le plan uniforme^ adopté pour la façade^ ne se prétait pas aux différentes combinaisons des acquéreurs. Les uns ne voulaient bâtir que trois étages, d'autres trouvaient les plafonds trop élevés; d'autres , enfin , prétendaient que le couronnement de la façade était trop lourde et que le poids de la construction ferait fléchir le terrain peu solide sur lequel il fallait s'établir.
M. Sigaud, architecte de la province*, auteur du projet, fut chargé par le conseil municipal d'apporter au plan les modifications demandées ; mais , les divers acquéreurs ne s'entendant pas entr'eux, il était impossible de leur donner satisfaction , à moins de renoncer à l'uniformité du dessin , ce qui aurait enlevé à la façade l'aspect monumental que l'administration tenait à lui conserver. Tout ce que l'architecte put faire sans détruire l'harmonie de l'édifice , ce fut de réduire la hauteur du quatrième étage. Quant à la solidité des fondations , il répondit avec raison , que c'était aux constructeurs à prendre les précautions nécessaires pour les asseoir convenablement.
Il y avait , évidemment , dans les critiques adressées au projet de M. Sigaud , une certaine jalousie de mé-
' Ce fonctionnaire désigné par Tlntendant, administrateur génc^ral de la province , résidait à Aix .
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tier ; car l'un des acquéreurs , M. Pierre Romain, était lui-même architecte et l'occasion était trop belle de faire valoir ses propres talents, au détriment d'un confrère, pour la laisser échapper '. Il dut cependant exécuter le plan de M. Sigaud , qui était bien conçu et auquel nous devons la belle apparence de cette partie du Champ de Bataille.
Vers la fin de 1783, toutes ces maisons étaient construites et la plupart d'entr'elles étaient habitées par leur propriétaires. La première maison^ qui porte aujourd'hui le n^ 1 de la rue St-Louis, mais qui s'ouvrait à cette époque, sur le Champ de Bataille, était occupée, en 1790, par M"® Claire de Joyeuse , veuve de M. Jean Denis de Lépine, directeur des vivres de la marine , et par ses deux filles : Sophie et Louise. Cette dernière avait épousé M. le comte Louis Marie de Simony de Broutière , lieutenant de vaisseau, frère de l'abbé Jules François de Simony, qui devint évoque de Soissons.
L'abbé Jules François de Simony , né à Toulon , le 29 juillet 1770, était fils de François de Simony, aide major de la place et de Marie Charlotte d'Astour. Il fut
^ M. Romain fui un d<8 signataires et peut être l'inspirateur d'une protestation adressée à l'intendant, dans laquelle on allait jusqu'à dire que si la marine faisait faire une 4)lantation sur le Champ de Bataille , c'était en grande partie pour atténuer le mauvais effet de cette façade : • Le corps de la marine , autant pour cacher le mauvais goût de ces façades , que pour rendre plus régulière la place à laquelle font face ces maisons , a formé précisément à quatre toises de distance une allée d*arbres qui , dans peu de temps , les couvrira entièrement. • (Archives de l'intendance à Draguignan.)
sacré évoque de Soissons, le 24 avril 1825, et administra ce diocèse pendant plus de vingt ans *.
Ces Messieurs de Simony étaient quatre frères : le comte Louis Marie , époux de M"** de Lepine , mourut en 1816 , étant capitaine de vaisseau. Il n'avait eu que deux filles : Tune, Louise Victoire, était mariée à M. Amédée Louis Henri Joseph de Gantés , seigneur de Roquefure, officier de marine; l'autre, Françoise, épousa, le 15 janvier 1819, M. de Celles de Mon tredon, capitaine d'état-major. Le contrat de mariage fut signé dans le grand salon du premier étage de la maison n^ 15^ en présence de M. le marquis de Castellane La Valette^ contre-amiral en retraite , et de plusieurs autres personnages.
Un autre frère de l'évêque , M. Charles de Simony , jeune officier de marine, à peine âgé de 18 ans , fut tué, le 14 octobre 1793, pendant le siège de Toulon.
Enfin ^ le quatrième frère, M. Louis Victor de Simony , contre-amiral , n'a laissé qu'un fils , le comte Alphonse de Simony encore vivant.
Cette famille est aujourd'hui dispersée. Le comte Alphonse de Simony, a épousé sa cousine , M"® Elisa de Villers et habite le Nord de la France ; le fils de M. de Celles de Montredon, qui a vendu en 1851^ la maison du Champ de Bataille à M. Thouron^ résidait à cette époque à Marseille; l'autre gendre de M. de Si-
' Il mourut à Soissons , le âG février 1849. (Bio^çraphie inédite, n^igée par M Tabbé Grisolle , aumônier de la marine.)
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mony de Broutiere , M. de Gantés est mort , et son fils , le vicomte de Gantés , vit en Algérie^ où il a exercé, pendant plus de 15 ans ^ avec distinction, les fonctions de sous-préfet. Je suis bien persuadé que le jeune fils de ce dernier, élève du lycée de Toulon , ne se doute pas, quand il va rendre visite à son camarade Piétra , qui hal)ite la maison n^ 15, qu'il est peut-être dans la chambre où est née sa grand'mère.
Cette maison ne rappelle aucun souvenir historique. Il semble donc que le chroniqueur n'a rien à y voir. Cependant, l'événement actuel, le fait qui se passe aujourd'hui, sera oublié demain et deviendra de l'histoire dans très peu de temps. Pourquoi ne me serait-il pas permis de le consigner ici ; pourquoi ne donnerais-je pas quelques renseignements, quelques détails biographiques sur les personnes que nous avons connues et aimées et qui , hier encore , étaient parmi nous ?
Est-il sans intérêt, par exemple, de rappeler que la maison n^ 16, a abrité, pendant de longues années , une sainte femme , charitable entre toutes , simple et bonne , qui fit le bien sans bruit , avec discernement et
^ Propriétaire actuel : M. Louis Fauchier.
sans jamais se lasser? Dans la liante société, à laquelle elle appartenait par sa naissance et par sa fortune, elle a passé presque inaperçue^ mais dans les mansardes , d'où bien souvent je Tai vue descendre, on savait qu'elle existait, et quand son petit pas alerte et ferme encore^ malgré son grand âge , se faisait entendre dans l'escalier, les voisins disaient voici la bonne dame ^ qui va porter des secours aux pauvres gens du 5®. — Ce nom de Bonne Dame lui était resté, et, dans les vieux quartiers^ on n'appelait jamais autrement M™® Fauchier, née Deydier de Pierrefeu.
M™^ Fauchier, décédée le 9 novembre 1866 *, était
' c Avant hier , dimanche, lisons nous dans le Toulonnati du 12 novembre 1860, un nombreux cortège accompagnait à sa dernière demeure, M™* veuve Fauchier, née Deydier de Pierrefeu... La femme excellente et distinguée , Toctogénaire vénérée , qui vient de s'éteindre , méritait au plus haut degré cette honorable sympathie. Sa vie a été remplie de bonnes œuvres et de bonnes actions. »
Le Propagateur du Var publia quelques jours après une pièce de vers , intitulée : la Bonne Dame , dans laquelle tout le monde reconnut Madame Fauchier.
Elle était d'illustre maison.
A quoi bon vous dire son nom ? . . .
Rien des gens lignoraient sans doute. .
Le bon riche qu'elle implorait ,
Les 1 auvros qu'elle secourait ,
Sans comptiT ni le temps , ni la route.
Tous rappelaient la Bonne Dame.
Ce bf au nom , la voix populaire , La voix de Dieu le lui donnait ; La bonne dame en plaisantait , Et n'en était jamais plus flère.
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la fille de M. Louis Joseph François Deydier de Pierrefeu , chef d'escadre, et de dame Gabrielle Rosalie Le Blanc de Castillon. — Son grand père, Jean François Le Blanc de Castillon, procureur général au parlement de Provence, fut un des magistrats les plus distingués de nos anciennes cours *. Mais bien qu'elle fut heureuse d'entendre louer l'éloquence de son aïeul , elle avait une prédilection marquée pour un autre membre de sa famille , pour le vénérable évêque d'Ascalon , M^f'' Deydier , son grand oncle paternel , qui fut un des premiers apôtres des missions étrangères V
Elle avait épousé , le 29 janvier 1806, M. Jean Louis Bernard Fauchier , négociant de cette ville , fils de M. Louis Antoine Fauchier et de D"« Marie Madeleine Panon. — Un des messieurs Panon, cousin germain de M. Fauchier , épousa , vers la même époque , M"® Charlotte Thiers, sœur du président actuel de la République •.
Je ne dirai rien de M. Adrien Fauchier , digne fils de la Bonne Dame; il est peu de personnes de notre ville qui ne l'aient connu et apprécié.
^ Biographie de M de Castillon , procureur général de Provence , par M. J. de Séranon Aix. Aubin 1847.
' Biographie de Mgr Deydier , par M. Tabbé Yerlaque.
* Mlle Marie-Charlotte Rosalie-Victoire Thiers, fille de Pierre-Louis- Marie Thiers et de Marie-Claudine Fougasse , n(^e ài Marseille le 21 Juillet 1786 , épousa, le t9 Juillet 1807, M. Jean-Pierre-Félix Panon» né k Toulon , le 10 mai 1781 , fils de Félix- Antoine Panon , bijuutit r , et de Marie-Anne- Suzanne Caron.
M. Beaudin, avocat, archiviste delà municipalité, qui se rendit acquéreur, en 1782, du terrain sur lequel cette maison a été construite, fut une des premières victimes de la révolution de 1789. — Peu de jours après Témeute populaire du 23 mars , dans laquelle il faillit périr ^ les consuls rendirent compte en ces termes de cet événement dramatique :
« Le 23 mars 1789 , nous trouvant assemblés dans rhôtel de ville , avec les délégués des corporations , des citoyens et des paysans^ pour procéder à l'élection des députés de la cité , le peuple remplit peu à peu la salle basse de l'hôtel de ville, l'escalier, la salle joignant celle où nous étions assemblés , et enfin la rue et le quai ; à des rumeurs sourdes succédèrent des cris effrayants , et la population annonça par des injures^ des invectives de toute espèce, le projet affreux de prendre pour victimes le sieur Lantier de Villeblanche, ci-devant maire premier consul, l'un des membres de l'assemblée , et le sieur Beaudin , avocat en la cour, archiviste de la communauté. Pour parvenir à ce double but , les mutins tentèrent de forcer les
Propriétaire actuel : M°>« de Combaud , née Fauchier.
portes du secrétariat et celle de la salle où se tenait l'assemblée.
« Le péril croissant , nous et tous les membres de rassemblée , dans le but de soustraire à la fureur du peuple les deux personnes qu'il désignait, nous les fimes cacher dans une petite chambre dont la porte donne dans la salle où nous étions. Cela fait, reconnaissant que le courroux de la populace était excité par la cherté des denrées de première nécessité , nous lui fîmes annoncer une diminution de prix sur le pain , la viande et l'huile.
a L'annonce de cette diminution fut insuffisante pour arrêter les effets de la sédition. Sans respect pour le lieu , méprisant tous les avis , la populace continua à exhaler sa fureur contre les dits sieurs Lantier et Beaudin, et menaça de se porter aux derniers excès.
« Cependant la porte extérieure du secrétariat fut forcée ; la populace s'introduisit dans la salle de l'assemblée. Elle demanda à grand cris les sieurs Beaudin et Lantier , et refusa de se retirer, bien qu'on l'assurât que ces messieurs n'étaient point à l'hôtel de ville. Quelques soldats du corps de garde de St-Jean étant accourus pour essayer de ramener l'ordre , le peuple les désarma.
« Les mutins ayant soupçonné que les sieurs Lantier et Beaudin pouvaient bien être caches dans la petite chambre, se portèrent avec fureur vers cet endroit, en brisèrent la porte, et en ayant arraché les sieurs Lantier et Beaudin presque mourants , ils exercèrent sur leurs personnes toutes les horreurs imaginables.
Le sieur Lantier s'étant échappé des mains de ces furieux , prit retraite dans le secrétariat , et se cacha dans un petit cabinet masqué par la tapisserie. Quelques-uns de ceux qui l'avaient excédé se portèrent au secrétariat , enfoncèrent la porte du cabinet dans laquelle le sieur Lantier s'était caché , l'en arrachèrent avec violence , le renversèrent par terre , le foulèrent aux pieds et l'accablèrent d'injures et de coups. Les mêmes horreurs étaient exercées sur la personne du sieur Beaudin, qui était resté dans la salle de l'assemblée.
et Cependant , quelques personnes courageuses et honnêtes qui , au péril de leur vie , avaient arrêté en partie la fureur du peuple , parvinrent à enlever les sieurs Lantier et Beaudin; ils les firent monter au haut de l'hôtel de ville et évader par les toits *. »
Pendant ce temps , une autre partie de l'émeute se dirigeait vers la place d'Armes , envahissait la maison de M. Beaudin , la pillait et la démolissait ensuite. « En quelques heures dit l'auteur de V Histoire de la Révolution dans le département du Yar , la maison Beaudin , sise sur le Champ de Bataille , n'était plus même une ruine. Au milieu d'une grêle de cailloux^ on vit sortir des décombres une dame suiVie de sept enfants , c'était madame Beaudin ... V »
^ Procès- verbal dressé, le 6 avril i789 , par les eonsuls , à la requête du Parlement d'Aix. (Hbnry. Histoire de Toulon, T. i. p. 43.)
* H. Lauvergne. Histoire de la Révolution française dans le département du Var. p. 11,
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La maison de M. Beaudin ne fut reconstruite qu'en 1809. Une note mise en marge des registres du cadastre de cette année , fait connaître que l'immeuble vient d'être réédifié et que Beaudin n'est pas riche : « cet homme étant dans un état de disgrâce^ les autorités décideront la manière selon laquelle sa propriété doit être traitée. » On eut égard à cette recommandation , en ne taxant l'immeuble que d'après la valeur du terrain.
M"™« Malaussène Victoire, épouse Sapet, possédait cette maison en 1828; sa fille M"^® Verse , la vendit en 1856, à M'"® Breton , épouse Boisselin. C'est de M*"® Boisselin que M"^ Angèle de Combaud , née Fauchier, l'a acquise il y a quatre ans environ.
Il n'est pas , à Toulon , de maison plus connue que celle-ci. Amiral ou matelot, commissaire général ou magasinier, ouvrier de l'arsenal ou garde chiourme , riche négociant ou marchand au détail, grand propriétaire ou laboureur, chacun y est venu, tour à tour, pendant plus de soixante ans, apporter ses économies, retirer ses revenus , toucher son salaire ou recevoir le prix de ses fournitures. — Il a été compté , dans cette
^ Propriétaire actuel : M. Louis Coulombeau.
maison , occupée successivement par quatre receveurs généraux et aujourd'hui par un banquier, plus d'argent qu'il n'en faudrait pour débarrasser la France de ses envahisseurs.
Au commencement de ce siècle, M. Cagniard s'y installait avec M. Armand, son teneur de livres et plus tard son caissier *. Les premiers, ils établirent à Toulon la nouvelle conîptabilité publique de l'an VIII , que M. le comte Corvetto devait perfectionner en 1816 * et M. de Villelle en 1820.
M. Cagniard conserva la recette générale jusqu'en 1823; il fut remplacé, l'année suivante, par M. le comte Littardi , auditeur au conseil d'Etat , gendre de M. le comte Corvetto, qui avait quitté le ministère des finances depuis quelque temps *.
^ M. Armand fils , qui êlail encore caissier de la Trésorerie générale Tannée dernière , avait succédé à son père en 4823. C'est entre leurs mains honnêtes que tant d<' millions ont passé depuis 00 ans.
• t Un arrêté du 10 novembre 1816, rendu par le ministre des finances , M. le comte Corvetto, fit succéder un modo régulier rt uniforme d'écritures aux méthodes insuffisantes et vaiiables, qui étaient autrefois suivies par cha • que régie financière et par leurs nombreux préposés (Mabouis d'Audiffret. Système financier de la France. T. i. p. 329.)
' M. le baron Nervo rappelant , dans une remarquable étude sur le comte Corvetto, la dernière entrevue du roi avec so« minis're, fait connaître, en ces termes, dansqu.eltes circonstances eut lieu la nomination de M Littardi. « Louis XVIH , entrant dans un détail de famille qui fait un bien grand honneur à M. Corvetto lui dit : t Tant que vous avez gardé le portefeuille • des finances^ vous n*av«z . as voulu me pro;K»ser pour receveur général M. i Littardi. Actuellement , je ne trouverai plus d'obstacle en vous , et je vous
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Bien que M. le comte Littardi nous ait quittés depuis près de 14 ans, et qu'il se soit éteint loin de nous, dans un âge très avancé *, son souvenir est si vivant à Toulon, qu'une biographie n'apprendrait rien à personne. Pendant trente-cinq ans, il a eu des relations avec la population tout entière, et a su gagner l'estime et l'affection de toutes les classes de la société. Son abord aimable et bon , est encore présent à la mémoire de nous tous; il joignait , à une haute distinction^ une charmante affabilité^ qui le faisait aimer surtout de ceux qui avaient besoin de lui. Fondateur et bienfaiteur de plusieurs œuvres de charité, il faisait le bien avec une grâce parfaite. Combien de pauvres familles ont perdu en lui un ami et un soutien !
La sympathie dont il était entouré et qu'il méritait à tant de titres , se manifesta avec une touchante unanimité , en 1848 , quand une crise financière irrésistible le força à suspendre ses paiements. Ses créanciers vinrent en masse lui offrir du temps, pour s'acquitter. Il était ruiné, mais aidé par le gouvernement qui le laissa en fonctions et fortement soutenu par le crédit que son lionoral^le caractère lui assurait partout , il reprit les affaires et parvint en très peu de temps à rembourser tout ce qu'il devait , capital et intérêts ;
t annonce que je lui rj^serve la première récrite {générale vacante. » Le CoMTK CoRVETTO. ministre des finances sous Louis XVII l , par M le baron de Servo , trésorier général, p. 467.
' Il est mort à Gènes, le 28 février 1871, à l'âge de 82 ans.
mais il n^avait reculé devant aucun sacrifice pour atteindre promptement ce résultat ; il avait aliéné Timmeuble qu'il occupait, réduit son train de maison, vendu sa voiture , ses chevaux, ses bijoux et jusqu'à son argenterie.
Tout cela se fit simplement, naturellement, sans modifier en rien l'aménité et l'égalité de son caractère. Il fut aussi accueillant, aussi charitable que par le passé, et quand il eut reconquis sa fortune il en fit encore un noble usage. C'est de cette époque que date la fondation de l'œuvre des Sœurs de l'Espérance , qui a pour but de donner des soins aux malades ; il leur procura les ressources nécessaires pour s'établir , et y contribua personnellement dans une large mesure.
M. le comte Littardi ne fut propriétaire de la maison n° 18 que pendant une douzaine d'années , de 1837 à 1849; mais il l'habita si longtemps, qu'elle a conservé son souvenir et en quelque sorte son empreinte ; pour beaucoup de Toulonnais, elle demeurera la maison Littardi pendant bien des années encore.
MAISON No 49 '.
M. le marquis Louis Armand La Poype de Vertrieux, chef d'escadre , qui fit bâtir cette maison , en
' Propriétaires actuels : MM. Legras.
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1782, appartenait à une très ancienne famille du Dauphiné. Il était seigneur de Vertrieux, et c'est sur ses terres que les religieuses de Salettes avaient élevé leur couvent *.
Elu député par la noblesse de la sénéchaussée de Toulon , en 1789 , M. La Poype de Vertrieux siégea à l'assemblée nationale et ne revint plus dans notre ville. Sa maison fut acquise, le 29 juillet 1796, parla dame Marianne Blancard , veuve Orange, qui la revendit , le 2 janvier 1822 , à M. Désiré Legras , capitaine de vaisseau, père de l'amiral.
MAISON N» 20 y
Le premier propriétaire de cette maison , fut M. François Armand d'Evant , ancien sous-commissaire de marine , qui la vendit le 11 novembre 1807 , à M. Jean-Baptiste Crassous, négociant. Elle appartient aujourd'hui à M"*® Henri Aguillon.
* • II y a différend entre M. de Vertrieux et les religieuses du courent de Salettes , sur ce quVn l'année 1606 , les religieux et religieuses du dit couvent, passèrent reconnaissance au profit du seigneur de Vertrieux . » Délibéré à Grtnoble, le 20 juin 1661. {Arch. comm. de Toulon. Suppl. Il art 8 )
• Propriétaire actuel : M"« Aguillon.
MAISON N» il '.
M. Laurent-François-Xavier de Pézénas , lieutenant de vaisseau^ acquit, en 1781 , remplacement formant Tangle du Champ de Bataille et de la rue Saint- Sébastien^ et y fit bâtir deux maisons qui sont aujourd'hui réunies. Il avait deux filles : 1° Olympe-Marguerite Marie, à laquelle il laissa la maison située sur le Champ de Bataille ; 2° Gabrielle-Thérèse-Ursule , qui reçut la petite maison de la rue Saint-Sébastien. (Acte de partage du l®** juillet 1806.)
M"® Olympe de Pézénas épousa , le 11 mars 1807, M. Jean-Baptiste Lacroix, vicomte de Charrier Moissard ^ capitaine de frégate V
M. le vicomte de Charrier Moissard était contreamiral honoraire, en 1822, quand il plut à S. M. Louis XVIII de lui confier l'administration de sa bonne ville de Toulon. Le contre-amiral accepta cette mission sans hésiter et ne la remplit pas plus mal qu'un autre. Secondé par des adjoints expérimentés*, entouré d'un conseil royaliste avec lequel il était en parfaite com-
^ Propriétaire actuel : M. Mourraille.
• Né à Bagnols (Gard), le 14 septembre 1765
* MM Gairoard , François- Aiiloi ne âgé de 75 ans. adjoint (W\m^ !.• 9 novembre 1815 et Laugier, JeanJost'ph , âgé de 70 ans, adjoint depMis le 4 r^ vrier 1816
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munauté d'idées, il géra les affaires de la ville de manière à ne mécontenter que ses adversaires politiques.
Ce conseil, comme on le pense bien, accueillait plus volontiers les demandes de crédit^ ayant pour objet la restauration et l'embellissement des églises, que les demandes de subvention pour le théâtre. Cependant , il serait inexact de dire qu'un de ces intérêts fut sacrifié à l'autre. Ainsi , après avoir voté avec empressement 3,000 francs pour acheter un orgue à l'église de Saint-Pierre, 5,400 francs pour carreler en marbre la grande nef de la cathédrale , et 300 fr. pour aider les Trappistes établis à la Sainte-Baume à relever leur monastère , le conseil fît quelques difficultés pour accorder une subvention de 3,000 fr. au directeur du théâtre ; mais ensuite il porta cette subvention à 7,000 fr. et s'occupa avec ardeur d'un projet pour la construction d'une nouvelle salle de spectacle.
Cette question si souvent et si longtemps débattue , fut cause d'une division dans le conseil , qui était resté uni jusqu'alors. Tous les conseillers reconnaissaient l'utilité de la dépense et se montraient disposés à voter les fonds nécessaires , mais ils n'étaient pas d'accord sur le choix de l'emplacement. On en proposait cinq : le premier et le second , rue Lafayette , entre les rues Maireau et Roche , ou entre les rues Fougassière et des Trois Mulets ; le troisième et le quatrième , sur la Place Puget ; au nord , en face de la fontaine , ou au sud , entre les rues de la Miséricorde et du Pradet ; le cinquième , sur le Champ de Bataille , à l'angle de la rue de l'Intendance.
L'emplacement situé entre les rues Roche et Maireau (aujourd'hui rue de Lorgnes) , fut adopté à une assez grande majorité ; mais le sous-préfet fit connaître au Maire, que ce choix était généralement désapprouvé et que Topinion publique^ à laquelle il se rangeait personnellement ^ se prononçait en faveur de remplacement situé au nord de la place du Lys (Place Puget).
M. de Charrier Moissard, en communiquant au conseil municipal les observations du Sous-Préfet, fit remarquer que les immeubles situés sur la place du Lys avaient une grande valeur , et qu'il faudrait consacrer au moins 345,000 francs à l'acquisition des 23 maisons comprises dans ce projet ; il ajouta , qu'à défaut de l'emplacement de la rue Lafayette, il n'en trouvait pas de plus avantageux que celui du Champ de Bataille , où on n^'aurait à acquérir que sept maisons d'une valeur totale de 160,000 francs ; sa situation sur une belle place permettant, du reste, de louer à bon prix les magasins que l'on avait l'intention de construire au-dessous de la nouvelle salle de spectacle.
Cet emplacement offrait.de grands avantages et paraissait devoir être préféré aux autres ; mais les conseillers n'oublièrent pas assez qu'ils étaient propriétaires dans les vieux quartiers ; ils remarquèrent un peu trop , peut-être , que le Maire , qui défendait ardemment ce projet^ possédait une maison sur le Champ de Bataille, et qu'il devait profiter de la plus value que procurerait aux immeubles situés sur cette place , la
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construction d'un beau monument. Sa proposition fut donc accueillie avec froideur. Après s'être rapidement consultés du regard , les conseillers demandèrent la nomination d'une commission , pour étudier l'affaire qui ne leur paraissait pas suffisamment instruite.
Les membres de cette commission , MM. Gérard , Pignol y Trabaud , Henry et Julien se livrèrent à de nombreux calculs et s'attachèrent surtout à démontrer que les chiffres présentés par M. de Charrier Moissard étaient erronés. Ainsi, ils firent ressortir que le Maire portait le prix de la toise des terrains de la place du Lys à 1,212 fr., tandis qu'il n'évaluait le prix des terrains du Champ de Bataille, qu'à 673 fr. la toise carrée.
M. de Charrier Moissard expliqua , en peu de mots , que la différence signalée portait entièrement sur la valeur des constructions : qu'il n'existait sur l'emplacement du Champ de Bataille que quatre maisons^ deux greniers et un jardin , tandis que celui de la place du Lys était occupé par 23 maisons; puis, entrant dans un autre ordre d'idées , il dit que, dans le premier cas, on n'aurait à déloger que 37 locataires et dans le second 327; que les experts et les architectes avaient évalué la dépense totale (acquisition du terrain et construction de l'édifice) à 711,000 ou à 1,200,000 francs, suivant que l'on choisirait le premier emplacement ou le second , et, enfin , que sur le Champ de Bataille on pourrait donner à la principale façade du monument un développement de 45 mètres , tandis qu'il serait impossible de lui en donner plus de 24 sur la place du Lys.
Après une longue discussion, on alla aux voix et les deux projets furent successivement repoussés par un égal nombre de suffrages.
Le projet de construire une nouvelle salle de spectacle fut donc abandonné. Mais la question s'imposait chaque année , à propos de la location de l'ancien théâtre. Les propriétaires de cet édifice ne voulaient plus traiter directement avec les artistes, ils ne consentaient à le louer qu'à la ville et moyennant le prix exagéré de 7,000 francs. Leur but était connu ^ ils entendaient forcer la municipalité à acquérir leur théâtre. Ils l'estimaient 100,000 fr. On leur offrit 60,000 fr., et , après deux ans de négociations , l'affaire fut conclue à ce prix *. C'est ainsi que la commune de Toulon est devenue propriétaire de ce vaste immeuble qui n'est utilisé que pendant la période électorale.
On remarquera , peut-être , avec quelque étoiinement, que les mêmes conseillersqui avaient refusé, en 1823 et 1824, d'allouer au directeur du théâtre une subvention de 3,000 fr., n'hésitèrent pas, en 1829, à voter 60,000 fr. pour l'acquisition d'une salle de spectacle. C'est que l'exercice prolongé du pouvoir avait modifié leurs idées sur beaucoup de questions. Ils ne croyaient plus, comme aux premiers jours de leur installation ,
* Délibération du 8 mai 18i9 Le crédit fut voté par les conseillers dont les noms suivent : MM. Bourges , Court , Âug. Pigno! . Tb, Arnaud , Gabriel Honorât, Racord, Gauvin, Ventre, Trabaud, Julien, marquis de Glinchamp, Henry, Jean Gérard , Verse , Ferrand , Godet , Duplessis-Ollivaut, Sermet , Colle, Foarnier, Gaillard, Sénés et vicomte de Charrier Moissard.
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que ce qui était très utile la veille était devenu complètement inutile le lendemain , par ce seul fait qu'il avait plu au souverain de les placer à la tête de l'administration communale ; ils ne disaient plus , avec la même conviction, que tous leurs prédécesseurs avaient marché dans une voie déplorable et qu'eux seuls étaient entrés dans la bonne voie.
M. de Charrier Moissard et son conseil, obéissant à la loi commune, ne s'étaient préoccupés, au début de leur gestion , que d'une seule chose : affirmer leurs convictions politiques et prouver leur dévouement au Roi. Le 23 mai 1823, ils votaient 20,000 fr. pour organiser des fêtes à l'occasion du voyage de la duchesse d'Angoulême ; le 23 décembre ils en dépensaient 5,000 pour recevoir le 7"*® régiment de ligne, qui venait de combattre sous les ordres du duc d'Angoulême , et, le 30 mars 1824, ils s'associaient à la souscription ouverte pour élever un monument à la mémoire du général Pichegru ; enfin , le 30 décembre de la même année, ils faisaient rédiger par M. Pons, professeur de rhétorique , un mémoire tendant à prouver , « que la contre-révolution, opérée en 1793 , n'avait eu pour but que le rétablissement de la monarchie légitime, et que les vaisseaux et les troupes des puissances coalisées n'avaient été introduits dans notre port et dans nos murs , que comme auxiliaires et alliés du souverain légitime *. »
* Cet ouvrage fut imprimé à Paris , chez Trouvé , aux frais de la ville , et publié sous ce titre : Mémoire pour servir à l*histoire de la ville de Toulon , en 1793. Les frais de cette publication s'élevèrent à 5,065 fr.
Satisfaction étant donnée « à l'opinion publique » (toutes les délibérations d'un conseil récemment installé tendent vers ce but), MM. les conseillers songèrent enfin aux intérêts matériels de la cité, et comme ils étaient intelligents, instruits et dévoués, ils n'administrèrent pas plus mal que leurs prédécesseurs. Ils ont même laissé quelques bons souvenirs de leur passage aux affaires. Nous leur devons, notamment, la restauration des caryatides, qu'ils eurent la sagesse et le bonheur ^e confier à un artiste vraiment digne, par son talent, de toucher à cette œuvre immortelle. Louis Hubac, notre illustre compatriote parvint, non sans peine , à réparer les parties du monument qui avaient été endommagées , et il le fit avec une telle sûreté de main , avec un soin si délicat , que l'œuvre du grand maître revint en quelque sorte à la vie et nous fut rendue dans toute sa splendeur primitive *.
Louis Hubac fut ensuite chargé par M. de Charrier Moissard d'exécuter un ornement pour la fontaine du port, située à l'extrémité de la rue de l'hôtel de ville, et il fit cette belle tête de Janus , qui a été transportée au Musée sous l'administration de M. Audemar et remplacée par un moulage en plâtre.
La reconstruction de la fontaine de la rue des Bons frères fut également exécutée d'après les ordres de
^ V. les délibérations du conseil muuicipal des 9 mars et 30 novembre 18^7 «t 7 janvier 4828.
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M. Charrier Moissard *, ainsi que la n'^paration du pavé du Cours Lafayette '.
C'est sous la môme administration , que la caisse d'épargne a été fondée à Toulon *, et (jue le Mont de piété a acfjuis la maison qu'il occupe sur la place St- Jean *. Enfin , M. de Charrier Moissard fit , le premier, des démarches auprès de la Marine, pour obtenir l'autorisation de consti'uire le port marchand dit de La Rode *, qui n'a été ouvert, cependant, qu'en 1835.
A cette date, le vicomte de Charrier Moissard n'était plus à la mairie; il avait été remplacé, le 5 août 1830, par M. Fournier, notaire, qui ne consentit à y demeurer quelques semaines, que pour donner le temps aux nouvelles autorités de se reconnaître et de reconstituer la municipalité ^.
M. de Charrier Moissard vendit sa maison h M. le docteur Reynaud et s'éloigna de Toulon.
M. Reynaud , 1®'* chirurgien en chef de la marine , membre de l'académie de médecine de Paris, que l'école de médecine navale de notre ville est lieui*euse
' Délibération du 2i avril iSi^.
' Déliliéiation des 22 avril et 10 novembre 1824.
' Délibt ration du 8 septembre I8i5.
* « Le conseil délibère» le 3 novembre 1829 , qu il y a lieu d'autoriser radministtation du Mont de Piété à arquéiir, moyi niant 3"),600fr la mai- «on de M. de Missiessy. • (M. de Missiessy venait de la vendre à M. Charles Senès, qui la céda au Mont de piété.)
^ Délibération du -20 novembre 1825
* V rue Bourbon, n^' 62, maison de M. Fournier , notaire.
de compter parmi ses illustrations^ était aussi bienveillant , aussi aimable qu'il était savant et distingué * .