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TEMPS ANCIENS

Chassés de TOrient par les sectateurs du culte sabaîque ou d*un obscène naturalisme, ces émigrants obéissaient à des chefs qui, aux fonctions sacerdotales, joignaient celles d'historiens, de poètes et de chantres des hauts faits. C'étaient les Bardes.

S87 ou 630 ans avant notre ère, un nouveau flot de Celtes ayant à sa tête Hu, Heus ou Hesus, prêtre, législateur et guerrier, vint fondre sur le nord de la Gaule, envahit en même temps la Grande-Bretagne, parvint à s^ associer les Bardes gaulois et à faire adopter le culte et les sacrifices humains des Druides (1). Alors le sacerdoce gaulois fut divisé en trois ordres : 1" les Druides, interprètes de la volonté divine et juges des différends; 2*^ les Ovates, chargés des sacrifices ; 3^ les Bardes, qui continuèrent de chanter les exploits de la nation.

Cette révolution n'anéantit pas entièrement les traditions primitives; car dans les écrits que nous ont laissés les derniers Bardes convertis au christianisme, on lit qu'un déluge a couvert toute la face de la terre, qu'un homme et une femme seuls se sauvèrent avec un couple de chaque espèce d*animaux, au moyen d'un vaisseau sans voile et préparé depuis longtemps (2).

L'étude comparative des langues a fait reconnaitire aujourd'hui que les Celtes, Gallsou Gaulois, étaient divisés par leur origine, par leur langage et par leui*s institutions, en deux grandes branches : les Gais ou Gaêls, et les Kymris (3).

M. Am. Thierry (t. I*') attribue aux Galls la première invasion, et aux Kymris, celle du vu® siècle avant notre ère. Les premiers occupèrent l'Orléanais, le Bourbonnais, la Bourgogne, la Franche-Comté, le Dauphiné, la Provence, la Savoie, une partie du Languedoc, l'Auvergne, le Lyonnais, le Berry et la Touraine. Les Kymris, que l'on croit le môme peuple que les Cimbres, se fixèrent au Nord et à l'Ouest. Ils occupèrent la

(1) De la Villemerqué, Taille-Fer, D. Piolin. Ces sacrifices étaient encore en usage 50 ans avant J.-C, comme leconslatc Gicéron {OraL pro Fonteio) ; mais selon Pomponius Mêla, auteur du icc siècle, ils furent de son temps convertis en libations de vin et (X'eau. (Lib. IH, cité par D. Ghamard.) L*6migralion des Kymris, sous la conduite de Hu-Gadarn, est rapportée dans la quatrième triade galloise.

(2) Davies, Recherches sur les Celles.

(3) M. Am. Thierry prétend que ladilTérence de caractère des deux branches gauloises existe encore entre nos populations kymriquos de TOuest, non mêlées de Germains, et celles dos Galls du Sud-Est, et encore plus entre les Galls de l'Irlande cl les Kymris du pays de Galles (t. I, introduction). Le même auteur, s^appuyant sur le .système du naturaliste William Edwards, admet que les Kymris belges ou Cimbres, vaincus par Marius, étaient blonds et de haute stature, et que les Galls ou Celtes, qui peuplaient la Gaule des Alpes à TArmorique, étaient petits et bruns.

Belgique, la Flandre, rÂrtois, la Picardie, la Lorraine, la Champagne, la Normandie et VArmorique (1). Ils furent donc nos ancêtres, car les Arraoriques comprenaient autrefois les pays situés entre TOcéan, la Seine et la Loire (2), sur une profondeur d'environ 60 lieues, et, par conséquent, étaient occupées non-seulement par les Bretons (dont le territoire finit par garder seul le nom d'Armorique), mais encore parles Arviens, devenus Aulerces-Diablintes ou Bas-Manceaux, par les Andes ou Angevins, et par plusieurs autres petits peuples.

500 ans avant Jésus-Christ, Sigovèse et Bellovèse, neveux d'Ambigat, roi des Biturigs, se mirent chacun à la tète d'une nombreuse jeunesse, cl quittèrent les Gaules. Le premier reprit le chemin que ses ancêtres avaient suivi le long du Danube, le remonta et, avec ses Galls, alla donner a une contrée de TAsie Mineure, près de laCappadoce, le nom de Galatie,

Bellovèse, qui comptait dans son armée des Aulerces-Cénomans et des Andes, franchit les Alpes (3) et alla s'établir près des Ombriens, Celtes d'origine, et des Gaulois Cisalpins ; il fonda Ancône. C'est de là que 100 ans plus tard les Gaulois fondirent sur Rome.

Le langage des Galls s'est conservé dans le gaëlic de la Haute-Ecosse ; celui des Kymris, dahs le gallois et dans l'idiome bas-breton qui a été par conséquent le nôtre (4), mais que le latin et le dialecte normand ont entièrement défiguré.

Du temps de Jules-César, les populations gauloises étaient divisées en Aquitains au Midi, en Belges au Nord, et en Gaulois ou Celtes au centre des Gaules. (Comm,, liv. L)

(1) i4r, proche, mor, mer, richy conlrée, en celliquc.

(i) Gens Intcr Gcminos nolissima claudilur amnes (la Seine el la Loire),

Armoricana prius cognominc dicta (moine Erricus, Vie de saint Germain), Les Romains traduisirent Armorich par le mol Aquilania, nom resté aux provinces qui ôlaient au midi de la Loire et peuplées de Galls ou Celles.

(3) Mot celtique qui signifie montagnes.

(4) M. dcGourson {Uisioire des origines d^ peuples armoricains ou Gaulois, p. 40i) donne le vocabulaire de iiO mots bretons ou gallois parmi lesquels on peut reconnaître un grand nombre des noires : Der (berceau), bronnes (pis, mamelles), claust (cloître, closeau), co//)' (coffre), corn (corne), dioi (idiol), drog (mauvaise chose), flair (flairer), fol (îou), gtul (glu), guiin (gnne),gMerce(guérets), (ea/ (loyal), /m (lin), mair (maire), mam (mère), manlel (manleau), march (cheval, marche), maint (mainles fois), mirez (regarder), peiiss (pelisse), scavei (escabeau), suif (suif), soch (soc de charrue), stal (stalle, siège), etc. C'est de ce mélange de mois armoricains ou gaulois avec le lalin, le francisque el le goth, qu a été formée noire langue, dont le caractère le plus saillanl, emprunté à la langue bretonne, esl l'indéclinabililé des noms par désinence, conlrairemenl à ce qui a lieu dans le lalin, le golh et le francisque.

Cette population se subdivisait elle-même en une multitude de peuplades dont les plus puissantes, au rapport de Diodore de Sicile, ne comptaient pas plus de 100 à 400,000 individus. Ces peuplades furent Torigine des cités gallo-romaines et plus tard des provinces modernes.

Chez les Gaulois, dit César (lib. VI, 13), le peuple est presque esclave (penèscrpi); au-dessus de lui sont les Druides et les Guerriers [Equités). Les premiers senties prêtres. Ils instruisent la jeunesse, rendent la justice et frappent d'interdit quiconque n'obéit pas à leur décision. Ils ont un chef élu parmi eux et, à certains jours de Tannée, ils s'a.ssemblent dans un lieu sacré, au pays des Caruutes (pays Chartrain) ; ils sont exempts' du service militaire et d'impôts. Les guerriers ne s'occupent que de la guerre et, avant la conquête, ils se la faisaient entre eux tous les ans. Le degré de leur importance se mesure à la quantité de clients et de serviteurs dont ils sont entourés. Selon M. de Courson, ces cMenis^ ambacti^ soldurii, étaient des vassaux militaires attachés à un chef de tribu rurale par des liens de foi réciproque ; et si haut que l'on remonte dans la législation des deux Bretagnes, on trouve des traces irrécusables de cette féodalité. Depuis, vers 230, Alexandre Sévère, pour conserver les conquêtes des Romains, distribua le territoire menacé par les Germains à des troupes chargées de le défendre, commandées par des chefs portant déjà le lilie de Dites et de Comtes. L'empereur se réserva le haut domaine de ces terres et les possesseurs n'en eurent que la jouissance héréditaire, à charge d'entretenir le fossé, de défendre le retranchement et d'obliger leurs héritiers à suivre la carrière des armes. Ce système fut suivi par les successeurs d'Alexandre. N'est-ce pas là le commencement du régime féodal?

Nous avons vu que les Cénomans, les Bretons et les Andes étaient d'origine kymrique; mais, placé à la limite indécise de ces peuples, auquel des trois appartenait plus particulièrement le Craonnais ? Notre pays n'aurait-il point formé un de ces terrains neutres, ou marches couvertes de forêts (1), que les anciennes peuplades laissaient entre elles pour éviter des contacts trop irritants, et que les Romains, et les Francs plus tard, donnèrent comme bénéfices militaires à leurs officiers? Ce qui est bien certain, c'est que notre pays était jadis presque couvert de bois. Nous en trouvons la preuve dans nos anciennes chartes et dans la tortuosité de nos haies, produite par la manière de limiter les premiers terrains cultivés, c'est-à-dire en marquant d'un coup de hache quelques

(y De Tallcmand Marché frontière, d'où est venu le latin barbare J/arc/iîa, puis le nom de marquis.

arbres autour des clairières (I). Nous en trouvons encore h preuve dans la grande quantité de nos fermes portant les noms de bois ou de ses synonymes, buisson, breil, brosses, bosquet, bouchet, coudray{i), touche, origine du nom de Livré la Touche.

Encore au ii** siècle, ditD. Chamard, Angers, Tune des principales villes de la Gaule chevelue, avait son territoire couvert d'épaisses forêts peuplées de prêtres et de prêtresses druidiques fuyant les décrets de proscription des empereurs.

Plusieurs veulent même que le nom de Craon vienne du celte Cran (forêt), ou, selon M. Tabbé Voisin, du grec Crados, Cradonon, pays couvert de bois. L'ancien bois des Ecrennes, tout près de nous (en Chazé- Henry), le bois de Crun, près Saint-Georges-sur-Erve et qui se prononce Cran; Crennes, près Villaines ; à cinq lieues de Loudun, la plaine dite de Craon; Crannes, près Blois, semblent appuyer cette étymologie (3).

D'autre part, notre centre de population gaulois s'étant établi d'abord aux Provenchères ou auprès, comme nous le verrons bientôt, puis à Saint- Clément, puis enfin où il est maintenant, le nom collectif de forêt, qui

(1) Cetlc manière de marquer les limites des propriétés était encore suivie au xi« siècle. L*usage des haies n'est venu que longtemps après (eh. IX bis de la Koë). On trouve dans une charte du xii» siècle, une terre ainsi désignée : Uli circutus fossali qui eamdem terram ambire videtur cum pralis, aquis, terris cullis et incuUis, cum Sylva etiam. Ainsi il n*y eut d'abord de fossé qu'autour de Tenscmble de la propriété et non autour de chaque champ, comme aujourd'hui. l,Arch, d'Anjou, !«' vol., p. 388.) Voy. paroisse de la RoC. la désignation du premier enclos de l'abbaye.

Que l'on mette en ligne de compte les abris donnés par les haies à nos récoltes, la salubrité de Tair entretenue par leurs arbres, le bois de chauffage, les litières qu'on en relire, la suppression du parcours et des procès en bornage, ces deux fléaux des pays de plaine, enfin l'inexpugnable défense qu'elles donneraient au icrriloire, surtout à nos frontières de l'est, on verra que les haies, quaud elles ne sont pas trop multipliées, sont plus utiles que nuisibles.

(2) A nemore quod prope silum est Coraulium vocatur. {Arch, d'Anjou, i''^ vol., p. 397.) Ajoutons que la parois*^e entière de Bouère a été faite d'une forêt de mille arpents.

(3) A une Ircntaine de lieues de nous, près Moncontour (Vienne), existe avssi une commune du nom de Craon. Cependant l'abbé Voisin, dans ses Origines armoricaines {Revue d'Anjou, 1857), prétend que Craon vient de Ker-Oudon ou château d'Oudon. Mais y avait-il un château à Craon, sur les bords de l'Oudon, avant celui bâti par Lambert au ix» siècle ? D'un autre côté, le Mémorial de la Mayenne dit que Craon a pu être un établissement des anciens Rennais, et que la lettre C devant leur nom Redonum, signe d'aspiration comme dans Clolaire pour Lothaire, Cherberl pour Cerbert, a probablement formé le mot Credonum, On peut répondre à ces deux suppositions que tous les lieux que nous venons de citer ne sont pas sur l'Oudon, et ne peuvent Aire non plus des établissemcnls rennais.

pouvait s'étendre à plusieurs points simultanément habités, nous semble présenter l'élasticité convenable pour désigner une population encore un peu épai-se. Remarquons encore que rétablissement primitif de nos ancêtres aux environs des Provenchères, près d'une forôt et d'un cours d'eau, était complètement dans les usages gaulois. (Voyez Cowm.deCésar,lib. VI, 30.) Ce grand nombre de bois rendait notre climat froid et humide. Aussi Lucain, habitué au beau ciel d'Italie, disait de nos pays :

Aux brouillards de la Maine aUeint d une humeur noire, L'Angevin n^est heureux qu^en revoyant la Loire (i).

Quoi qu'il en soit, il nous reste peu de chose de l'époque gauloise.

On croit voir un peulvan (2) ou pierre levée, dans un petit pré au bas de la descente de Rochepoulain, vers Renazé.

Devons-nous mentionner comme appartenant à cette époque ce grand nombre de mottes, dont plusieurs de nos fermes tirentleur nom, telle que la Motte-Diot, en Ballots, et la Motte môme de Ballots, la Motte de Bouchamp, la Motte-Guillaume, présCraon, la Motte de Saint-Poix, etc.? Nous avons encore des Mottes à la Borderie, en Livré, à la Cessardière, en Athée, au Pineau, aux Corbières, etc., etc.

Leur forme, presque toujours carrée, diffère de celle des tombelles celtiques qui sont, comme l'on sait, rondes ou elliptiques et que l'on croit avoir été des tombeaux (3) ou la marque des limites entre quelques peuplades ; mais les nôtres, placées presque toujours au centre des propriétés et à n'importe quel point des paroisses, ne peuvent avoir servi à cet usage. Elles n'étaient pas non plus des tombeaux, car jamais on n'y a trouvé d'ossements, mais seulement des charbons^ comme à la Borderie, aux Ravallais de Livré, au bourg de Gennes, etc. ; or à Rome, comme en Scandinavie, dit Ozanam, la propriété immobilière était sanctifiée, c'est-à-dire constatée par un foyer qu'on y allumait. Mais l'origine de cette consécration ne venaitelle point : 1** de ce que la terre dans l'origine appartenant au premier occupant, ce premier propriétaire commençait par y brûler le bois qui la couvrait; 2** de ce que le charbon qui en résultait était lui-même une marque excellente, incorruptible et restée en usage, de cette prise de possession? N'est-il pas naturel de penser que pour rendre cette marque plus

(1) In nebulis Medualle tuis marcerc perosus Andus jam placida ligeris recrealus ab undft.

(2) De peut, poteau (nos campagnards disent encore pau pour poteau), et de van ou vcniy pierre.

(3) Que des terres rapportées forment un tertre au lieu où les bûchers auront él^ dressés, monuments de la gloire de nos compagnons. (Iliade^ ch. v.)

apparente, on la couvrit d'une motte ou monticule; que par la suite on obligea les vassaux à Tentretcnir, et qu'enfin les conquérants y tinrent leurs plaids (d*où vient selon Du Gange le droit de mottage) et y virent peut-être un souvenir des Malleberges (1 ), remplaçant pour les petits seigneurs la justice ou le Pilori et le Donjon, ou le Merc de Châtel des seigneurs plus puissants ? (Voyez Coutumes, article 42, et le mot Murgens.)

Au dire de César et de Pline, les Gaulois et les Druides ne comptaient pas par jours, mais par nuits. Les formules angevines constatent que cet usage s'est conservé dans notre pays jusqu'au vi*" siècle. Nos paysans disent encore ànuit pour aujourd'hui (2).

On peut encore considérer comme un vestige des anciennes idées druidiques cette persistance à orner d'un sujet religieux les vieux chênes placés au bord d'un chemin et près d'une habitation.

Le nom de Guilanleu, donné aujourd'hui à une quête faite pour les besoins de l'église, paraît une tradition de l'ancien cri : au gui fan neuf qui retentissait dans les Gaules quand, au renouvellement de l'année, les Druides distribuaient au peuple le gui sacré comme un heureux talisman et un gage de fécondité (3).

Au sujet de cette tradition on a dit assez plaisamment qu'elle prouvait au moins que les Druides parlaient français : ceci n'est qu'un jeu de mots. Si la chose exprimée par les termes : au gui Van neuf remonte aux Gaulois, il ne s'ensuit pas qu'ils se servissent de notre langue pour l'exprimer : Selon l'abbé Foucher, les Druides criaient : ad viscum annus novusy ils parlaient donc latin? Oui sous les Romains, non avant que cette langue des vainqueurs fftt admise par les vaincus. Il en est de môme du mot à nuity dont nous venons de parler. Assurément les anciens Gaulois ne se

(1) De mallum^ plaid, et berg^ mont. Du Gange, 17« dissertation, dit que les premiers Francs apportaient sur ces malleberges, chacun dans le pan de leurs robes, un peu de terre de leur héritage pour signifier que ce terrain étant la terre à tous, toute liberté y existait pour Taccusation et pour la défense.

(â) Le même usage était suivi par quelques peuples de Fantiquilé : les Numides, les Allemands, etc. Au dire d'Aulugelle, les Athéniens comptaient aussi par nuits; les Bohémiens, les Polonais ont encore la même coutume. (Grolius, Traité de la vérité de la religion chrétienne, 1. 1, ch. viii.) Ménage, il est vrai, prélcndque à nuit vient de en huy, origine de au jour d'huy, ou au jour actuel. Mais le P. Sirmond et le Dictionnaire de Trévoux sont d'avis qu'il vient de Aoc no<;te. Devine si tu peux et choisis si lu Toses

(.3) Nous avons» à Laval, la chanson de YAguianleu, chantée le soir dans les rues la veille du jour de Tan. Cet usage s'est aussi conservé en Anjou pendant longtemps, sous prétexte de quêter pour le luminaire des églises. Henri Arnaud, évêque d'Angers, s'éleva contre ces quêtes devenues l'occasion de danses, de désordres, et déjà défendues par un synode de Château- Gontier. (Voyez an 1905.)

servaient pas de ce mot, et pourtant la chose qu'il exprime nous vient évidemment de cette époque.

On prétend que le mot Gui signifie en celte remède à tous maux ; il nous reste encore quelque chose de cette croyance. Seulement comme le gui de chêne est aujourd'hui introuvable (1), tandis que par une fâcheuse compensation celui de pommier est beaucoup trop commun, c'est le gui du pécher, suffisamment rare pour qu'on lui suppose quelque vertu, qui est recherché comme remède par les gens de la campagne ; du reste il ne sert plus guère qu'en Bretagne à faire des enseignes de cabaret.

Nous regardons encore comme reste d'un ancien usage gaulois ces quêtes nocturnes appelées les Mouillotins (2), qui se faisaient autrefois dans la nuit du 30 avi'il au 1"*' mai par des jeunes gens des deux sexes; les abus qui en étaient la suite les ont fait interdire; aujourd'hui ce joyeux usage n'est plus suivi que par des enfants pauvres qui le mettent à profit pour quêter quelques œufs.

Mentionnons encore comme preuve du séjour des Gaulois dans notre Graonnais plusieurs pièces d'or antérieures h l'époque gallo-romaine, trouvées près des Provenchères, et dont nous parlerons bientôt.

Il ne peut entrer dans notre plan de raconter les dix années de guerres si mémorables (de S8 à 49 ans avant Jésus-Christ) pendant lesquelles les Gaulois braves, mais sans consiance dans les revers, presque nus, mal armés, sans tactique ni discipline, et surtout sans unité politique, voulurent vainement résister à des soldats formés, aguerris, couverts de fer, admirablement organisés et dirigés par le génie de César.

Leur excessif amour d'indépendance, des rivalités continuelles habilement entretenues et exploitées par leurs ennemis, les tinrent toujours désunis et durent infailliblement amener leur ruine (3). Toutefois ce ne

(1) Gcpendanl Fabbé des Rocties {Annales de VAvranahin, p. 3) dit qu'à la porte de son presbytère existe un chêne très-vieux, tout couvert de gui. Nous en avons aussi trouvé un sur la commune de Craon ; ce gui ne diffère de celui des aulrcs arbres que par an branchage plus long, plus diffbs.

(â) Voyez quelques détails à leur sujet, à Tart. Mœurs, usages.

(3) In GalliA non solum omuibus civitatibus alque omnibus pagis (cantons) sed pcnè cUam in singulis domibus facliones sunt ne quis ex piebe contra polenliorem auxilii egeret, suos enim opprimi non palilur. (César, lib. V], il .) A celle remarquable pcinlure du caractère de nos aTeux, joignons les paroles d*un de nos meilleurs historiens : « Par- « tout et toujours la race gauloise intelligenle, spirituelle, brave, arJ en te, mais mobile, « peu capable de constance et d*ordre, vaine el désunie par orgueil, fera reconnaître « son caractère dans les événements de la Gaule romaine, au milieu de la barbarie « Tranke et sous les institutions du moyen âge. £st>6e tout ? N'avons-nous plus rien « de nos pères? Je ne sais, mais en traçant ces récils, plus d'une fois je me suis arrêté

futqu*après la défaite de Dumnacus(5i ans avant Jésus-Christ) que notre pays fut définitivement conquis.

Au dire de Plutarque, un million de Gaulois fut moissonné par le fer des conquérants ; mais en consultant attentivement Thistoire, et si Ton tient compte des Gaulois tués par Fabius Maximus, on trouve que plus de deux millions et demi de nos ancêtres tombèrent victimes de leui's fatales divisions et de Tinsatiable ambition romaine. En voici le détail approximatif :

154 ans avant J.-C. Les peuples de Nice et d'Anlibes

sont détruits mémoire.

124 — Ceux d'Aix ont le même sort. . mémoire,

124 — Tués par Fabius Maximus ..." 125,000

88 — Tués par Jules César 226,000

— — L'armée d'Arioviste détruite. . . mémoire. de S6 à 53 — Tués à l'embouchure de la Loire et

au centre des Gaules 2,000,000

— — Au siège d'Avaricum 40,000

— — Détruits à Vitry par Labienus . . mémoire. 82 — Détruits par César à Alesia . . . 200,000

— — Armée de Dumnacus détruite . . 12,000 51 — Destruction des Eburons .... mémoire.

Total 2,603,000

Faut-il encore rappeler que l'an 81 avant Jésus-Christ, au Puy-d'Issolu, César, — dont on connaissait la clémence^ — dit le continuateur des Commentaires (lib. VIII, 44), laissa la vie à la garnison de cette ville, mais pour rexemple fit couper les deux mains à 2,000 prisonniers? Enfin il fit décapiter le brave et généreux Ve^cingétorix qui, pour le salut des siens, s'était remis entre ses mains. Ajoutons à tout cela un million de Gaulois envoyés en esclavage : et en face de ce lugubre tableau comprenons, si nous le pouvons, qu'un savant contemporain ait pu écrire ceci :

a Ne maudissons pas César. Il semble qu'il n'a pas étouffé, mais régénéré et rajeuni la Gaule. Ses souffrances calmées, elle se trouva un peu brunie, un peu embellie par le contact italien... »

Ainsi le massacre du quart de la population gauloise, l'avilissement du reste, voilà à quel prix César nous donna sa civilisation romaine. Etrange civilisation, dont l'unique base était le droit de la force et, par conséquent,

« d'émolion et j'ai cru rcconnatlre Timage d'hommes sortis d^entre nous, et j'en ai « conclu que nos bonnes et nos mauvaises dispositions ne sont pas nées d'hier sur celle «( terre oà nous les laisserons. » (Am. Thierry, Histoire des Gaules^ 1. 111, p. 500.;

ÉPOQl'E GALLO-ROMAl^Nt. 68

V esclavage; où les plus monstrueux tyrans, où le crime infâme lui-même avaient des autels, où les dieux recevaient des victimes humaines (1); où, pour le peuple comme pour les sénateurs, la scène n'avait plus d*attrait que rougîe du sang humain et où le suprême plaisir était de repatlre ses yeux de l'agonie de milliers d'esclaves; car pour celte malheureuse classe d'hommes qu'engendra le despotisme païen, c'était peu, comme le dit un auteur, de servir jusqu'à l'ignominie, il lui fallait servir jusqu'au sang, se faire gladiateur et recevoir le fer avec grâce (2). C'est par une telle civilisation que l'on ose.dire au xix' siècle de Tère chrétienne, que la Gaule fut régénérée ei rajeunie !

Détournons nos regards de ces effroyables boucheries humaines; disons seulement que dans leurs luttes inégales, mais héroïques, les Andes, les Manceaux, les Venètes, les Nannètes figurèrent toujours noblement, surtout sousVercingélorix et quatre ans plus tard sous Dumnacus.

Il serait également hors de noire sujet de décrire les vaines tentatives de Sacrovir (22 ans après Jésus-Christ) et du Boyen Marie, 47 ans plus tard; elles ne firent qu'accroître encore l'immense hécatombe humaine déjà offerte au génie de Rome.

Quoique pourri de luxe et de débauche, l'empire romain tenait encore debout par le seul poids de sa masse. Ce peuple, il est vrai, tuait ses tyrans devenus des monstres pour en faire des dieux dignes de lui; mais il.se plaisait dans l'ignoble servitude que lui avait créée le sensualisme, et il avait les mêmes instincts que ses maîtres. Quant aux diverses nations enserrées dans sa vaste et habile organisation, qui sut respecter leurs anciennes mœurs et leurs libertés civiles (3), elles avaient cette espèce de

(1) «Aujourd'hui encore, c*ést par des homicides que vous adorez Jupiler Laliaris (du Lalîum) et, ce qui est digue du fils de Saturne, on se repaîl du sang des criminels. » (Minulius Félix, cité au Dictionnaire des anl. chréL, p. 96.) De son côté, Pline (lib. XXX, ch. i) dit : «DCLVII dcmura anno urb. Romae (97 an^ avanl J.-C.) senatus consultum factum estn^ homo immolaretur,» Et quelques lignes plus bas : «Non satis aistimari potest quantum Romanis debealur qui sustulerc monstra in quibus hominem occidere rciigiosissimum eratmuudi eiiam saluberrimum. » Porphyre cependant assure que de son temps, ni« siècle, ces abominables immolations subsistaient encore. «En efTet, rien n'est plus profond dans Thumanité déchue, que Tunion de la luiure cl de la cruauté ; les voluptés sont homicides et la chair aime le sang. » (Ozanam.) Voyez le procès de Gilles de Retz et nos cours d'assises.

(2) Recipe ferrum, criaient les dames romaines au malheureux vaincu qui n'avait pas leurs sympathies.

(3) Celle tolérance, si éloignée de notre système centralisateur, laissait aux cités le soin de se gouverner par une Curie ou conseil composé de tous les citoyens possédant â5 arpents, c'csl-à-dirc de ceux qui avaient véritablement intérêt à la chose publique.

cohésion produite par une longue pression ; elles obéissaient à la fascination qu'exerce toujours un pouvoir longtemps supporté, et tremblaient encore à la vue de ces aigles réputées invincibles. L'empire des Césars n'était donc pas encore assez décomposé pour être brisé ni même ébranlé au premier choc de l'impétuosité gauloise.

Cependant un immense événement venait de se produire dans le monde, événement qui, sans précédent, disons mieux, contre tout précédent, et sans transition, était venu tirer le genre humain des ténèbres impures de la corruption pour le conduire à une atmosphère saiue et lumineuse; événement qui abolissait Tesclavage et réhabilitait la femme; événement qui, en rappelant à l'homme sa destinée et la noble indépendance de son âme, l'arrachait au culte de la matière qui l'avait livré tout entier à l'immonde tyrannie des Césars. La religion du Christ, en un mol, se substituait partout au culte des idoles. Mais il fiiut bien l'avouer, « ce « monde, dit Laurentie, ne pardonnait pas au christianisme de venir « détacher les âmes de la terre, et ces aversions se sont perpétuées à « travers les âges ; et après 2,000 ans il ne manque pas de libres-penseurs « qui appellent sur leurs têtes un régime qui ne serait que l'imitation « du régime des Césars (1), » l'asservissement des âmes comme des corps.

Qu'éiait alors notre petit Craonnais? Des faits récents ont jeté sur celte question une vive lumière.

Un habitant de Craon avait acheté pendant la Révolution le couvent des anciens Bénédictins de Saint-Clément. Le chœur de celle église (reconstruit vers 1537) le gênait apparemment, il le démolit et de ses matériaux bâtit à la place de l'ancienne audience du prieuré, une maison sur la rue, près de l'ancien clocher. On peut voir que les jambages des ouvertures de celle maison sont faits avec une pierre calcaire bien différente du tuf de Saumur, ordinairement employé dans le pays; mais les plus belles pierres de la démolition furent réservées et restèrent sans emploi jusqu'en 1883, époque à laquelle l'ancien couvent ayant été revendu, pour en faire la cure actuelle, les mêmes pierres furent encore réservées et vendues à un entrepreneur de la ville. C'est chez lui qu'un habitant de Laval, M. Guays des Touches, s'aperçut que l'une d'elles por-

Ccs propriétaires, organisés en milices locales, sous les ordres d'un tribun, composaient la seule force publique. Lorsque sous Tibère une révolte éclata en Anjou et en Touraine, on fut oblige de faire venir (les troupes jusque de Lyon cl des bords du Rhin. (De Péligny, HUL du Yendàmois,) (1) Histoire rf^/'£mpircrt;7/ïflw, par Laurentie, t. II, p. 487.

I^POÛIE CAI.LO-KOMAINE. * 67

tait une inscription et nous en avertit. II était temps, déjà on en avait coupé un morceau, mais heureusement en laissant intacte Tinscription que reproduit la planche IV.

Cette inscription, en caractères grêles et grossiers, est enfermée dans un cartouche carré et saillant, orné à droite et à gauche d'une patte simulée en queue d'aronde. Or, « sous le 3* consulat d'Antonin (l'an 140 « de notre ère), les inscriptions sont encore très-soignées et en beaux « caractères, mais 83 ans plus tard, c'est-à-dire vers Tan 224, elles sont « grossières, les lettres sont souvent doubles, les abréviations nombreuses « et irrégulières, » [Mém, des antiquaires de VOuest^ t. P', p. 220.) Cette renianiue semble donner la date approximative de notre inscription qu'un savant antiquaire de Nantes, M. Bizcul, lit ainsi : Augusto — Marti- Mulioni-Tauricus Tauri filitis — votum solvit lubens merito. Ce qui selon nous veut dire : A l'auguste Mars, Dieu des muletiers^ Tauricus, fds de Taurus; vœu et monument de reconnaissance (1).

Il est impossible de supposer que cette pierre soit venue d'un monument romain élevé ailleurs qu'à Craon. On ne va pas au loin, à Durtal, ou à Saint-Savinicn peut-être, et par les chemins d'alors, chercher une pierre de G" 78<^ en carré sur 0" 28*^ d'épaisseur, pour en faire une simple assise de fondation ; car on voit par le mortier, encore très-adhérent sur ses deux faces, et par les hachures dont elle porte les traces, qu'on n'en avait pas fait un meilleur emploi dans la construction du chœur de 1837, ou plutôt de l'église primitive dont nous parlerons bientôt. Cette inscription, ainsi cachée dans la maçonnerie, prouve seulement, selon nous, que les premiers chrétiens du Craonnais, par un mouvement de zèle trèsnaturel et très-respectable, ont voulu, tout en l'utilisant, cacher dans les fondations de leur nouveau temple chrétien, cette pierre dédicatoire qui n'était plus pour eux qu'un triste témoignage de leur ancienne religion et peut-être, selon les idées du temps, purifier ainsi ce débris de la souillure idolâtrique. A moins qu'on ne préfère supposer qu'elle avait été cachée dans les fondations par les païens eux-mêmes. Car selon Macrobe, cité par D. Morice [Notes sur Vhistoire de Bretagne)^ chaque ville, chaque bourg gaulois avait son dieu tutélaire dont il affectait de cacher le nom, à l'instar des Romains.

(1) Celte pierre, intéressante pour le Craonnais. a été recueillie à la Jacopière. Un temple au dieu Mars existait aussi à Mamers; il fut détruit par saint Rigonier. Ces temples, ou cella, n'avaient ordinairement qu'une seule ouverture, la porte, et une niche au fond; leur développement était d'environ 20 pieds sur chaque face. (Tour de Grisset. près Saint-Hilairc, sur le Loir, citée pir H. dePétigny.)

68 KPOQUE GALLO-nOMAiNK.

Mais nous devons justifier notre traductiondu moimulionus par Tépithète de muletier^ donnée au dieu Mars. Si le village de Graon était placé sur un chemin assez fréquenté, reliant, comme Ton croit, les Diablintes aux Bretons, et passant par Chàtelais, Graon, Gossé et le Monljou (1) (depuis Laval), chemin impraticable aux voitures, et par lequel tous les transports ne se sont faits, même jusqu'au milieu du xviii* siècle, qu'à dos de mulety pourquoi les entrepreneurs de ces transports ne se seraient-ils pas mis sous la protection du dieu Mars, dieu cher aux Gaulois, en Tinvoquant sous une épithète particulière à leur profession (2) ? Tous les dieux du paganisme ne portaient-ils pas une épithète selon les besoins et les caprices de ceux qui les invoquaient? D'après Malte-Brun, on voit encore en Russie des villages dont la population, formée en corporation, n'est occupée que du transport des marchandises ; pourquoi les mômes difficultés de communications n'auraient-elles pas amené les mêmes moyens de les surmonter, surtout si l'on suppose quelque affinité d'origine .entre les Geltes et les peuples du nord-est de l'Europe et do l'Asie? Ge ne serait pas du reste le seul point de ressemblance (3).

(i) Ce nom de Montjou vient, dit-on, de Monsjovisy ancien nom de ce coleau ; mais aucune Iraditiou n'appuie celle étyraologie. D'autres font dt^^river ce mol de mont et de jOUj jouê,}oye (Du Cange) qui, dans le vieux langage et encore chez nos paysans, signifie médiocre, assez grand ; ainsi Mont-jou serait TOquivalent de petit mont. Du Cange dit aussi que Montjoic est un diminutif ûc mont, et il cite plusieurs auteurs qui donnent U des collines le nom de Mont-joie. Notre Mont-jou aurait donc la môme signification et la môme origine que le célèbre cri de guerre Mont-joie, Saint-Denis, qui vient de la colline où ce saint évéque fut décapité : Montmartre, Monsmarlyris.

(2) Quelques personnes ont voulu contester lasignificalion que nous donnons àl'épitliète de mulionus: mais M. Léon Renier, dans le liulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France (t. III, p. 207), Tinterpréte comme nous, et veut rapprocher cette inscription de celle que Ton voit sur un pelit bronze trouvé près de Nuits (anciens Eduens), et qui représente un ynulet avec l'inscription : Gallio (liberlus) Maturci V. S. L. L. Deo segotnoni donavi ; d'où il infère que mullo pourrait bien être l'équivalent de segomonus; car, suivant des inscriptions trouvées à Lyon et dans le Jura, Segomon était une des divinités gauloises qui furent assimilées à A/ar5 après la conquête romaine. Selon M. Emile Souvestre,chez quelques peuplades gauloises, Korig ou Gwion, le nain à la bourse, était le dieu des voituriers; c'était donc aussi un analogue de notre Mars Mulion. Remarquons encore que la prétendue civilisation païenne divinistiit tout, jusqu'aux objets les plus immondes ; écoutez Tertullien : « Quant à « vous, c'est chose que vous ne pouvez nier, que vous honorez d'un respect ridicule « toutes les bêtes de charge et les chevaux hongres avec leur déesse Hippone. » {ApoL, XVL)

(3) Un paysan. Letton (Courlande), ne souffre point qu'on loue à outrance ses bestiaux : tout ce qui a été ainsi tant vanté doit dépérir. Au printemps, il se garde bien de sortir sans argent, car si dans cet état il entendait le coucou, il serait menacé de

Quoiqu'il en soit de la signification du mot mulionus, il reste démontré que la peuplade qui occupait la hauteur où depuis a été bâtie Téglise de Saint-Clément, possédait un petit temple gallo-romain, construit en pierres calcaires très-dures et de grand appareil. On en a trouvé plusieurs sous les décombres en creusant les fondations de la nouvelle église en 1866. Enfin en 1869, sous les fondations de Tancienne église en face la cuisine acluelle du presbytère, on a mis à découvert sur une longueur de 7"* des pierres semblables au:c premières et qui semblaient la première assise d'une cella de môme grandeur que celle de Saint-Hilaire, citée par M. dePétigny : remarquons que cet emplacement, à rembranchement des routes de Nantes et de Châtelais, convenait on ne peut mieux au dieu des voituriers.

Li population du bourg gallo-romain avait une certaine importance, puisqu'au nombre des habitants se trouvaient des Romains : ce que prouve la forme latine des noms taurus et tauricus de Tinscription et celle de plusieurs autres noms que nous verrons à Craon au v* ou au vi« siècle.

Mais la découverte d'une pierre dédicatoire à Mars-Mulion n'est pas, tant s'en faut, la seule preuve que nous ayons de l'existence, à Craon, d'une ancienne population gallo-romaine. Une vieille tradition désignait un champ, près de Craon, nommé les Provenchèves (1), comme ayant été l'emplacement d'une ville et d'une église détruites par un seigneur breton il y a 1,400 am.

Dvîs ouvriers occupés k extraire dans ce champ, et comme on le faisait depuis longtemps, des pierres appartenant à d'anciennes constructions, firent apparaître en 1880 les fondations de plusieurs murs. Avertis de ce fait, nt)us entreprîmes, de concert avec M. Pommerais, amateur zélé d'antiquités, des fouilles sur diverses directions, et découvrîmes bientôt un bâtiment circulaire de 23'" de diamètre : l'aire intérieure était couverte d'un bétonage de 0,40 à 0,50 d'épaisseur. Ce qui restait du mur était son parement extérieur formé d'un petit appareil en cubes de 10 à 12*^

misère toute Tanoôe. Si, partani pour la chasse, il rencontre une fille, c'esl mauvais augure; c'est le contraire s'il rencontre un homme. ^Malle-Brun, RussiCy p. 5^3.) Ne dirâit>0Q pas que nos A.Dgcvins arrivent tout fraichemcnt de Gourlande?

(1) Ce nom de Provencfières nous semble lui-môme d'origine romaine, et avoir pour élymologic Provincia et son diminutif Provinciara, petite province. CcUc terminaison en aria était d'ailleurs familière aux Romains dans noire pays pour désigner une lerre (voy. an 1113). On sait que ce peuple appelait Provincia (procul vincerc) tout pays conquis ou colonisé par eux, et gardé en leur possession. Selon M. Pommerais, dans la commune des Dîmes (Naine-ct-Loirej cl dans plusieurs lieux de la Sarlhc, existent des terres appelées Provenchèrcs,

70 ÉPOQLE GALLO-ROMAINE,

au-dessus duquel régnait un cordon de grosses briques (1). Les fouilles nous donnèrent beaucoup de tuiles creuses [imbrices] et de tuiles plates à rebords (tegulœ)^ quelques insignifiants débris de pierre calcaire (3) et d'enduits recouverts de stuc. Ces trouvailles nous engagèrent k recommencer des recherches en 1863, Notre nouveau travail découvrit une seconde enceinte concentrique k la première, dont elle était séparée par un corridor de 3"» (B. pi. V). Parmi les décombres nous trouvâmes bon nombre de petits cubes, noirs, blancs, roses, etc., provenant évidemment d'une mosaïque ; des défenses de porc^ quelques débris de poterie romaine blanche ou noire, en pâte fine, ou de poterie samienne rouge, polie^ à ornements en relief, quelques médailles (3), grand nombre de

(I) L*usa{fe de ces cordons de brique date, dit-on, du règne de Gailicn (260-288).

(î) A Saint-Clément, dans le mur qui soutient le jardin des anciens Bénédictins, cure actuelle, se trouve aussi une brique tëgulairc. A Athée, proche un petit village, nommé Bouillon, et placé sur le b(>rd de rOudon, comme Saint-Clément et les Provenchères, on en a trouvé un assez grand nombre.

(3) Voici la description de quelques médailles trouvées aux Provenchères ou autour de Craon : 1» muette, incuse, avers, cordon de perles ; revers, homme nu courant à gauche, main droite en Tai'r, tenant un caducée; la main gauche porte une hache; devant lui est un X ou sablier, or; 2" plus grande, pesant 160 grains (les stalères grecques pesaient I5d grains), muette, incuse, avers, tête de^^rofil à droite, cheveux courts, lauréc, delà bouche sort une chaîne ou bandelette (ogmios ?); revers, cheval androcéphale, entouré de 8 globules, traversés chacun par un ax«!, or. Plusieurs pièces d'un avers semblable ont été trouvées à Craon, et sont de Tépoque gauloise ; 3o avers, buste rad. lég. Imp. G. Claudius. Aug. (Claude le Gothique, ^7-270) ; revers : Temmo tenant deux enseignes, épigraphe Rhod. excr., bronze; 4° avers, tête de Titus: revers, couronne sur une chaise curule; 5° avers, tôte lauréc, légende M. ANT. P. FELI)^ AUG. (Marc-An toine,80-ô0 avant J.-C.) ; revers MINERVA.. XVI cos VI ; Minerve passant tenant de la main gauche un arc, de la droite la haste et le bouclier, petit bronze de 2i millimètres; 6» aveis, tôte radiée sans légende; revers RTHII, Minerve pacifère debout, petit bronze de 16 milimètres; 7" avers GONSTANTINOPOLIS, buste casqué de Constantin, tenant un sceptre ; revers. Victoire debout et de face, le pied droit posé sur une proue de vaisseau, à la main droite une haste, à la gauche un bouclier, petit bronze de 16 millimètres; 8o avers, buste diadème couvert du paludamentum militaire, légende DN. SEVERUS, PF. AUG (Sévère III, 461-464) ; revers. Victoire debout radiée, tenant une croix longue, évidée, épig. VICTORIA AU6GG., exergue conob, or; pièce assez rare reproduite pi. VIII, pèse 23 grains (1 gram. 328), ce qui était le quart du sou d*or de Constantin et à peu près le tricns mérovingien ; O» enOn en 1871, on a trouvé au bord du Luarçon, près du Pilori, à Craon, une petite pièce d'or bretonne pesant 478 milligram., portant une croix pâtée, cantonnée de deux hermines et placée sur deux cercles, entre lesquels est une légende illisible; au revers, écusson entouré aussi de deux cercles, mais presque entièrement effacé. Des auteurs prétendent que la Bretagne n*a été autorisée à frapper des monnaies d*or que vers 136-4. Cependant notre pièce ressemble beaucoup 2i d'autres pluis anciennes données par D. Moricc, sous les n"» 9, 21, etc. M. Pommerais

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