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rassurer leur nation de la vie des cinq, s’ils pensent à la paix, dont nous aitendons les réponses, aussi bien que des premiers envoyés.” Ua peu plus loin, il dit : Hier, il nous arriva à Québec une chaloupe des Trois-Rivières, qui amenait sept Iroquois qui étaient venus savoir des nouvelles et insensiblement se trouvèrent engagés Il y en a un fort considérable, mais eûmes grande peine à les débarquer, à cause de nos Sauvages qui les voulaient tuer. 11 fallut mettre tout le monde sous les armes et Notre-Seigneur nous démêla de ce pas aussi fâcheux qu'il s’en pvisse voir, Car j'avais à faire à des bêtes animées ; je ne débiterai cette nouvelle qu’à vous seul, vous en ferez part s’il vous plait Nous n'avons pas encore résolu ce que nous en ferons, sinon que j: prétends en envoyer deux dans leur pays pour tâcher de retirer deux Français (1) qu'ils ont pris.” Outre le style, cet'e lettre offre des curicsités d’orthographe que nous ne reproduisons pas.
La Grande-Cuillère, {car le “ captif considérable,” c'était lui) adressa au gouverneu:-générel un pompeux discours pour lui témoigner du désir qu'avaient ses compatriotes de vivre en paix avec tout le monde. M. d'Argenson, lui reprochant les trahisons continuelles des Iroquois, promit néanmoins de conclure un traité solennel. si les cantons envoyaient une délégation dans ce but. ‘+ Le lieu du conseil sera les Trois-Rivières, dit-il, où les ambassadeurs viendront tête levée, en faisant les harangues ordinaires, et personne ne viendra en cachette et dans les broussailles — autrement, si on l’attrappe, il sera condamné au feu.”
Peu après, Joliette et Christophie furent ramenés jusqu’à Montréal par Garakontié, fameux chef iroquois, qui protesta en même temps de ses bons sentiments à l’égard des Français, mais qui demanda ja permission “ de passer quand il viendrait tuer l’Algonquin.” Il fut décidé de nouveau qu’un grand conseil règlerait les points divers de cette importante question, et que ce conseil aurait lieu aux Trois-Rivières.
‘ Le 10 novembre” nous apprimes des Trois-Rivières, par un canot arrivé à Québec, que, le 5 de cemois, douze Agniers avaient pris quatre Français prisonniers faisant du foin de l’autre côté de la rivière, vis-à-vis des Trois-Rivières; puis quatre autre Français sur le lac Saint-Pierre qui retournaient de la chasse. Lesdits Iroquois ramenèrent un des huit prisonniers aux Trois-Rivières pour avertir le capitaine (?) de leur prise et lui faire savoir qu’ils menaient les autres au canton des Agniers pour les ramener au printemps avec les anciens du pays pour traiter de la paix.”
(1) Joliette et Christophle ; Fouquet était mort. 2) M, de la Potherie, gouverneur.
Les malheureux, tombés ainsi au pouvoir des barbares eurent les ongles brûlés, et, ajoute ia Relation, “ile leur ont coupé les doigts et les mains, les préparant par ce commencement qui ne passe chez eux que pour de petits jeux, aux feux et aux flammes auxquels ils les destinent, en récompense du bon traitement fait à leurs gens que nous avons toujours caressés dans nos prisons et que nous avons enfin élargis sans leur faire tort d'un seul cheveu de la tête. Nous avons appris ces circonstances par un Huron chrétien fugitif, qui, s'étant trouvé dans un parti qui venait ici en guerre, les rencontra dans les îles de Richelieu, conduits par les Agniers qui les avaient pris aux Trois-Rivières. Je fus, disait-il, touché de compassion, voyant le malheureux état de ces pauvres prisonniers, et en mème temps je fus ravi de leur dévotion parmi les souffrances. Le soir, je les entendais chenter les litanies de la Vierge et le matin le Veni Creator avec les autres prières. Je leur voyais lever au ciel leurs mains tronçonnées et toutes dégoutantes de sang—spectacle qui a fait si grande impression sur l’esprit de ce bon homme qu'il a pris ensuite la dernière résolution de quitter les Iroquois et de se jeter entre nos mains pour y conserver la Foi et pour nous découvrir une partie des desseins de l'ennemi.”
Celui qui étudie cette époque douloureuse, éprouve une indignation bien légitime en présence de l’apathie des autorités, coupables, on peut le dire, de toutes Ces horreurs. Mais qu'est-ce que cela faisait à la cour de France, si élégante, si poiie, si civilisée ! Que lui importaient une cenaine de familles placées à la merci des fe:oces [roquois ? Elle n'en perdait ni un bal, ni une mascarade, ni une intrigue de ruelle. Il était plus souvent question chez elle de la forme des rosettes à coudre ou à agrafer sur les souliers de parade, que des pauvres diables de Ganadiens enlevés, suppliciés, brûlés à petit feu par les Sauvages.
‘ Le 20 novembre, arrivèrent six Agniers, ambassadeurs à Québec, avec le Pere Le Moine (1) et avec un Hollandais de la Nouvelle Hollande, pour les assurer que les Français ne leur feraient pas de mal, Leur dessein est de retirer leurs gens prisonniers et de faire la paix avec tous {à ce qu'ils disent) Algonquins et Hurons. Ils ant ramené nossept Français prisonniers depuis quinze jours, et les ont laissés en passant par les Trois-Rivières.” (2)
(1) Is avaient dû s'associer le Père Le Moine aux Trois-Rivières, où il était vers ce temps.
(2) Pour les événements de l’année 1658, voir: Manuscrits de Paris, série 2, vol. I. p.311-6. Relations, 1658 p. 3-5, 8, 11-12, 16-12 ; 1659, p. 2. Journal des jésuites. Lettres historiques. Charlevoix, Histoire I. 888. Faillon, E'istoire IL. 87b-9,
Le 30 avril 1659, quatre Onneyouts, prisonniers à Québec, furent renvoyés, sous la conduite des délégués des cantons, pour aller aux Trois-Rivières s'entendre avec le Père Le Movne. Le supérieur des jésuites et le Père Druillèies les accompagnaient, ainsi que plusieurs Algonquins.
Le Père Le Moyne avait passé l'hiver aux Trois-Rivières avec Teharihogan, chef de la tribu des Agniers. Le 7 mai, its partirent ensemble, ayant avec eux eux Algonquins, les quatre prisonniers Iroquois arrivés de Québec, trois ambassadeurs onneyouts e! Jean de Noyon, pour le pays des Iroquois, dans l'espérance d'établir la bonne entente entre cette race belliqueuse et celles alliées des Français.
Jean de Noyon était employé par les jésuites. Revenu de chez les Iroquois, il partit pour la France, pendant l'automne de cette même année 1659; mais il revint au Canada et se maria aux Trois-Rivières en 1665.
Malgré les Mégzociations pour la paix, les troquois continuaient de haïceler ies colons et de massacrer les Sauvages amis de ceux-ci.
M. d'Argenson, voulant porter remède à cet état de choses, partit de Québec, le 13 mai, avec le Père Chaumonot et quarante hommes, sur an brigantin, fit une battue jusqu'à Montréal et fut de retour à Québes le 29, sans avoir rien accompli de notable. Selon leur habitude, les ennemis 5e gardaient bien de se montrer devant les Français, lorsqu'ils les voyaient en force. Pendant que le gouverneur était sur le fleuve, peut-être même non loin des Trois-Rivières, le Bâtard-Flamand, fameux chef iroquois, descendait de Montréal avec vingl-cinq guerriers. On sigualait aussi cinq canots suspects. entre les Trois-Rivières et le lac Saint-Pierre. Les Algonquins étant allés en traite vers la chute des Grais, dans le Saint-Maurice, découvraient un cabanage d'Iroquois. Des Français avaient aperçu trois canots de ces maraudeurs autour desiles, à l’entrée du Saint-Maurice. Er un mot, les alarmes étaient journalières.
Le 8 juin, le Bâtard-Flamand, le Ciel-Bleu et trois frères de la Grande-Cuillère (alors prisonnier à Québec) dépassèrent les Trois- Rivières et se hasardèrent jusqu'aux environs de Québec, répandant la terreur parmi les habitations.
Faute d’un peu de secours de France, la pauvre colonie était au pouvoir d'une poignée de barbares, et cet état de choses dura vingt-cinq ans!
Vers la fin de juin, trois Français des Trois-Rivières, à la chasse sur les îles du lac Saint-Pierre, furent enlevés par une bande &’Onnontagués. L'un de ces captifs était Antoine Desrosiers ; rendu au lac Ontario, il parvint à s'échapper et fut de retour au milieu de juillet.
La traite des Attikamègues, comprenant d’abord un convoi de douze canots, pu’. autre d’une vingtaine, parut aux Trois- Rivières dans la derr'ère quinzaine de juillet. En même temps arrivérent six Canols de Mississagués, gens du Saut-Sainte-Marie, qui avaient mis cinq mois à leur voyage, étant passés par la baie Géorgienne, la rivière des Français, le lac Nipissing, les rivières Mataouane et Ottawa, puis ayant traversé les contrées des Téminskamings et des Attikamègues avec lesquels ils étaient descendus par le Saint-Maurice.
Il était question, parmi les Français, d'envoyer quelqu'un au pays dit des Outaouaks, situé audelà du Saut-Sainte-Marie, De pareils projets pourraient être regardés comme des rêves vu la situation de la colonie canadienne, pourtant ils s'exécutèrent aussitôt que conçus. Ces entreprises montrent, sous un jour pittoresque et grandiose, le caractère de notre population.
La première connaissance exacte que les Français eurent des peuplades de la baie d'Hudson leur parvint par les Sauvages du nord du lac Supérieur. Médard Chouart des Groseillers avait, de bonne heure, exploré cette dernière région. La possibilité de se rendre par là fusqu’à la baie du Nord ”’ devait lui être connue, mais un semblable trajet offrait plus d’attrait à la curiosité du voyageur que de bénéfices au commerçant.
Vers l’époque où nous sommes parvenus, le côté sud-ouest du lac Supérieur attirait davantage les Français. On voulait connaitre ce pays des Sioux, si renommé : on voulait savoir ce que c'était que cette mer où cette grande rivière située au delà, car, il ne faut pas l'oublier, la découverte de l’Aiïnérique avait été le résultat de la recherche d’un chemin direct entre l'Eurone et la Chine. Après Colomb, Jacques Cartier eut un instant l'espoir de trouver à travers le continent nouveau la voie du Pacit'que, Champlain y crut à son tour. Le frère Sagard s’en occupa. Nicolet pensa en avoir indiqué la route, Les missionnaires, anres lui, en parlaient fréquemment. Les Anglais au à avaient l2 dessein d'y parvenir, mais le centre du continent éta dès lors a 1x mains des Français, pour ainsi dire. Le pays des Sioux se prése 1tait aux imaginations
comme la porte de ces contrées fabuleuses où les richesses de l'Orient devaient s'offrir aux yeux émerveillés des Européens. Rien d'étonnant donc que la perspective de résoudre toute ou partie du problème ait enfin attiré un homme aussi ardent aux découvertes que l'était le sienr des Groseiilers. Comme sa famille demeurait aux Trois-Rivières (il était sergent-major de la garnison) le poste le plus fréquenté des Sauvages et des voyageurs, toutes les informations préalables lui parvenaient d'année en année. L'automne de 1659, il suivit les canots de traite, dont nous avons parlé, qui retournaient au lac Supérieur. Radisson, son beau-frère, l’accompagnait.
CVIIT
Entre le 4 août, date du départ d’un vaisseau de Quéhec nour la France, et le 19, jour où M. d'Argenson écrivit ia lettrs <. ivante, il y eut un combat aux Trois-Rivières :
‘* Partie des [roquois sont venus aux Trois Rivières, pour surprendre, et ont d'abord tué un Algonquin, et pris trois autres. Ils ont aussi blessé un de nos Français et dépouillé un autre, travaillant à leurs déserts. Le retour des Français maltraités fit prendre les armes et aller aux ennemis, lesquels s'étaient enfuis dans les bois. Les Algonquins dirent aux Français de se jeter dans les canots et qu'eux attaqueraient par les bois. Gela fut exécuté de la sorte, et les ennemis, voyant nos gens sur la rivière, avaient fait trois embuscades pour les attendre au débarquement, mais les Algonquins s'étant fort avancés, découvrirent l’embuscade, et sans considérer avantage, la chargerent. Il y eut dix enuemis blessés, mais aussitôt ils firent leur décharge et tuèrent deux Algonquins dont un vint mourir aux Trois-Rivières, après avoir reçu le baptème, (1) Les ennemis s'étant jetés dans leurs canots promptement, voulaient faire mine de charger les Français, mais les Français s’avancèrent à eux et les ennemis firent leur retraite. Deux jours après, un Algonquin Epicherinien (Nipissirinien) se sauva des ennemis. C'était un des trois qui avaient été pris d’abord, et rapporta que, des dix blessés, il y en avait quatre à mort et que si les Algonquins eussent encore fait une décharge qu'ils se laissaient tous prevdre.”?
La suite de la lettre du gouverneur peint la position des Français au Canada sous de sombres couleurs, ce qui n'était pas exagéré, malheureusement.
(1) Le 14 août, le registre de la paroisse indique le baptême du “frère de Gobe- Plume,” nation des Témiskamings. Cette année, les seules sépuitures inscrites sont au nombre de quatre, toutes dans le mois de décembre et toutes de Sauvages.
Le ?1 août, des Algonquins des Trois-Rivières, qui étaient en guerre au-dessus de Montréal, retournèrent avec neuf chevelures iroquoises. Le 25, une centaine d’Agniers enlevèrent huit Français près des Trois-Rivières. Le surlendemain, la nouvelle de ce malheur étant parvenue à Québec, on envoya en toute hâte vingt-cinq hommes pour secourir la place qui pouvait tomber au pouvoir de l'ennemi d’un moment à l’autre. Le 29, dix-sept canots, tant algonquins que hurons, partirent de Québec pour aller en guerre dans la même direction; ils ne retournèrent à Québec que le premier novembre.
Ces renforts paraissent avoir intimidé les Iroquois qui rôdaient entre Montréal et Québec, car on n'en entend plus parler cette année. Quant au gros de la naion iroquoise, il était plus que jamais porté à une guerre générale et sans merci.
Le 24 avril 1660, dit le Journal des jésuites, arriva à Québec, des Trois-Rivières, le sieur Boucher dans notre chaloupe chargée de cent quatre-vingt-dix minots de blé pour nous, ce qui donna le moyen à bien du monde de semer et de vivre, la disetts de blé étant presque extrème. Nous ne voulûmes point profiter de la misère du pays, et nous nous contentâmes du prix ordinaire du passé, savoir : cinq livres, quoique pour lors il se vendit six, sept et huit livres.”
Vers la même date, on apprit que les Iroquois, au nombre de huit cents, s'avançaient pour détruire la colonie. La terreur se répandit partou:
Le 27 avril partit de Québec le Père Druillètes avec des guerriers sauvages de Tadoussac. Le Père, qui se rendait aux Trois- Rivières pour y instruire les Poissons-Blancs, se sépara de ses compagrons de voyage en ce lieu ; on y irouve sa trace les 3 et 28 mai, et le 19 juin; après cela, il descendit à Tadoussac, puis fut de retour à Québec vers le 6 août.
‘ La guerre des Iroquois, dit une lettre de cette époque, traverse toutes nos jcies. C’est l’unique mal de la Nouvelle-France, qui est en danger de se voir toute désolée si de France on n'y apporte un puissant et prompt secours, car pour v'ai dire il n'y a rien de si aisé à ces barbares que de mettre, quand ils : udront, toutes nos habitations à feu et à sang, à la réserve de Q ‘bec, qui en état
de défense, mais qui, toutefois, ne serait plus qu'une prison dont l’on ne pourrait pas sortir en assurance et où l’on mourrait de faim, si toute la campagne était ruinée…
“ C’est une espèce de miracle que les Iroquois, pouvant si aisément nous détruire, ne l’aient pas encore fait, ou plutôt c’est une providence de Dieu qui, jusqu’à nfaintenant les a aveuglés et a romou les desseins qu'ils ont formés de nous faire cette sorte de guerre... Lis ont fait des covns de cœur et se sont signalés, en certaines rencontres, autant qu’on pourrait l’espérer des plus braves guerriers d'Europe. Pour être Sauvages, ils ne laissent pas de savoir fort bien la guerre, mais d'ordinaire celle des Parthes qui donnèrent autrefois tant de peines aux Romains.
“ Ce qui est plus étonnant, c’est qu’ils dominent à cinq cents lieues à la ronde, étant néanmoins en fort petit nombre, car des cinq nations dont l’Iroquois est composé l’Agnieronnon ne compte pas plus de cinq cents hommes portant armes, dans trois ou quatre méchants villages... Il est hors de doute que si les Agnieronnons étaient défaits par les Français, les autres nations iroquoises seraient heureuses d'entrer en composition avec nous.”
Dans les églises et partout, il se prècha une croisade contre ces barbares. Quarante Hurons partis de Québec, an mois d'avril, pour marcher contre eux, furent rejoints par six Algonquins en passant aux Trois-Rivières. Les Hurons étaient commandés par Onontaga ou Kanontaga, le même peut-être que nous avons vu aux Trois- Rivières en 1653. Les six Algonquin: étaient sous les ordres de Miti8meg, nom qui se voit à plusieurs reprises au registre des Trois-Rivières, vers 1660. Il y a apparence que ces deux capitaines étaient alors les meilleurs chefs de guerre des Hurons et des Algonquins.
Ils songèrent d’abord à faire la petite guerre, mais, parvenus à Montréal, ils firent corps avec les seize Français enrôlés par le fameux Daulac qui avait conçu le projet incroyable d’arrêter avec si peu de forces l’armée iroquoise. Cette petite troupe, pleine de courage et de dévouement, prit la route de l'Ottawa, et le premier jour de mai, elle était aux rapides de Carillon et Grenville, où elle mit pied à terre, Rencontrant en ce lieu les bandes iroquoises, elle engagea une lutte héroïque et prolongée, qui a eu un immense retentissement dans notre histoire. Lorsque enfin, vers le 20 mai, les Hurons commirent la lâcheté de se rendre et de faire connaître à l'ennemi qu'il ne restait plus que huit Français et quelques Algonquins dans le retranchement de Daulac, la cause fut perdue ; mais Onontaga, MitiS8meg, trois Algonquins et quatre Hurons, qui n'avaient pas quitté le chef français, préférèrent s’ensevelir dans sa défaite plutôt que d’avoir la vie sauve chez les Iroquois.
Bien que victorieux, ces derniers avaient perdu tant de monde et se trouvaient tellement décontenancés par une résistance si extraordinaire, qu'ils abandonnèrent le projet d'opérer une descente sur le Saint-Laurent, Daulac sauva douc le pays en ébranlant la confiance que les [roquois avaient toujours eue en eux-mêmes. Trois ou quatre compagnies de soldats auraient pu en ce moment remonter la rivière Chambly et aller, au delà du lac Champlain, les anéantir dans leurs foyers. Malheureusement, la Nouvelle-France n'avait pas de troupes.
Le 8 juillet, M. d'Argenson, gouverneur général, partit de Québec, avec le Père Allouez, pour les Trois-Rivières. Quelques jours après il était sur le point de retourner à Québec, lorsqu'il apprit que les Iroquois venaient d'attaquer deux Algonquins, tuant lun et amenant l’autre prisonnier. Il fit de suite préparer des chaloupes avec une centaine d'hommes pour leur donner la chasse, et il y mit une telle ardeur qu'il pensa subir le triste sort arrivé à M. Duplessis quelques années auparavant.
Comme il poursuivait les ennemis sur le fleuve et le lac Saint- Pierre, ceux-ci se gardaient bien de se laisser a'teindre, et, selon leur coutume, fuyaient dans leurs légers canots d'écorce, puis, tout à coup mettaient à terre dans un endroit où ieurs poursuivants ne pouvaient débarquer qu’à découvert, exposés au feu de leurs tirailleurs embusqués derrière les arbres et les replis du terrain. Voyant ce manège, M. d’Argenson, plus chevaleresque que prudent et expérimenté, donna ordre à ses gens de porter au rivage, à la grande surprise des Canadiens, qui se connaissaient en périls de cette nature. Les soldats eux-mêmes montraient peu d’empressement à obéir, si bien que M. d’Argenson, se voyant désapprouvé de toutes parts, sauta de sa chaloupe dans l’eau jusqu'à la ceinture. Alors, personne ne raisonna plus. Chacun se précipita à la suite de ce commandant intrépide mais téméraire. En moins d'une iminute, les Iroquois eurent prouvé qu'ils étaient inattaquables äans la position qu'ils avaient choisie. Un seul Français fut blessé, légèrement, ce qui n’est pas beaucoup, si l’on considère le danger ordinaire de ces embuscades. La troupe se rembarqua, tant bien que mal, et se mit en retraite. Le 19,le gouverneur et le Père Allouez étaient de retour à Québec.
Vers le 15 août, une vingtaine d'Iroquois en maraude autour des habi'aitions des Trois-Rivières, y enlevèrent deux Français.
Le 17, Monseigneur de Laval partit de Québec pour visiter les Trois-Rivières et Montréal, en même temps que M. de Lauzon Charny et quatre envoyés iroquois venus pour renouer des relations avec les jésuites par l'entremise de leur ancien apôtre le Père Menard qui demeurait aux Trois-Rivières.
Le 21, Mgr de Laval arrivait à Montréal, où la flottille de traite des Outaouais était rendue depuis deux jours. Le 22, ces Sauvages se remirent en route pour les Trois-Rivières, et y arrivèrent le 24.
Sur cent canots partis du lac Supérieur, il n’en restait plus que soixante, les autres ayant rebroussé chemin, par crainte des Iroquois que l’on croyait maitres de l'Ottawa; on ignorait encore, dans les pays de l’ouest, que Daulac les avaient forcés de se retirer.
Ce convoi apportait des pelleteries pour une valeur de deux cent mille francs. Le voyage avait duré vingt-six jours ; le trajet était de quatre cents lieues.
Avec les Outaouais revenaient Chouard des Groseillers et Pierre- Esprit de Radisson, son beau-frère. Ils avaient hiverné à l’ouest du lac Supérieur, chez la nation du Bœuf (les Sioux appelés sédentaires) forte de quatre mille hommes. Ces Sauvages, ainsi que les Assiniboines leurs voisins, trafiquaient avec les peuples de la baie d'Hudson ; ils avaient aussi avec d’autres tribus, situées dans les environs du Mississipi et du Missouri, des rapports qui attiraient l'attention des Français. On parlait plus que jamais d'atteindre la mer de l'Ouest (le Pacifique) par quelques cours d’eau qu'il fallait d’abord découvrir.
Au commencement de septembre, le supérieur des jésuites, qui s'était absenté quelque temps de Québec, y retourna. Il parle ainsi de Chouard et de Radisson: “Je trouvai deux Français qui ne faisaient que d'arriver de ces pays supérieurs, avec trois cents Algonquins (les Outaouais sont de race algonquine) dans soixante canots chargés de pelleteries... Ils ont hiverné sur les rivages du lac Supérieur et ont été assez heureux pour y baptiser deux cents petits enfants... Nos deux Français firent pendant leur hivernement diverses courses vers les peuples circonvoisins. Ils virent, entre autres choses, à six journées au delà du lac Supérieur, vers le sud-ouest, une peuplade composée des restes des Hurons de la nation du Petun, contraints par l'Iroquois d'abandonner leur
Le 7]
patrie. Ces bonnes gens ont rencontré une belle rivière (c’est le Mississipi qui ne fut découvert officiellement que quatorze ans plus tard) grande, large, profonde, et comparable disent-ils, à notre grand fleuve de Saint-Laurent. [ls trouvèrent sur ses rives la grande nation des Alini8ek, composée de soixante bourgades, ce qui nous confirme dans la connaissance que nous avions déjà de plusieurs milliers de peuples qui remplissent toutes ces terres du Couchant. Nos deux Français, continuant leur ronde, furent bien surpris en visitant les Nad8echi8ec.. Ils ont visité les quarante bourgades dont cette nation est composée, dans cinq desquelles on compte jusqu’à cinq mille hommes... Ce peuple nous attend, depuis l’alliance qu'il a faite tout fraîchement avec les deux Français qui en sont revenus cet été. De ce qu'ils ont retenu de cette langue, nous jugeons assez qu'elle a la inème économie que l’algonquine, quoiqu'elle soit différente en plusieurs mots.”
ar ce qui précède, et de ce que l’on connait du caractère de Chouard et de Radisson, ne peut-on pas conclure que ces deux hommes virent le Mississipi avant Joliette et Marquette ?
Le continent était découvert jusqu'au centre par les Français, tandis que les Anglais n'avaient pas encore pénétré assez loin dans les terres pour perdre de vue les rivages de l'Atlantique.
Outre ce que Chouard avait appris sur l’ouest et le sud-ouest au delà des grands lacs, il savait, depuis une douzaine d'années, que les tribus qui fréquentaient le nord du lac Supérieur se répandaient dans leurs courses annuelles, jusqu'à la baie d'Hudson, Noël Jérémie dit positivement que Chouard, ‘ étant dans le pays des Outaouais, poussa si loin qu'il eût connaissance de la baie d'Hudson.” On voit par les écrits du temps (1660) que la croyance au passage du nord-ouest, pour aller à la Chine préoccupait fort les esprits. Les Pères Druillètes et Dablon, sans compter Chouard et Radisson, se flattaient de le découvrir.
Le commerce des pelleteries état devenu presque nul par suite de la guerre des Iroquois. La Mère de l’Incarnation écrivait, cette année, 1660, que la compagnie de la Nouvelle-France était sur le point d'abandonner le pays, ne croyant pas qu'il fût possible d’y continuer la traite. Get état de choses déplorable menaçait en effet de se terminer par le retour en France de tous les colons. La ruine de cinquante années et plus de travaux devenait imminente. Les lettres de cette époque sont remplies de cette pensée décourageante.
M. d’Argenson, le gouverneur-général, faisait des miracles pour parer aux embarras de la situation, mais on sentait bien que, sans l’aide de la Couronne, l’entreprise du Canada serait bientôt te
Par bonheur, l'arrivée inattendue des Outaouais vint ranimer la confiance et inviter tout le monde à patienter encore une année. ’ar le moyen des pelleteries, on obtenait de France certains approvisionnements, des habits, des ustensiles, des outils, de la poudre, des armes, et cela maintenait le courage des habitants formés à toutes les privations. Sur deux cents mille francs de valeur que les Outaouais apportaient, les trois quarts furent échangés aux Trois-Rivières, le reste à Montréal. Il y avait lieu d'espérer, d'autre part, que cette traite nouvelle avec des nations éloignées, inspirerait à la cour de France le désir de conserver le Canada— mais le simple bon sens n’est pas toujours écouté.
Les jésuites voulurent nrofiter d’une si belle occasion pour envoyer des apôtres à la nation outaouaise. Les Pères Albanel et Ménard furent choisis à cette fin. Pans une lettre que ce dernier écrivait des Trois-Rivières, ‘le 27 août, à deux heures après minuit ” on voit avec quelle résignation, humble et forte à la fois, il faisait le sacrifice de sa vie.
La même journée partirent les Pères avec la flottille de traite, accompagnés de Jean Guérin et de six autres Français.
Avant d'arriver à Montréal, ils rencontrèrent Mgr de Laval qui retournait à Québec et qui encouragea le Père Ménard dans son projet de pénétrer le plus loin possible vers les pays inconnus. Les Relations nous ont conservé le récit de la mort du Père et du fidèle Guérin.
Il paraît que la visite de l’évêque aux Trois-Rivières ne fut pas complétée à cette date mais reprise dans les derniers dix jours d'octobre.
Le 19 septembre, le Père Allouez partit de Québec pour être supérieur à la maison des Jésuites aux Trois-Rivières. Le Père LeMoyne, qui avait résidé aux Trois-Rivières depuis le 8 juillet 1859, reçut ordre d'aller en mission à Montréal. Comme il venait de partir des Trois-Rivières le jeune François Hertel fui enlevé par quatre Iroquois, pour avoir commis l’imprudence de s’avancer hors de la place, malgré les conseils de sa mère. Dans une lettre qu'il écrivit bientôt après à celle-ci, le brave enfant disait : “Je vous demande pardon de vous avoir désobéi.” C'était un beau garçon de dix-neuf ans, très-courageux, mais d’une constitution physique assez faible. A lire le récit des tortures que les Sauvages lui firent endurer, on ne croirait pas qu’il s’agit de celui qui devint un si fameux chef de guerre, qui supporta tant de fatigues, et qui, dans sa verte vieillesse, ayant dépassé quatre-vingts ans, faisait l'admiration @es plus intrépides voyageurs.
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Le mois de février et mars 1661 furent remarquables par trois événements, dont deux, au moins, étaient d'un geure nouveau en ce pays.
Plusieurs personnes des Trois-Rivières rapportèrent, en premier lieu, avoir entendu dans l'air des bruits qui ressemblaient à des voix. Bientôt après, apparut une comète qui sema la terreur par toute la contrée. On en prenait occasion pour prédire des calamités terribles. Les esprits n'étaientque trop préparés à des désastres et à des malheurs de toute nature, surtout aux Trois-Rivières, où la quiétude était loin de régner, et où le découragement se tenait prêt à éclater.
Aussi, quel ne fut pas l’effroi de chacun lorsqu'on sentit trembler le sol lui-même et que ces secousses se répétèrent pendant plusieurs semaines ! Ce n'était pourtant que le prélude des commotions de ‘’année 1663.
Ces alarmes avaient à peine cessé que les Iroquois parurent en bandes nombreuses, malgré la saison des neiges, et interceptèrent les rapports entre les établissements français échelonnés le long du fleuve.
Vers le 8 avril, quatorze Français furent pris dans le voisinag” des Trois-Rivières.
Huit cents guerriers, paraît-il, étaient en marche pour détruire la colonie. .
Comme les Trois-Kivières étaient le poste le plus exposé, quarante hommes partirent de Québec pour lui porter secours.
M. Jean de Lauzon, senéchal de la Nouvelle-France, (il fut tué par les Iroquois, à l'Ile d'Orléans, le 22 juint cette année) accompagnait probablement ce renfort, car le 16 ..vril il fut parrain, (Marie Leneuf, marraine) de Marie-Angélique, fille de Pierre Denys et de Catherine Leneuf. Cette enfant épousa Charles Aubert de la Chesnaye, commis-général de la compagnie des Indes, établi à Québec, et qui avait une propriété aux Trois-Rivières, rue Alexandre aujourd’hui. Deux de leurs filles se marièrent à des gou verneurs des Trois-Rivières: messieurs de Galifet et Dubois- Berthelot de Baucour.
Vers le 8 juin, trois hommee furent tués au cap de la Magdedeine.
Le 24 août, sépulture d'Elie Hanctin, âgé de trente ans, tué dans son champ par les Iroquois, (voir l'inventaire de ses biens, greffe d'Ameau, 11 novembre 1661.)
Durant l'été, les Iroquois capturèrent à diverses reprises, äes hommes et des enfants, à la vue des habitants des Trois-Rivières, sans qu’il fût possible de les en empêcher. Ils exercèrent des ravages par toute la colonie. Plus de cents Français, furent enlevés ou tué... entre Québec et Montréal.
Les Iroquois, écrit un Père Jésuite, ‘ ont fait gémir les Trois- Rivières et y ont mêlé les larmes des pauvres mères avec le sang de leurs enfants.”
Ces coups étaient presque journaliers, ce qui “ rendait le séjour des Trois-Rivières plus dangereux que les coupe-gorges.” (Gette bourgade, conti ae le récit du temps, a éte bien éprouvée. Le cœur lui saigr: encore de la perte qu'elle a faite de quatorze Français enlevés tous à la fois, et d’une trentaine de Poissons- Blancs tués par nos ennemis.”
M. Pierre Boucher dit de son côté: “ Une femme est toujours dans l'inquiétude que son mari qui est parti le matin pour son travail, ne soit pris ou tué et que jamais elle ne le revoie. C’est ce qui est cause que la plurart des habitants sont pauvres, les Iroquois tuant le bétail et empêchant quelquefois de faire les récoltes, et brûlant ies maisons ou les pillant lorsqu'ils en trouvent l’occasion.”
De ces iemps mémorables, il ne reste presque aucun souvenir dans l'esprit de notre population. Pour faire peur aux enfants, on les menace encore “ d'appeler ies Sauvages,” mais c’est à peine si l’on s'explique l’origine de cette coutume. Les descendants des premiers Canadiens doivent en honneur se piquer d’émulaiion pour remet'*e en lumière ces pages trop neu connues de notre histoire.
De tous les captifs mentionnés ci-dessus, le plus digne d’attention était François Hertel, âgé de dix-neuf ans, celui-là même qui reçut plus tard le surnom de Héro. Les lettres qu'il adressait du pays des Iroquois à sa mère ont été souvent citées et publiées. Il passa par le prélude ordinaire du martyr, qui consistait dans l’arrachement des ongles et le broiement des doigts. Malgré cela, il trouva moyen d'écrire, et c’est à lui, ainsi qu'à l’un de ses compagnons de malheur, que nous devons de connaître les noms de Hébert, Pierre Rencontre, Louis Guimont et le petit Antoine Crevier, tous pris aux Trois-Rivières (1), et assammés dans les cantons iroquois, après avoir souffert une foule de mauvais tra:tements.
(1) La Relation nomme aussi La Liberté enlevé des Trois-ivières et massacré.
Par l’entreniise de Garakonthié, chef influent, et du Père Le- Moyne, les pauvres prisonniers furent reconduits dans leurs familles, partie l’automne de 1661 et partie l'été suivant, par les Iroquois, qui avaient commencé, tout-à-coup, à parler de la paix.
Le tableau désolant que nous esquissons présente plusieurs aspects. Voici un autre drame. -
Au printemps de 1661, l’un des fils de Jean Godefroy (ce devait être Jacques, né en 1641), avec un autre Français, était parti des Trois-Rivières en compagnie de trente Attikan.ègues, pour aller au lae Necouba, environ cent lieues dans le nord. lis furent rencontrés par quatre-vingts L'oquois qui les attaquèrent. La lutte dara deux jours. Les Attikamègues se défendirent avec une valeur inaccoutumée qui eut pu sinon leur procurer la victoire, du moins les sauver, mais, par malheur, une riésintelligence, qui éclata entre deux cheïs, gâta une aussi belle défense et fut ia cause du massacre des braves qu'ils commandaient. Pas un seul ne voulut se rendre, préférant recevoir la mort äaus la bataille que de périr sur le bûcher. Les femmes ne îe cedèrent point aux hommes en courage et en intrépidité ; elles cherchè-ent partout l’occasicn de se faire tuer plutôt que de tomber vivantre aux mains d’un ennemi féroce. Godefroy fut admirable de sang-froid et de bravoure; sa vue soutenait le cœur de ses compagnons ; il sa prodiguait avec une telle ardeur qu’on aurait pu le croire invulnérable au milieu du feu continuel que les Iroquois dirigeaient sur lui. Enfin, accablés par le nombre, les valeureux Attikamègues plièrent; Godefroy, couvert de blessures, dont plusieurs étaient mortelles, écrasa dans son sang et se traîna vers un groupe de mourants pour rendre le dernier soupir. Un survivant, le seul qui restait, fut pris, mais il s’évada quelques jeurs après, et parvint aux Trois-Rivières vers le 25 juin.
Vingt-quatre Iroquoispérirent dans cecombat. La troupe dontils faisaient partie se composait de trois cents guerriers qui allaient attaquer les Sauvages de Tadoussac, en passant par les terres du nord.
Au mois d'août eut lieu à Québec, chez les Ursulines, la cérémonie des vœux de Jeanne Godefroy, sœur du malheureux jeune homme dont nous venons de parler.
CX VIIL
La note qui suit est la première mention connue d’une école aux Trois-Rivières :
“# Monseigneur de Laval envoya aux Trois-Rivières, en 1661, de jeunes personnes comme maîtresses pour prendre soin des petites filles, afin qu’elles leur enseignassent tout ce qu'il est nécessaire aux chrétiens de savoir, en attendant que le temps et l’occasion favorable se présentât, comme il l’écrivait à la Propagande, d'étabr dans ce lieu des religieuses dé sainte Ursule.”—(Notice sur Monseigneur de Laval, par M. le grand-vicaire Langevin, p. 66).
C'était en partie le résultat des visites que monseigneur avait faites aux Trois-Rivières l’année précédente.
Au recensement de 1666, nous retrouvons les traces de cette #cole. Quant aux Ursulines, elles ne s’établirent aux Trois- Rivières qu’en 1697.
M. Faillon croit que les maîtresses envoyées dans ce poste en 1661 appartenaient à la Congrégation de la Sœur Bourgeois, ce qui est plausible, car cette dernière avait récemment amené de France quelques recrues, parmi lesquel'es la sœur Raisin qui fut chargée, selon les apparences, de la conduite de l’école des Trois- Rivières, dès ce moment. En tous cas, elle y était en 1666.
Disons un mot de la vocation de cette pieuse personne qui ne saurait être oubliée dans notre travail.
En 1658, la sœur Bourgeois étant à Troyes, en Champagne, son pays natal, y enrôla quatre filles, dont une, mademoiselle Raisin, avait été sa compagne d'enfance. M. Raisin demeurait à Paris. Sa fille alla ie voir pour obtenir la permission de passer au Canada. Il s'y refusa d'abord avec force, puis céda, et finalement, voulut qu'elle emportât mille francs, ce qu’elle n’accepta point, ne voulant prendre que trois cents francs avec elle. Le père aida généreusement la sœur Bourgeois de son argent. Comme il restait sepi cents francs sur les mille destinés à sa fille, il paya, jusqu’à sa mort, une rente viagère de trente-cinq francs à la congrégation de
la sœur Bourgeois à titre d'intérêt des sept cents livres restantes.
Plus tard, son fils, avocat au pariement de Paris, porta cette rente à trois cents francs, pour lesquels il fit uns fondation de trois messes qui se disent encore à Montréal.
Au registre des Audiences, en 1657, on voit le nom de Pierre Boucher, mais en 1658 (1), celui de Maurice Poulain le remplace. Il restait avec le titre de lieutenant du roi pour le civil et le crimi-
(1) Le dernier document qui fasse mention de Gaspard Boucher, père de Pierre est de 1658,