‹ Chronique trifluvienneChapitre 3 sur 6 · C. HUAULT DE MONTMAGNY · texte numérisé non relu

C. HUAULT DE MONTMAGNY

Les jésuites, Hertel et Godefroy donnant chacun un arpent et

(1) En effet, une li^e qui part de la rue Saint-Antoine, courant nord-ouest ead-«8t. frappe le flanc sud du grand coteau et sépare ainsi le iief de M. de la Potherie du fiefdes Jésuites dit "du coteau Saint-Louis" lequel embrasse la descente de ce coteau et s'étend sur la haute- vill« entre les rues des Forges, Bonaventure «t Notre-Dame.

(2) Du côté de la Banlieue.

(8) Un peu plus haut il dit six.

<4) La Compagnie de la Nouvelle-France.

demi, cela présentait un front de quatre arpents et demi sur le chemin du bord du fleuve.

La profondeur de cette commune se trouvait être de vingt-cinq arpents, puisqu'elle tenait d*un bout à la terre de la Potherie et de l'autre au chemin le long du fleuve, ou rue Notre-Dame, comme il vient d'être dit.

A cette époque, les eaux. du fleuve ne débordaient pas au printemps sur les terres de la banlieue et de la commune. Le déboisement n'avait rien changé à l'œuvre de la nature. Ces endroits étaient plantés d'arbres de haute futaie qui en faisaient un immense bocage très-admiré des voyageurs. Cinq ou six rivières les coupaient agréablement et Ton pouvait voguer sur leurs eaux, car, égoutant un territoire vaste élevé au nord, ces décharges n'étaient jamais à sec. Il y avait là des établissements de castors dont les traces ont été retrouvées à diverses reprises depuis quelques années. La chasse y abondait ainsi que sur la grève du fleuve. On aurait trouvé difficilement un lieu plus favorable pour s'y cacher et dresser des embuscades, aussi les Iroquois savaienUls l'utiliser à tout moment.

La commune devait être un endroit sain. Depuis lors on a vu le lac Saint-Pierre, gonflé subitement des masses d'eau que la fonte des neiges sur les terres déboisées lui jette toutes à la fois, se déverser périodiquement sur la banlieue et la commune, reprenant par là possession de son ancien lit.

La haute-ville fat d'abord peu salubre. Les marais que formaient les bas-fonds de l'ancienne rivière et la coulée ou ravin large qui courait entre la rue Saint-Pierre, le monticule où est la prison et la rue Saint-Joseph, étaient des causes continuelles de fièvres endémiques. Tant que ces lieux n'ont pas été desséchés (c'est^-dire jusqu'au siècle passé), les Trifluviens ont été sujet à ces maladies, et les femmes principalement aux goitres ou grosses-gorges, comme cela s'observe ailleurs dans les contrées marécageuses.

Les habitations qui se sont faites en grand nombre dans la commune depuis dix ans, pourraient être sujettes à ces inconvénients, car l'endroit est devenu humide par les crues du fleuve, tandis que la partie saine des Trois-Rivières est aujourd'hui le plateau de la haute-ville. L'ancien ordre de choses est interverti complètement, on le voit.

Vers la fin d'août 1648, une barque qui portait des Trois- Rivières à Québec le reste des castors de la traite, conduisit l'une

des filles de M. de la Potherie pour commencer son éducation chez les ursulines.

A la même date, un jeune Français du nom de Jean... domestique des Pères aux Trois-Rivières fut échangé pour Daniel Carteron, même service. Ce dernier était encore aux Trois-Rivières eu 1651.

M. d'Ailleboust arriva de France à Québec le vingtième jour d'août et prit en main l'administration du pays.

Le chevalier de Montmagny partit avec les vaisseaux en septembre ; Tun de ses derniers actes avait été Toctroi des terres de la commune aux habitants des Trois-Rivières. C'est le gouverneurgénéral qui a le plus fréquemment visité cette localité.

Son successeur apportait de nouveaux arrangements sur bien des choses.

Il s'ensuivit la nomination de M. Le Gardeur de Tilly au poste de gouverneur que M. de la Potherie, son beau-frère, occupait depuis trois ans aux Trois-Rivières.

Depuis trois ans aussi, Jacques Hertel était syndic ou représentant des habitants des Trois-Rivières, et comme la durée de cette charge expirait, Jean Godefroy fut appelé, dans l'automne, à lui succéder.

Le 29 septembre, une chaloupe partit de Québec pour les Trois- Rivières avec le Père De Quen.

Le 22 octobre, le Père Buteux qui était descendu à Québec assez récemment, en repartit avec le monde dont il avait besoin pour les Trois-Rivières.

Sur les Iroquois retenus au fort, trois s'étaient échappés, et l'un, nommé le Berger, revint et ramena Pierre Lefebvre d'une manière inattendue. Ceci arriva vers le mois de novembre. Le 4 décembre eut lieu le baptême de Catherine, fille de Pierre Lefebvre et de Jeanne Auneau ; parrain et marraine : Charles Le Gardeur de Tilly " gouverneur," et '* Marguerite Le Gardeur (sœur du parrain) femme de M. de la Potherie." Cette enfant épousa Antoine Trottier, sieur des Ruisseaux, et fonda l'une des plus recommandables familles de Batiscan et du Détroit.

Pierre Lefebvre méritait certainement l'honneur de voir sa fille tenue sur les fonds baptismaux par les deux premiers personnages du poste. Dans le cours de l'été, il avait, ainsi que sa femme et ses proches, couru des périls et supporté des inquiétudes que Ton peut imaginer à la lecture de la présente chronique.

Catherine Dodier (fille ou parente de Sébastien Dodier) épousa, cette année, Guillaume Isabel, l'un des sept plus anciens colons des Trois-Rivières et le dernier d'entre eux qui se décida à prendre femme.

II y a d'enregistré cette année trois sépultures de Sauvages et deux de Français (M. de la Chaussée et un enfant), et cinq baptêmes d'enfants de race blanche.

On voit aussi au registre de la paroisse les noms suivants : Nicolas Ledépensier, dit M. de la Morandière, 22 juin. Pierre TArgille, soldat, môme jour. Marie Heudes, 30 juillet. Michel Brisière, même jour. Jean Deschamps, dit de Beaulieu, 2 août. M. de Bois vert, soldat, 4 août. Charles Roger ou Rogier, ouvrier des Pères jésuites, 1er juin et 5 août. Monsieur Lacroix, chirurgien, 3 novembre. M. de la Tour, parrain avec Madame Godefroy, 12 septembre. Aucune de ces personnes (excepté la dernière) ne paraît s'être fixée aux Trois-Rivières.

On a toujours remarqué que les années de désastres étaient les plus fructueuses pour les missions. Le caractère insouciant des Sauvages les retenait dans la vie nomade du chasseur tant que Tennemi ne les harcelait pas trop ; mais survenant un danger, ils se rapprochaient aussitôt des Français, témoignant le désir de se soumettre à la foi et d'adopter l'existence du colon défricheur, ce qui leur valait les bonnes grâces et une plus sûre protection de la part des blancs. L'automne de 164B vit se réunir aux Trois- Rivières des familles de diverses nations que les ravages des Iroquois forçaient à se mettre à couvert. Dans un conseil tenu entre elles furent adoptées les résolutions suivantes: " to Qu'on choisirait l'un des plus fervents chrétiens de cette nouvelle église pour sonder les volontés de tous les Sauvages qui se voudraient habiter en ce lieu, touchant leur bonne ou mauvaise inclination pour la prière ; 2o que tous ceux qui voudraient faire profession du christianisme se soumettraient aux peines qui leur seraient imposées s'ils contrevenaient aux lois de Jésus-Christ et de son Eglise ; 3(> que l'ivrognerie serait bannie et exilée de leurs cabanes, et que, si quelqu'un tombait dans ce crime, on le mettrait en prison pour le JEaire jeûner quelques jours à l'eau pure et sans autre aliment; 4o que les apostats, s'il s'en trouvait, ou les infidèles endurcis et rebelles à la f cm ne seraient point protégés dans le fort des Fran çais." Ces dispositions furent bien vues des gens des Trois-Rivières, Naturellement, l'enceinte qui renfermait les maisons françaises n'avait pas assez d'étendue pour recevoir ces nouveaux habitants, qui se cabanèrent aussi proche que possible de la palissade où il restait encore des terres inoccupées, particulièrement à l'embou-

chure du ruisseau de la haute ville et sur les terrains de la basse ville.

Tout avantageux que fût pour eux le voisinage immédiat du fort, ces campements étaient encore très-exposés aux coups de main d'un ennemi agile et hardi dont les Français eux-mêmes redoutaient les surprises. Il était téméraire de s'éloigner des habitations plus loin que la portée de la voix, car on ne savait jamais au juste si les maraudeurs tenaient la campagne ou s'ils s'étaient retirés ; la place était comme bloquée en permanence. Le Père Buteux écrivait, le 21 septembre 1649: ''Dans cette résidence des Trois-Rivières où nous donnons nos soins aux Français et aux Sauvages, nous n'avons pas d'autres forts que des forts en bois; d'autres remparts que des marais desséchés (1) où l'on peut aisément mettre le feu ; d'autre maison qu'une cabane. Si Dieu dans sa bonté veut m'exposer, tout pécheur que je suis, à la fureur de ces barbares, je livrerai volontiers ma vie pour la gloire de Dieu et le salut de mon troupeau. Ces dispositions sont celles de nos Français qui habitent ici."

L'année 164« se termina par la mort de trois soldats enfermés au fort pour ivrognerie et conduite scandaleuse. La *' fumée du charbon et de l'eau de-vie " les suffoqua, dit le Journal des jésuites,

La place de gouverneur des Trois-Rivières semble avoir été tenue par quatre personnes à partir de l'automne de 1648 jusqu'à l'été de 1653: Charles Le Gardeur de Tilly, Charles Cartel (pas connu d'ailleurs), Jacques de la Potherie, et Duplessis-Bochard ; après eux viendra Pierre Boucher. Ce dernier est cité au registre de 1649 à 1651, mais jamais avec le titre de gouverneur; on ne le qualifie que de commis de la traite et d'interprète.

Il est visible que l'influence dominante aux Trois-Rivières dans les quatorze premières années du poste (16341648) a été celle des familles Godefroy et LeNeuf, unies l'une à Tautre par des liens de parenté et d'intérêt mutuels. Nous allons voir s'ajouter, ou plutôt s'élever à côté de ce groupe, celui de Pierre Boucher formé par des parentés et des intérêts nouveaux.

M. LeNeuf de la Potherie, en laissant le poste de gouverneur des Trois-Rivières n'affaiblissait aucunemsnt l'influence de ses proches en ce lieu. Son titre passait à M, LeGardeur de Tilly, frère de sa

(1) Au nord-nord-onest de la rue Saint-Pierre, et au nord-nord-est de la rue Saint-François-Xavier.

femme, et le syndicat aux mains de M. Jean Godefroy, marié à sa sœur.

On voit bien, du reste, par les concessions de terres qu'obtinrent les LeNeuf et les Godefroy, en 1649, qu'ils ne s'écartaient pas des Trois-Rivières et qu'ils comptaient s'y maintenir.plus que jamais.

Vers le temps où étaient partis les vaisseaux pour la France (septembre 1648), Michel LeNeuf du Hérisson se trouvait à Québec prêt à s'embarquer, comme on le voit par une pièce du 9 de ce môme mois attestant que, ce jour-là, il a agi, conjointement avec Jean Guion, comme expert pour établir la valeur de la maison de Noël Morin, " sise proche de l'église que l'on bâtit à Québec." Sa signature au bas de ce document est " LeNeuf."

Rendu en France, il trouva les affaires publiques fort embarrassées. Son parent, le secrétaire du cardinal de Mazarin était avec son maître très-occupé des troubles qui soulevaient Paris. Le 6 janvier, le jeune roi et la cour laissaient la capitale dans l'intention de se soustraire aux exigences des Frondeurs. Le prince de Condé, à la tête de six ou sept milles hommes, tenait la campagne contre Mazarin et le parti de la cour. Divers combats eurent lieu. Enfin, au mois de mars, l'accord se rétablit et la France n'eut plus sur les bras que la guerre d'Espagne.

M. du Hérisson ne se laissait pas décourager par ces contretemps. Il demeura à Paris, logé " rue de la Huchette en la maison où pend pour enseigne l'Ange, — en la paroisse de Saint-Sé vérin." Nous verrons bientôt qu'il tira de cette paroisse quelques émigrants dignes d'être mentionnés dans cette chronique.

A la fin de mars, le calme étant rétabli et la saison approchant de s'embarquer pour le Canada, on expédia les affaires de cette colonie. Les quatre concessions qui suivent, accordées à Paris pour la compagnie des Cent- Associés, sont du 29 mars. Trois d'entre elles sont en faveur des LeNeuf et la quatrième pour un de leurs parents des Trois-Rivières, Thomas Godefroy :

Ratification du contrat du 10 août 1641 par lequel M. de Montmagny concède à Thomas Godefroy cinq arpents de front sur huit de profondeur, aux Trois-Rivières. Dans le courant de 1649, M. D'Ailleboust accorda aussi à Thomas Godefroy " une place pour bâtir située dans le bourg consistant en vingt toises." (Greffe d'Ameau, 1652).

'" Par la bonne connaissance que nous avons du sieur Jacques LeNeuf, sieur de la Potherie, et de son zèle à l'accroissement de la

colonie de la Nouvelle-France, ayant déjà mis en valeur plusieurs terres que nous lui avons ci-devant concédées, et voulant lui donner occasion de continuer, nous lui accordons dix arpents de terre proche les Trois-Rivières, bornant d'un côté les terres accordées aux Révérends Pères jésuites, tenant d'un bout à d'autres terres accordées au sieur Godefroy et d'autre bout sur le chemin qui va à la commune, à charge de laisser un arpent de terre entre la rivière et lesdites terres, ci-dessus concédées." (Doc. de la tenure seigneuriale p. 382).

Le môme acte donne à la môme personne " l'île étant en l'embouchure des Trois-Rivières, vulgairement appelée île aux Cochons." C'est la première concession d'une île dans l'embouchure du Saint- Maurice. Cette propriété est connue aujourd'hui sous le nom de la Potherie, et c'est justice. Le nom d'île aux Cochons a passé à sa voisine placée au sud d'elle.

M. François de Champflour, qui avait quitté le gouvernement des Trois-Rivières, l'automne de 1645, demeurait à Paris, paroisse Saint-Marcol, " au cloître de l'église dudit Sainl-Marcol, en la maison de maître Claude Champflour, greffier au baillage dudit Saint-Marcol."

Le 15 avril, par acte passé à Paris, devant Claude Sauvergne et — ^Tronson, notaires, M. de Champflour, présent de sa personne, vend à Jacques LeNeuf de la Potherie, habitant des Trois-Rivières, représenté par son frère Michel LeNeuf du Hérisson, aussi habitant des Trois-Rivières, mais alors présent à Paris, le fief obtenu par lui en 1646, mesurant quarante arpents de superficie, situé aux Trois-Rivières, prenant par devant à la rue Notre-Dame (Saint- Pierre?), borné au sud-ouest aux Révérends Pères jésuites, au nord-est aux terres concédées à M. Godefroy, — au bout duquel fief il y a un autre terrain de trois arpents ou environ de front sur dixhuit de profondeur, — y compris sur le fief la maison en pièce dont il a été parlé en 1646 et qui ne paraît pas avoir été utilisée, si môme on l'avait élevée de terre — le tout au prix de huit cents livres tournois et deux peaux de castor marchand, payé comptant. {Papiers de la famille de Niverville).

C'est le terrain compris entre les rues Saint-Pierre, Saint-Joseph, des Champs et Bonaventure.

On ne peut pas travailler avec plus d'ardeur et de succès que ne ie faisait la famille LeNeuf, composée d'hommes entreprenants, énergiques et voués à l'établissement du Canada qu'ils regardaient comme la patrie de leurs enfants.

Il y a une différence notable entre les colonisateurs français et anglais au dix-septième siècle. Les seigneurs français concession-

naires venaient mettre eux-mêmes la main à*l*œuvre, se plaçaient au milieu de leurs censitaires dont ils partageaient les dangers et les travaux : ils étaient les premiers colons parmi les colons ; les premiers pionniers parmi les pionniers. La plupart des seigneurs anglais (Georges, Mason, Alexander, le duc d'York, Shaftesbury, Berkelay, etc.,voire môme lord Baltimore) expédiaient en Amérique des tenanciers et des engagés, et restaient grands seigneurs en Angleterre. Ceci explique le mode de formation primitif et les difficultés postérieures ; on comprend ainsi comment les Canadiens vécurent toujours en grande, union avec leurs seigneurs, tandis que les Yankees étaient toujours en lutte et en désaccord avec les leurs.

De là sont sorties deux nations bien distinctes Tune de l'autre : un peuple moral, sociable, et, à côté, un peuple anormal, étrange, qui a dû sa fortune bien plus aux circonstances qu'à ses qualités.

M. du Hérisson, qui était allé en France pour négocier plusieurs affaires de famille, n'entendait pas négliger les siennes propres. Aussi voyons-nous qu'il se fit accorder toute la banlieue des Trois-Rivières par un titre de la môme date que ci-dessus. " Une lieue de terre à prendre le long du fleuve Saint-Laurent, à l'endroit des Trois-Rivières en remontant ledit fleuve, sur cinq lieues de profondeur dans lesdites terres et lieux non-concédés." (Documents de la tenure seigneuriale p. 102).

Un procès, qui eut lieu en 1723, nous fournit les limites et localise le front de ce ûef qui commençait à la troisième rivière et se terminait à la seigneurie de la Pointe-du-Lac.

Pour fixer le lecteur sur la valeur de ces termes : Première, Deuxième, Troisième, Quatrième et Cinquième rivière, que les anciens documents donnent, à l'exclusion de tout autre nom, aux gros ruisseaux de la commune et de la banlieue, nous allons préciser les limites des fiefs qu'embrassent ces cours d'eau.

Première rivière. C'est le ruisseau que l'on rencontre le premier en sortant de la ville pour se rendre à la banlieue. De la rue Saint-Antoine (qui fut pendant deux siècles la borne des maison» de la ville) jusqu'à ce ruisseau, la distance et les bois en faisaient un lieu peu fréquenté. Les ruisseaux actuels de la commune et de la banlieue étaient jadis de véritables rivières. Le moulin ou pressoir de graine de lin que les messieurs Rousseau ont établi tout auprès, depuis nombre d'années, a fait donner à la Première rivière le nom de " Ruisseau du moulin-à l'huile." C'est la rive gauche de l'embouchure de ce ruisseau qui formait autrefois une pointe de terre désigné sous le nom des Iroquois^ à l'abri de laquelle ces maraudeurs se cachaient pour s'approcher ensuite des maisons

du pied du Platon et tenir en alerte les soldats du fort et les habitants de la bourgade palissadée de la haute ville. Les taillis et les halliers qui s'étendaient entre la rue Saint-Antoine et la Première rivière étaient dangereux à parcourir.

Deuxième rivière. La commune s'étend (depuis Tannée 1650), un peu au-delà de la Deuxième rivière que Ton nomme généralement le "Ruisseau du moulin-à-vent," parce que ce moulin est tout auprès. Les jésuites ont eu les terres contiguës en remontant le fleuve, c'est-à-dire vingt-deux arpents arrêtant à trois arpents de la Troisième rivière. Ces trois arpents qnt été longtemps la propriété de la famille LePelé Desmarais.

Troisième rivière. C'est donc vingt-cinq arpents, à peu près, que l'on compte de la commune à la Troisième rivière, autrement dit entre la Deuxième et la Troisième rivières. C'est ce que l'on appelle le fief des jésuites et de Saint-Paul (ce dernier nom provient d'Amador Godefroy de Saint- Paul, marié à une LePelé). La Troisième rivière se nomme, de nos jours, du nom de Pierre Aubry qui vivait sur ses bords au commencement de ce siècle et peut-être auparavant. De cette rivière à la seigneurie de la Pointe-du-Lac, il y a quatre-vingt-un arpents, soit une lieue ; c'est la banlieue proprement dite, accordée, en 1649, à M. du Hérisson ; tout ce qui en est resté à ses héritiers, est un petit fronteau de quinze ou dix-sept arpents au fleuve (le fief Vieux-Pont) comprenant l'espace qu'il y a entre les Troisième et Quatrième rivières.

Quatrième rivière, ou rivière Normanville. Elle est à un mille à peu près du calvaire. Le testament d'un soldat, lué en 1652 (greffe d'Ameau), dit qu'elle est située à une lieue de la ville. C'est à la Quatrième rivière que commence le fief Labadie qui mesure un front de vingt-quatre arpents et sur lequel est le calvaire. Après lui vient le ûe( BouchervUle^ de dix arpents, commençant " environ trois cents pas au-dessus de la Cinquième rivière." Le fief Boucherville ou Boucher, confine à la seigneurie de la Pointe-du-Lac.

Les premiers habitants des Trois-Rivières n'ignoraient pas sans doute l'importance de la banlieue comme terrain cultivable, mais ils ne pouvaient songer à s'y établir tant que les Iroquois avaient accès au lac Saint-Pierre. L'espoir si longtemps entretenu d'avoir des secours de France pour détruire ces maraudeurs était encore viva€e en 1648 et c'est pourquoi M. du Hérisson s'aventura à concéder une seigneurie qu'il ne devait jamais faire défricher. Son titre est incontestablement le plus ancien de tous ceux qui ont eu des prétentions sur ces terres, mais faute de les avoir mis en valeur conformément aux intentions du roi, sou héritier ne put

les obtenir lorsqu'il les réclama.

D'après un passage du " Cahier des Délibérations de la paroisse des Trois-Rivières," année 1749, on voit que Jean Joubert, dit Fontaine, avait obtenu, dès 1648, une terre de quatre arpents de front sur vingt de profondeur, dans le fief Labadie aujourd'hui. Nous avons des doutes quant à la date de 1648, attendu que c'était une époque où personne ne pouvait se hasarder à cultiver si loin du bourg, et parce que Joubert n'était alors âgé que de dix ans. Donc, croyons-nous erreur du copiste de l'acte de 1749. La date de 1684 conviendrait de toute manière. Joubert mourut en 1685.

Un document, que M. l'abbé Tanguay a trouvé à Québec, fait voir que le projet de coloniser le cap de la Madeleine, dont nous avons parlé en 1645, n'avait pas été abandonné par les jésuites, car il est constaté par cette pièce que le Père Buteux, supérieur des Trois-Rivières, revêtu des pouvoirs de M. l'abbé de la Madeleine, a concédé, le 1er juin 1649, des terres qui portent le nom de M. de la Madeleine sur le cap des Trois-Rivières, formant quatorze concessions de douze arpents de front (deux lieues en tout) et de vingt arpents de profondeur, à commencer à l'embouchure de la rivière Sorel, (1) tirant en bas, savoir : Jean Godan, François Boivin, Claude Houssard, Jean Vçron, Pierre Guillet, Mathurin Guillet, Etienne de la Fond, Mathurin Baillargeon, Pierre Boursier, (2) Emery Cailleteau, Urbain Baudry, Jacques Aubuchon, Bertrand Fafart et Jean Aubuchon.

Le grand nombre des concessions (une vingtaine) faites cette année montre combien l'on travaillait à avancer les Trois-Rivières et quel succès l'on eut obtenu, si la guerre n'avait pas paralysé une partie de ces efforts.

Citons un autre terrain dont il a déjà été parlé. Le 12 octobre 1649, bail fait en faveur d'Antoine Dérosiers par Jean Migaude (3) " des terres à lui appartenant à cause de sa femme, aux Trois- Rivières, où il consent que le sieur Jacques Hartel en jouisse." (Greffe d'Ameau, 1651).

Pierre Boucher, expert dans les langues sauvages, avait succédé à Marguerie comme interprète ; il est cité au registie (parrain d'un

(1) Ceci est évidemment une faut« da copiste, car ce nom n'a jamais été appliqué au Saint-Maurice, et d'aiUeiirs M. de Sorel, venu au Canada quinze ans plu» tard, n'a pas même eu de terrain dans les environs des Trois-Rivières.

(2) Peut-être un parent du Frère Joseph Boursier dit Desforges, mentionné dans les Relations et le Journal des jésuites de 1640 à 1650.

(3) C'est plutôt Jean Mignot dit Chatillon qui avait épousé, l'année précédente, la veuve de Marguerie. Les terres ou la terre en question devait être située vers la rue des CEamps.

Attikamègue) pour la première fois avec ce titre, le 5 août 1648. Il y avait neuf ans qu'il était au service dans les différentes attributions de soldat, messager de confiance, caporal, sergent, interprète et commis de la traite. Il remplissait ces dernières fonctions aux Trois-Rivières en 1648. De 1648 à 1650, il parait avoir été l'interprète en chef du poste. (Registre des Trois-Rivières, Soirées canadiennes^ 1865, p. 297-8).

Le 23 mars 1649, est enterré aux Trois-Rivières Nicolas Boucher, frère de Pierre, âgé de vingt-deux ans.

Le 8 avril suivant, fut baptisé Isaac, fils de Jacques Pachirini et de Marie 8ki8eabansk8e ; parrain et marraine .-Thomas Godefroy de Normanville et '' Marie 8kibandin8k8e, femme de Pierre Boucher." Ces deux derniers étaient mariés depuis quelques mois à peine. Marie-Madeleine Chrestienne (c'était le nom que les Français lui donnaient) était fille d'un chef huron, dit un mémoire du temps; élevée et instruite par les ursulines de Québec, elle ne devait pas différer beaucoup des coutumes des femmes blanches. Sa signature au bas du contrat de mariage est tracée d'une main ferme et nette, c'est une des meilleures de la pièce.

Les noms des femmes de Pachirini et de Boucher ont assez de ressemblance pour faire croire à une parenté entre elles. En ce cas, Pachirini, Algonquin, aurait été marié à une Huronne, sœur de Marie-Madeleine Chrestienne ?

Le 11 décembre suivant, aux Trois-Rivières, on baptise Jacques, fils de Pierre Boucher et '' de Marie-Madeleine Chrestienne. " Parrain et marraine : Jacques Le Neuf '' et sa sœur." Ni cet enfant ni sa mère ne vécurent plus d'un an après cela.

Les mariages entre Européens et Sauvages n'ont fourni qu'une très-faible part de sang mêlé à la race Canadienne. Voici les plus anciens que nous connaissions :

1644, à Québec, Martin Prévost épouse une Algonquine, Marie- Olivier-Sylvestre Manitouab8ich. Ils eurent neuf enfants dont six se sont mariés. .

1648, Pierre Boucher se marie avec la Huronne citée tout à l'heure. Pas de descendance.

1654, ou môme auparavant, aux Trois-Rivières, François Blondeau épouse la fille du chef algonquin Pigarouich ; ils ont laissé plusieurs enfants.

1657, aux Trois-Rivières, Couc, dit Lafleur, épouse une Algonquine qui paraît avoir été parente des Pachirini, comme aussi la première femme de Pierre Boucher.

1660, François Pelletier se marie à Québec, avec " Dorothée la Sauvagesse.* Pas d'enfant, mais ufi des fils de Pelletier, d'un

second mariage avec une Française, épousa, en 1697, à la Sainte- Famille, une Algonquine.

1662. Laurent du Bocq épouse Marie-Félix Arontio, Huronne, à Québec. Ils ont laissé plusieurs enfants mariés, et une religieuse ursuline.

1662. Jean Durand épouse, à Québec, Catherine Annennontak ou Ananonta, Huronne, surnommée " Créature de Dieu." Elle avait treize ans. Ils laissèrent plusieurs enfants. En 1672, Catherine, devenue veuve, se remaria avec Jacques Couturier, et, en 1679, en troisièmes noces, à Batiscan, avec Jean, fils d'Etienne de Lafond et de Marie Boucher, sœur de Pierre Boucher.

1683. Louis Couc, dit Montour (fils de Couc, dit Lafleur mentionné plus haut) prend une Socokie pour femme "à la manière des Sauvages.** Sa descendance existe dans le district des Trois- Rivières,

Il n'y a pas là de quoi dire que les Canadiens-Français ont du sang indien dans les veines.

Le 22 avril 1649, le Frère Feauté partit de Québec dans une chaloupe avec huit ou neuf bons matelots, pour aller aux Trois Rivières chercher du grain, en prévision de la famine qui commençaient à sévir dans la population de Québec. Malgré les glaces, qui en cette saison sont toujours dangereuses, le Frère se tira d'embarras, non sans peine, et retourna, le 29 à Québec, avec seize barriques de blé.

Nous aurons plus d'une fois occasion de mentionner des envois de céréales faits par les Trois-Rivières pour approvisionner les postes situés en aval du fleuve. Les terres de la basse ville actuelle et celles du nord de la haute ville produisaient amplement, ainsi que celles du cap de la Madeleine qui commencèrent à rapporter vers 1650, sinon avant.

Le 17 mai, le Père Jérôme Lalemant, supérieur, monta aux Trois-Rivières, et en repartit le 29 pour Montréal. Pendant qu'il était aux Trois-Rivières, trois Iroquois captifs trouvèrent le moyen de s'enfuir. Le 12 juin, le môme Père, descendant de Montréal, apprit des Trifluviens que les Iroquois avaient fait une course dans la rivière des Trois-Rivières et qu'ils y avaient capturé quatorze Algonquins '^au-dessus du deuxième sault," — ce qui répond à peu près au ShaSinigan.

C'est la première fois que nous voyons les Iroquois pousser leurs courses dans cette direction. Les nouveaux habitants, assez nom-

breux bmx Trois-Rivières depuis deux ou trois ans, fortifiaient la place; les Iroquois dépités n'avaient n'autres ressources que de se rabattre sur les alentours, d'aller détruire les communications par le Saint>Maurice avec les Attikamègues et de couper le chemin de rOttawa par Tinlérieur des terres. Les Cinq-Nations étaient rendues à ce point d'assurance et de prestige où l'on ne doute de rien et où Ton réussit dans tout ce que l'on entreprend.

Pour la première fois il est fait mention cette année (au milieu de juin) d'un grand bateau de Montréal qui accompagna aux Trois-Rivières les Sauvages et leurs pelleteries. C'étaient des Algonquins qui étaient allés en traite sur l'Ottawa à la Petite- Nation, territoire d'une tribu algonquine. Ces Sauvages de la Petite-Nation avaient tué sept Iroquois et s'en glorifiaient hautement. Le fleuve devait être bien peu sûr puisque la barque de Montréal avait reçu ordre de convoyer ces traiteurs.

Les missions des grands lacs étaient détruites depuis le printemps, les jésuites et les Hurons dispersés ; on n'en savait rien dans les postes du Saint-LaurenL

Le 24 juin, on ne fit pas aux Trois-Rivières le feu de la Saint- Jean-Baptiste, parce que M. d'Ailleboust prétendait que les frais devaient en être portés contre le magasin de la compagnie des Cent-Associés de ce posta

Les feux de la Saint-Jean -eurent lieu à Québec. Nous avons déjà vu, en 1636, la célébration de cette fête aux Trois-Rivières et tout aous porte à croire que, du temps de M. de Champlain et de M. de Montmagny (< 633-1648), elle fut célébrée par le " populaire " avec approbation et aux frais des autorités.

M. d'Ailleboust semble avoir vu la chose d'un œil différent, — ce qui néanmoins n'induisit pas les Canadiens à abandonner la SaintJeao, bien au contraire ! (Voir la Revue canadienne 1870, p. 485).

Le 14 juillet 1649, eut lieu le baptême de Pierre, fils de " Marin de

Repentigny, sieur de Francheville " et de Jeanne Jallau. Parrain

et marraine : *' M. Charles Cartel, gouverneur et Marie LeNeuf."

Cet enfant est le premier homme aé aux Trois-Rivières qui entra

dans l'Eglise. '^ Il était secrétaire de Monseigneur de Laval, dit

Tabbé Tanguay, lorsqu'il fut ordonné prêtre le 19 septembre 1676."

desservit d'abord Beauport, puis Saint-Jean, Saint-Laurent et

Saint-Pierre de l'Ile d'Orléans. En 1690, il était curé de la rivière

Quelle, "lorsque la flotte anglaise voulut y faire un débarquement;

ii sR mit à l<i tête de ses paroissiens et repoussa victoriensemeni les ennemis." En 1698, il devint curé du cap Santé. Il mourut à Montréal en 1713.

Le 18 juillet 1649, est inscrit le baptême d'Âmador, fils de Jean Godefroy et de Marie LeNeuf. Parrain et marraine : *-'- M. de la Tourre '* et ^* Marie LeNeuf, fille de M. de la Potherie." Cet enfant prit le nom de sieur de Saint-Paul et s^occupa beaucoup de colonisation autour des Trois-Rivières* 11 épousa Madeleine Jutrat, puis Françoise Le Pelé, toutes deux des Trois-Rivières, et mourtrt en ce lieu âgé de plus de quatre-vingts ans.

Le parrain ci-dessus n'était rien moins que le fameux Charles- Amador de la Tour, sieur de Saint-Etienne, dont la carrière quasi légendaire a tant occupé les écrivains. Donnons-en un aperçu, en notant surtout le séjour qu'il a fait au Canada et dont la durée n'est pas généralement connue.

L'Acadie, en 1638, avait été divisée entre les sieurs d'Aulnay, Latour et Denys. Deux ans plus tard, les démêlées entre Latour et d'Aulnay dégénérèrent en lutte à main armée. D'Aulnay obtint du roi des ordres contre Latour, Celui-ci, retranché dan» son fort de Jemsek, sur le fleuve Saint-Jean, opposa de la résistance, puis ânit par s'aboucher avec les Anglais du Massachusetts (1642); Tannée suivante, il alla de nouveau solliciter des secours des Bostonnais, tandis que sa femme commandait à Jemsek et repoussait les attaques de d'Aulnay, qui se découragea bientôt ; mais les Puritains ayant refusé d'aider Latour, son adversaire retourna à la charge, emporta le fort, fit madame Latour prisonnière et resta maître de la situation. Madame Latour mourut peu après.

Quant à son mari, pendant plusieurs années, il erra de côte en côte et vécut au Canada. En 1645, il est à Terre-Neuve, tâchant, mais en vain, d'obtenir des secours de sir David Kerth, gouverneur de l'Ile, le même qui avait pris Québec dix-huit ans auparavant. En 1646, les gens de Boston lui fournissent un navire pour la traite ; il ne réussit à rien et au mois d'août, se réfugie àQuébec où le gouverneur le reçoit avec toutes les marques de distinction possibles, jusqu'à lui donner le pas sur lui-même, faire tirer le canon en son honneur, etc. En 1647, on ne voit aucune trace de lui. Au printemps de 1648 (7 mars), à Québec, il est parrain de Charles-Amador Martin ; le 16 avril, il part de Québec '^ avec des Hurons qui vont en chaloupes pour faire la guerre" en haut du fleuve. Le 12 septembre, aux Trois-Rivières, il est parrain d'un petit Sauvage dont la marraine est madame Jean Godefroy. Le IB juillet 1649, au môme lieu, il est parrain d'Amador Godefroy, comme on l'a vu plus haut.

Ghouard et Radisson (parent des Kerth) qui demeuraient alors aux Trois-Rivières, ont dû concerter plus d'un plan avec Iiatour. Ces trois hommes qui, Tun après l'autre, passèrent aux Anglais, pour revenir aux Français, puis retourner aux Anglais, ne pouvaient guère se rencontrer sans se communiquer leurs projets.

Latour, proscrit, mis hors la loi, était reçu au Canada sans obstacle ; aux Trois-Rivières il fréquentait les premières familles du village.

D'Aulnay mourut en 1650. Latour apprit cette nouvelle en France, où il ne paraît pas avoir été inquiété plus qu'au Canada, et sans tarder il retourna en Acadie faire valoir ses prétentions.

Au moment où cette guerre intestine allait recommencer, il épousa son antagoniste, la veuve de d'Aulnay, et se trouva le premier personnage de la colonie.

Au commencement d'août 1649, une vingtaine de Hurons arrivent aux Trois-Rivières. On ne parait pas avoir connu alors que les Pères Gabriel Lalemant et de Brébeuf avaient été martyrisés dès le printemps et que les bourgades huronnes étaient réduites en cendres.

Le 12 d'août partirent des Trois-Rivières des soldats pour le pays des Hurons et des domestiques ou employés parmi lesquels Charles Roger, déjà mentionné.

Le 21 septembre, le Père Buteux écrit des Trois-Rivières : '' Nous sommes en tout cinq jésuites, trois Pères et deux Frères. De plus, nous avons six domestiques dont les services nous sont grandement utiles pour cultiver la terre et aider les Sauvages dans leurs travaux."

A l'automne le Père Le Jeune, fondateur de la résidence des Trois-Rivières, passa en France ; il revint dans la colonie, mais n'eut plus que des rapports accidentels avec les Trois-Rivières> C'est en 1660 qu'il partit définitivement. Son nom est attaché à un township situé entre les Trois-Rivières et Québec, dans la direction du nord.

Les baptêmes de Sauvages sont nombreux cette année. On y remarque des Attikamègues en toutes saisons, ce qui n'est pas ordinaire. Ces pauvres gens préféraient s'éloigner tout-à-fait des bords du fleuve et, en s'enfonçant vers les sources du Saint-Maurice, se placer hors des atteintes des Iroquois, mais il leur en coûtait de se séparer des missionnaires, surtout du Père Buteux qui prenait un soin particulier de leur salut. Ils le sollicitèrent donc, en 1649,

de les suivre jusqu'à la hauteur des terres, où il rencontrerait de» nations encore inconnues des Français. Le Père refusa, bieti à contre-cœur, ses devoirs le retenant aux Trois-Rivières ; il leuï* promit toutefois de profiter de la première occasion où Ton pourrait le faire remplacer en ce lieu, pour aller les voir et donner de» missions dans leur pays. Progresse qui devait lui coûter la vie.

L'année 1649 vit commencer en grand la destruction des Hurons et de leurs alliés. Bientôt des groupes de Nipissiriniens, de Hurons et autres peuples du Haut-Canada ou pays dUn haut^ selon l'expression reçue, arrivèrent aux Trois-Rivières, soit par le Saint- Laurent ou par l'intérieur des terres, pour chercher un refuge auprès des Français. La terreur était répandue partout dans l'ouest ; on s'attendait d'un moment à l'autre à voir les Iroquoi» déborder avec plus de forces que jamais sur les habitations échelonnées le long du fleuve entre Québec et Montréal. Ces prévisions ne se réalisèrent que trop, comme on le sait. Le Père Bressani, qui était descendu avec des Hurons cet été, repartit des Trois-Rivières le 3 octobre avec seulement quatre canots, mais il dut rebrousser chemin près de Montréal, voyant que ses conducteurs redoutaient la rencontre des Iroquois.

Vingt Hurons hivernèrent aux Trois-Rivières.

LH

Antoine Desrosiers, qui était aux Trois-Rivières depuis 1645r au moins, épousa, en Î649, Anne, fille de Michel LeNeuf du Hérisson. Il s'établit à Champlain, devint juge de cette seigneurie et y mourut en 1691, Il a laissé cinq garçons mariés, qui sont les souches des familles Desrosiers, de Champlain et du district.

Il y a trois sépultures françaises et une de Sauvage. Au mois de juin un domestique de Jacques Hertel, nommé Louis... fut tué accidentellement par un canon.

Les baptêmes d'enfants de race blanche sont plus nombreux que de coutume. Il y en a neuf, sans compter celui du fils de Pierre Boucher.

Sur ces neuf enfants, deux filles et trois garçons ont fondé des familles qui ont été très-répandues et très-respectées dans le district des Trois-Rivières : les Guillet, les Godefroy de Saint-Paul, les Crevier de Bellerive, les Veron de Grandmesnil, les Longval, et qui se sont alliées à presque toutes les anciennes familles de cette partie du pays.

On constate, en 1649, les noms de onze nouveaux habitants. Ce sont : Maurice Poulain, Jean Aubuchon et François Boivin, de la

Normandie ; Jean Poisson, du Perche ; Glaude Houssard, de l'Anjou ; Mathurin Baillargeon, de TAngoumois ; Emery Cailleteau, Mathurin et Pierre Guillet, de laSaintonge; Nicolas Rivard- Lavigne et Michel Pelletier, sieur de la Pérade, de lieux inconnus.

Cette année, qui était la quinzième depuis la fondation du fort, la population fixe s'élevait à cent âmes, parmi lesquelles vingt-huit ménages.

A la fin de 1650, Québec était habité depuis quarante-deux ans, et, dit M. Ferland, ce n'était encore qu'un petit village ne renfermant pas plus d'une trentaine de maisons.

On ne saurait dire au juste combien de feuaril y avait aux Trois- Rivières : les deux postes devaient avoir une population égale l'une à l'autre.

C'est la dernière fois que nous pourrons considérer le groupe trilluvien comme demeurant tout entier dans la ville ; à partir des années qui suivent, plusieurs colons se répandent sur les terres du Cap et ailleurs, mais toutefois sans trop s'éloigner du voisinage du fort,

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