CXX XIII
Un contrat d’Ameau, en date du 20 juin 1664, nous fait connaître le partage d’une terre de feu Jacques Hertel, sieur de la Fresnière ; l’acte fut passé au logis du sieur de Saint-Quentin, qui avait épousé la veuve Hertel. Pierre Dizy, dit Monplaisir et Lau-
(1) Urbain Baudry, Barthélemy Bertaut, Barthélemy Croteau, Jérôme Langlois, Jean de Noyon, Jean Badeaux, Pierre Jovial.
(2) Le cap de Batiscan d’abord. Les “ Vieilles-Forges ” actuelles, qui devaient s'appeler les ‘“ Forges-Nouvelles ” ne furent exploitées qu’uné trentaine d'années après celles de la côte Champlain.
Philippe dit Lafontaine sont les arbitres. La propriété en question était située en dehors de la bourgade, près du ruisseau de la hauteville ; elle porte encore le nom de fief Hèrtel. Sur cette terre, à peu de distance du fleuve, était la maison de Jacques Hertel, laquelle passait à son fils François avec l'étendue de terrain qui va ‘jusqu’à une butte de sable où ont été mis des piquets pour servir de borne.” Ensuite, tirant au nord-ouest est une espace de vingtcinq arpents carrés qui se divise en trois morceaux d’égale grandeur, les lignes courant de l’est à l’ouest. Jean Crevier, marié à Marguerite Hertel, reçoit celui de ces tiers qui est le plus rapproché du bourg. Louis Pinard, marié à Marie-Madeleine Hertel, prend le lot du milieu. Le troisième échoit à Quentin Moral époux de la veuve Hertel. Moral, Pinard et Crevier consentent à ce qu’un chemin coupe ces terres, allant à peu près du sud au nord, ce qui prolongeait la rue Notre-Dame à partir de la palissade (vers la rencontre des rues Saint-Louis et Saint-Paul) jusqu’au cap Métaberoutin. Restait de la succession Hertel une autre pièce de terre de vingt-cinq arpents carrés au nord-ouest des autres ; elle fut accordée toute entière à Quentin Moral à cause de sa femme. Hertel paraît avoir concédé ce fief en 1636.
Au dos de l’acte du 16 mai (Greffe d'Ameau, cahier C.) au sujet du terrain de l’église, se lit la commission de Quentin Moral comme juge au cap de la Madeleine, datée du 20 juin 1664 Singulier endroit pour ce document ! c
La paroisse du Cap commençait à faire parler d'elle. En général, les officiers des seigneuries, notamment ceux du Cap, disait-on, exigeaient un salaire des plaideurs, et ce contre l'intention du roi. Par suite des plaintes qui furent faites, un ordre enjoignit aux seigneurs de payer les appointements des juges et des procureursfiscaux par eux nommés. Quant aux greffiers, notaires et sergentshuissiers, ils devaient être taxés par les juges royaux en cas de contestations (Edits et Ordonnances IT. 22).
Une source fréquente de procès était La vente de boissons enivrantes aux Sauvages qui avait toujours été prohibée parce que, dit un récit du temps, la furie les gagne lersqu’ils sont sous l’influenve des spiritueux, car il est notoire qu'ils ne boivent que pour s’enivrer et qu’une fois ivres ils sont portés aux plus grands excès. En 1657, un règlement avait été promulgué pour empêcher la traite des boissons avec les indigènes, mais les abus n’en continuaient pas moins et allaient même en s’aggravant. Le RE bal
bre 1663, le Conseil Supérieur de Québec rendit un arrêt défendant à quelque personne que ce fût de vendre des liqueurs aux Sauvages sous aucun prétexte, ‘ pas même un coup, ” sous peine d’une amende de trois cents livres pour la première contravention, et du fouet ou du bannissement en cas de récidive. Les Sauvages chrétiens, qui faisaient pour l'ordinaire leur demeure aux Trois- Rivières, se retirèrent au cap de la Madeleine afin de se soustraire aux occasions de s’enivrer qui leur étaient offertes par suite de leurs rapports avec les blancs—surtout dans le commerce des fourrures. Les Révérends Pères Jésuites les guidaient dans cette démarche qui, pourtant, ne produisit pas tous les résultats qu'on en attendait, car les traiteurs allèrent bientôt relancer les malheureux ivrognes jusque dans la nouvelle mission, comme le font voir les registres des Audiences de la justice des Trois-Rivières. ‘“ Je ne veux pas décrire les malheurs que les désordres de la boisson ont causé à cette église naissante, dit l’auteur de la relation de 1663, mon encre n’est pas assez noire pour les dépeindre de leurs couleurs ; il faudrait du fiel de dragon pour coucher ici les armertumes que nous en avons ressenties. ” Plus loin il ajoute que dans le fort que les Pères Jésuites leur ont fait bâtir au cap de la Madeleine, les Sauvages des Trois-Rivières trouvent moyen d'éviter ces excès et que les pratiques de la vie religieuse y sont suivies avec la régularité de celles des monastères.
En fondant la mission du Cap, les Pères Jésuites espéraient renouveller au Canada ce que les Religieux de leur Ordre avaient exécuté au Paraguay : des résidences ou réductions, sortes de petites républiques disciplinées dont on connaît l’histoire. Ils ne tardèrent pas à se convaincre de l’impossibilité de ce plan, tant à cause du mauvais exemple que les blancs donnaient aux Sauvages qu’en raison de l'esprit d'extrême indépendance de ces peuples, chasseurs, nomades, vagabonds avant tout.
L'état moral du Canada était excellent, du reste. M. Boucher écrivait alors : ‘“ Jusqu'à cette heure, on a vécu assez doucement parce que Dieu nous a fait la grâce d’avoir toujours des gouverneurs qui ont été des hommes de bien ; et d’ailleurs, nous avons ici les Pères Jésuites qui prennent un grand soin d’instruire le monde, de sorte que tout y va paisiblement ; on y vit toujours dans la crainte de Dieu et il ne se passe rien de scandaleux qu’on y apporte remède aussitôt. ?”?
M. de Maisonneuve, fondateur et gouverneur de Montréal, ayant reçu ordre de repasser en France, fut remplacé, au mois de juin
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4664, par M. Pezard de la Touche, seigneur de Champlain, que nous avons vu exerçani des emplois aux Trois-Rivières.
Pezard était de ces officiers comme il y en a dans tous les temps, qui, jeunes, énergiques et comptant sur eux-mêmes, s'étaient jetés dans la Nouvelle-France pour y faire honneur à leur nom. L'esprit de Colbert les animait. Ils entraient tête baissée dans ie ‘‘ grand siècle ”, avec l’espérance de fonder au milieu du Canada sauvage un groupe de familles seigneuriales, coinme celles que les Francs avaient établies dans la Gaule, à demie barbare. Nous retrouvons la même pensée chez Godefroy, Hertel, les deux LeNruf, Boucher, Bécancour, Crevier, Gauthier de Varennes et autres, tous des Trois-Rivières, qui se préoccupaient bien moins de leur bien-être personnel que de l’avenir de leurs enfants, et qui aujourd’hui pourraient retrouver leurs noms et ceux de leurs descendants parmi nos meilleurs souvenirs.
Si le lecteur remonte par la pensée à deux siècles en arrière, il se plaira sans doute à voir se dérouler sous ses yeux les humbles notes dont est composée cette chronique et à suivre les événements en apparence très-ordinaires mais si importants qui marquaient la vie des personnages de ce temps reculé.
Le ?0 juin 1664, à Montréal, Etienne Pezard (1) de la Touche, fils de Claude Pezard et de Marie Masson, natif de Saint-Honoré, ville de Blois, épouse Madeleine Mulois de Laborde, fille de Thomas Mulois et de Sébastienne Hébert, aussi de Saint. Honoré de Biois, Mademoiselle Mulois sortait de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
Le ? septembre, à Montréal, François Hertel, fils de Jacques Hertel et de Marie Marguerie, épouse Marguerite Josephte de Thauvenet, native de Bourges en Berri, fille de Raymond de Thauvenet, capitaine au régiment de Brimon et d’Elizabeth de Mancelin. Mademoiselle de Thauvenet était venue au Canada avec madame de la Peltrie pour se consacrer à l'éducation des jeunes Sauvagesses.
Le même jour, au mème lieu, Michel Godefroy sieur de Lintot, des Trois-Rivières, épouse Perrine Picoté de Bellestre, fille de Pierre-François Picoté de Bellestre, marchand, et de Perrine Lambert. Elle était venue au Canada par l’entremise de Mademoiselle Mance, et était novice à la Congrégation lorsqu'elle se décida à renoncer à la vie religieuse pour épouser M. Godefroy.
Pierre Boucher cumulait les charges de gouverneur et de juge royal, ce qui avait paru convenable et utile sous l’ancien régime,
celui sous lequel on gouvernait sans texte de loi, ‘“ en bon père âe
(1) Le 30, Pezard de la Touche est aux Trois-Rivières, parrain d'Antoine Desrosiers.
famille ”, mais par suite des changements survenus dans l'administration du pays, il fallait séparer ces deux fonctions. Le 29 octobre 1664, M. Boucher se démit de sa charge de juge qui passa à Michel Le Neuf de Hérisson, appelé à ce poste pour la deuxième fois. La famille LeNeuf vivait toujours aux Trois-Rivières. On voit par le greffe d’Ameau que, en 1664, un fils de Jacques LeNeuf de la Potherie, Michel Le Neuf de la Vallière, possédait une maison située près du fort ; il la vendit en 1670.
Des institutions municipales plus étendues devenaient nécessaires au Canada. La tutelle exercée par les compagnies de traite et autres ne pouvait suflire raisonn .blement aux besoins des gens établis. Mais on sait combien il a été difficile, de tous temps, à une forme nouvelle d'autorité de se faire reconnaître. La colonie, quoique jeune, était en proie aux syéculateurs de tous grades. L’odieux système de traiter les habitants des colonies comme des êtres sans intelligence, inhabiles à se gouverner, même dans les plus petites choses, existait ici comme ailleurs. Pour administrer une bourgade, une simple commune, il fallait aller prendre l'avis de quelque dignitaire né dans un coin de la France et qui n’en était jamais sorti. Advenant des circonstances favorables, on pouvait tout au plus rencontrer, ça et là, un fonctionnaire installé à Québec qui finissait par entrevoir une lueur de vérité dans notre situation. C'était un peu mieux que de recevoir des oracles de petits protégés de grands seigneurs ; cependant s’il s'en rencontrait un qui mit quelque intelligence à comprendre nos affaires, la cabale le réduisait bientôt à néant. Les gens du pavé de Paris nous ont gouvernés et sucés durant tout le régime français ; puis est venu le régime anglais qui a fait la même chose pendant quatrevingts ans. La patience n’est pas la moindre vertu des Canadiens, quoiqu’on en dise.
Un maire et deux échevins ou adjoints avaient été élus à Québec. Il s’en suivit des débats déplorables. Ceux à qui le développement des institutions municipales portaient ombrage, firent en sorte que l’on revint à l’ancien système de nommer un syndic pour chaque localité importante, et le 3 novembre, ‘ sur la remontrance de plusieurs habitants des Trois-Rivières qu’il seraii à propos d’y faire élection d’un syndic pour conserver leurs droits ” le Conseil Souverain ordonna qu'il en serait élu un ‘“ par devant le juge du lieu, où les dits habitants se pourvoiront pour le nommer, toutefois avec la permission du gouverneur des Trois-Rivières ”” (Ædits et ordonnances IL. 19).
La guerre des Iroquois se continuait par de petites embuscades, ‘quelques assassinats à droite et à gauche, mais non par expéditions
en règle. Aux Trois-Rivières, une fille de douze ans fut prise, cette année. Les soldats promis par Louis XIV, deux ans auparavant, n'étaient encore arrivés qu’en très-petit nombre. Les Canadiens vivaient toujours de courage et d'espérance. .
Depuis trente ans que le poste des Trois-Rivières était fondé, if avait subi les plus rudes assauts et ricn de ce gai était venu fondre sur la colonie en général, sous forme de guerre, de disette, de travaux inattendus, ne lui avait été épargné. Une grande partie de l’histoire du Canada dans ces temps mémorables se rattache à cette ville.
Comme en 1646 après l’organisation de la compagnie des Habitants, nous remarquons en 1664 une reprise d'activité en tous genres, ce qui s'explique par les promesses faites en haut lieu de s'occuper du pays et d’en finir avec les abus du passé, principalement les courses désastreuses des Iroquois, la ‘“ petite guerre *” habile et redoutable organisation, perfectionnée à l’extrème, et qui tenait constamment les colons sur le qui-vive.
Un habitant de Montréal, pris par les bandes qui battaient la contrée, s'étant échappé de leurs mains, arriva aux Trois-Rivières, vers le commencement du mois d'avril 1665, et vraisemblement sur ses rapports, on envoya une escouade, ou parti de guerre, pour repousser les maraudeurs.
Des pronostics fâcheux se manifestaient, entre autres une comète —ce qui portait à croire à des calamités prochaines.
Cent cinquante guerriers Sauvages partirent des Trois-Rivières le 7 mai pour aller rencontrer l’ennemi.
CXXXVIIT
Les troupes de Frances, sur lesquelles on comptait plus que jamais, n'étaient attendues qu’à la fin de l'été, mais dès le 19 juin 1663 débarquèrent à Québec quatre compagnies du beau régiment de Carignan-Salières. Le 30, quatre autres compagnies suivirent, avec M. de Tracy, vice-roi, et le Père François Dupéron.
M. de Mézy, gouverneur-général, était mort le 5 mai, quelques jours après avoir donné à Jacques LeNeuf de la Potherie une commission pour le remplacer jusqu’à l’arrivée du vice-roi. Mézy et LeNeuf étaient de Caen, à peu près du même âge et devaient
savoir été liés dans leur jeunesse.
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Quatre compagnies des troupes laissèrent Québec, le 23 juillet, sur des bateaux légers propres à la navigation de la rivière des Iroquois, et commencèrent à remonter le fleuve. Avant d'arriver aux Trois-Rivières, ce corps fut rejoint par une compagnie de volontaires canadiens sous les ordres de M. de Repentigny. Ce ne fut pas sans à propos, car la place était menacée par les ennemis ; un retardement dans la marche des troupes eut pu occasionner des malheurs plus grands que les meurtres de quelques habitants
æt la captivité de certains autres—toutes choses qui venaient de se
produire aux portes du fort.
Selon leur coutume, les ennemis se retirèrent pour aller couper le fleuve en amont des Trois-Rivières.
Cette retraite marquait le terme des cruelles invasions dont les pauvres Trifluviens avaient tant souffert depuis un quart de siècle.
Avec quels transports de joie ne dürent pas être accueillis les défenseurs du nom français ! ‘ Les voilà donc ces soldats si longtemps promis, devaient s’écrier tous les colons. Les froquois qui nous massacrent, gênent le commerce et empêchent de eultiver nos terres, vont enfin disparaître ! Les promesses que l’on nous fit avant que de quitter la France se réalisent après bien des épreuves, mais que tout soit oublié pour la gloire du roi, le repos de chacun de nous et l'agrandissement de la Nouvelle-France devenue notre patrie, celle qui sera chère à nos enfants.”
Songeons un moment au spectacle qu'offraient ces troupes défilant sur le grand fleuve et présentant aux regards étonnés et ravis des Français nés au Canada un déploiement de force qu'ils n'avaient jamais vu. Ces Canadiens avaient été élevés dans l’espérance de voir la Couronne prendre pitié du jeune et vaillant peuple qui, à plus de mille lieues de la France, se sacrifiait au bénéfice de l’idée française, *haque enfant de ce groupe de héros, avait appris, hélas! gritairilement, jour par jour, à perdre confiance dans la cœur et le !::as de la mère-patrie. Mais je sort allait tourner ; la plus fidèle des colonies recevait des secous; une fois les féroces ennemis abaissés ou anéantis, un jour nouveau—le soleil de Louis XIV — devait luire sur la Nouvelle-France ! Faut-il
s'étonner maintenant d’avoir vu tant de fils de colons canadiens
se faire soldais de profession, gagner leurs épaulettes dans les. armées françaises et revenir au pays commander nos incomparables milices qui surent lulter avec adresse, bravoure, patience et succès contre les meilleurs régiments anglais.
Et les soldats de Carignan! Victorieux dans les plaines de là Hongrie, vétérans basanés par le climat brulant de l'Italie, songeaient-ils, en abordant ici au milieu de la saison chaude, que-
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bientôt leur courage ayant dispersé les Iroquois, aurait à s’exercer contre les glaces et les intempéries des hivers canadiens—plus que cela! qu'ils resteraient eux-mêmes parmi nous et qu’ils contribueraient largement à fonder la nation la plus vigoureuse que jamais race européenne ait transplantée sur un sol étranger.
Les réjouissances furent encore augmentées par l'apparition de la flottille de traite des grands lacs. Les Outaouais, au nombre de plus de quatre cents, montés sur cent canots bien chargés de pelleteries, étaient assez mal armés ; néanmoins, ils avaient repoussé deux attaques des Iroquois, et mirent pied à terre, aux Trois-Rivières, le 3 août, où ils furent récomfortés par l'aspect des troupes qui y attendaient un vent favorable pour traverser le lac Saint-Pierre. La situation rappelait les événements du mois d'août 1642, mais beaucoup en mieux, Les Outaouais ramenaient un Français parti avec eux l’automne précédent. Ces Sauvages appartenaient à quatre tribus ou nations du lac Supérieur.
La traite, le commerce en général auguraient une ère de prospérité par suite des changements apporiés dans les affaires de la colonie.
En octobre, la Mère de l'Incarnation, parlant de l’arrivée des troupes, disait : L'argent, qui é‘ait rare en ce pays, y est à présent fort commun, ces messieurs y en ayant apporté beaucoup. Ils payent en argent tout ce qu’ils achètent, tant pour leur nourriture que pour les autres nécessités, Ce qui accommode beaucoup nos habitants. ”
Pourquoi n’a-t-on pas continué ce système, si profitable au colon et à la mère-patrie? La monnaie de carte nous a mis plus d'une fois aux portes de la ruine, sans autre avantage que d’enrichir des gens dont le nom seul est une honte pour la nation. Pourquoi a-t-on recommence, et si vite, l’infâme administration des monopoles qui a poussé le Canada dans la main des Anglais après lui avoir fait suer le sang.
Au mois de mai 1664, le roi avait concédé à la Compagnie dite des Indes Occidentales, toute la colonie pour l’espace de quarante années. M. de Tracy avait été nommé vice-roi. Dans le rapport que celui-ci envoya à Colbert, l'automne de 1665, il dit clairement que cette nouvelle compagnie agit à l’encontre des intentions du roi, et qu’il faut lui retirer le pays si on ne veut le perdre. Les
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habitants avaient 6t6 indignés de la première déclaration de la compagnie qui supprimait la liberté du commerce, leur défendant de rien importer de France méme pour leur subsistance. (Edits et Ordonnances I, 40.)
Ces ages représentations furent écoutées. Dès le mois d'avril 1666, le conseil du roi accorda à la colonie la liberté du commerce avec les Sauvages et la France. Il ne laissa à la compagnie que le droit du quart sur les castors, du dixième sur les orignaux, et la traite de Tadoussac. (Garneau I. 192.)
Après avoir terminé leurs ventes et leurs achats au magasin des Trois Rivières, les Outaouais se hâtèrent de reprendre le chemin de leur pays afin d'éviter les Iroquois, tant les nations outaouaises, devenues plus tard fort aguerries, se défiaient encore de leurs forces. (Ferland Cours d’'Hist. IL 38.)
L'année précédente, comme ces peuples n'avaient fait qu’une apparition fortuite à Montréal, le Père Allouez n'avait pu exécuter son projet de les rejoindre en ce lieu et partir en leur compagnie, pour aller au-delà des grancs lacs continuer les missions interrompues par la mort du Père Ménard. II s’embarqua donc avec eux, cette année 1665, ainsi que six Français destinés à parcourir le pays et à y nouer autant de relations que possible. Le départ des Trois-Rivières eut lieu le 7 août.
Pendant que la partie orientale du Canada voyait la population française s'asseoir à peine sur les rivages du Saint-Laurent, les vastes contrées de l’ouest s’ouvraient aux hardis aventuriers qui, chaque année.allaient faire de nouvelles découvertes géographiques afin de se mettre en rapport avec des peuples encore inconnus. Généralement peu instruits, ces coureurs de bois, comme on les nommait, ne pouvaient dresser des rapports de leurs voyages et des pays par eux visités, mais à leur suite, et souvent avec eux, marchaient les missionnaires, qui décrivaient ces contrées nouvelles.
Disons aussi un mot des voyages au nord, pour indiquer à grands traits quelques-uns des événements les plus remarquables de la fin des “temps héroïques.” La ville des Trois-Rivières a été, depuis plus de deux siècles, la pépinière des voyageurs et des découvreurs. C’est pourquoi nous consignons dans ce travail ce qui concerne les courses et les entreprises lointaines de ses enfants et de ses citoyens. Il y aurait un volume à faire sur les explorations des trifluviens au norû, à l’ouest et au sud de ce continent.
La passion des voyages qui s’est manifestée de si bonne heure parmi ce groupe de colons, lui prête un caractère particulier dans l’histoire du Canada. De nos jours, en relevant les noms des familles de race française établies au-delà des lacs, sur le Mississipi, au Manitob4 et aux Montagnes-Rocheuses, on est surpris de voir que le nombre de ceux des Trois-Rivières paraît dominer partout. Ces choses sont cependant toutes naturelles : esprit aventureux ne pouvait se manifester nulle part avec plus de chance de succès que dans le groupe trifluvien tiré du pays classique des coureurs de mers, des conquérants de territoires, de cette race normande enfin qui a si souvent étonné le monde par ses entreprises hardies et bien conduites.
Au printemps de 1661, les Pères Druillètes et Dablon avaient tenté de se rendre à la baie d'Hudson, mais sans succès. Les jésuites étaient vivement sollicités par les Sauvages de la baie de les aller voir, et les Français du Canada, tant prêtres que laïques, ne demandaient qu'à prendre possession de ces contrées, dans l’espoir d’y porter l'Evangile ou de découvrir la route de la Chine et du Japon, outre l'avantage du grand trafic de fourrures qu’il était possible d’y faire par mer et par terre.
‘ Nous savons, écrit un missionnaire, que nous avons à dos la mer du nord, habitée par quantité de Sauvages qui n’ont jamais -eu connaissance des Européens ; que c’est cette mer qui est contigüe à celle de la Chine, et qu’il n’y a plus que la porte à trouver ; que c’est là que se voit cette fameuse baie large de soixante et dix lieues et profonde de deux cent soixante, découverte pour la première fois par Hudson qui lui a donné son nom sans qu’il en ait reçu d'autre gloire que d’avoir le premier frayé un chemin qui se termine à des empires inconnus. C’est en cette baie que se trouve en certain temps de l’année quantité de nations circonvoisines comprises sous le nom général de Kilistinons. ”
Le Père Jérôme Lalement écrit dans le Journal des Jésuites : “ Je partis de Québec le 3 mai :662 pour les Trois-Rivières (le 12 il était de retour à Québec). Je rencontrai des Groseillers qui s'en allait à la mer du nord. 11 passa la nuit devant Québec avec dix hommes, et étant arrivé au cap Tourmente, il écrivit à M. le gouverieur. ”
Un émule de Chouart des Groseillers, le sieur Noël Jérémie dit Lamcentagne, habitant du district des Trois-Rivières et qui fut, vers 1710, gouverneur du port Nelson dans la baie d'F'udson s'exprime ainsi dans la relation si intéressante qu’il a laissée : “ De Grosei/leiz, homme haut et entreprenant, qui avait parcouru presque tous Ces pays, poussa à la fin ses découvertes si
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Join qu’il atteignit la côte de la baie d'Hudson, en venant des colonies françaises par terre. ”
Jusqu'en 1659, nous n'avons pas perdu les traces de Chouart. En 1660, il est constaté que, par suite de son voyage au lac Supérieur, il tenait des Indiens certaines informations assez amples sur la baie d'Hudson, mais il ne l’avait pas visitée. Si c'est en 1662 qu'il s’y rendit jar terre, il faut qu'il soit descendu par le fleuve jusqu’à Tadcus ?c et qu'il ait remonté le Saguenay, à l'instar des Pères Druillète: ot Dablon qui, l’année précédente, avaient tenté cette voie, asse: praticable à tout prendre.
‘“ A son retour, continue Jérémie, il encouragea quelques-uns de ses compatriotes à équiper un navire pour perfectionner cette découverte par rer. On le fit.”
Le lecteur remarquera l’activité de Chouart, un type des ancienvoyageurs. Tantôt sur les bords du St Laurent, tantôt en A: di, ensuite explorant les pays de l’ouest, son existence est aux ::01 tières, partout où il y a des découvertes à faire, de nouvelles connaissances géographiq .es à acquénr. Non content de voir la traite des pelleteries s'étendre des rivages de la terre acadienne au bassin des grands lacs, il rêve de visiter la baie d'Hudson et d’annexer ces territoires à la Nouvelle-France. Pauvre et sans protection, il ne doute cependant pas de la réussite. Découragé d’un côté, il reprend de l’autre avec une égale vigueur. En 1662, le Canada ne renfermait qu’un commencement de population, et n'offrait presque aucun aide pécuniaire aux explorateurs, pourtant ce simple serg?nt-major de la garnison des Trois-Rivières avait déjà parcouru nos quatre plus grandes provinces actuelles. Quand il lui faudra de plus risquer des voyages en France, il les entreprendra sans balancer. Amour de l’argent ou esprit d'aventure, il eut l’étofte d’un homme d'initiative, résolu, clairvoyant et infatigable. Pour paraître avec honneur aux yeux de l’histoire, il lui a manqué, dans un moment solennel, de se rappeler qu’il était Français et qu'il se devait à sa patrie.
Le 8 août (1) 1665, les quatre compagnies du régiment de Carignan et celle de volontaires canadiens, mirent à la voile et se dirigèrent vers le site de l’ancien fort Richelieu (bâii en 1642, détruit en 1647) où elles élevèrent de nouvelles fortifications—fondant
(1) Le 6 août est enregistrée aux Trois-Rivières la sépulture de... dit Lafleur, soldat de la compagnie du capitaine Fromont, tué par la décharge accidentelle
d’une arme à feu, Cetindividn n’est pas Pierre Couc dit Lafleur habitant des,
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ainsi une ville qui prit le nom de M. de Sorel, l’un de leurs capitaines.
En même temps, d’autres troupes étaient parvenues de Québec aux Trois-Rivières sous les ordres du capitaine de Chambly. C’est la date à laquelle dût être baptisé Zacharie-François, fils de François Hertel et de Marguerite-Josephte de Thauvenet. Il n’y a pas d’acte au registre (1) de l’église, mais l’âge de l’enfant indiqué aw recensement de 1666, et le don que M. de Chambly fit plus tard à la mère de sa seigneurie de Chambly semblent autoriser la conjecture qu’il avait été parrain de l'enfant. Ce dernier prit le surnom de Lafrenière qu'avait porté son grand-père, devint officier dans l’arnée française, et se maria, aux Trois-Rivières, avec Charlotte Godefroy.
Les troupes se remirent en marche dès le 10 août, et ayant dépassé le fort Sorel, remonté la rivière des Iroquois, elles commencèrent, au pied des rapides, le fort qui a porté le nom de M. de Chembly, nom qui reste à cette localité. Au mois d’octobre, un autre fort fut placé trois lieues plus avant dans la direction du pays des Troquois, de manière à n’avoir qu’un pas à faire pour atteindre ceux-ci.
Le Père François Dupéron, qui, des Trois-Rivières, avait suivi M. de Chambly, mourut dans le fort Chambly au mois de novembre (2).
Le 12 août, dit le Journal des Jésuites, le Père Fremin arrive à Québec, avec M. Boucher (3) que Monseigneur de Tracy a très-bien reçu.
Le registre de la paroisse indique, le 13 août, les sépultures (4) de deux Algonquins tués par les [roquois et de la fille du défunt grand Charles, Algonquin.
Ces meurtres étaient le résultat d'attaques isolées qui se continuèrent longtemps encore après le passage du régiment de Carignan.
(1) Pour avoir une idée exacte du nombre des naissances, il ne faudrait pas s’en rapporter aux registres de l’église, Ainsi, dans la seule année 1665, il est né aux Trois-Rivières neuf garçons et huit filles qui nous sont connus par le recensement de 1666 mais dont le registre de la paroisse ne garde pas de trace—soit qu’on ait oublié de les inscrire, soit que les feuilles qui contenaient ces actes aient été perdues,
(2). Relations 1663, p. 18 ; 1664, p. 6, 28 ; 1665, p. 7, 9, 10, 25 ; 1667, p,4 Journal des Jésuites, p. 332-38. Nicolas Perrot, p. 4.
(8) Le 2 juillet, aux Trois-Rivières, M. Bouc} .. ‘gouverneur ” est présent au mariage de Jean de Noyon.
(4) Le 3 décembre, sépulture de Nicolas Gouard, âgé de cinquante-cinq ans. Après cet acte, il manque un ou deux feuillets au nopiatre des sépultures ; ce qui nous amène à 1672. Toutefois, il se rencontre plus loin des actes de ce genre
qui se rapportent aux années 1666, 1667, 1668,
Malgré la destruction de leurs villages en 1666, les Iroquois ne cessèrent de rôder aux abords du fleuve et des rivières, et, jusqu’au milieu du dix-huitième siècle, ils commirent des assassinats et des vols partout où ils en trouvèrent l’occasion. Ce n’était pourtant rien de comparable au régime de terreur auquel ils avaient assujetti le Canada de 1640 à 1665.
Le Père Fremin paraît avoir été à la tête de la mission du Cap de la Madeleine de 1663 à 1665, parce que le Journal des Jésuies dit, le 17 août de cette dernière année, qu’il “ reraonte (de Québec) supérieur au Cap de la Madeleine, où le temporel est en bon état. Comme il est délivré de tout soin d'aucune traite, il doit s’appliqu * instruction tant des Montagnets que des Algonquins, en telle ‘re, néanmoins, que le Père Charles Albanel (1) saura qu'iles. jours chargé du principal soin de cette mission. ”
Le 19 août, Monsieur de Salieres, colonel du régiment de Carignan, arrive de France à Québec avec quatre autres compagnies. Le 20, quatre nouvelles compagnies débarquent au même endroit. En septembre, huit autres compagnies, avec M. de Courcelles, nommé gouverneur du pays, et M. Talon intendant.
Le Canada pouvait se regarder comme débarrassé des Iroquois.
Grâce à la présence des troupes et à l’accroissement de la population, on entreprit bientôt d’asseoir des paroisses de proche en proche, le long du fleuve, de manière à former, entre Québec et Montréal, une série d'habitation ininterrompues.
Le 15 septembre, sépulture d’Etienne Lafond. Il était établi aux Trois-Rivières depuis au-delà de vingt à1ns et avait traversé les plus mauvais jours des commencements de cette ville. Sa descendance, nombreuse et respectée, n’est pas indigne de lui et de la famille de Pierre Boucher son parent le plus considérable.
Le ler octobre, quatre compagnies (2) partent de Québec pour aller attendre M. de Tracy aux Trois-Rivières. (Journal des Jésuites.
Le Père Louis Nicolas, arrivé de France au mois de mai 1664, avait été envoyé aux Trois-Rivières. Le 13 octobre 1665, on le ramena à Québec, malade d’une fièvre lente. On prit quatre jours à le transporter. (Journal des Jésuites.)
Lc 16 novembre, M. Boucher et le Père Druillètes montent de Québec aux Trois-Rivières—le Père pour aller au cap de la Made-
(1) Curé des Trois-Rivières.
(2) Au sujet des troupes qui arrivèrent aux Trois-Rivières au mois de janvier 1886, voir le Journal des Jésuites et Fciland, Cours d'histoire, IX, p. 46.
leire prendre la place du Père Albanel destiné au fort Saint-Louis (Chambly) privé de chapelain depuis la mort du Père Dupéron. (Journal des Jésuites.)
Vers le 17 novembre, le Père Lemoyne, qui était au cap de la Madeleine (1), tomba malade de la fièvre avec accompagnemert de rhume. Le Père Albanel aurait voulu partir des Trois-Rivières pour se rendre auprès de lui, mais pendant plusieurs jours, l’état de la rivière et du fleuve l’en empêchèrent. Enfin, le 24, à cinq heures du matin, le Père Lemoyne mourut. En même temps, les Pères Fremin, Baïlloquet et Druilètes étaient tombés malades ; restait à la cure des Trois-Rivières le Père Albanel qui avait instruction de se rendre à Chambly dès qu’ille pourrait. (Journal des Jésuites.)
Une ambassade d’Agniers était venue vers ce temps aux Trois- Rivières, puis s'était rendue à Québec conférer avec M. de Tracy au sujet de la situation. Ces barbares ne pouvaient voir sans alarmes la marche des troupes françaises qui échelonnaient des forts en s’avançant vers leur pays. Le 8 décembre, ils repartirent de Québec ne doutant plus du sort qui était réservé à leurs cantons. La route devait être fort difficile puisqu'ils mirent neuf jours à franchir les trente lieues qui les séparaient des Trois-Rivières. (Journal des Jésuites.)
Le 17 décembre, aux Trois-Rivières, le Père Charles Albanel baptise Charles, fils de Sévérin Ameau et de Madeleine Beaudouyn. Parrain et marraine : Laurent Philippe et Madeleine Benassis. Ni cet enfant ni son aîné Louis ne paraissent avoir fait souche dans le pays. Le vénérable notaire Ameau n’a survécu ici dans sa descendance que par sa fille Marguerite, mariée au juge Godefroy de Tonnancourt.
Le 20 décembre, le même Père baptise Philippe, fils de Pierre Boucher et de Jeanne Crevier. Parrain et marraine : Philippe de la Fouille capitaine au régiment de Carignan et Jeanne Jalot. Cet enfant fut ordonné prêtre en 1689 ; il n'appartient aux Trois- Rivières que par sa naissance et le nom de son père.
C’est en 1665 que M. du Hérisson passa à son neveu Joseph Godefroy sieur de Vieux-Pont le titre des terres de la Banlieue : une lieue de front au fleuve en remontant à partir de la Troisième Rivière, sur cinq lieues de profondeur dans la contrée. Au fameux
(1) Le 19 novembre, Pierre Lefebvre fonde une messe perpétuelle au cap dela Madeleine, (Greffe dAmeau.)
procès en revendication, qui eut lieu cinquante-sept ans plus tard,
les enfants de Joseph de Vieux-Pont alléguèrent que celui-ci avait été empêché, après 1665, de prendre possession de la seigneurie et d'y établir des colons, ‘ à cause de la guerre des lroquois. ” Or, à partir de 166%, précisément, la guerre des Iroquois fut terminée ; l'excuse ne vaut rien. Les juges et les procureurs de 1722 ne paraissent pas avoir connu cela, néanmoins le jugement porté par Bégon est juste, car il prive de son titre sur ces terres une famille qui n'avait rien fait pour remplir les obligations y attachées.
Un nouvel habitant, vraisemblablement arrivé de France cette année, a laissé de nombreux descendants dans le district des Trois- Rivières. Nous voulons parler de Michel Baboir dit Rochereau et de sa femme Marie Bigot. Ils étaient mariés depuis un an ou deux, puisque François, leur fils aîné, naquit au commencement de 1665. Rien ne nous indique l’endroit de France d’où venait Michel Rochereau, non plus que Vivien Rochereau établi à Sainte-Anne de la Pérade et Bernard Rochereau habitant de Charlebourg, qui
paraissent être arrivés au Canada vers la même époque.
Quant à
Marie Bigot, elle devait être fille ou nièce de François Bigot dit Lamothe et de sa femme Marguerite Drapeau que nous trouvons aussi au Cap en 1665. François Rochereau enfant de Michel, né cette année, épousa Marguerite Provencher et demeura au Cap. Un autre colon, Etienne Gelinas, établi aux Trois-Rivières cette année, sinon avant, était veuf, si l’on s’en rapporte aux recensements de 1666 et 1667. A cette dernière date, il possédait une terre au Cap. Son fils Jean, habitant du Cap, épousa vers 1670, Françoise De Charmenil. La descendance de ceux-ci est répandue partout dans le district des Trois-Rivières et dans plusieurs endroits
du Bas-Canada.
Au moment où cette Chronique va passer aux mains de l’impri-
meur, nous lisons dans une Revue anglaise bien posée que les Français fondateurs de la colonie canadienne étaient pour la plupart des coi Jamnés que la justice expédiait sur les bords du Saint Laurent, comme de nos jours on transporte les mauvais sujets à la
Nouvelle-Calédonie.
Rien de plus faux que cette assertion. Le Canada français possède une histoire écrite, l’une des plus complètes qui existent ; ceux qui veulent se donner la peine de la consulter ne tombent
pas dans des erreurs aussi graves que celle-là.
Ce n’est pas ici le lieu de soumettre la question au public, car
elle est jugée depuis assez longtemps, mais il est toujours opportun de présenter aux lecteurs quelques notes sur ce sujet.
De 1632 à 1662, il s'établit à peu près deux milles âmes sur les bords du fleuve en remontant jusqu’à Montréal. Nous avons sur ces premiers habitants les détails les plus amples. (C'était une population d’une rigoureuse moralité.
En 1662, arriva de France un groupe de trois cents colons à peu près, choisis par Pierre Boucher, ce qui dissipe tout doute relativement à leur caractère.
Au mois de mai 1663, le sieur Gaudais-Dupont fut envoyé au Canada en qualité de commissaire, comme il a été dit plus haut. Dans les instructions que lui donna Louis XIV, il lui est enjoint de ‘‘s'enquérir s’il manque dans le pays des femmes ou des filles ” voulant, dit la pièce en question, y en envoyer le nombre nécessaire l’année suivante. Cet.officier n’était pas encore de retour en France lorsque le 28 novembre, même année, le Conseil Supérieur de Québec porta défense à toutes personnes, de quelque condition qu'elle fût, “ d’emrècher les filles de se marier quand bon leur semblerait, ”
Jusqu’à 1661, le nombre des hommes avait été triple de celui des femmes dans la colonie.
L'immigration des filles à marier commença deux ou trois années après.
On prit des mesures, de sages et louables précautions, pou” contrôler et diriger à bien ce mouvement.
Sans jeter la pierre aux autres colonies, le Canada peut réclamer l'honneur d’avoir été seul à se prémunir contre l’absurde et déplorable système que l’Europe avait adopté de peupler les possessions d'outre-mer de criminels et de repris de justice.
Les écrivains qui, de nos jours, disent que la Nouvelle-France fut établie de cette manière sont tout simplement de braves gens qui ont compris en lisant les chroniques des pays nouveaux que ceux-ci ont été d’abord traités comme des colonies pénales. Ils ne savent pas que le Canada fait exception à cette règle.
Le Journal des Jésuites du ? octobre 1665 dit : ‘ Le vaisseau de Normandie arrive à Québec avec quatre-vingt-deux, tant filles que femmes, entr’autre cinquante d’une maison de charité de Paris où elles ont été très-bien instruites. Aussi cent cinquante hommes de travail, tous en bonne santé.” Ceci ne s'applique qu’à un seul arrivage.
En 1663, le Canada renfermait 2,500 âmes dont 800 à Québec. Le nombre des personnes venues de France l’année 1665 était à peu près d’un tiers aussi considérable que toute la population déjà
résidant dans le pays, aussi le recensement de la Nouvelle-France en 1666 donne:t.il 3,215 âmes, ce qui ne comprend pas l’immigration de cette année. (!)
Sauf quelques exceptions, on peut affirmer que toutes les familles cultivaient la terre. Ce n’est pas là une occupation de gens dépravés. D'ailleurs on sait que ces premiers colons étaient une ‘ marchandise choisie. ”
L'année 1665, il vint de France cent filles ; en 1566, deux cents; un nombre plus considérable encore en 1667 et 1668, et cent cinquante dans chacune des années 1669, 1670. La population des deux sexes se trouva de part et d’autre à peu près au même chiffre.
Le roi donnait ord:nairement aux jeunes ménages une maison et huit mois de vivres Les mariages se célébraient par trentaine à l’arrivée des navires
Le régiment de Carignan fut licencié au Canada dans les années. 1670-2 et les soldats reçurent des terres dans les seigneuries nouvelles. On envoya de France un excellent choix de filles qui épousèrent ces militaires devenus cultivateurs et d’où est sortie la moitié de la race canadienne. Les dépèches de Frontenac et de Colbert font voir avec quel soin on présidait à tous ces arrangements. Vers 1675, si nous avons bonne mémoire, le gouverneur écrivait au ministre de ne plus envoyer des filles parce qu'il en restait une vingtaine à marier. Attendez, dit-il, que nous en demardions. Il avait poussé la surveillance au point de faire dresser un relevé de toutes celles qui étaient arrivées et qui s'étaient mariées : savoir surtout combien d’enfants étaient nés de ces unions—le nombre en est prodigieux. Les Français n’ont pas tardé à devenir Canadiens !
Un écrivain spirituel mais méchant homme, observateur si l’on veut mais superficiel, ignorant et partial, plus occupé de produire de l'effet que de chercher et de dire la vérité, la Hontan, a propagé à la légère une accusation grave contre la moralité des filles amenées de France au Canada. De temps à autre, les étrangers se plaisent à citer ce qu’il dit de nos aïeules mais ces mêmes étran-
(1) Québec renfermait 70 maisons. Aux Trois-Rivières on comptait 69 ména-
s sur une population totale de 455 personnes, dont 299 du sexe masculin et 155
u sexe féminin, qui se écompose comme suit : 75 hommes mariés, 66 femmes
mariées, 2 veufs, 5 veuves, 222 garçons, 87 filles. En 1667 la population totale de
la Nouvelle-France était de 3 918 âmes. Le recensement de 1667 qui fut pris dans
le gouvernement des Trois-Rivières vers la fin de mai indique dans la ville
même 37 ménages et sur la côte de Batiscan, Champlain et le Cap 57 ménages ; la population de ces endroits réunis s'élevait à 575 âmes.
*ers se gardent bien d’avouer que la Hontan est seul de son avis et que nous avons des témoignages nombreux et irrécusables contre son dire. Voyons-en quelques-uns :
Pierre Boucher écrivait en 1663 : “11 n’est pas vrai qu’il vienne ici de ces sortes de filles. Ceux qui en parlent de la façon se sont grandement mépris. Avant que de les embarquer, il faut qu'il y ait quelqu'un de leurs parents ou amis qui assurent qu'elles ont toujours été sages. Si, par hasard, il s’en trouve quelques-unes qui soient décriées ou qui pendant la traversée aient eu le bruit de se mal comporter, on les renvoie en France. Pour ce qui est des garnements, s’il y en passe c'est qu'on ne les connaît pas, et quand ils sont dans le pays ils sont obligés de vivre en honnûtes gens, autrement il n’y aurait pas de jeu pour eux : on sat aussi bien pendre en ce pays qu'ailleurs. et on l’a fait voir à quelquesuns qui n’ont pas été sages. ”
D’après le Père C. Leclercq (1673-1690) : “ Les chefs de familles qui ont passé au Canada étaient en France de bons bourgeoi: de ville, médiocrement accommodés, où des artisans de différents méliers, des laboureurs peu aisés ou des soldats, mais très-honnétes gens de leurs personnes. On a examiné et choisi les habitants, et renvoyé en France les marchandises de contrebande et les personnes vicieuses et marquées, aussitôt qu'on les a connues. ”
Boucher et le Père Leclercq parlent de ce qu'ils ont vu.
Le bon LaFontaine qui ne savait probablement pas qu’il y eût un pays appelé la Nouvelle-France ou le Canada, écrivait le 18 décembre 1687, à son ami Saint-Evremond |
sie Le mieux est de me taire
Et surtout n’être plus chroniqueur de Cythère, Logeant dans mes vers les Chloris, Quand on les chasse de Paris.
On va faire embarquer ces belles :
Elles s’en vont peupler l'Amérique d’Amours.
Que maint auteur puisse avec elles, Passer la ligne pou: toujours !
On enlevait alors de Paris une foule de courtisanes qu’on envoyait en Amérique, mais les écrivains de cette époque parlent de notre continent comme les Européens de nos jours, confondant Panama avec Québec, et Montevideo avec la Nouvelle-Orléans. Il s'agirait de savoir dans quelle partie de l’Amérique étaient transportés ces sortes de gens. Tout nous porte à croire qu'il n’est pas ici question du Canada et que LaFontaine ne se trompe pas beaucoup lorsqu'il leur fait passer la ligne.
Le Père de Charlevoix était au Canada en 1720. Voyons ce qu'il
dit: ‘Quant aux filles qu’on y envoyait pour les marier avec les nouveaux habitants, on eut toujours soin de s'assurer de leur conduite avant que de ies envoyer,—et celle qu’on leur a vu tenir dans le pays est une preuve qu’on y avait réussi. La source de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd’hui est pure.” di Après avoir dit que les Canadiennes et les Françaises qui épouir sèrent des soldats étaient des filles de bonnes mœurs, Le Beau, qui avait visité le pays en 1730, écrit que La Hontan aurait dù plutôt porter sa critique sur les filles de joie que l’on avait envoyées en Louisiane. - La France ne nous a guères fourni de colons après l’année 1 700. Il faut s'arrêter à cette date et regarder en arrière pour juger de la source de notre peuple. Cette source est pure. Répétons-le : elle di fait exception au système suivi par les pouvoirs européens dans it) l’établissement des colonies. Il est facile de s’en rendre compte en étudiant nos annales. Dans tout le 17e siècle, on ne relève que deux ou trois cas d'enfants illégitimes. Cette moralité tient du mode de colonisation adopté. Les seigneurs canadiens venaient prendre des terres sur lesquelles ils s’établissaient et ils y ame- ES ! naient des familles toutes prêtes à cultiver leurs domaines. Peu LES ou point d’aventuriers parmi ces fondateurs de notre pays. Tout 4) le monde devait travailler et s'établir. Cela est bien différent de dun la manière d'opérer des seigneurs de la Nouvelle-Angleterre, par il exemple, qui engageaient des travailleurs pour leurs terres d’'Amé- À rique mais qui restaient chez eux à jouir de leur fortune. Les travailleurs se lassaient, se révoltaient, conduiszient les affaires de à détail à leur guise. Un jour vint où ils furent plus incommodes qu'utiles, et aiors” se procura des nègres, des esclaves. Quelle
À différence avec le seigneur canadien qui transplantait ici sa Fe paroisse, le curé en tête, un contingent de jeunes ménages adonnés Pac à l’agriculture, le caarron, le charpentier et le médecin ! Le sei-
gneur canadien était, selon l’expression de M. Rameau, le premier parmi les défrich. urs, le premier parmi les colons. C’est encore ê fui qui veillait aux intérêts de la communauté. Quand la guerre éclatait, il était le chef et tous marchaïent sous ses ordres avec un entrain, une ardeur, un courage dont les habitants de la Nouvelle- À Angleterre ont gardé de cuisants souvenirs. Encore une fois, le contraste est complet ; il est ridicule d'envisager notre passé
1] d’après les idées généralement reçues à l'égard des colonies. Nous sommes loin d’avoir épuisé la matière. Ceci est tout au 4 plus le dessus du pauier. Il est facile de consulter sur ce sujet une foule d'auteurs respectables, entre autres Boucher Histoire de la
Nouvelle-France, Edits et Ordonnances IL. 25, Langevin Notice sur Mgr de Laval 53, Ferland Cours d'histoire IE. 11-45 36.7, Doutre et Lareau Droit Civil 139, Rameau, dans la Revue Canadienne 1873 ; la correspondance des gouverneurs et des intendants de la Nouvelle-France déposée à Ottawa.
Ici se termine l’époque que nous avons essayé de décrire en tant que les faits se rapportent aux Trois-Rivières. Pour le lecteur qui réfléchit sur ces événements déjà si loin de nous, mais qui onttant marqués dans l'existence de nos pères, il est impossible de refuser à ceux-ci l'admiration que méritent le courage et le patriotisme tout chrétien de ces hommes d'élite. L'esprit se reporte avee jouissance vers leurs entreprises, vers les combats qu'ils soutinrent, vers leur noble détermination de fonder ici un empire français. Comme ces soldats intrépides qui, à l'heure de l’action, se précipitent en avant, le drapeau et le glaive à la main, sans s'occuper s'ils seront suivis ou soutenus par le gros de l’armée, nous les voyons pénétrer dans les forêts du Nouveau-Monde, et cu dépit du climat, des Indiens hostiles et de l'indifférence de la mèrepatrie, arracher à la barbarie le sol qui va devenir le berceau de leurs enfants. Avec des éléments en apparence si minces, ils créent sur les bords du St Laurent une nationalité vivace, généreuse et pénétrée de vues élevées qui traversera les âges et se conservera avec son caractère propre, au milieu des races étrangères civilisées comme celles qui viendront plus tard s’asseoir à ses côtés. Il en a été du Canada au 17ième siècle comme de l'Afrique aujourd’hui que l’Europe tente enfin de connaître et de s'approprier. Des peuples non moins féroces et non moins courageux que les Ashantis, les Abyssiniens et les Zoulous, s’opposaient à la découverte et à la conquête de ce pays ; des conditions climatériques, des difficultés inhérentes à la nature même des localités, les embarras d’une vie toute nouvelle étaient autant d'obstacles qui au Canada comme en Afrique à présent, paralysaient l'établissement de la race blanche. Pourtant cette marche victorieuse de la civilisation fut accomplie ici avec bien moins de ressources que n’en possèdent les pionniers ‘du ‘‘ continent noir” et c’est ce qui fera toujours l’étonnement des historiens, car plus l'outillage de la civilisation se perfectionne, plus il devient facile de briser les entraves qui s’opposent aux développements de la puissance des fils de Japhet. On ne lira jämais sans émotion le récit des combats et des soufrances supportés par une poignée de colons perdus en quelque
SEkda
sorte au milieu des so'itudes qu'ils ont fini par transformer en un
beau et vaste pays, le Canada. Le type de cette société de défricheurs, de soldats et d'hommes libres se conserve intacte dans leurs descendants et impose à ceux-ci—car noblesse oblige et bon sang ne peut mentir—l'obligation de faire entrer dans le domaine de la réalité le rève généreux que leurs pères formaient pour l'avenir de leur race. Si le ciel a voulu qu'un sort inattendu nous fût imposé et qu'au lieu de dominer dans toute l'Amérique du Nord il ne nous restât qu’une seule province en propre, n’en éprouvons pas de découragement, réparons cette sorte de décadence qu'on ne saurait nous imputer, en tâchant de faire honneur
au nom français, de raviver les traditions de nos fondateurs, en un
mot de faire aimer la patrie.
Liste des colons (1), avec la date de leur arrivée aux Trois- Rivières :
1634, sinon avant. Jean Godefroy, Thomas Godefro Jacques Hertel, Guillaume Pepin, Jean Sauvaget, François querie, Sébastien Dodier, Guillaume Isabel.
1635. Jean Nicolet, Pierre Blondel.
1636. Michel le Neuf du Hérissou.
1637. Bertrand Fafard.
1639. Christophe Crevier (2).
1640. Claude Poulin.
1641. Etienue Lafond.
1642. Pierre Garemand.
1643. Jean Pepin.
1645. Jacques Léneuf de la Potherie, Pierre Boucher Antoine Desrosiers.
1646. Etienne Lessard, Marin Terrier de Repentigny, Jean Véron, Urbain Baudry, Pierre Lefebvre, Jacques Aubuchon, Jean, Gaspard et Guy Poutrel.
1647. Etienne Seigneuret, Gaspard Boucher, Elie Grimard.
1648. Étienne Vien, Emery Cailleteau.
1649. François Boivin, Jean Godin, Claude Houssard, Pierre Guillet, Mathurin Guillet, Mathurin Baillargeon, Jean Aubuchon, Nicolas Rivard, Maurice Poulin (3), Michel Pelletier (4), Claude David, Jean Poisson, Jacques Maheu.
(1) La population flottante n’entre pas dans cette liste.
(2) Des treize plus anciens colons ds Trois-Rivières il ne restait en 1665 que Jean Godefroy, Guillaume Pepin et Michel du Hérisson.
(8) C’est de lui que le Saint-Maurice a pris son nom. (4) Sieur de la Pérade.
1650, Marin Chauvin, Robert Drouin, Pierre Deschamps, Pierre Pineau, Elie Bourbeau, Pierre Baboir, Quentin Moral, Jules Trotier, Gilles Trotier, Nicolas Gatineau (1), Denis Métayer, François Fafard, M. Meunier, Pierre-Esprit Radisson.
1651. Jacques Loiseau, Paul Langlois, Mathurin Labat, Nicolas Poutrel, François Gouin, Jean Languetteau, Pierre Proust, Jacques Brisset, Nicolas Desprès, Sévérin Ameau, Claude Volant, Pierre Couc, Jacques Bertrand, Pierre Lepelé, Pierre Dandonneau, Jean Turcot, et —— Gaillarbois.
1652, Philippe Foubert, Jean Parant, Jean-Baptiste Bourgery, Claude Herbin. '
1653. Barthelemy Bertaut, Lucas Lépine, François Lemaitre, Antoine Lemaitre.
1654. Médard Chouard, Charles Gauthier, Pierre le Boulanger, Louis Ozannes, Philippe Etienne, Jacques Lefol, Jean Pacaud, Michel Lemay (2), Pierre Pellerin, Barthelemy Croteau.
1655. Pierre Denis, Jean Desmarôt.
1656. Nicolas LePetit, jean Cusson, Jean Carpentier, Nicolas Gaillou, Jacques Fournier, Jean Lemoine (3).
1657. Louis Pinard, Elie Hanctin, Claude Jutras, Jacques Ménard dit Lafontaine (4), Florent Leclerc, Jérôme Langlois.
1658. Adrien Joliette, Guillaume David, Michel Moreau, Pierre Potevin.
1659. Jean de Noyon, Jacques Rouillard, Pierre Dizi, Jean Beaudoin, Jacques Lemarchand, Jean Bellet.
1660. Benjamin Anceau, René Benard, Jacques Vaudry, Jacques Gratiot. |
1661. Pierre Cailleteau, Michel Gamelin, Pierre Jovial, Jean Badeau, Etienne Pezard de la Touche, Mathieu Proteau, Massé Besnier, Jean Grimard.
1662. Louis Tétrean. \
1663. Guillaume de la Rue, Guillaume Barret, Mathurin Gouin, François Pilet, François Chorel, Alexandre Raoul (5).
“1664. Dominique Jutras, Rolir: Langlois.
1665. Pierre Soüillas, Pierre Couillard, Pierre Juin, Pierre Artaut, Pierre Niquet, Jacques Aubert, Charles Bonin, Charles Vaudry, Jacques Bergeron, Michel Baboir dit Rochereau, Fran- HA ES RE 7 gr tt
(1) Son nom a passé à la rivière Gatineau.
(2) Ancêtre du poëte Léon-Pamphile Lemay.
(3) Ancêtre de l’historien J. M. LeMoine.
(à) Ancôtre de sir L, Hypolite Lafontaine.
6) Aujourd’hui Rho, Reau et Rheault.
çois Bigot, François Michelot, Sauveur Gouin, René Blanchet, René Houray, Louis Lefebvre, Laurent Lefebvre, Etieune et Jean Gélinas.
De ces 160 noms si l’on met de côté ceux des personnes qui n’ont pas fait un séjour de plusieurs années aux Trois-Rivières, come Claude Poulin, Pierre Garemand, ou qui y sont morts sans laisser d'enfants, comme Thomas Godefroy, srançois Marguerie, il reste 150 colons bien constatés. que l’on peut considérer comme la source primitive de la population trifluvienneville, côte du Cap, de Chamolain et Batiscan, de 1635 à 1665.
Soixante-quatre portaient des sobriquets qui, presque tous, se son, transmis à quelques branches de leur descendance.
Trente-trois étaient de la Normandie, et sur ce nornbre il s’en trouve vingt-et-un avant l’année 1650 ; jusqu’à cette date, les Normands furent pour ainsi dire les seuls habitants des Trois-Rivières ; il arriva alors, en quelques mois, près de cinquante colons provenant de diverses provinces de Frañce. Il nou. semble, cependant, que le groupe venu de la Normandie garda sa prépondérance dans les affaires et que l’esprit normand s’imposa de suite à toute la colonie trifluvienne qui formait à cette époque le Canada central. ‘
La plupart &es cent cinquante chefs de famille ei-dessus n'étaient âgés que de vingt à trente ans à la date de leur arrivée au Canada. Ils appartenaient à la classe agricole. Très-peu exerçaie.. des métiers.
Cinquante-sept se sont mariés aux Trois-Rivières. Les années. 1647, 1652-3, 1655-6 et 1662-4 sont celles où ont eu lieu le plus grand nombre de mariages. Les deux plus fortes années en ce genre, 1652 et 1663, en comptent chacune sept.
Sur ces cent cinquante personnes, il en mourat vingt-cinq avant l’année 1665 ; plus tard neuf autres se sont établies en dehors du district des Trois-Rivières—quelques-unes à Sainte-Anna de la Pérade et aux Grondines, maïs le plus grand nombre à Bou cherville. Il faut noter aussi que, de 1668 à 1700 et même plus tard, les enfants des Trois-Rivières se sont répandus dans les seigneuries de Chambly, Varennes et Boucherville, à la suite des fils des seigneurs Boucher, Niverville, la Vallière Hertel, de Varennes, Crevier, Ccurnoyer, nés comme eux aux Trois-Rivières. Nous parlerons dahs ur autre ouvrage de ceux qui ont pris part aux établissoments du Détroit, du. Mississipi et aux découvertes du nord-ouest.
f, ° ° D GOUVERNEURS ET COMMANDANTS (|) AUX TROIS-RIVIÈRES, ii La Violette a exercé ces fonctions depuis le 4 juillet 1634 jus. 8, qu au 17 avril 1636. Après cette date on ne le retrouve plus (2). | 18 Marc-Antoine de Chateaufort est cité comme gouverneur depnis | a, le 28 août 1636 (3) jusqu’au 6 février 1638. 4 Le André de Malapart est mentionné aux Trois-Rivières le 22 D, décembre 1635, et le 4 mars 1639, mais sans titre. Le 5 avuût 1639,
il est qualifié de commandant, e François de Champflour est cité dennie {e 27 décembre 1636 |
jusqu'à la fin d’août 1642, comme gouverneur. \ n Desrocher commande à partir de septembre 1642 à la fin de l’été r- 1643.
3. François de Champflour est cité comme gouverneur le 24 Jé. 1S cembre 1643 jusqu’au 24 octobre 1 645, date où il s’'embarque pour h 1- la France. | e Jean Bourdon commanü.: par interim, fin d'octobre et commen- | e cement de novembre 1645.
a Jacques Le Neuf de la Potherie est cité comme gouverneur du
47 novembre 1645 au 2 septembre 1648.
it Charles Le Gardeur de Tilly est cité comme gouverneur le 4 1. décembre 1648. Il était arrivé de France le 13 septembre précé- S dent.
Charles Cartel est cité comme commandant le 14 juillet 1649. S. Jacques Le Neuf de la Potherie paraît agir comme gouverneur JS le 9 juin 1650 (4. Les 2 février et 21 août 1651 il est qualifié de e gouverneur. j M. Duplessis-Bochart part de Québec le 1v novembre 1651 pour
t aller prendre le gouvernement des Trois-Rivières ; il le conserve ui jusqu'à sa mort, 19 août 1652.
a Pierre Boucher, nommé Capitaine de la milice de la place le 6 F j juin 1651, a dû exercer le commai dement en chef entre le 19 août e 1652 et le 8 septembre.
s — PES à (1) Nous appelons gouverneurs ceux que le registre des Trois-Rivières qualifie e de gubernatore, et commandants ceux qui y sont nommés moderctore.
(2) Charlevoix (Hist, I, 199) donne à entendre que le chevalier de Lisie com- X à mandait aux Trois-Rivières l’année 1636, Si tel est le cas, il faudrait croire que x ce fut entre le 17 avril et le 28 août.
t &) Eu comparant les pages 56 et 76 de la Relation de 1636, on peut supposer que | M. de Chateaufort commandait aux Trois-Rivières même avant le 28 août, Ii avait commandé à Québec jusqu’au 11 de juin,
(4) Chronique Trifluvienne LAII. Lx 16 juin 1650, M. de Till y assiste à la sion du St Sacrement à Québec. Le 2 novembre suivant il part pour la
rocesrance,
Jacques Le Neuf de la Potherie est envoyé de Québec le 8 septembre 1652 pour commander aux Trois-Rivières. Le ou avant le 16 juillet 1653 il est remplacé, d’abord temporairement, par Pierre Boucher. Celui-ci est nommé en titre vers la fin d’août.
Jacques Le Neuf de la Potherie succède à Boucher en juillet
Pierre Boucher remplace la Potherie vers le 1er novembre 1662 et garde le gouvernement jusqu’au 26 septembre 1667, au moins, après laquelle date il n’est plus mentionné aux Trois-Rivières.
Le capitaine Arnoult de Loubias est cité comme commandant le: 8 avril 1668. Le 10 de juin, même année, René Gautier de Varenne est cité comme gouverneur. Le 7 juillet, Michel le Neuf du Hérisson parait avoir fait un acte comme gouverneur ou commandant.
René Gautier de Varennes est cité comme gouverneur du 1? mai 1669 au 4 juin 1689, jour de sa mort.
————. mt
Nous avons dit (paragraphes XXXIIT, VLIV, XLVI) sur la foi de certains écrits publiés par la presse périodique, que Jean Godefroy succéda à, Jacques Hertel au poste de syndic, en 1648. La pièce suivante, qui nous est communiquée par T. P. Bédard, écuyer, de Québec, fait voir que ce fut plutôt Michel du Hérisson :
‘“ Aujourd’hui, deuxième jour de septembre mil six cent quarante-huit, se sont présentés devant moi sieur de Lapoterye Le Neuf, commandant aux Trois-Rivières, tous habitants du dit lieu, pour procéder par ‘ ‘zutin à l'élection d’un syndic, ainsi qu’il est porté dans les articles donnés par le Conseii de Sa Majesté et suivant l’ordre à nous envoyé par monseigneur le gouverneur dont j'ai fait lecture en présence des dits habitants—lesquels ont donné chacun à part leur scrutin un billet où ils desnomment sous élection pour leur syndic la personne de Michel Le Neuf sieur du Hérisson, qu'ils prient (?) avoir la charge agréable, pour vaquer à leurs affaires et représenter au Conseil leurs intentions et nécessités—en témoin de quoi ont signé les personnes de Gaspard Boucher, Guillaume Isabel, Etienne Vien, Gilles Trottier, Hemery Galtor (Cailleteau”?), Urban Baudri, Jean Sauvaget, Sébastien Dodier, Jean Houdan, Elie Grimard, Antoine Desrosiers, Jean Véron, Etienne de Lafont, Etienne Seigneuret,—tous habitants du dit lieu des Trois-Rivières, qui ont signé la présente le jour et an que dessus. ”
Les signatures sont : Jq. Le Neuf, Boucher (1), Urban Baudri, J. Sauvaget.
Ont fait leurs marques : Desrosiers, Dodier, Galtor, Grimard, Isabel, Lafont, Seigneuret, Véron, Vien.
Dans cette pièce on ne voit pas les noms de Jean et Thomas Godefroy, Jean et Guillaume Pepin, Jacques Hertel, Bertrand Fafard, Marin Terrier de Repentigny, P'crre Lefebvre, et Jacques Aübuchon, habitants importants des Trois-Rivières à cette date. On pourrait aussi mentionner Pierre Boucher, Gaspard, Jean et Guy Poutrel qui résidaient aux Trois-Rivières, mais qui probablement n’y jouissaient pas du privilége d’électeurs. Quant à Chris. tophe Crevier, il paraît avoir demeuré à Québec, entre 1644 et 1654.
Il faut donc croire que dans cette élection Michel Le Neuf avait la majorité des voix.
(1) Ce doit être Gaspard Boucher, père de Pierre.