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nel, sans cesser d’‘tre le capitaine des milices de la ville. D'’autré part, il avait administré le gouvernement des Trois-Rivières pendant une période assez longue pour qu'on lui donnât un successeur, comme C'était la coutume tous les trois ou quatre ans; aussi avons-nous vu que, dans l'été de 1658, M. de la Potherie avait reçu de nouveau le commandement.
Pierre Boucher, à cette époque, se préparait avec activité à établir ses enfants aux Trois-Rivières. Jusqu'à 1665, il ne perdit aucune occasion d'acquérir et de se faire concéder des terrains dans les environs de la place. C’est ainsi que, le 7 avril 1660, il acheta de Jacques Le Neuï de la Potherie “ trente-cinq à quarante arpents de superficie : prenant deva it à la rue Notre-Dame ; borné au sud-ouest aux Révérends Pères Jésuites ; au nord-est aux terres concédées par M. Godefroy ; au bout duquel fief il y a un autre terrain (1) de trois arpents environ de front sur dix-huit arpents de profondeur.”
C'était le fief concédé en 1646 à M. de Champflour, et vendu par celui-ci, en 1649, à M. de la Potherie. Depuis 1660, il appartient à la famille Boucher et a pris le nom de Niverville.
La rue Bonaventure passe sur la partie sud-ouest de ce fief, au lieu de le séparer des terres des Jésuites, comme on serait tenté de le croire au premier coup-d'œil. La rue la coupant un peu de biais, la langue de terre qui se trouve ainsi formée, entre la propriété des Jésuites et la rue en question, donne la profondeur des emplacements. La rue elle-même ne date que du siècle dernier ; elle paraît avoir été ouverte par M. Niverville qui désirait concéder des lots à bâtir de chaque côté de cette voie. Telle qu’elle est de nos jours, elle va du grand côteau, en ligne droite, jusqu’au point de jenction des rues Hart et St. Joseph, où est située la chapelle méthodiste, et de là appuie à droite (vers le sud) pour opérer son raccordement avec la rue Notre-Dame. Cette déviation a rétréci les emplacements du côté sud-ouest, à partir de la rue Hart jusqu’à la rue Notre-Dame. La ligne des deux fiefs (Niverville et Jésuites) coupe à peu près en deux, de l’est à l’ouest, le carré Champlain.
Le 31 août arriva de France à Québec le baron d’'Avaugour, qui venait remplacer M. d’Argenson, gouverneur-général. Dès le ler septembre, il se mettait en route pour visiter les Trois-Rivières. De retour à Québec le 19
4) Plus tarû prolongement du fief qui nous occupe.
I ne tarda pas à se convaincre que la France n’avait que top ne longtemps négligé sa colonie du Canada, et qu’il fallait y apporter un prompt secours ou se résigner à la voir détruire misérablement par les Iroquois.
: 1 Fort de la justice de cette cause, et voyant que par la paix des HE Pyrénées signée en 1659, la France avait reyris dans la politique h AE européenne une position qui lui laissait le loisir d'étendre ses vies Le ailleurs, il fit une tentative énergique pour attirer du côté du St. mn Laurent la sollicitude des ministres et du roi. 1 : Déjà, en 1660, ie Père LeJeune était allé à Paris dans l’inten- Fe tion de demander des troupes pour régler définitivement la ques- JR tion de savoir lequel l’emporterait de l’Iroquois où du Français AE dans la possession du Canada.
4 M. D’Avaugour sut choisir dans le mme but un laïque recom- : ï mandable, auquel il confia les intérêts du pays et qu’il fit appuyer 5 auprès du roi de toutes les influences canadiennes. Cet homme ï était M. Pierre Boucher, alors le plus en état de représenter une 1 population aussi digne de sympathie, car depuis vingt ans, il à s'était identifié avec tous ses secrets, et nul mieux que lui ne savait parler et manier la plume pour se rendre utile à ses comë ‘ à patriotes. Il partit des Trois-Rivières, et le 22 octobre 1661, s’emà: barqua à Québec, pour sa généreuse mission.
A Et Le roi connaissait les mérites de M. Boucher. Au moment où celui-ci partait pour la France il venait de recevoir des lettres de noblesse. Voici en quels termes l’ancien gouverneur des Treis- ; Rivières raconte ce passage de sa vie :
“M. de Lauzon étant repassé en France, en 1657, et fesant ses visites à Paris, alla voir M le marquis de Feuquières qui était pour lors vice-roi de toute l'Amérique, et en parlant de l’état du } } pays et de la guerre que les Iroquois nous y faisaient, il lui ra- 1h conta le siège des Trois-Rivières (1653), lui fit voir la lettre que je lui avais écrite après le départ des ennemis et le compte que je lui Haute rendais de tout ce qui s'était passé. M. de Feu uières, surpris de th cet événement, demanda à M.de Lauzon quelle récompense on QU m'avait donnée. Il lui répondit : aucune, si ce n’est le commandement de la place. M. de Feuquieres résolnt de m'envoyer des lettres de noblesse pour bien m'encourager à faire mon devoir LE contre ces infidèles et il me les envoya en 1661, avec une lettre très-gracieuse par laquelle il m’exhortait à continuer de bien servir
le roi et le pays. Il me promit de parler de moi au roi et de
me faire connaître de manière qu’il ferait ratifier tout ce qu’il
à venait de faire en ma faveur. Mais il fut disgracié trois ou quatre
: ARR mois après. C’est pourquoi, lorsque je fus arrivé en France (1661)
l'ayant été voir, il me témoigna qu'il était bien fâché de n'être plus en état de me servir auprès du roi.”
Nul Canadien n'avait encore obtenu cette marque de distinction Le document qui en faisait la preuve ayant été détruit par le feu, quelques années après, Louis XIV le renouvela, en 1707, sous la forme suivante :
‘ Les témoignages qui nous ont été rendus, en l’année 1661, des services distingués que le sieur Pierre Boucher, alors gouverneur (1) des Trois-Rivières, nous avait rendus dès l’année 1639 dans les emplois importants que nous li avions confiés en la Nouvelle-France, et particulièrement dans celui de gouverneur des Trois Rivières, nous auraient engagé à lui donner des marques glorieuses de notre estime en lui accordant des lettres d'ennopblis sement pour lui et pour ses enfants nés et à naître en loyal mariage ; mais ces lettres ayant été brûlées dans l'incendie arrivé au séminaire de Québec, nous avons eu égard aux remontrances qu’il nous à faites pour nous supplier de lui en faire expédier de nouvelles, en vertu desquelles il put continuer de jouir, ainsi que sa postérité, des honneurs et des avantages qui sont réservés à la noblesse. A ces causes, et de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons, par ces présentes, signées de notre main, le dit sieur Boucher et ses enfants nés et à naitre en loyal mariage, annobli et annoblissons, et du titre de gentilhomme décoré et décorons, voulant et nous plait qu’en tous lieux et endroits de notre royaume et en tous pays soumis à notre domination, ils soient tenus et réputés nobles et gentilshommes, et comme tels qu'ils puissent prendre le titre d'Ecuyers, et parvenir à tous les degrés de chevalerie et autres dignités, titres et qualités réservés à la noblesse; jouir et user de tous les honneurs, prééminences, franchises et exemptions dont jouissent les anciens nobles de notre royaume, tant qu'ils vivront noblement ; teuir et posséder fiefs et seigneuries qu'il a où qu'il pourra acquérir. Et d’après de tels titres, noms et qualités et nature qu'ils soient, porter armes telles qu'elles sont ci-après empreintes, icelles faire, graver, peindre et inculquer es ses maisons et seigneuries qu'il verra bon être et tout ainsi que si le dit sieur Boucher et ses enfants nés et à naître en loyal mariage étaient issus de noble et ancienne race, sans que pour ce ils soient tenus de nous payer ni à nos successeurs rois aucune finance ni indemnité de laquelle à quelque somme qu'’eile
() En 1661, c'était M. de la Potherie qui était gouverneur des Trois-Rivières, Louis XIV, écrivant quarante-six ans après, faisait sans doute allusion aux
services rendus par M. Boucher au temps (1653) où celui-ci avait agi comme gouverneur de cette place. 99
puisse monter, nous avons fait et faisons don par ces présentes. Et donnons en mandement à nos amez féaux, conseillers, les gens tenant notre conseil supérieur de Québec, que ces présentes lettres d’ennoblissement ils fassent enregistrer ; Et du contenu ce soit chose ferme et stable à toujours nous avons fait mettre notre sceau Donné à Versailles le 17 juin 1707, de notre règne le soixante-etcinquième.
(Signé) Louis.”
M. Boucher ne s'était pas laissé abattre comme tant d’autres, depuis quelques années, par l'indifférence de la cour à l'égard du Canada. Il persistait à croire que le jour se ferait sur nos affaires et que le jeune roi et les ministes prêteraient main-forte aux courageux et patriotiques habitants des bords du grand fleuve. Voilà pourquoi nous l’avons vu concéder des terrains aux Trois-Riviéres d’abord, ensuite au-dessus de ce poste, bien que les autres colons n’osassent pas se faire accorder des titres de propriétés dans cette direction. 4 Avant de partir pour la France en 1661, il avait dû prendre ües arrangements avec M. de Lauzon, l’ancien gouverneur-général,
qui le protégeait et qui était seigneur de l’immense fief appelé la , Citière, sur la rive sud du St. Laurent, pour se faire découper une
seigneurie dans ce domaine. M.de Lauzon et lui se rencontrèrent d sans doute en France, car le 20 avril 1662, Boucher reçut la patente de la seigneurie de St. François du Lac {une lieue de front au fleuve sur autant de profondeur) qu’il passa plus tard à son neveu Jean Crevier.
Nous verrons bientôt Boucher poursuivre ses idées de colonisations en fondant Boucherville et Varennes et en établissant ses fils jusqu'au haut de la rivière Chambly. Tout le sentiment national des premiers Canadiens se retrouve en action dans la vie de ce compatriote.
M. Boucher avait trouvé la France glorieuse, jouissant de la naix et célébrant la naissance du premier enfant de Louis Y.IV.
Mazarin venait de mourir, ce qui, tout grand ministre qu’il fut, n’était pas un malheur pour le Canada.
Colbert, esprit large et préparé de longue main à l’administration, montait au pouvoir, pour donner au règne du ‘ grand roi” l'éclat le plus vif dont il ait brillé.
Un nouveau courant d'idées pouvait enfin s’introduire dans l’en-
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tourage du souverain, M. Boucher le comprit et ne manqua pas l'occasion.
Les besoins du Canada, l'honneur de la couronne qui s’y trouvait engagé, les vues d'avenir qu'ouvrait cette colonie, tel fut le thème sur lequel s’exerça la sagacité de l’ancien gouverneur des Trois-Rivières.
Le roi l’écouta avec intérêt. Il manifesta du chagrin de ce que l’on avait délaissé un pays si propre à devenir une belle et grande province. Notre envoyé l’édifia sur une foule de détails et de questions qu’il lui soumit, mettant dans ses réponses lés avis de l'homme pratique et instruit à côté des renseignements dont une politique éclairée pouvait tirer partie. Les ressources naturelles de la contrée ne furent pas oubliées.
Louis XIV en conclut qu'il devait s'occuper de l'avancement du Canada. Il le promit. L'extension de son pouvoir sur le sol de l'Amérique était un projet calculé pour flatter les instincts de ce monarie si remarquable par sa vaste ambition.
Il fallait, avant tout, une force armée suffisants: pour tenir les Iroquois en échec. Des vrdres furent donnés pou: l'envoi de troupes, dont un certain nombre immédiatement, c'est-à dire cent hommes cette année et irois cents l’année suivante. Deux vaisseaux, commandés par le sieur Dumont, reçurent ces cent soldats.
M. Dumont était chargé de préparer un rapport sur l’état de la colonie. M Boucher c'était engagé à écrire un exposé de la situation et des ressources de la Nouvelle-Franc:.
Celui-ci, d’ailleurs, ne revenait pas se::!. Plus de deux cents nouveaux colons l’accompagnaient, et si l’on songe que toute la population du Canada ne dépassait guère deux mille âmes, on se fera une idée de l'importance de ce secours.
Malheureusement, il n’y avait à bord de provisions que pour deux mois; la traversée dura du milieu de juin au milieu d’octobre, quatre mois pendant lesquels quarante personnes moururent de fatigues et de misères. En passant à Terreneuve, M. Dumont laissa ur ecclésiastique et trente soldats pour la protection des pêcheries, ce qui réduisait d'autant les bras armés dont le Canada proprement dit avait besoin. Les vaisseaux s'étant enfin rendus à Tadoussac, il fallut s’y arrêter, et, avec de grands embarras, transporter les troupes, les colons et tout le bagage sur des barques et des chaloupes jusqu’à Québec, où Messieurs Boucher et Dumont arrivèrent le 27 octobre 1662 en compagnie des prêtres attachés à l'expédition.
Malgré ces contre-temps, les renforts ainsi amenés firent renaître l'espoir dans la colonie, surtout lorsque M. Boucher eut expliqué
que le roi entendait continuer l’envoi des soldats et que la compagnie des Gent-Associés serait invitée, sous quelques semaines, à remettre ses priviléges, pour faire place à une administration appropriée aux besoins du pays. Toute une ère nouvelle s'ouvrait devant les Canadiens. Le respect qui s'attache encore aujourd’hui au nom de Pierre Boucher s'explique ici suffisamment.
L'année 1663 fut signalée par des tremblements de terre dont la violence et la durée n’ont jamais depuis été égalées en ce pays. Comme nous avons traité ce sujet ailleurs, il est inutile d’y revenir.
La Relation de 1663 nous donne le récit d’un voyage au Canada accompli par une personne de distinction chargée de faire rapport sur le pays.
Le voyageur et sa suite étant arrivés au cap de la Magdeleine, les habitants sortirent de leurs maisons, répandues sur plus d’une lieue de la côte, allèrent au devant d'eux et les invitèrent à mettre pied à terre pour prendre part à un repas champêtre préparé dans cette intention.
La réception aux Trois-Rivières ne fut pas moins cordiale. Les tables où nous fûmes invités, dit le narrateur, étaient quasi aussi bien couvertes et aussi bien fournies qu’elles peuvent être en plusieurs endroits de la France.
Parlant des tremblements de terre qui contir iaient encore, il dit qu'ils s'étaient fait sentir ‘ grands et épouvantables depuis le cinquième jour de février, et nous étions toutefois bien avant dans le mois de juillet. Les grands arbres, précipités dans la rivière, avec des collines et des montagnes toutes entières, roulaient encore effroyablement dans ses eaux qui les rejetaient sur le rivage daus une étrange confusion. Les chaleurs ayant été extraordinaires, et la terre ayant été toute desséchée par les feux souterrains et ensouffrés qui avaient épuisé toute l'humidité, un incendie qui s'était pris dans ces vastes forèts et qui avait déjà brûlé plus de dix-huit lieues, menaçait les habitations de nos Français et toutes leurs terres heuréusement ensemencées ; mais les processions et les prières publiques y apportèrent un prompt remède par la grâce de Dieu. Les pluies ont suivi si abondantes que jamais on a espéré une plus riche récolte. (1)
‘Après quelques jours de repos, nous remontons dans notre
G) A l'automne, la Mère de l’Incarnation écrit que la récolte fut, en effet, excellente,
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barque, sans crainte des Iroquois qui battaient les forêts voisines, les rivières et les lacs.”
Parvenu au lac Saint-Pierre (1) le narrateur en fait la description :
“ Les six rivières qui se jettent dans ce lac font à leur embouchure des îles et des péninsules si agréables à la vue et si propres pour l'habitation des hommes qu’il semble que la nature ait ramassé une partie des beautés de la terre habitable pour les étaler en ce lieu. Les rivages, q i son nartie en prairie et partie en bocages, paraissent de loin comme autant de jardins de plaisance ; ils n’ont rien de sauvage que les bêtes fauves, comme les élans, les cerfs et les vaches sauvages, ui s'y voient par bandes et en grand noinbre.”
A la même époque, M. Boucher écrivait : “* Plusieurs rivières et lacs entrecoupent les terres du gouvernement des Trois-Rivières, qui sont toutes bordées de belles prairies, ce qui fait qu'il ya quantité d'animaux, et surtout des élans, cariboux et castors, et très grand nombre de gibiers et poissons.” Il ajoute qu'il ne se vôit pas Vl'orignaux plus bas que les Trois-Rivières.
Le 15 septembre 1663, arrivèrent de France à Québec Monseigneur de Laval, monsieur de Mézy, nommé gouverneur général, et monsieur Gaudais (2), chargé de prendre des informations sur toutes choses concernant la colonie.
Avec eux étaient cent familles et quelques officiers, tant militaires que civils. La population française du Canada ne dépassait pas alors deux mille cinq cents âmes, dont à peu près huit cents à Québec et quatre cents dans le gouvernement des Trois-tivières.
Des changements de toute importance avaient été décrétés à la cour. Il est nécessaire d'en dire un mot :
La charte en vertu de laquelle la compagnie des Gent-Associés rossédait le Canada depuis 1627 n'avait été entre ses mains qu’un instrument de commerce dont elle faisait usage uniquement dans ses intérêts, sans s'inquiéter de remplir les obligations relatives à l'établissement du pays, où elle devait transporter des colons stables qui auraient pu y fonder un : nouvelle France. Sa charte lui enjoignait non-seulement de défricher, mais de faire défricher
(1) Depuis Champlain, cette nappe d’eau n’a pas eu d’autre nom.
(2) La narration de l’été 1668 dont nous avons parlé au paragraphe précédent est attribuée à M. Dumont par quelques historiens. mais c’est à tort, vû q’il était répassé en France l'automne précédent. Elle n’est pas non plus de M. Gaudais, puisque ce dernier n'arriva au Canada que le 15 septembre 1663, et que
le narrateur dit avoir été aux Trois-Rivières au mois de juillet de cette même année,
pour ses concessionnaires, seigneurs ou autres, en un mot ‘* peupler et habiter” la colonie par autant de monde que possible. Les plaintes qui ne cessaient d’être portées au pied du trône à ce sujet, appuyées par Mgr de Laval, par M. Boucher et des personnes de marque qui avaient à cœur d'établir le Canada, déterminèrent Louis XIV à rompre (14 février 1663) l'engagement que lui imposait la charte de 1627 et à assumer les pouvoirs Aécessaires pour la gouverne et l'avancement de ce pays. Ïl retira donc aux Cent- Associés les priviléges dont ils avaient fait un si déplorable usage et par l'institution d’une chambre appelée conseil souverain de Québec, espèce de parlement nommé par la couronne, prit la direction des affaires (1)
Il envoya M. de Mézy en qualité de gouverneur et fit d’autres nominations très-à propos.
Ces nouvelles furent accueillies avec joie au Canada, et les pauvres colons, voyant à l'heure mème, la réalisation d’une partie des promesses du roi, se mirent à travailler à leurs établissements avec un redoublement d’ardeur.
Le 21 mars 1663, une ordonnance prescrivit que les terres qui ne seraient pas mises en voie de défrichement sous six mois retourneraient à la couronne (la banlieue des Trois-Rivières était dans ce cas). Cette pièce porte que l’une des principales causes qui ont empêché le pays de se peupler jusqu'à ce moment et qui fournisseit aux Iroquois l’occasion de ravager les fermes (le fief Hertel, par exemple) provenait de ce que certains particuliers n’établissaient pas leurs’ concessions, soit faute de ressources, soit par négligence.
Cela pouvait être vrai dans une certaine mesure, mais combien plus ne devait-on pas blâmer le pouvoir lui-même, qui oubliait de protéger les colons en éloignant leurs ennemis !
L'arrêt en question met le seigneur de grand fief et le petit concesssionnaire sur un pied égal quant aux obligations.
Il y avait déjà plusieurs vastes terres concédées dans le gouvernement des Trois-Rivière, telles que les suivantes : six cents arpents aux jésuites dans le voisinage immédiat du fort; les seigueuries de Godefroy, du Sud {vis-à-vis le fort) de Bécancour, de Batiscan, du cap de la Madeleine, de la banlieue, de la Pointe du Lac et de Saint-François, sans compter les fiefs Hertel, Pachirini, Lafond, Boucher et les îles de l'embouchure du Saint-Maurice.
.(1) Sur ces changements voir l'ouvrage de Doutre et Lareau, intitulé: Le Droit eivil canadien.
Le pays était divisé en trois districts judiciaires ou gouvernements, portant le nom des villes qui leur servaient de chefs-lieux : Québec, les Trois-Rivières et Montréal.
Il y avait, dans chacune de ces villes, un gouverneur, un juge, enfin une organisation civile et judiciaire qui faisait de ces districts comme autant de provinces. Notre confédération ne s'éloigne pas baucoup de ce système.
Depuis plusieurs années que le bourg des Trois-Rivières était constitué en centre judiciaire, l'étendue territoriale de sa juridiction n'avait pas été précisée, selon qu’il nous paraît, mais l’habitude était prise de la borner ea haut du fleuve par les iles du lac Saint-Pierre, eten bas à la rivière de Sainte-Anne de la Pérade. Un mémoire, rédigé en 1788, au sujet de la justice des Trois-Rivières, allègue que, à partir de 1663, date où la ville avait été érigée en en gouvernement royal, les bornes de ce gouvernement se trouvaient comme suit : à l’est, Sainte-Anne et Saint-Pierre les Becquets:; à l’ouest, Maskinongé et Yamask, inclusivement ; au nord et au sud, les limites de la colonie.
A Québec était une cour de prévôté.
Les justices de Montréal et des Trois-Rivières, distiñgiées sous le nom de juridictions royales, étaient des cours civiles et criminelles organisées de la même manière que celle äe la prévôté, excepté qu'il n’y avait pas de lieutenant (juge) particulier aux Trois-Rivières, où il était facile d’amener les procès de la ville devant le lieutenant général de la juridiction ou juge royal, fonctions que M. Bouche: exerça le premier. |
Le remaniement qui eut lieu en 1663 dans l'administration du Canada eut pour effet de faire absorber les attributions du grandsenéchal par le conseil souverain de Québec et par l’intendant. Ce dernier eut un lieutenant aux Trois-Rivières. L’édit de création du conseil souverain donnait à ce corps le pouvoir de ‘ commettre à Québec, Montréal et les Trois Rivières des personnes chargées de juger en première instance, sans chicane et longueur de procédure, les différents procès entre particuliers,” et de nommer les officiers de justice nécessaires.
Chaque gouvernement comptait un juge en chef, un greffier et un procureur du roi. Ces trois fonctionnaires relevaient de l’intendant de la Nouvelle-France, véritable ministre de la justice, tandis que le ÿouverneur de chaque place recevait ses ordres du gouverneur général établi à Québec.
Le 17 novembre 1663, le conseil supérieur donne à Maurice
Poulain une commission de procureur du roi pour le gouvernement des Trois-Rivières,
Le notaire Ameau fut, parail.il, le premier greffier,
Le procureur fiscal citait devant le juge du lieu ceux qui contrevenaient aux ordounances publiques ou qui enfreignaient les lois de quelque manière.
CXXVE
Expliquons quelle était à cette époque la position de M. Boucher.
M. Dumont débarqué à Québec le ?7 octobre 1662, était monté saus retard aux Trois-Rivières, faisant le trajet en une seule journée, et il avait établi M. Boucher gouverneur de cette place (/a Mère de l’'Incarnation) ce qui dût avoir lieu vers le premier jour de novembre, Le Journal des jésuites dit que M. Dumont repartit pour la France le 3 novembre. La Mère de l’Incarnation écrit, le 6 novembre, qu'il s’en retourne bien content du pays. (1)
Le 10 janvier 1663, M. Boucher siége en cour de justice aux Trois-Rivières, ainsi que son lieutenant Pezard de la Touche et Maurice Poulain. (Registre des audiences). En cette occasion, outre ses fonctions du jugeen chef, il est qualifié du titre de gouverneur des Trois-Rivières. Le 26 juillet suivant, aux Trois-Rivières, le Père Le Mercier baptise Marguerite, (2) fille de Pierre Boucher, “gouverneur du lieu ”’.
Cette double position de juge et de gouverneur paraît avoir été temporaire, en attendant que le nouvel ordre de choses fût établi.
Louis XIV avait manifesté le désir de voir un ouvrage de la plume de M. Boucher qui pût guider les amis du Canada dans la propagande qui allait être faite pour atiirer en ce pays des cultirateurs et des gens de métier dont on y avait tant de besoin. M. Boucher n'avait pas tardé à se mettre à l'œuvre; c’est des Trois- Rivières que, le 8 octobre 1663, il data la préface de son livre, dédié à Colbert, ministre des colonies, et qui porte pour titre : Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France.
L'ouvrage fut imprimé à Paris. Par malheur, il ne fut pas répandu dans le royaume comme il devait l'être et resta entre les mains de ceux qui n’en avaient auçun besoin pour s'éclairer. Si l’auteur eût pu en surveiller lui-même la distribution un bien immense aurait été produit, car on trouve dans ces pages exposées,
(1) Puisqu'il n’a été que huit jours au Canada, il ne peut ôtre l’auteur de la narration qu’on lui prête et il x’a pas dû visiter tout le pays comme les historiens nous le donnent à entendre.
(2) Cette enfant épousa Nicolas Daneaux, seigneur de Muy, qui devint gouverneur de la Louisiane.
d’une manière claire et avec ordre, une foule d'informations sur le Canada.
À part les Æelations des Père jésuites, rien d'aussi considérable n'était encore sorti des presses de Franee touchant notre pays. Les Voyages de Champlain ne pouvaient plus avoir la portée d'autrefois, les circonstances ayant changé.
Nous ne voyons pas sans plaisir l’un des colonisateurs les plus entreprenants, le commandant qui avait le plus brillé dans la défense de son poste, le premier Canadien ennobli, l'un des premiers historiens de la Nouvelle-France, M. Boucher (1), en un mot, être si intimement lié avec les Trois-Rivières.
Le 17 octobre 1663, le conseil souverain autorise le remboursement par certains habitants du pays, des sommes avancées par M. Boucher pour la conduite de cent hommes de France au Canada, en 1662. Sur ce nombre, trente-trois étaient morts, soit pendant la traversée, soit depuis Boucher demandait à être remboursé par les colons à qui il avait fourni des hommes, des dépenses occasionnées pour chacun de ceux-ci. Quant aux trente-trois décédés, le conseil l’avisait de s'adresser au roi pour le remboursement de ce qu'ils lui avaient coûté.
M. Gaudais avait rapidement visité le pays. Au rnoment @e repartir pour la France, on remarque parmi les pièces officielles qui paraissert dictées ou conseillées par lui, la commission suivante adressée à M. Boucher, confirmant la position de gouverveur des Trois-Rivières, que ce dernier occupait depuis un an, comme on l’a vu:
‘ Le pays de la Nouvelle-France étant maintenant en la main et sous la protection du roi, nous avons cru qu’il était du bien du service de Sa Majesté de pourvoir de personnes capables pour commander sous son autorité dans les lieux éloignés, et notamment aux Trois-Rivières, et que pour cet effet nous ne pouvions faire un meilleur choix que celui de votre personne ; et étant bien informé des services que vous avez rendus audit lieu, pour ces causes, à pleine confiance en votre fidélité au service du roi, valeur, expérience et sage conduite au fait des armes, nous vous commettons et députons pour exercer la charge de gouverneur et commander
(1) Les Relations ne mentionnent pas nommément M. Boucher. A propos de son voyage en France, le Journal des jésuites se borne à dire, sous la date An 22 octobre 1661 : ‘ Partit le dernier vaisseau, où était M. de Queylus, Monsieur Boucher, etc.” Et l’année suivante, le 27 octobre, il dit : ‘“ Arriva enfin une chuloupe biscayenne, dans laquelle étaient M° Boucher et un gentilhomme de la part du roi envoyé pour commander 100 soldats que le roi envoyait par avance du secours de l'an qui vient, et en outre 200 passagers, et cela dans deux viisseaux du roi demeurés à Tadoussac avec :e Père Charles Simon et notre Frère Garnier, écolier novice.” La Mère de l’Incarnation dit nettement en quoi consistait la mission de M. Boucher et ce qui se passa à son retour an Canada. Les historiens l’ont suivie.
si
sous l’autorité du roi en tout le pays des Trois-Rivières, pour jouir de ladite charge aux gages, droits et honneurs y appartenant, tant ct si longtemps que nous le jugerons utile pour le service du
roi. Donné au château Saint-Louis de Québec, le 28 (1) octobre
1663.” (Signé) “ Mézy.”
Par l’entremise de Garakonthié, la paix venait d'être conciue, mais äès la même année, (1663),les Iroquois, fidèles à leurs traditions, avaient lancé un parti de guerre jusqu'aux sources du Saint-Maurice, commeil a été dit. Cette bande ravagea les campements du lac Necouba et fit croire qu'elle allait descendre au Saint-Laurent par le Saguenay.
Les Français feignaient de ne pas attacher d'importance à ces hostilités. [ls ne pouvaient que patienter en attendant des secours.
Un Huron, naturalisé Iroquois, ayant visité les Trois-Rivières, l'automne de 1663, répandit l’alarme chez les Cinq-Nations, en leur annonçart que des troupes étaient débarquées à Québec et que selon toute apparence, des représailles seraient exercées contre les cantons. Ils n’y avait plus moven de garder le masque; les négociations pour la paix, qui trainaient en longueur, furent rompues.
Pientôt. deux soldats de Ja garnison des Trois-Rivières à la chasse aux iles du lac Saini-Pierre, furent enlevés et traités en prisonniers de guerre. De bonne heure en 1664, Garakonthié les fit mettre en liberté avec d’autres captifs français. En cette occasion ils eurent, chemin faisant, un nouvel exemple de la fureur des Iroquaic, qui attaquèrent sous leurs yeux et battirent des Algonquins voyageant avec la qualité reconnue de parlementaires. Peu de temps après, une fille, Âgée de dix ans, fut prise aux Trois-Rivières.
Dans son mémoire de 1663 sur les fortifications dont le pays à besoin, M. d'Avaugour dit qu'il est nécessaire de construire un fort vis-à-vis des Trois-Rivières, riv : sud du fleuve, comme à la pninte Lévis de Québec. Il recocimande d’éiever deux forts plus considérables, munis d'artillerie, à la Pointe du Lac et à l'embouchure de
(1) Un ordre du conseil souverain, en date du 9 juillet 1564, décide qne les appointements du gouverneur des Trois-Rivières dateront du 15 septembre précédent, jour de l'arrivé en ce pays Ge M. do Mézy. En même temps le conseil ordonne au fermier des droits depe'leteries e payer au sieur Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, la somme de 3,180 livres pour ses appointements ; plus 768 livres pour diverses choses par lui fournies ; plus 2,588 livres 17 sons 11 deniers pour avances par lui faites; plus 3,508 livres 4 sous qui lui sont dûes pour ses appointements.
À cette époque, Buucher cumulait les charges de gouvernenr et de juge en chef. Il ne se démit de cetts dernière que dans l’automne de 1664,
la rivière Nicolet, d’après ce plan: demis bastions faisant face au lac et à la rivière, et le reste en forme de redoute.
Parlant de la protection qu’il est urgent de procurer aux :olons, il constate que les terres, qui s'étendent à trois lieues au-dessus äes Trois-Rivières, sont très-bonnes et toutes distribuées aux habitants qui, par crainte des [roquois, ne les cultivent pas.