DE CRAON
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ÉPOQUE GALLO-ROMAIKE. 71
morceaux d'enduits recouverts d'un stuc fort dur [opus albarium)^ provenant de panneaux de toutes couleurs, rouges surtout, et encadrés de filets variés et même d'oves et de fleurons d'un travail peu soigné. Plusieurs de ces morceaux de stuc étaient chargés de traits informes, de noms comme on en rencontre sur les murs abandonnés, et d'un grossier dessin à la pointe (1). Que pouvait être ce bâtiment circulaire ?
Des mémoires de famille nous apprennent qu'entre Castellone et Gaete, au royaume de Naples, deux monuments entre autres offrent ce caractère spécial et caractéristique de deux enceintes concentriques. Ce sont les tombeaux de Munacius Plancus et de Lucius Atratinus. Le Dictionnaire (V antiquités de Rich, article Conditorium^ signale pour les tombeaux romains cette même disposition ; il ajoute môme qu'il existait dans ces mausolées des appartements décorés de stucs et dd peintures^ pour recevoir les parents qui, à certaines époques, venaient faire des sacrifices sur la tombe du défunt. On sait que le porc était l'janimal choisi dans ces circonstances; tout cela expliquerait les stucs et les peintures des Prov^nchères, et la rencontre qu'on y a faite d'un certain nombre de défenses de porc.
A Thoré, l'une des plus anciennes paroisses du Vendumois, on a trouvé dans un cimetière les fondations d'un monument circulaire. Tout nous porte donc à croire que celui des Provenchères étiit aussi un tombeau gallo-romain, où se célébraient des cérémonies funèbres, peut-être remplacées plus tard et momentanément par celles du culte chrétien. Les bâtiments considérables qui l'acccompagnaient devaient nécessairement (^Ire une exploitation rurale, une villa. Enfin nous verrons bientôt que les Saxons d'Odoacre, après avoir dévasté les villes d'Anjou, y séjournèrent dix ans, et n'en furent chassés qu'en 490, par Budic, chef breton,
La tradition populaire rapportée plus haut se trouverait donc trèssingulièrement justifiée de point en point.
D'autre part, si l'on compare la nature et le gisement des débris des Provenchères avec ceux de Jublains décrits par M. Barbe, on reste convaincu que ces ruines sont de la même date : ainsi les médailles les plus récentes
a irouvô plusieurs autres médaiUes aux Provenchères, entre autres une de Salonina, morte en 268, et une de Victorinus (2G5 à 26&).
(1) Voyez pi. VI. Ces noms étranges : CanZy Assiily CrowuSt ancien nom de Craon, voyez année 570, Ariius surtout, ne scraienl-ils point ceux de quelques-uns de ces Saxons i|ui vinrenl nous dévaster et habiter le Craonnais, de iSO à 490? On peut remarquer que ces grafiti ont plusieurs lettres doubles, et que la traverse d^s A ncsl pas au milieu de la lettre, mais sur le jambage droit, ce qui pourrait aidera déterminer la date de ces écritures.
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de Jublains sont de Tetricus (268-274) et d'Aurélien (288-275), et. les nôtres aussi d'Âurélien et de Salonina.(268).
Mais à quel événement particulier rapporter la cause de ces ruines? Les uns l'attribuent à la première invasion saxonne qui, selon D. Piolin, eut lieu sous un chef nommé Thor, à la fin du iii^ siècle ; d'autres à la révolte des Gaules qui eut lieu vers le même temps et que Tetricus termina en se faisant battre volontairement par Aurélien eu 271, mais un peu loin de nous, en Champagne. Ce serait donc au premier de ces faits que Ton pourrait le plus naturellement rapporter le commencement de ces dévastations, achevées au v* siècle par les Saxons.
(Voir les notices que nous avons publiées sur les antiquités de Craon, dans les Bulletins de la Société académique d'Angers, vol. VIII et IX.)
Ainsi Craon, que M. Cauvin ne mettait pas au nombre des lieux le plus anciennement habités du département, peut prouver désormais que son antiq^uité ne le cèd.e à nulle autre du pays.
Du reste, depuis les Provenchèrcs jusqu'à Blochel, la terre est pleine de débris de tuile , et il nous semble hors de doute que ce village est le reste de l'ancien établissement, gaulois d'abord, puis gallo-romain dont les habitants furent obligés plus tard, pour leur sûreté, de se transporter près du château fortifié que nous verrons Lambert construire à Craon au ix* siècle. Ce qui semblerait confirmer celte opinion, c'est que 300 ans après, un Tyson, de la famille des barons de Craon et seigneur de Livré, auquel on demandait la permission de bâtir un bourg et de faire un cimetière à Blochet, s'y refusa longtemps, peut-être en raison des anciennes défenses. Un champ près celui des Provenchèrcs porte encore le nom de cimetière: c'est probablement celui que l'abbaye de la Roë obtint enfin d'établir (XLV® ch. de la Roê) et qui dut succéder à un autre cimetière plus ancien..
Comme vestige de la domination des Romains dans notre pays, nous ne pouvons passer sous silence quelques restes des routes qui leur sont attribuées.
La principale était celle qui, partant du camp de Fremur, au confluent de la Loire et de la Maine près Angers^ passait par Feneu, Grezneuville où existent encore des vestiges de pont, le Lion-d'Angers (tejfc?), Louvaines, l'Hôtellerie (Hospitiiim), Châtelais (Castellum, Combaristum) (1), suivait le
(I) Le savant direcleur du Jardin de botanique d'Angers, M. Bureau, nous parait avoir démontré, ainsi que M. Godard-Faullricr, que ChAlclais est bien l'ancien Combaristum quia donné son nom à la forôl et au bourg de Comblée .-ajoutons que selon Choricr la lieue gauloise, ou grande lieue de France, étant de l,500*p;is de 5 pieds
ÉPOQUE GAKLO-nOMAlISE. 73
coteau à un kilomètre au sud de la Boissi^.re, par les villages de Saint- Christophe (1) et de la Touche-Godier, Renazé {Redonum actus)^ la Troterie, reste d'une ancienne étape des pèlerins qui allaient à Saint- Meen et près de laquelle paraissaient des restes fort cahoteux de Tancienne voie, laquelle continuait probablement par Toucheminot, Brains, La Guerche,Visseiche (^ictts sipia] et arrivait à Rennes (Condaté).
Graon se reliait à cette route par le vieux chemin de Saint-Clément, dit le Pavé, Tancien pont ogival de Barberellc placé à 400 mètres du nouveau, par les Mottes, la Renazaie, second souvenir duRhedonum actus^ la Crue et Toucheminot, ancien poste des gabelles.
De Châtelais partaient trois autres routes secondaires, deux desquelles se dirigeaient sur Craon par les deux rives de l'Oudon ; Tune passait à Marcillé, sur la rive gauche, et arrivait à Craon par Chcrancé et la léproserie de Saint-Marc; Tautre suivait la rive droite par le Clialonge {calttmniœ), par une levée encore très-marquée dans le pré de la Cropière, et par les gués du Bigot et du Verger. La troisième route de Châtelais allait k Bazouges (Basilica) par Mortiercrolle, le vieux château de Poigeline et Saint-Ouen (Chemazé).
Ces routes secondaires n'étaient probablement que des sentiers à l'époque gallo-romaine : cependant à leur départ de Châtelais, sous le mur de la porte dite de Craon, on distingue parfaitement les diverses couches d'empierçement usitées par les Romains, savoir : 7 centimètres de pierres de moyenne grosseur (Rudm); par-dessus 10 centimètres de sable noir de rivière, puis 10 de sable fossile rouge, 20 de pierrailles schisteuses [nucleus), et enfin une dernière couche de grosses pierres grézeuses (summa crusta) (2).
f2,436 mètres), les 17 lieues des tables de Pcutinger rôpondcnt pres«|ue exactement aux 4i,000 mètres qui séparent Angers de Châtelais. Les mêmes tables comptent t6 lieues gauloises de Rennes*^ Vissciche et 17 de Visseiche à Angers, ce qui est conforme à nos itinéraires.
(1) Scion Bodin, les chapelles dédiées à saint Christophe auraient été consacrées à ce saint ]K)ur détourner les Gaulois nouveaux-convertis du culted*Hcrcule géant (ogmios) : ce qui serait une nouvelle preuve du passage d*une voie romaine par ce point.
(â) On trouve à Châtelais une grande quantité de tuiles plates à rebords, et dans Tancien cimetière, beaucoup de cercueils en pierre coquilliôre de Doué. Leur forme réirécic vers les pieds les reporte à une époque antérieure au ix« siècle.
Ses anciennes fortifications, grossièrement construites et presque sans fondations, n*ont ni tours rondes ^ ni coulisses à herses, moyens de défense inventés aux x« et xi« siècles.
Un propriétaire du lieu a trouvé au milieu d'autres débris constatant un vaste incendie, la moitié d'un ancien sceau-matrice d'ivoire, avec l'anneau qui servait â le sus-
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La route principale d'Angers h Rennes se fourchait à la Branchuère (Branchiere), ferme située à 1,800 mètres au nord-ouest de Saint-Christophe pour aller à Pouancé par le bourg aux Nonnains, et les Ecrenncs (Scrinieriœ). Le tracé de celte route d'Angers semble confirmé par la découverte des divers objets gallo-romains trouvés sur son parcours aux villages de laTouche-Qodier et de la Motte, de Saint-Martin. Remarquons en outre que les mots via, strata, actus^ calceia^ par lesquels étaient désignées les anciennes voies romaines, peuvent servir à reconnaître leur ancien parcours : Livoie, les Esires, la Chaussée, etc.
On croit enfin qu'une troisième voie romaine venant de Saint-Charles, canton de Grez, et probablement du territoire des Arviens^ au pays de Charnie, passait par Ch^teau-Gontier, Bazouges, Montvien (Mala via, dit-on), la métairie de la Chênaie, où M. Déan de Saint-Martin nous a dit en avoir retrouvé des vestiges en défrichant une lande ; suivait la route actuelle de Marigné à Peuton et arrivait à la Ville-Blanche (depuis fief de \^ Tour-Blanche) au nord de Simple, où l'on en perd la trace, pour aller probablement s'embrancher par Quelaines et Cossé à la deuxième voie (1). Ce qui confirmerait ce tracé, c'est que les troupes de Charles le Chauve se rencontrèrent près de ce bourg avec les Bretons, et que les Anglais y passèrent encore en 1380. (Manuscrit de l'abbé Foucher, ancien curé de Sainl-Michel-de-Feins.)
Parlerons-nous d'un vieux retranchement ou motte, au haut du champ
pendre à la ceinture. Sa facture ressemble entièrement à celle du sceau de Foulques V, donné par M. Marcherai au I^' volume des Archives d*Anjou. On y lit la moitié de la légende EDI DE MEDUANA, ce cjui ne peut se rapporter qu'à un Geoffroi de Mayenne (sigillum Gaufr-erfi de meduina). Or, Geoffroi I«% successeur d'Aubert et père de Juhcl, n'a laissé aucun souvenir. Il n'en est pas de même de Geoffroi 11 et de Geoffroi (Il qui, vers le milieu du xi'^ siècle, et de concert avec le duc dVlnjou, combattirent vaillamment contre Guillaume le Conquérant. Quant à Geoffroi IV, il n'est connu que par son voyage en Terre sainte. C'est donc Geoffroi lï ou Geoffroi 111 qui, probablement, ont perdu ce sceau en défendant Châtelais contre Guillaume, au xi« siècle.
Enfin le grand nombre de carreaux émaillés que l'on trouve dans les décombres du château prouvent que Châtelais a subi une seconde catastrophe, postérieurement au XIII' ou xiv» siècle, époque assignée à cette sorte de carrelage. Nous pensons que" cette seconde catastrophe date de nos guerres avec l'Anglais et très- probablement de 1423 ou un.
On a aussi rencontré à Chàtelais un. grand nombre de pièces gauloises qui prouvent (|ue sur ce point, comme àCraon, les Gaulois avaient précédé les Romains.
(I) De Cossé parlait une autre route vers la Gravelle. Elle traversait, au bois de Poilbout, à 3 kil. au nord de Bcaulieu, une voie romaine de 9 pieds de large, pavée de pierres plates de 15 à 18 pouces de diamètre.
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de foire de Craon, encore existant à. la fin de la Révolution? A cette époque elle était couverte d'ormeaux énormes et ses terres servirent à combler les fossés de ville du côté du Mûrier. Sa forme était triangulaire; chacun des côtés avait environ 40 mètres de développement et une hauteur d'environ 25 pieds (voyez pi. XVII, n* 4). Au centre était un puits de 80 pieds de profondeur, et à côté un logement en briques, voûté en tuffeau et carrelé, qui était, disait-on, le lieu où se tenaient les assises du fief. N'était-ce point une motte, base d'un ancien château en bois, comme la motte de Pelletrée ou celle de La Guerche? Ce qui est certain, c'est que ce retranchement servit de défense à la ville en 1592, car on y a trouvé
I bon nombre de petits boulets de quatre tellement oxidés qu'ils se brisaient
' en les jetant contre terre.
Une autre enceinte du même genre; mais circulaire et d'une surface de
■ 50 ares, avec un puits au milieu, se voyait encore aux Chenardiéres do Livré, en 1850. Les anciens barons de Graon en avaient fait une vaste garenne, que les progrés de la culture ont fait raser. Quelle date donner h ces ouvrages ? Selon l'abbé Corblet, on peut ranger dans la catégorie des cromlechs, certaines enceintes formées seulement par des levées de terre et destinées aux cérémonies religieuses ou aux assemblées où l'on
I rendait la justice (1). D'autre part, M. de Pétigny, dans son Histoire du Vendômofs, dit que ce fut au temps où éclatèrent les insurrections gauloises, dites Bagaudes (voyez an 410), que furent élevés les camps retranchés, disséminés dans nos provinces. Cette dernière explication nous semblerait mieux convenir à ces enceintes.
; Sous la domination romaine, la Gaule fut divisée par Auguste (15 ans avant Jésus-Christ) en quatre grandes provinces : la Belgique, la Celtique, l'Aquilanique et la Narbonnaise.
Probus (276-282 après Jésus-Christ) la divisa en sept provinces: Belgique, Lyonnaise, Viennoise, Aquitanique, Narbonnaise et deux Germaniques.
Diocléticn (284-305) en fit douze provinces, savoir : deux Belgiques, deux Germaniques, deux Lyonnaises, la grande Séquanaise (Bourgogne et
' Franche-Comté), la Viennoise, l'Aquitanique, la Narbonnaise, les Alpes grecques (Suisse et Savoie) et les Alpes maritimes (Provence et Nice). Valentinien (364-367) mit la Gjiule en quatorze provinces parla division
I de l'Aquitaine en trois parties.
Enfin Gratien (367-375) en fit dix-sept provinces par la division de la Narbonnaise en deux et parcelle des Lyonnaises en quatre.
(I) Mperioire archéologique de V Anjou, «innée 1860.
Sous Honorius (398-498), les Lyonnaises furent même divisées en cinq provinces qui s'étendaient de la Garonne à la Seine
Ainsi la contrée que nous habitons a faitpartie successivement d'Auguste àProbus, c'est-à-dire jusque vers 282 après Jésus-Christ, de la Celtique et de la Lyonnaise, qui avaient toutes les deux l^yon pour capitale ; de celte époque à Valenlinien, ou jusque vers 367, de la deuxième Lyonnaise, dont le centre était Rouen, et enfin sous Gratien, ou jusqu'en 375, de la troisième Lyonnaise, ayant Tours pour chef-lieu.
Celte troisième Lyonnaise était composée de neuf cités ou peuplades : civitas Turonum (Tours), civitas Cenomanorum (Le Mans),civitas Redonuin (Rennes), civitas Andegavorum (Angers), civitas Nannetum (Nantes), civitas Corisopitum (Quimper), civitas Venetum (Vannes), civitas Ossimorum (Oximor)(l), et civitas Diablinticum, encore appelée par les Anglais Djoublin, dont nous avons fait Jublains (2).
On voit que le nom des anciennes cités gauloises n'était autre que celui des peuplades, tandis que les Pagi (3), qui répondaient à nos arrondissements et étaient des subdivisions de la cité, avaient pour chefs-lieux des places fortifiées qui ont conservé leurs noms propres primitifs.
Les pagi se subdivisèrent au moyen Age en condita ou cantons, et les condita en vigueries ou vicaireries [viens). Ainsi Grégoire de Tours appelle Craon « pagus et vicus Carnoensis ; » jusqu'au xii* sièle, il eut le titre de Viguerie. Cette dernière appellation s'est conservée dans le Midi, mais dans nos pays elle fut remplacée par celle de doyenné (decanatus). Ces anciennes divisions, après avoir servi de base à l'organisation ecclésiastique en évôchés, archidiaconés et doyennés, servirent aussi à établir la hiérarchie féodale.
Les peuples que nous venons d'énumérer occupaient les pays devenus aujourd'hui les départements d'Indre-et-Loire, de la Sarthc, de Maine-et- Loire, de la Mayenne, et les départements de la Bretagne.
Essayons de préciser davantage nos propres limites.
On sait que la politique romaine avait pour règle de conserver, autan 1
(1) pays de Lcndriguer(Landrieux, près Dol).
(2j Nolitia provinciaruni cl civitatum Galiiie, Honorii Auj^usti ul vidctur tcniporibus condita... Notice des Gaules, dite d'Honoîius, donnée par le moine d'Auxerrc et par Duchesne {Histoire de France^ t. I»""). CcUe notice a 6t6 reconnue par les Bollandislcs comme la liste exacte des èvéchôs d'alors.
(.S) D'abord on ap[)ela Pagani les habitants des campagnes ou des pagi; et comme les campagnes furent les dernières à embrasser le christianisme, le mot paganuSy païen, devint synonyme d'idolâtre.
EPOOrE GALLO-ROMAINE. 77
que possible, aux peuples vaincus leurs dieux [i], leur administration et leur territoire. Or, la religion chrétienne en s'établissanl suivit, comme nous venons de le dire, dans ses circonscriptions ecclésiastiques, celles adoptées par les Romains ; et les Francs il leur tour, ayant suivi celle de rÉglise, il s'ensuit qu'on peut, par celle-ci, connaître jusqu'à un certain point les limites des anciennes cités gallo-romaines (2).
Ainsi en voyant au iv* siècle saint Pavace et saint Liboire, évêques du Mans, arrêter leurs travaux apostoliques à Cosmes et à Cossé (3), nous pouvons être assurés que ces deux paroisses étaient alors, comme aujourd'hui, vei's le nord, la frontière des Arviens, absorbés plus tard par les Diablintes (4). Mais à l'ouest, du côté des Bretons, au midi, du côté des
(t) Remarquons cependant que ces Romains, si tolérants pour les dieux matériels ùu paganisme, quelle quo fût leur provenance, furent excessivement cruels pour les religions, telles que le judaïsme cl le christianisme, fondées sur le spiritualisme, c'est-àdire qui ne consentaient à soumettre au despotisme des Césars que le corps et rôservaicbt à fâme sa noble indépendance. Aussi firent-ils tous leurs efforts pour romaniser les dieux subalternes gaulois. Hais ils poursuivirent à outrance la doctrine druidique, sous le prétexte de ses sacrifices humains en usage cependant chez eux-mêmes, comme nous l'avons vu. Il est reman]uible que de loul temps le despotisme a eu horreur des religions spiritualistes et particulièrement de la religion chrétienne : il ne peut en être autrement, cette religion éunt la seule qui fasse connaître à l'homme sa dignité et lui ensfngnc que Tobéissance politique a ses bornes ; et, comme le dil Ozanam, que répée du prince, quelque formidable qu'elle soil, n'effacera jamais un seul commandement de Dieu.
(2; En 431, le concile de Ch^Jcédoine, en 75 s le capitnlaire de Vemes reconnaissaient le principe, que Tordre des divisions ecclésiastiques devait suivre celui des divisions civiles. (D'Ozouville.)
(H) Cossi^ (Gauciacum) est cité dans les actes des évéques du Mans, dans la vie de saint Aid rie (832-S57), et dans beaucoup de chartes du xi« siècle.
(4) Ptolémée (iÛO ans après Jésus-Chrisi; parle dos Arviens qui formaient le pays de Charnie (paguS Carniensis). Mais ^0(> ans plus tard, du lemps d'Uonorius, il n'en est plus question. La vie de saint Julien (iii« siècle) n'en parle même pas. C'est donc du n«au ni« siècle qu'ils furent incorporés aux Diablintes ou Bas-Manceaux. Leur capitale était Vagorilum, sur l'Erve, à quelques centaines de mètres à l'ouest de Saulges, bourg placé précisément sur l'ancien cimetière de Vagorilum ; les milliers de cercueils qu'on y découvre annoncent une populaiion riche et nombreuse ; remplacement de la cilè même est indiqué par un grand nombre de murs ayant servi aux fondations des maisons en bois des Gaulois, par des aiiias de poteries flues et rouges, des haches en pierre, des cachets, des styles, des médailles dont les plus récentes sont de Télricus, comme celles de Jublains, ce qui prouverait que la destruction de ces deux cités date de la même époque. Les Diablintes avaient pour capitale Adala, depuis Neodunum» aujourd'hui Jublains.
MU. Cauvin et Duchéne pensent que la cité des Arviens tut remplacée, sous le régime féodal, par la seigneurie de Laval, et celle des Diablintes par la seigneurie de Mayenne.
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Andegaves, nos frontières restèrent longtemps indécises. Cependant les points occupes par les Romains au Lion, à ChAtclais, h Craon, nous persuadent que ces localités dépendaient alors d'Angers, et rassujettissament du Lion à la baron nie de Craon, que nous constaterons dès le x* siècle, dut être une conséquence de cette ancienne dépendance civile. Mais il n'en put être de môme pour les évôchés dont retendue, ou du moins rinfluence religieuse était nécessairement dépendante du progrès de TEvangile; sans doute en 312 le christianisme était monté sur le trône avec Constantin, et ce prince, dès Tan 331, avait ordonné de renverser les idoles. En 409, Honorius avait renouvelé les mômes prescriptions, mais il est probable qu'elles furent peu connues et encore moins exécutées dans notre pays encore barbare, couvert de forêts et attaché au culte druidique. Au iv« siècle, Auxilius ou Defensor V^ (!), envoyé par Lidorius, métropolitain de Tours, vint fonder la première église angevine, près du Capîlole de Juliomagus (2). Apothemius, Fumerius, saint Prosper et saint
Ces deux territoires, concédés à la tin du v« siècle par Rigomcr, à deux de ses lieutenants, pendant son éphémère royauté, auraient ainsi conservé pendant douze siècles leur autonomie et leurs anciennes limites.
(1) D. Chamard, l)énédictin de Solesmes, dans un mémoire inséré au t. II de la Revue de VAnjou, cherche à jclér quelque jour sur la chronolog^ic un peu incertaine de nos premiers évéques d'Angers.
D*après les actes de saint Firmin, dit-il, recueillis en 1636 par du Bosquet, évoque de Montpeltier, et revus en 1670, dans le Vil*' volume des Bollandistes, saint Firmin, élève de saint Honustus, aurait passé la Loire dans la dernière moitié du ii« siècle et aurait été retenu quinze mois par l'évéque d* Angers Auxilius ou D^fen8ory car D. Chamard croit que ces deux noms appartiennent au mémo personnage, pour convertir une partie de notre province.
Ces actes, reconnus authentiques, sont attribués par les Bollandistes au v« siècle. Mais saint Honeslus était disciple de saint Saturnin, et ce dernier avait été ordonné par les disciples des apôtres.
Saint Saturnin a donc vécu avant le n« siècle, et fut, avec son disciple Honestus, Tapôtre de la Celtibérie, le disciple et le contemporatin des apôtres.
Saint Firmin, disciple d'Houeslus, du vivant môme de saint Saturnin, reporte donc réglise d'Angers, avec son évoque Auxilius, jusqu'aux temps apostoliques. Quant au nom de Defensor^ voyez ii Tan 510.
(i) Polybe appelle les Angevins Agaunes^ et leur capitale est nommée sur les médailles AndeCy Andecomho. Après la mort de Jules César, l'adulation fit prendre à cette ville le nom de Juliomagus. Cstte terminaison magus^ œmmune à plusieurs autres villes, a une signification incertaine. Elle paraît à M. Godard-Faultrier, synonyme de capitale. Selon l'abbé Voisin, Mag.en sémitique, signifie ville sur une rivière, tandis que selon l'éditeur du Grégoire de Tours de M. Guizot, elle signifie camp ou marché.
Après avoir secoué le joug romain, Angers reprit le nom de son peuple lAndegava
ÉPOQl'E GALLO-nOMAiNE. 79
Maurice, successeurs d'Auxilius, ne rencontrèrent de la part du pouvoir aucun obstacle à leurs travaux apostoliques, mais nous ne voyons pas que leurs prédications aient pénétré jusqu'à nous. Ce qui nous fait fortement soup(,*onner que Craon avait été déjà soustrait à la juridiction civile et spirituelle d'Angers, si (ant est qu'il y eût été soumis jusqu'alors, pour passer sous celle de Nantes, dont l'évéché, plus ancien, avait été fondé par saint Catien, prédécesseur de Lidorius sur le siège métropolitain de Tours, sous Tehipereur Dèce, en 281 (Crég. de Tours, liv. I). En effet, Maxime, général romain, nommé empereur en 383 par ses légions, pour s'attacher Conan-Mériadec (1), prince des Bretons insulaires, lui donna le pays nommé depuis la Petite-Bretagne avec la partie de l'Anjou que nous occupons, il est donc probable que la circonscription diocésaine do Nantes s'étendit en même temps sur le Craonnais, et que ce fut pendant cette première annexion à la Bretagne que nos populations furent converties au christianisme, vers le milieu du vi* siècle, comme nous le dirons bientôt.
Maxime continua de favoriser le catholicisme et de détruire les restes du culte druidique et du polythéisme. Néanmoins les derniers Bardes ne furent convertis au christianisme qu'un ou deux siècles plus tard.
Alors l'empire romain croulait de toutes parts. Sous Honorius (vers 410), les paysans d'une partie de la troisième Lyonnaise, toujours ennemis en secret du pouvoir romain et d'ailleurs écrasés par les impôts, se soulevèrent et s'unirent à l'Armorique ou Létavic (2). Aëtius, maître de la milice dans les Caules, lança sur eux Wallia et ses barbares Visigoths, semi-ariens, semi-païens. La rive gauche de la Loire fut soumise et donnée à Wallia par Honorius, en 412, mais depuis la Bretagne jusqu'à Rouen et à Paris, 22 cités armoricaines, au nombre desquelles était Angei's et Le Mans, conservèrent une demi-indépendance fédérative sous la direction de leurs évoques (3). Car, si depuis les premières années
urbt, ou AndegaviSt que le moyen âge écrivait souvent Andrcavis. [Réperloîre archéologique de r Anjou, 1863.)
(1) Mériadec^ en bas-brelon, signifie grand roi.
(3) Du mot breton L/dau, rivage, ou du grand nombre de Lèles qui rhabilaienl.
(3) « Les Barbares d'au delà du Rhin ravagèrent loul à leurgrô et jetèrent les Bre- « tons insulaires dans la nécessité de se détacher des Romains et de vivre à leur ma- « nière. . Tous les peuples de la frontière armoricaine imitôrenl les Bretons et se 0 délivrèrent de la même manière, ils chassèrent les magistrats romains et formèrent « un gouvernement à leur guise : celle révolte de la Bretagne et des peuples qui « étaient dans la Celtique arriva du temps de Constantin le Tyran.» (418-421.) Zozime, liv. \lj traduit sur le grec par D. Morice. Mézcrai, 1. 1«^ dit à peu près la même chose.
80 ÉPOQrE GALl.O ROMALNE.
du' V' siècle les cités armoricaines, déjà séparées de lltalie, reconnaissaient encore, nominalement, le pouvoir de Constanlinople, il est certain que la puissance réelle était exercée par nos prélats qui, héritiers naturels des nobles fonctions du Défenseur (Defensor), s'identifièrent si bien avec cette magistrature, créée au m* siècle pour la défense des faibles, que plusieurs d'entre eux ne sont connus dans Thistoire que par le nom de cette charge.
L'insurrection dont nous venons de parler fut appelée, comme plusieurs autres antérieures à celle-ci, Bayaude, du mot gaulois Bagad^ qui signifie réunion nombreuse, confédération.
En 447, ces cités armoricaines, après avoir aidé les Bretons insulaires à conserver leur indépendance, se virent sur le point d'être elles-mêmes envahies par le chef Alain Eocharich, dont Aëtius avait obtenu la triste coopération. Prises au dépourvu, elles envoyèrent au-devant des barbares saint Germain, cvéque d'Auxerre, qui, par son admirable ascendant, parvint à obtenir leur éloignement momentané (1).
200 ans plus tard, cette confédération armoricaine se réunit à Aëtius lui-même, pour battre Attila dans les plaines de Châlons (â). Le danger commun passé, elle reprit son indépendance, sans toutefois pouvoir s'affranchir entièrement du joug romain.
fl) Alanorum exercitum in Armoricos tune rebelles ab Aciio pra;reclo missum (S. Germanus) avocavil (Vie de S. Germain d'Auxetre, citée par l'abbè Desroches). Les Mains étaient adorateurs d'Odin.
(2) Fucrc in terra Romanis auxilio Burgundioncs, Alani, Franci, Saxones, Armoricani, Lililiani. (Paul Diacre, cité par l'abbé Deâroches.) Les Lètùs, de Tallemand Umte, homme do guerre, étaient des barbares prisonniers de guerre que les Romains attachaient à la glèbe en leur fournissant bétail et instruments aratoires, mais à cliarge de service militaire. D. Morice dit que les Léles de Bretagne se donnèrent un roi homme Conan; maisConan n'est point un nom propre, ce n'est qu'un litre. (De Courson, p. 2â0.)
Quel triste spectacle que celui de ces Romains obligés d'aller mendier chez les barbares la force ei la vigueur éteintes chez eux par la corruption, et n'ayant plus pour se défendre que la ressource d'opposer leurs envahisseurs les uns aux autres !