‹ Chroniques craonnaisesChapitre 37 sur 127 · L'ANJOU, APANAGE DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

L'ANJOU, APANAGE DE LA COURONNE

Fin de la deuxième Maison de Craon :

Amaury II; Maurice V; Maurice VI; âmaury III; Maurice VII;

Amaury IV fde 1250 à 1394).

Le noble comte d'Anjou Jehan, de los et de glojre convoiteux, ojant racompter les courses et ribleries que chacuns jours faisoient les Angloys et haynuycrs, fl^t amas de gens de guerre pour à ses ennemis résister et entre autres nobles allèrent ii son seeours les seigneurs de Craon.

(BOOHDIGNé.)

AMAURY II, seigneur de Graon, de Sablé, de Chaitocé et d'Ingrudes, séBéchal héréditaire d'Anjoi, laine et Toiraioe

(Selon Ménage.)

oici encore un seigneur mis au nombre des barons de 1280 Craon et qui probablement n'a jamais possédé ce titre. Comme aîné il eût dû posséder à la mort de son père, en 1250, la charge brillante de sénéchal d'Anjou, tandis qu'à cette date nous la voyons entre les mains de son frère cadet.

Selon nous, Amaury II ne posséda pas plus Craon et Sablé que la charge de sénéchal. Le Paige, art. Sàblé^ ne lui attribue aucun de ces titres, et un vidimm de Michel Villoiseau, évêque d'Angers, daté de 1241, déclare que Maurice, fils de Maurice (c'est-à-dire Maurice V), avait donné pour le salut de son âme et de celle de son frère aîné (Amaury II), aux moines de La Roë, le four de Pelletrée et le bois nécessaire pour le chauffer.

1250 Amaury II, mort en 1241, n'a donc pu hériter de son père qui ne mourut qu'en 1250. D'ailleurs il est extrômement probable que Amaury II, aîné de Maurice V, préféra comme Maurice III, son grand-oncle, frère aîné d' Amaury I", aller habiter Plocrmel et laisser Craon à son cadet.

Tout ce que Ton sait d'Amaury II, c'est qu il épousa Yolande de Dreux et qu'il n'en eut pas d'enfant.

Yolande avait reçu en dot quatre cents livres en terres et dix mille livres tournois en argent, et ses frères Robert et Jean de Dreux donnèrent pour caution de la dot le tiers de la forêt de Dreux (les bois de Crotais). Devenue veuve, elle se remaria à Jean de Trée, seigneur de Dammartin et de Mouchy, dont elle eut un fils et une fille. L'exécuteur testamentaire de son premier mari voulut élever sur les bois de Crotais des réclamations qui furent rejetées, en 1270, par un arrêt du parlement, rapporté par Duchesne.

Enfin, le traité de paix conclu entre saint Louis et Henri III, roi d'Angleterre, attribua définitivement h la France l'entière souveraineté de l'Anjou et des autres provinces qui avaient été confisquées sur Jeansans-Terre, sur ce triste et dernier héritier des brillants Ingelgériens. Notre province fut donnée en apanage, en 1246, au frère de saint Louis, Charles de Provence, qui devint la tige de la troisième maison d'Anjou. Ces apanages étaient préférables, sans doute, au partage de la monarchie, usité sous les deux premières races, mais ils n'en étaient pas moins une cause d'affaiblissement pour la France: car l'apanagiste, sauf son hommage au roi, était presque souverain, nommait à tous les emplois, percevait tous les revenus, et pouvait faire la guerre pour son propre compte. Cet état de choses ne cessa que sous Louis XI ; ce prince ne laissa aux apanagisles que des droits utiles et se réserva toutes les nominations aux emplois. (Voyez année 1472.)

L'anecdote suivante, donnée par Hiret, fera connaître nos mœurs à cette époque. Le duc d'Anjou passant un jour par notre pays pour aller mettre d'accord Geoffroi de Châteaubriant et le seigneur de La Guerche, parent de notre baron de Craon, au sujet de la terre de la Primaudière, les habitants de Garbay, village près Pouancé, vinrent le supplier de madérer les redevances auxquelles ils étaient assujettis et qui consistaient à tenir, en temps de guerre, douze hommes de garde au château d'Angers, et à fournir chaque année cent boisseaux d'avoine et douze poules. Touché de leur misère, le prince, paraît-il, d'humeur débonnaire et joviale, consentit à les décharger de toutes ces redevances, mais à condition que tous les ans, le lundi de Pâques, ils éliraient un roi, pour ce jour-là seulement.

AMAcnv it. 213

Par un incroyable oubli, notre auteur ne dit pas si cette élection était '12S0 confiée au vote inintelligent des intéressés aux charges et au bon ordre de la paroisse, ou bien au suffrage beaucoup, plus éclairé de tous ceux qui n'avaient aucun intérêt à la chose commune; il ne dit pas davantage si le vote était public ou secret; si à la majorité relative, si à la majorité absolue; eu un mot, il se tait sur une foule de questions dont la solution dut infailliblement causer, plus d'une fois, à Carbay, les plus graves difficultés. Dans l'impossibilité où nous sommes de combler cette lacune, disons seulement qu'aussitôt élu, le nouveau roi avait pour courtisans dévoués les jeunes gars du village qui, tout aussi fidèles que bien d'autres, mettaient leur honneur à ne pas le quitter, tant qu'ils espéraient bien boire avec lui. Sa couronne, du reste assez légère, était une écorce de saule reh aussée d'oreilles de lièvre ; son sceptre, un bâton blanc; son manteau, un simple tablier. Dans ce leste équipage ce malheureux produit deTélection allait, nouveau Curtius, pour le salut et à la vue de tout son peuple, se précipiter dans l'étang du village. Après cette ablution, peut-être nécessaire, mais peu agréable au mois d'avril, il allait, tout grelottant, se planter au milieu de l'église pour assister à la grand'messe et y savourer l'honneur de s'y entendre recommander au prône. Après cette dernière tribulalion venaient pourtant quelques plaisirs. Ainsi, après l'office, ce roi éphémère s'empressait de décréter quelques ordonnances, selon lui, de première urgence, telles, sans doute, qu'une diminution des jours de travail et, comme conséquence naturelle, une augmentation des salaires; peut-être même l'enivrement du pouvoir l'emportait-il jusqu'à vouloir imposer d'office, à quelque Madelon trop cruelle, des sentiments dont elle ne faisait que rire. Mais bientôt ses courtisans le forcent à s'occuper de devoirs plus sérieux : suivi de sa joyeuse suite, il se rend au presbytère ; là, le prieur lui a préparé sa vaste salle, un bon feu et sa grande poêle pour frire les œufs que chaque ménage a dû lui envoyer, sous peine de confiscation des poules. Quant au vin, chaque marié de l'année y a pourvu par le don de quatre deniers, à moins qu'il n'ait préféré sauter, lui aussi, dans l'étang. Enfin heureux le pauvre sire, quand de trop longues libations n'altéraient pas trop l'aplomb de sa majesté, ou quand le lendemain matin un brusque appel au travail n'interrompait pas trop tôt les rêves de la veille !

Ce bizarre assemblage d'idées religieuses et bouffonnes nous a paru assez bien peindre l'époque tout en donnant une idée des santés robustes d'alors qui pouvaient se faire un jeu de pareilles épreuves.

MAURICE V, seigrneur de Graon et de Sablé,

Séoéchal héréditaire d'Aojon, Haine et Tonraine.

•+8iFiF- Maurice V, frcre puîné d'Amaury II, et chevalier de Thôtel de Sainl-

' ^ S ô Louis, se trouvait probablement en Palestine au moment de la mort de

son père; car, en 1230, nous voyons sa femme Isabelle prendre le titre de

sénéchale; en celle qualité écrire à la reine Blanche, régente du royaume,

au sujet des châteaux de Sablé, deChantocé, de la Roche-aux-M[oines et

KofA^u^iVyA^ de Dixaide (aujourd'hui thâteauneuf-sur-Loir^). Isabelle, à la recomman-

• dation de la régente, avait confié ces places aux sires de La Ferté et

d'Anthenaise; elle promettait à la reine, dans ces lettres, de les rendre

au roi ou au comte d'Anjou, et donnait pour caution Jacques deChâteau-

Gontier, Gérard de Sacy et Aimery de LaChevrière, chevaliers (1).

En 1260, la même Isabelle, par Tentremise de Béatrix, femme de Jean, duc de Bretagne, réclama à Henri III, roi d'Angleterre, une dette qu'il avait contractée envers elle, attendu que cet argent lui était nécessaire pour le mariage d'une de* ses filles. (Rymer, Fœdera, cité par M.Lefizelier.)

Nous voyons encore Isabelle en 126S s'engager envers son neveu, Hugues XII, comte de la Marche et d'Angoulême, seigneur de Fougères, à ne point faire hommage au comte de Poitiers ni à aucun autre, des biens qu'elle avait reçus en mariage de son père, dans la châlellenie de Lusignan. (Ménage, p. 220.)

Maurice donna, en 1271, à Pierre de La Brosse, seigneur de Langeais, le droit de marc (2) dans cette seigneurie. En 1214, il vendit au Roi l'ancien château de Dixaide, depuis Rochefort,- pour treize mille cinq cents livres; enfin, en 1277, il reçut de Philippe le Hardi le droit de pavage (3) de Châteauneuf: plus tard nous verrons les habitants de ce bourg traiter de leurs tailles avec son successeur.

En sa qualité de sénéchal d'Anjou et de ïouraine, Maurice voulut, en 1266, avoir le tiers des amendes payées au roi par les Lombards, c'est-àdire par les usuriers, lorsqu'elles excédaient soixante sous (4). Par

(1) Bodin, Anjou, l" vol., p. 457.

(^) Le droit de marc ou merché était celui de marquer les boisseaux et autres mesures à blé et à vin. (Voy. la pancarte des droits de prévoie de Graon, à Tart. Finances.)

(3) Impôt perçu pour fentretien du pavage ot des chaussées. Quelques-uns au lieu de pavagium lisent pasnagium, {Archives nationales,]^ 179, n" 6.)

(4) «Inlendit probarc quod paler suus tcmporc quodccessit erat in possessione... et

MArRICE VI. 215

arrêt du 6 janvier 1277, le parlement décida que les droits du sénéchal ne s'étendaient qu'aux amendes prononcées dans les assises ou plaids des deux provinces.

Maurice avait épousé Isabelle de la Marche, veuve de Geoffroi de Rançon (1), fille de Hugues X de Lesignan (ou Lusignan) et dlsabelle, veuve deJean-sans-Terre et héritière de Taillefer d'Angoulême. (Voir renvoi F.)

De ce mariage sortirent deux enfants :

1* Maurice VI, successeur de son père à la baronnie de Craon ;

2" Jeanne, qui épousa, dit-on, Girard Chabot.

Suivant Ménage, Maurice V mourut en 1282, mais nous pensons que sa mort doit plutôt être fixée à 1277, puisque nous verrons bientôt que cette même année son fils était seigneur de Craon et de Sablé, sénéchal d'Anjou, etc. Selon le même auteur, sa femme Isabelle mourut le 4 janvier 1299. (Ménage, p. 249.)

Le Paige, art. Sablé, prétend qu'Isabelle de la Marche, épouse de Maurice V, était veuve de Jean-sans-Terre. Il a confondu évidemment la mère avec la fille.

MAURICE VI, seigneur de Craon, àè Sablé, Briolé,Chaiitocé, La8azeetlBgraBdes;SéBéGliald'Aijoii, dnHalBeetdeTonraine.

Quelques mois après la mort de son père, Maurice VI se maria à Mahaut ou Mathilde de Malines, comme il parait par l'extrait suivant d'une assignation de douaire : « A toz cels qui verrunt ou orrunt cesles présentes lettres, Morice, segnor de Creon et de Sablé, seneschal d'Anjou, de Mayne et de Tourayne, saluz en N. S. Sachent toz que nos assignon e'^elablisson à Mahaut noire femme, etc. (2). Ce fut donné au Wicent (3), le vendredi prochain devant la Nativité de saint Jehan-Baptiste (18 juin) an de grâce mil e deuz cenz et seyssante et dis è sept^ ou meys de juyn. » (Arch, de France^ layette J, 179, n* 5.)

de quibus dessaisitUs fuerat per Ballivos régis posl mortcm patris sui dum essct mine-

ris aelatisJ » (Coll. des olim. Enquêtes, cité par Ménap^e, p. âi9.) (1) Et non Mahaul de Malines, comme le dit Tabbé Duchesne. {Craon et ses barons.) (i) Maurice assigna en douaire à sa femme le château de Sablé et ses dépendances,

Précigné et irois cents livres de renie; le tout formant environ le tiers de ses domaines

ou mille livres de rente. (Ménage, p. 240.) (3) Port entre Calais et Boulof^ne. alors très-fréquenté pour passer de France eu

Angleterre. (Du Cange et Henschel, t. VII, ?• partie, p. i 13.)

âl6 FIN DE LA DEUXIÈME MAlSOiN DE CIIAON.

1284 Maurice VI conserva toujours des relations de parenté et d'amitié avec le roi d' Angleterre : en 1280, ce prince le chargea de traiter de la paix avec le roi de France, et peu après lui fit présent de deux gerfauts (faucons de Noi^wége).

Deux ans après nous voyons Maurice s'excuser auprès d'Edouard de

n'avoir pu aller l'aider dans ses guerres, parce que le roi de France avait

^/4fl^^ interdit l'exportation des chevaux. [Lettres des rois ^ q,q\\. ChampoUion.)

En 1282, Nicolas Gellent, évéque d'Angers, voulant remédier à plusieurs abus résultant du trop grand nombre d'appariteurs (sergents) et du défaut de fixité dans la justice ecclésiastique, assisté de plusieurs archidiacres, archiprêtres et doyens, notamment de celui de Craon, nommé Guillaume, fixa dans ses archidiaconés le siège de la justice et le nombre des appariteurs. Ainsi, le doyen de Craon dut tenir ses audiences dans deux résid.ences seulement, Craon et Segré, et n'avoir que deux appariteurs.

Les mêmes dispositions, à peu près, avaient été prises par l'archevêque

. Cassardi. (Voy. ann. 1236.) Guillaume, doyen de Craon, était curé de

Saint-Quentin, parce que Craon ayant pour curés primitifs les bénédictins

de Saint-Clément, qui ne pouvaient s'occuper du ministère pastoral, ne

possédait que des vicaires perpétuels.

Hiret dit que notre doyen choisit Segré pour siège de sa justice.

L'évêque Gellent ordonna aussi que nul, dorénavant, ne pourrait être assigné que par écrit, à moins qu'il ne demeurât dans la paroisse. (Hiret, p. 373.) Donc auparavant les assignations pouvaient être verbales.

En 1284, Maurice abandonne les tailles de Châteauneuf et de Seronne, moyennant une rente annuelle de soixante livres : « Sachent tuit que noz « avons abuté e relachié à noz borjoys et a noz hommes mansioniers den «laviledou château nof sur Sarte eou bore N. D. de Selonnes... la tt taille esmage (1) la quelle noz e noz devantiers avion accoustumé a « prendre a lever e avoir des diz hommes chescun an... por sexante livres « de monaye corant, etc. » [Revue (TAnjou^ 1861.) On voit ici que le

(l) Probablement la taiUe réelle (voy. Finances^ art. Impôts), payée en raison de reslimatlon du revenu. — De Esmer^ vieux français : estimer.

Il semble par ce passage qu'on entendait alors par ville les habitations autour da château, et par ^our</ les agglomérations formées autour des églises, souvent éloignées du châleau-fort : de là les expressions : Ad burgum faciendum. (Voy. renvoi A*.) Ces bourgs pouvaient être entourés de fossés ou de palissades, mais non de murs. Les barons seuls pouvaient avoir ville close, c'est-à-dire entourée de murs et renfermant une population séparée de celle du château. Le nom de faubourg vient de fors bourg, burgus foris. Le nom de cité, donné à un quartier de ville, indique un établissement au moins contemporain des Romains.

nom de Châteatmeuf, donné à la forteresse, n'avait pas encore passé au 1289 bourg. Cette terre avait été donnée par Philippe-Auguste à Guillaume des Roches. Elle passa à Jeanne, sa fille aînée, qui la porta en dot h Amaury I•^ (Arch, (TAnjov, I vol., p. 51.)

En 1286, un duel eut lieu en Touraine entre un écuyer, nommé Guenant, • et un autre .écuyer, Guillaume de la Selle. Philippe le Hardi voulut bien leur faire remise de l'amende qu'ils avaient encourue, mais notre Maurice, comme sénéchal de Touraine, réclama son droit au tiers de l'amende, ce qui lui fut accordé. (Ménage, p. 377.)

Charles II, dit le Boiteux, comte d'Anjou et roi de Sicile, avait été prisonnier d'Alphonse, roi d'Aragon. Devenu libre, il battit à son tour le roi d'AYagon. La chronique ne dit pas si dans celte guerre le comte d'Anjou fut aidé par notre Maurice : ce qui ferait croire l'affirmative, c'est qu'en 1288 le suzerain et le vassal empruntèrent d'assez fortes sommes à l'abbaye de Saint-Florent. L'emprunt de Maurice fut de deux cents livres.

Celle même année, le comte d'Anjou céda au baron de Craon le péage de la Loire à Chantocé pour trois cent quatre-vingts livres de monnaie courante. (Ménage, p. 345.)

r On se rappelle la cession de Ploermel, faite par Amaury I" au duc de Bretagne : Maurice VI voulut élever quelques contestations. Le nouveau duc, Jean II, lui représenta l'acte signé par son aïeul, et, pour éviter à l'avenir toute répétition de ce genre, lui fit signer, à lui-mfime, en 1289, un nouveau désistement.

En 1289, Maurice fut chargé par le roi d'A'nglet erre d'amener à un arrangement la France et la Caslille. (2|p3* et ifi^ LeiL des rois de Fr., coll. Champollion.)7' i^^, iU .

L'année suivante, Edouard lui écrivait : a Rex dilecto et fideli clonsan- « guineo suo Mauricio de Credonio lenente locum suum in ducatu » (la Guienne).T.3/2

C'est aussi en 1289 que Charles II, comte d'Anjou, chargea Maurice, son sénéchal, de chasser de ses États les Juifs, les Lombards, les Caoursins et autres usuriers semblables. Il lui accorda pour cette triste exécution trois sols à prendre : à quolibet foro (par feu), et six deniers par domestique à gages: à quolibet serviente mercede lucrante, (Ménage, p. 411.) Jusqu'ici nos barons s'étaient fait inhumer dans l'église de La Ror, qui était leur fondation : nous ignorons par quels motifs Maurice, voulant changer cet usage, fit ajouter à l'église des Cordeliers d'Angers (1) la

(t; Colle rjflise, dédiée à saint Sébastien, avait appartenu aux Templiers, puis aux

1290 chapelle de saint Jean-Baptiste, dite depuis de Craon, avec de vastes caveaux destinés à la sépulture de sa famille. Il fit à cette occasion de grandes libéralités aux Cordeliers, ce qui le fit nommer par Robert, dans la Gaule chrétienne, le grand bienfaiteur de cet ordre. , Comme ses prédécesseurs, Maurice VI sut se rendre digne de la confiance de son roi : il fut chargé, en 1290, d'une ambassade à Londres.

Pendant son absence mourut, le 29 janvier 1290, Nicolas Gellent, évêque d'Angers, qui fut assisté à ses derniers moments par Mathieu ' Picquot, chanoine de Saint-Maurice et doyen de Craon.

Le fils de Maurice, le jeune Amaury, à peine ûgé de onze ans, ne manqua pas d'assister, avec Isabelle sa mère, aux funérailles du Prélat: il avait pout'gouverneurun ancien chevalier, Macé Quatrebarbes, seigneur de La Rongère (1).

Après avoir rendu les derniers devoirs à leur évêque, les chanoines dépulèrentlescolastique, notre doyen, Mathieu Picquot, vers l'archevêque de Tours et vers le roi pour en obtenir l'autorisation de nommer un nouvel évoque; car depuis le xin* siècle les chapitres des cathédrales étaient en possession de faire ces élections qui auparavant se faisaient par le peuple, et causaient souvent de grands scandales (2). Trois cents ans

Cordeliers, vers 1280. II se pourrait que le souvenir do son aïeul, Robert de Craon, deuxième grand maître des Templiers, entra pour quelque chose dans le choix de celte église. Les seigneurs de Craon et de Beauveau ont grandemeut embelli ce monastère dont ils sont réputés fondateurs. (Barth. Roger.) Les Templiers d^Angersonl eu dans le Craonnais plusieurs propriétés, entre autres lacommanderie de Ballots.

(i) Et non de La Membrolc, comme Tonl avancé quelques auteurs. (Voir Ménage, p. 322.)

(2) Le droit d'élection des évoques par le peuple était devenu tellement scandaleux, que ce niéme Guillaume le Maire, dans un traité qui lui est attribué, s'en plaint en ces termes : « Les mauvais sujets sont en telle majorité qu*à peine pour élire un évêque « trouve-ton quelquHm de convenable et encore ne peut-il nécessairement obtenir la « majorité, car les électeurs choisissent toujours qui leur ressemble, »

On voit que le bon évêque n'était pas de notre siècle et ne goûtait pas complètement les avantages du suffrage universel direct. Pocquetde Livonnièrecite un fait analogue : « Jusqu'en 1680, les prêtres habitués et vicaires de la paroisse Saint-Michel-du-Tenre « d'Angers avaient été nommés par les paroissiens réunis dans Téglise. Les cabales s*en « étaient mêlées et les gens honnêtes et paisibles accablés par la foule se reliraient, c'est a leur habitude. — La populace décidait tout. Un maréchal, surnommé Carpeotras, a s'était acquis par ses brigues et par ses caresses un tel crédit, que lui seul décidait « tout. — Kn arrivant dans Téglise, il criait au notaire qui faisait fonction de greffier : a Ecrivez Carpenlras, et trois cents de sa suite ! — On juge si c'était la piété et la doca trinequi guidaient son choix. L'affaire alla au Parlement, et sur les conclusions de « Tavocat général Talon, il fut arrêté qu'après avoir obtenu l'approbation du curé ou de

plus tard les chapitres furent accusés à leur tour d'élire les pasteurs par 1290 faveur et par simonie ; le concordai de 1517, entre Léon X et François I", arrêta que les évoques seraient dorénavant nommés parle roi. (LoisecclésiastiqueSy par d'Héricourt, p. 2S.)

Le chapitre élut Guillaume le Maire. Le nouvel élu, pour aller prêter serment au roi, partit avec vingt-cinq chevaux et quatre cent quatrevingts livres d'argent (environ 8,6 10 fr.), mit six jours à faire les soixantesept lieues d'Angers à Paris, échappa comme il put aux griffes des chambellans qui voulaient lui extorquer vingl-cinq livres pour leurs prétendus droits et revint presque sans argent dans sa ville épiscopale où bientôt eut lieu l'imposante cérémonie de 'sa consécration.

Dans cette circonstance solennelle, l'évêque, revêtu de ses ornements pontificaux, la tête enveloppée de bandelettes {jpropter unctionem cucu" fati quâdam magnâ cucufâ, dit Guillaume le Maire lui-même), la mitre par-dessus, et assis dans un fauteuil recouvert de tapis de soie, devait être porté par quatre barons dépendant de l'évôché. Craon, à cause de la terre de Briolay, avait le coin droit en avant (1) ; Hugues de Baucey, seigneur de Brou, marchait derrière. Le chevalier Guidon de Chemillé tenait le coin gauche en avant, et derrière lui était Jean de Belmont ou Beaumont, seigneur de Gratte-Cuisse (2), en Chemeré, depuis Beaumont.

Or le jeune Amaury, sans doute à l'instigation de son gouverneur, et hissé sur le bras de l'un de ses hommes d'armes, voulut à toute force, et malgré la plus vive opposition de l'évêque, remplir son office ; de sorte qu'au milieu de ce cortège s'avançant majestueusement de la porte de ' l'abbaye de Saint-Aubin (aujourd'hui la préfecture) à la cathédrale, on voyait sous celte main qui distribuait avec bonheur les prémices de ses bénédictions, l'espiègle Amaury donner au bon évoque de cruelles impatiences ; mais le prélat n'était pas au bout de ses tribulations. Arrivé à l'église, le trésorier, selon l'usage, s'empara des tapis de soie qui formaient le palanquin. Après le dîner, le seigneur de Gratte-f Puisse qui, par les obligations de son fief, avait donné à laver à l'évêque, s'empara

o l'évoque, les candidats seraient élus par une assemblée composée du curé, des fabriu eîens en charge,, de ceux qui Tavaienl été déjà, des officiers des diverses juridictions, (c du pins ancien notaire faisant fonction de secrétaire et de douze notables choisis par n le curé : si Tun des notables venait k manquer, son remplaçant était nommé par « les autres électeurs. »

(1) Voyez le renvoi 1, note sur les préséances.

(2) Les vieux auteurs écrivent gratte quesse, comme ils le prononçaient et comme le prononcent encore les gens de la campagne ; ce qui prouve que Chez ces derniers le 4ans:nge s'esl conservé tel qu'il était alors.

1290 de Taiguière et du bassin d'argent (1). Guy de Ghemillé, qui devait remplir Toffice de panetier, emporta toutes les touailles ou nappes ; le baron de Brou, qui avait fait celui de maître d'hôtel, s'empara des pots et marmites, et eût sans doute emporté toute la vaisselle, si Tévêque n'était accouru pour s'y opposer et forcer le baron à se contenter de quatre écuelles d'argent.

On pense bien que, dans cette curée générale, le malin Amaury ne s'oublia pas: il avait fait l'échanson malgré Tévèque, malgré lui encore il s'empara de sa belle coupe de vermeil. Si l'on demande comment il pouvait se faire qu'un puissant évêque n'ait pu mettre un enfant de onze ans à la raison, la chronique répond qu'Amaury s'était si bien fait accompagner, que le bailli d'Anjou n'osa pas prêter main forteà l'évèque. Le prélat ne fut pas soutenu davantage par le sire de Montjean (2), qui pourtant à cause de sa terre de Bnançon aurait dû, ce jour-là, maintenir la police et qui n'en prit pas moins, selon Tusage, le palefroi sur lequel l'évoque était venu de sa campagne à Saint-Aubin. Tous ces droits et vieux usages, également observés à l'intronisation des évoques du Mans, de Rouen, de Rennes et d'ailleurs, sentaient encore beaucoup, il faut en convenir, l'enfance de la civilisation et les mœurs tant soit peu rapaces de nos vieux Francs (3). Le xv'siècle les vit enfin disparaître.

Guillaume le Maire fut un de nos plus illustres évoques et un rigide réformateur de la discipline ecclésiastique, déjà fort relâchée de son temps . Suivant un mémoire qui lui est attribué, les chanoines se promenaient dans l'église ou riaient aux éclats pendant que les autres chantaient l'office. Les moines couraient les foires et les marchés ou vivaient scandaleusement. Les prêtres allaient à cinq ou six lieues aux funérailles des riches, sans ôtre invités (sicut corvi de longe cadavera sentientes)^ pour recevoir quatorze deniers, etc. Son administration ferme et vigilante réforma la plupart de ces abus. On lui attribue un mémoire dans lequel , il se prononça, sans hésiter, pour la suppression des Templiers et pour la réformation de l'Église dans le cAe/* aussi bien que dans les membres.

A son retour d'ambassade, Maurice tomba gravement malade à Paris et, par son testament du 1*' février 1292, ordonna qu'Amaury et ses trois filles demeureraient sous la tutelle de Mahaut de Malines, son épouse;

(t) Le toul pesant 4 marcs ou 079 grammes. Il en reçut en outre les essuie-mains, i livres 4 sols 4 deniers et rhébergement, c'esl-à-dire la nourriture, le logement, etc., pour lui et sa suite.

(2) Village sur la rive gauche de la Loire.

(3) Tacite a dit '/Galios pro libertate, Germanos ad prœdam instigantes. {Uist.^ lib. IV.)

I assigna à celle-ci pour la pourvoyance de son ost (maison) et de celui de 1292 ses enfants : le château de Sablé, Précigné, et trois cents livres de rente sur Châleauneuf, le tout évalué mille livres de rente (1) à percevoir pendant la tutelle, et sans préjudice de son douaire particulier. Il ordonna, en outre, que si sa veuve mourait ou sortait du pays avant l'expiration de la tutelle, elle serait remplacée par Isabelle de la Marche, mère du testateur. Guy VIII de Laval, Henri d'Avaugour, seigneur de Mayenne, Jean, comte de Vendôme, Odet de Lusignan, seigneur de Verneuil, et Monsour Macé Quatrebarbes, chevalier, furent nommés gardiens de la tutelle.

C'est le même Macé ou Mathieu Quatrebarbes, que nous venons de voir gouverneur d'Amaury au sacre de Guillaume le Maire, qui, en 1296, acheta pour douze mille livres la terre de La Rongère, de Hardoin de Fougères. Du chef de sa femme, Jehanne, de Brochesac ou Brissac, ce seigneur possédait La Chapelle-Craonnaise et Mée où il fut enterré avec sa femme (2).

Maurice mourut à Paris, le 11 février 1292, et son corps, apporté à Angers, fut inhumé selon son désir dans la chapelle qu'il avait fait construire aux Cordeliers. Guillaume le Maire célébra ses obsèques. Sept ans plus lard, la mère de Maurice fut enterrée dans le môme caveau en habit de religieuse de Sainte-Claire. (Ménage, p. 240.)

Nous avons vu que Maurice avait laissé quatre enfants : 1** Amaury, qui hérita de la baronnic; 2® Marie, dame de Châtelais, qui épousa Robert de Beaumont, seigneur de La Guerche, de Pouancé, deMarligné- Ferchaud, etc., et qui mourut en 1321, selon le nécrologe des Cordeliers d'Angers (3), laissant un fils, Jean II, vicomte de Beaumont, qui donna son nom à Gratte-Cuisse (4); 3'' Isabelle, épouse d'Olivier de

fl

(!) A celte époque, la livre d'argent, monnaie de compte ou nominale, valait 18 fr. {EncycL, art. Livre,)

(3) On lisait sur leur tombeau : « Ci-gît Monsour Macé Quatrebarbes, jadis chevalier. Priez Dieu pour sa pauvre âme. Amen. »

Ci-gît madame Jehanne de Brochesac, épouse de Monsour Macé Quatrebarbes, jadis chevalier; priez Dieu pour sa pauvre ûme. Amen. (Ménage, Hist. de Sablé et Généalogie de Quatrebarbes.) il est à remarquer que les Quatrebarbes, comme beaucoup d'autres familles dont le nom ne venait pas d'un fief, tels que les Charbonnier, les Pierre, les Falloux, les Bcrset, les Bailly, etc., n'ont mis un DE devant leur nom qu'au xvine siècle ; mais alors cet usage fut général et, quoi qu'on en ait dit, passa complètement en droit.

(3) Voir son testament. (Renvoi F«.) Beaumont est une; terre entre Le Mans e Alençon.

( I) Essai sur La Flèche, par Burbure.

1393 Clisson, cousin du connétable ; leur fils, Amaury de Glisson, épousa Isabcau de Ramefort et de Morliercrolle; 4" Jeanne, qui ne se maria pas et mourut en 1314.

AMAIJRT m, seigrneur de Graon et de Sablé.

Charles de Valois, second fils de Philippe le Hardi, devenu comte d'Anjou par son mariage avec Marguerite, fille de Charles II, le Boiteux, roi de Naples et de Sicile, laquelle lui apporta en dot l'Anjou et le Maine, prit le nom de Charles III. C'est en sa faveur que Philippe le Bel, son frère, érigea l'Anjou en comté-pairie en septembre 1297 (1).

Voulant plus tard marier sa fille ainée Isabeau, il demanda à ses vassaux les aides dues, en pareil cas, selon les lois féodales. Les barons crurent sans douté que ces subsides, bons pour eux-mêmes, étaient au-dessous de la dignité d'un prince du sang, et voulurent les lui refuser. Mais ils furent condamnés à subir la loi commune. Au nombre des récalcitrants étaient les seigneurs de Vendôme, de Lassay, de Laval, de Sillé, de Mayenne et de Craon. Ce procès eut lieu en 1301 et 1303 (8).

Dans le rôle des seigneurs comparus au ban et arrière-ban convoqués en 1304 pour la guerre de Flandre, figurent les seigneurs de Craon, de Montjean, de Laval, de Vendôme, de Beaumont, de Chaources, etc. (Mazas, Vie de Gaucher de Ckâtillon,)

C'est vers celle époque que, grâce à Guy IX, seigneur de Laval, quelques maîtres ouvriers vinrent de Bruges en 1298, et développèrent l'industrie linière, à Laval et dans le Craonnais. (Voyez la chron. des possesseurs de Craon.)

Yolande de Dreux, seconde femme d'Arthur II de Bretagne (3), afin de poui*voir à l'avenir de ses enfiints, assembla, en iSlO, un conseil de parents (comanguineofiim Ducis], du nombre desquels fut notre Amaury. Ce conseil assura aux enfants de la duchesse huit mille livres de rente. (Lobineau et D. Morice, p. 229.)

En 1310, Malhurin de La Vigne, chevalier (4), s'avisa de défendre aux

(1) UArl de vérifier les dates fixe réreclion de TAnjou en comté-pairie, en Tannée 1209; mais la charte môme de celle érection, donnée par M. Marchegay, est

de tâ97.

(2) Archives d: Anjou, l. II, p. 188. Ce procès se trouve aux il rc/i. naiton., carton K 2U,nM7.

(3) Père du célèbre Jean de Monlfort.

(4) Ce litre prouve qu'alors ia noblesse ne croyail pas déroger en occupant

sujets de la baronnie d'avoir recours ?l\x\ tribunaux ecclésiastiques. 1302 Excommunié pour ce fait, il fut obligé d'aller à Angers avec Amaury signer la révocation de ses défenses. (Voy. renvoi G.)

En 1312, Amaury fut du nombre des exécuteurs testamentaires du duc Arthur de Bretagne.

131S, grande famine en Anjou.

On sait que l'ancienne noblesse s'était réservé exclusivement le droit de chasse sur ses fiefs, et combien elle était jalouse de ce droit. Il ne pouvait en être autrement : ces anciens hommes d'armes, toujours chevauchant, toujours guerroyant, ne parlaient, ne s'occupaient que de guerre. Pour eux la chasse en était encore l'image ; ils y trouvaient, lorsqu'ils étaient forcés à la paix, plus qu'une occupation, un exercice nécessaire pour entretenir leur vigueur et leur adresse. Aussi, jusque dans le xvi* siècle, la pêche, la chasse aux oiseaux et même toute chasse avec retz et toilles^ étaient regardées comme occupations plutôt serviles que libérales et plutôt à l'usage des couards et fêtards qu'à celui de gens de fait qui aiment la chasse plus pour acquérir alacrité et vigueur de corps, que pour le contentement de la gueule (1).

Ce monopole* de la chasse eut pour résultat d'accrottre démesurément le gibier et le malaise de l'agriculture : pour elle, la guerre ne cessait que pour faire place à un autre fléau. De justes plaintes s'élevèrent et nous avons des chartes qui prouvent que notre baron s'empressa d'y faire droit (2).

M. Marchegay a publié, dans le deuxième volume des Archives d'Anjou^ huit quittances données à Amaury par trente-sept propriétaires du Bourgnouveau, près Sablé, pour dommages de chasse : « Sachent touz presenz

les places de magistrature dans les baronnies. (Voyez la liste des sénéchaux, art. Justice.)

(1) Maison ru^/t^tied'Eslienne Licbault, to7i.

(i) Il pouvait, d'ailleurs, y être contraint par la coutume; les art. 33 et 36 portent que les seigneurs ne pouvaient être empêchés de chasser sur les terres de leurs sjujets, mais toutefois en les dédormnageanl des dégâts commis par les chasseurs et par le gibier.

Ceux qui avaient droit d'avoir p/es^e (ou baie double, ûeplecti^re, entrelacer) et garenne à connils, c'est-à-dire ceux qui possédaient une terre hommagée, ne pouvaient établir leur garenne qu*à deux cent soixante-six toises deux tiers (319 met.) du voisin (art. 3:â delà Coût, d'Anjou),

Suivant Tordonnance de 13Si, la chasse était permise aux bourgeois qui possédaient fief ou seigneurie.

Les délits de chasse commis par les paysans étaient punis au xv« siècle par une amende de sept à vingt Trancs. Les bourgeois payaient le double. {BufL hisl. de l'Anjou.)

1302 « et avenir que en notre court de Bourc nouveau, par devant nous en droit « personelement establiz les persones ci-desouz contenues... recognu- « rent e confessèrent que ilz ont receu de Almauri seigneur de Craon « et de Sablé chevalier, c'est à savoir : Raoul Batlavoine c sa famé « quinze sols, etc. » Suit le détail des différentes sommes remboursées montant ensemble J^ 143 livres 8 sols, lesquelles , à raison de dix-huit livres Tune, valeur du temps (Charton), avaient une valeur intrinsèque de 2,631 fr. et, selon M. Marchegay, une valeur relative à celle d'aujourd'hui de 4,821 fr. : « adjugiez par raison de quittance « de tous les domages que les dites parties avoient euz ou pooient « avoir par raison dou repaire des bestes sauvages au dit seignour (1) a repairanz et pasturanz en loure héritages, etc. Ce fut donné le « mercredi emprès le Jubilale, Fan de grâce mil trois cenz et quinz « (16 avril 1315). »

Une autre pièce, donnée par Ménage, nous montre Amaury concédant aux habitants de Sablé, moyennant une rente de cinq cents livres (9,400 fr., valeur intrinsèque), le droit de chasser les lièvres, connils et goupils (lapins et renards) qui dévastaient leurs terres : Comme

(I) Ces derniers mots prouvent «qu'alors le gibier était réputé propriété du seigneur.

Quand le droit de chasse élait concédé k une abbaye, celle-ci avait ordinairement la faculté d'avoir un garde portant arc etséèles (flèches}; mais il ne pouvait aller ainsi armé sur les terres du seigneur dominant.

Si les chiens sortaient des limites de la chasse concédée, leur maître devait les rompre, cl si par malice il les laissait chasser sur les terres du seigneur, il payait l'amende. Ordinairement dans les concessions de droit de chasse, le seigneur se réservait les oyseaus gentils^ c'est-à-dire ilegerfault, le faucon (falco Islandicus) et les autres oiseaux que Ton pouvait dresser pour la chasse au vol; était aussi réservé le héron dont la chair^ quoique excrémenteme et plus dure que nulle autre, était réputée viande royale, [Maison rustique de 1574, par Liebaull.)

' L"autouf\ d'où est venu le nom d'autoursier, donné à ceux qui avaient soin de ces oiseaux, était une espèce de tiercelet dressé pour la chasse h la perdrix, tandis que le faucon était de haut vot ou de leurre. Notre pays possédait dans les seigneurs de Morliercrolle les plus illustres amateurs de lâchasse au vol : ils faisaient venir des gerfauts dcNorwége et de Russie; des vautours de Perse, des faucons de Candie et d'Espagne. Ils payaient ces derniers jusqu'à trois cents écus la pièce. Alain VllI de Rohan reçut d'Olivier de Clisson, son beau-père, vers 1 100, une espôca d'aigle que l'on croil l'aigle fauve, avec lequel il chassait loie sauvage et le cygne, chasse exquise scion Belon, et, selon Rabelais, gibier eslimé parmi les plus excellents {Bull, hist, de Soland, 1862), Nous verrons plus tard que Pierre de Craon avait aussi des auloursiers. — Le hobereau {falco subbuteo) est un des plus petits oiseaux de leurre, il ne prend que des alouettes et des cailles. On donnait son nom, ditValmont de Bomare, au gentilhomme à lièvre qui chasse sur ses voisins sans en être prié.

AMAURÏ 111. 2âo

tt nos bourgeis de Sablé fussent par plusours fois complaignans de 1317 « nos garennes... qui estoient si forment efTorciées et de connils naoutea pliées que ils disoieni tous leurs heritaiges estre perdus et détruits... « Nous, eue sur ce plenere délibération, considérant que nos dits bour- « geois debvions garder et lour dommaiges a noslre poeir eschevir avons t octroyé, etc. Mais ilz ne peurronl tesurer ne mettre fille (tendre « des filets) mais chacier, porter arc, irere et chiens mener. Et ne pour- « ront chacief que ceux qui orront héritages dans les limites assi. (' gnées, etc. Ce fut donné en notre ville de Sablé au mays de juignel le « lundi prochain emprès la Saint-Martin d'esté Tan de grâce 1326 et « scellé en queue double de cire vert (1). » (Voyez une autre concession de chasse par Guillaume des Roches, renvoi P^)

Cinq ans auparavant, le comte d'Anjou, Charles de Valois, avait aussi donné aux. habitants d'Angers la permission de chasser en payant une redevance de seize deniers par arpent de vigne (cent cordes de vingtcinq pieds ou soixante-cinq ares quatre-vingt-quinze centiares), et un sou par arpent de pré non noyable.

Mais revenons à Âmaury. Guillaume le Maire, qui peut-être n'avait pas été fâché de punir les espiègleries d'Âmaury, enfant, en lui donnant un soufflet sur la joue de son sénéchal, fut obligé à son tour d'avoir affaire au baron, car Louis X étant mort, l'évoque fut obligé de renouveler son serment à Philippe V, et Amaury fut charge de le recevoir. La cérémonie eut lieu dans la chapelle de la Ville-l'Ëvêque, maison de plaisance des évoques d'Angers, le 19 avril 1317 (2.)

Amaury lui-même prêta serment au comte d'Anjou, le 8 octobre 1317. Il rendit foi et hommage au même prince au mois d'avril 1318 pour ses fils mineurs Amaury et Pierre, à cause des terres d'Ingrandes et de

(1) Les sceaux en cire verte étaient affectés aux concessions perpétuelles, ceux en cire blanche aux concessions temporaires.

(â) « ... Sachez qu*en uouslre présence personnellement. établi, révérend père en Dieu Guillaume dit le Maire, par la permission divine, evesque de Angers, en la chapelle, dou dit révérend père de Villeleveque en le an de grâce 1317 le 19 jour d'avril fist ou dict, noustre sire le roi de France absanl e a nous en nom de li, serment de loyauté en la manière qui seuseit. C'est à savoir l'estoUe lu mise au coul en manière de croix et la main mise au piz (c'est-à-dire sur la poitrine, ou pect, do peclus), les évanfriies devant lui mises, jura foi et loiauté au dit monss. Philippe roi de France c a son Olz roi dou dit roiaume après lui, e que il gardera lour cors, leurs mambres, e lour vies, lour droîze lour honneur temporel e si ils demandent conseil, il le lour donnera bon e^ lolal c si plus i a de générosité de ce que les autres prélals doivent faire, il le lient pour fait. » (Ménage, p. 247.)

1319 Chantocé, et obtint que le droit de rachat dû, en pareil cas, ne serait payé qu'à sa moii (1).

Vers le même temps, Amaury fut nommé avec quelques autres seigneurs pour accommoder le différend survenu entre Philippe le Long, Eudes IV, duc de Bourgogne, et les gentilshommes de Champagne et de Brie, au sujet des hommages et de la manière de les rendre.

11 jura en même temps sur les Evangiles qu'il n'avait fait aucune alliance au préjudice de Charles de Valois, comte d'Anjou, et de son frère, le comte du Maine. ^ Plus tard, en 1319, étant au Mans, il assistait au baptême du bon et malheureux Jean II, fils de Philippe de Valois, né au gué de Haulny, près Le Mans. En mémoire de cet événement, une chapelle royale y fut fondée en 1329. L'année suivante, Olivier de Clisson, en épousant Blanche de Bouville, dit qu'il fait ce mariage « o le consentement et « l'autorité de notre amé et féal Amaltri sire de Craon son tuteur et cura- « teur à li d'autrefois. > (D. Morice.)

Amaury III fut le dernier sénéchal héréditaire de Touraine, d'Anjou el du Maine, charge que sa famille possédait depuis 1222. Il céda, en 1323, à Philippe le Bel, la sénéchaussée de Touraine, et en 1331, à Philippe de Valois, la sénéchaussée d'Anjou et du Maine pour 1,800 livres de rente perpétuelle (2) (à peu près 21,000 fr., valeur intrinsèque), assignée sur la terre de Marennes, en Saintonge. [Arch. d'Anjou^ t. II, p. 224.)

Amaury paraît s'être beaucoup occupé de ses affaires particulières. En 1300, il acheta de Pierre Gougeul, doyen de l'église du Mans, 62 livres de rente, c'est-à-dire qu'il lui prêta environ 620 livres à 10 pour cent. Treize ans plus tard, il acheta la terre du Bouron, en Morannes. Cette terre, dite depuis le Buron de Craon, relevait de l'évêque d'Angers. Amaury demanda avec instance à Guillaume le Maire de recevoir son hommage-lige. Le prélat, on ne sait pourquoi, ne voulut pas le recevoir, malgré les exhortations des membres de son conseil, dont faisait partie notre doyen de Craon, Mathieu Picquot. (Ménage, p. 381.)

En 1317, il acheta, du vidame de Chartres, la seigneurie de Bocé pour

(1) Arch. d'Anjou, t. Il, p. Î08.

(ï) Lettre de Philippe VI du mois de mars 1330. Autre lettre de 1331 du môme, ordonnant Tassiette sur ses domaines d'Anjou des mille cinq cents livres de renie cédées à Amaury. —Requête d'Amaury III demandant à Charles V qu'il lui soit baillé la terre de Morennesou Marennes contre quatre mille livres qui lui sont dues sur la rente cidessus, sans date. — Quittance générale d'Amaury IV à Charles V, sauf mille livres qui lui étaient dues en échange de certains châteaux en Guicnne (i3rt7.) (Arch. nation.^ layette J, 179,8,9, 10 et 11.)

six-vingts livres de rente. La même année, il acheta du même vidame 1336 rétang de Biou et Thébergement de Coheunart, pour 300 livres de rente, et il vendit sept-vingt-seize livres de rente (156 livres) à Guillaume Pantouf, archidiacre de Laval, c'est-à-dire qu'il lui emprunta environ i,560 livres.

A la même époque, il acheta du seigneur de La Ferté- Bernard, 600 livres de rente, dont trois cents écus (1) étaient assignés sur Tétang de Biou et sur Thébergement de Coheunart.

En 1318, il traite avec Philippe, comte du Maine, pour le droit de retrait que possédait le comte à raison des rentes assises sur les terres de la Ferté-Bernard. (Ménage, p. 380 et 381.) Enfin, en 1323, il acheta de J. deNuesy, valet châtelain d'Angers, 40 livres de rente pour 400 livres, c'est-à-dire qu'il lui prêta 400 livres à 10 pour cent. Mais avant Tannée révolue, Simon de Pequenne, suzerain de Noesy, exerça son droit de retrait féodal et garda pour lui le marché d'Amaury en le remboursant de ses 400 livres. lArch. d'Anjou, t. II, p. 211.)

Comme seigneur de Sablé, Amaury, en 1332, reconnut être tenu de donner à chaque nouvel abbé d'Ëvron, après sa consécration, une fois à dîner dans son château de Sablé ; de l'héberger à gésir (à coucher) et à souper, avec les autres servitudes qui en dépendent, pour raison des choses qu'il tenait de l'abbé. (Mém, de la Mayenne, t. IV, p. 382.)

Mais le soin de ses affaires n'empêcha pas Amaury d'employer son bras au service de l'Etat. Vers 1336, «le noble comte d'Anjou, Jehan, de los et « de gloyre convoiteux, oyant racompter les courses et ribleries que «< chacuns jours faisoient les Angloys et Haynuyers (Flamands ou Braban- « çons) ^au p^ys de Vermendoys, fist amatz de gens de guerre pour à scg a ennemis résister, et entre autres nobles à son secours allèrent de ses tf contez d'Anjou et du Meine, les seigneurs de Craon, de Bueil, de « Mathefelon, de la Jaille, de Vihiers, du Bellay, de Monte-Jehan, de la « Tour-Landry, de Maulevrier, de Candé, de Segré, de Chemillé, du « Vivier, Despeaux de la Roche d'Yré, de la Forest, de Brissac, de Brezé, « de Moyryeux, de Maurepart, du Boysdauphin, de Tigné, de Monlbron, 9 de la Grésille, et de Martigné, Angevins. » (Bourdigné, t. II, p. 51.) Cette armée alla jusqu'à Valenciennes, prit quelques places fortes et se relira sans avoir obtenu de grands avantages.

Après la mort de Robert d'Artois, compétiteur à la couronne de France et tué devant Vannes, le même comte d'Anjou, Jean de Valois, alla au

(1) Voy. Poids et mesures.

1341 secours du comte de Blois, en 1342, avec les seigneurs de Craon, de Bueil, de Gonnord, de Serrant, etc.

Il alla aussi assiéger Angoulême (1336-1350) avec les sires des Roches, ^(ffOde Bueil et deux sires de Craon. (Wo\qi Maurice Y IL) Dans ce même temps, et pendant que le comte d'Anjou assiégeait Aiguillon, en Gascogne^ un des fils de notre Amaury, Pierre de Craon-La-Suze, prenait la Rochet^^S Derrien, en 1341. (Voy. Branches collatérales,)

En 1338, une peste générale, qui avait pris naissance en Asie, vint dévaster nos provinces et, dans quelques villes, emporta les dix-neuf vingtièmes de leur population.

Vers 1340, une enquête fut faite sur les usages de Touraine et d'Anjou. Nous en extrayons le passage suivant qui, tout en nous renseignant sur nos vieilles coutumes, nous offrira encore un spécimen du langage de répoque :

a Nous disommes que li usagode Touraine et d'Anjou et del Maine . « sont tel que nule baronie ne se desmembre. Car messire Robert de « Sableuil ot deux filles, desquelles messire Guillaume des Roches ot « Tainznée et parce, ot ledit Guillaume toutes les baronies. Sans ce que « messire Jeuffroy Marciau qui ot Tautre a femme en eust ne tenist riens 0 outre les L\ livres de rente que li diz Robert avait donné en mariage.

« El ensénient.(de môme) ot messire Guillaume des Roches deux filles « des quelles messire Amorris de Craon ot Tainznée et par ce li diz « Amorris (Amaury I"^ ot toutes les appartenances au ditGuillaume, etc. » (Trtisor des Chartes, cité par Ménage, p. 176.)

En 1343, Pierre Quatrebarbes fonde à sa maison seigneuriale de Breilhard une chapelle de quinze livres de revenu avec soixante-seize boisseaux j

de blé et cent sols de rente foncière, le tout faisante peu près aujourd'hui cinq cent cinq livres de revenu (1). Aussi, en 1692, le titulaire, qui était chargé de dire trois messes par semaine, demanda qu'elles fussent réduites à deux.

Amaury III avait épousé en premières noces Isabelle de Sainte-Maure près Chinon, morte le 13 décembre 1310. Il en avait eu un fils, baptisé par Guillaume le Maire, en 1309, et qui posséda après lui la baronnie sous le nom de Maurice VII (2); vers 1311, il épousa en secondes noces

(t) Les soixante-seize boisseaux de seigle, ou dix-huit hectoUtres, à 42 fr. 50 cent., faisaient, en 1860, 223 fr., et les 100 sols 90 fr., total 313 fr.-

(2) La terre de Sainte-Maure, qui tomba dans le lot de Guillaume, second fils d' Amaury III, a fait croire à Dupaz que ce Guillaume était fils d'Isabelle, dame de Sainie-Maure. Mais un acte du Parlement, du 20 avril 1398, rapporté par Ductiesnc, constate qulsabelle n*eut (^u'un fils, Maurice VU, et Ménage dit q\ï\\ a pu arriver que •

MAtRICE V!l. 229

Béatrix de Roucy, dame de La Suzc, et en eut huit enfants : 1*> Guillaume I* ^ ^** dit le Grand ; 2» Simon, né vers 1325, mort en 1332 ; 3^ Amaury. mort en bas âge en 1334; ¥ Pierre, qui fut seigneur de La Suze, de Chantoeé, de Briolay et d'Ingrandes, mon en 1376 et enterré aux Gprdeliers d'Angers. Il fut le chef des Craon-La-Suze; 8« Jean, archevêque de Reims j 6» Béatrix, qui épousa Eon de Lohéac, seigneur de La Ferté-Bernard (Dupaz dit à tort de La Roche-Bernard), et lui donna quatre filles; 70 Isabeau, morte enfant, en 1333 ; 8« Marguerite, morte à l'abbaye de Longchamp, près Sainl-Cloud.

Selon Dupaz, Amaury III monrut en 1332, et Béatrix de Roucy, sa femme, en 1328. Ménage retarde la mort d'Amaury jusqu'en 1344, ce qui semble douteux.

MAURICE VII, seigneur de Graon, de Sablé et de S^-Maure.

Ce baron épousa Marguerite de Mello (1), dame de Sainte-Hermine. Au nombre de leurs enfants on compte :

!• Amaury IV, successeur de Maurice VII ; 2® Isabeau ou Isabelle, qui succéda à son frère ; 3* Yolande, morte avant 1336.

Nous avons vu Bourdigné citer deux seigneurs de Craon comme ayant suivi le comte d'Anjou au siège d'Angoulême, vers 1340. Tout porte à croire qu'il a voulu désigner Amaury III et son fils du premier lit, Maurice VII, qui, selon Lobineau, était accompagné des sires de Coucy, de Sully, de Rougé, etc. C'est tout ce que nous avons pu apprendre de notre baron dont la mort est placée avant 1336.

L'Anjou et particulièrement Château-Gontier furent ravagés en 1348 par la peste noire qui fit périr en Europe, dans l'espace de onze mois, trentesept millions d'habitants.

Pour comble de misère, Tannée 1350 fut une année de famine. La veuve de Maurice VII, Marguerite de Mello, se remaria à Jean de Châlon et en eut plusieurs enfants. (Dupaz.) Ceux qu'elle avait eus de Maurice de Craon furent mis sous la tutelle de leur grand-oncle, Olivier de Glisson, cousin du connétable (2).

pour certaines raisons, Maurice ait cédé Sainte-Maure à Guillaume. Cette terre passa successivement aux La Rochefoucauld, aux Pieddufou et aux Rohan. ^

(1) Un Geoffroy Mello ou MeUon figure au combat des Trente, en 1351, avec Guillaume de Monlaubau, dans le nombre des écuyers. (BerLdu Guesclin, par Jamisson.p* 78.)

(3) Gomme le prouve un acte par lequel Glisson « reconnaît avoir reçu de Jouhan

AMAIJRY IV, baron de Graon et de Sablé,

Comte de Dreax, Ticomte deThoaars, seigneur de Sainte-Maure, de Ghantocé et d*Infrandes.

1381 En 1381, cet Amaury ou Amalry commandait les armées du roi Jean en Périgord, Limousin, Sainlonge, Anjou, Poitou et Normandie. [Trésor des Chartes, cité par Ménage, Quittances (f Amaury.)

Nous avons de lui plusieurs lettres au roi de France. Dans l'une d'elles il réclame la rente de quinze cents livres, moyennant laquelle son aïeu* Amaury III avait cédé sa charge de sénéchal.

Dans une autre, datée de janvier 1381, il dit à Charles V qu'il a été chef de guerre et capitaine général dans les pays de Touraine, Anjou et Maine ; qu'il a assisté à la prise de Vaas, de Rillé et du Loroux ; qu'il a servi à Saumur sous les ordres de Du'Guesclin. En 1382, il commandait pour le roi en Anjou, Maine et Bretagne. (Quittances, données par D. Morice.)

En 1388, il fut caution pour le roi Jean dans un traité que fit ce prince avec le comte de Flandre. (Ménage, p. 261.)

La même année il est désigné, avec les évêques d'Angers, du Mans et autres, pour choisir les six collecteurs ou receveurs qui furent chargés de recueillir par chaque feu pendant les trois mois, juillet, août et septembre, deux sols six deniers « pour soutenir les innumérables dépenses nécesa sitées par les malheurs du temps. » (Ménage, p. 222.)

En 1386, il fut témoin, à Paris, du serment prêté au roi Jean par Jean IV, duc de Bretagne. C'est dans cette pièce que pour la première fois, le nom de notre baronie est écrit Craon comme aujourd'hui. (D. Morice.)

Amaury IV figure dans presque tous les traités du temps et souvent dans les conseils du roi. Emule, en fidélité et en bravoure, de son oncle Guillaume de Craon, il se trouva comme lui à la funeste bataille de Maupertuis ou de Poitiers (septembre 1386), fut fait prisonnier comme lui avec le roi, et partagea leur captivité en Angleterre.

A la même bataille périt un seigneur de Champagne. (Lobineau et

Villaine et Clément Pelliçon, commissaires du roi ^ lever el recevoir les terres monsour Jehan de Challon (second mari de Marguerite de Mello), 500 livres tournois pour partie de la porveance dou dit Amalry (Amaury IV) et de sa suer (Isabelle) des terres dudit AWalry que ledit monsour Jehan tenait pour cause du bail (tutelle) pour raison de madame Margarite de Meilo sa femme, mère desdits Amalry el sa suer. EscritàThouars, le jeudi après la Saint-Martin d*hiver 1336.» (D. Morice.)

D. Morice) (1). Amaury, prisonnier en Angleterre, se porta caution, en 1356 1358, pourBonabes de Rougé, seigneur de Derval, qui venait en France pour traiter de la paix, et obtint deux saufs-conduits pour ses deux écuyers qui allaient aussi en France chercher des vivres et de Targent. (D. Morice et Rymer.)

Le payement de la rançon du roi Jean épuisa tellement la France, que les simples domestiques, en Anjou, furent obligés de donner la moitié de leurs gages.

Toutefois Amaury ne resta pas longtemps en captivité, ou obtint luimême un sauf-conduit pour rassembler en France l'argent nécessaire à sa rançon; car la bataille de Poitiers eut lieu le 19 septembre 13S6; et le 14 octobre de la môme année nous voyons Amaury conclure à Sablé, avec les religieux de La Roê, un arrangement au moyen duquel il leur cède les bois des Rayères « tout comme ils se poursuivent a en long et en lé (largeur) asis en la paroisse de La Roé joignant et a abutant au ruissel venant des moulins de Poilletruie (Pelletrée) au « moulin neuf, c'est à savoir de la haie de Mauny (2) au dit moulin neuf c et du ruissel descendant du dit moulin. .. au moulin de Barillé. Si comme « les dits Boays des Rayères se portent... en gaaz (3) et en pré, landes, « boais, etc., lesquelles contiennent par présent trois cent quatre arpens « de boais ou environ... le fonds de chaque arpent est estimé valoir « annuellement sept sous de rente et la couture (4) de tous les dits boais « djsux mille livres au plus une fois payées, sauf et retenue à nous notre « garenne de grosses bètes (5), la haute justice et souveraineté, et cinq « sols de franc devoir rendables au chatel de Poille - truye, ou à notre « recevour établi en Craonnais... sauf et retenue à nous et à Jehan de la

(1) Les Annales d'Aquitaine, citées par Mazas {Vte des grands capitaines, t. III, p. 335), l'appeUent Jehan Ferchaud et rapportent qu'il fut enterré à Poitiers dans l'église des Frères Prêcheurs, dans la nef cl près de la porte.

(2) Mauny est un petit village à quinze cents mètres à Test de La Roë. Le nom de haie ajouté à celui de Mauny, et que le lieu aujourd'hui ne porte plus, annonce une trèsancienne habitation. Du reste, nous ne voyons plus de traœs du bois des Rayères. C'était une vieille futaie abattue en 1763. En 1771, M. Ambroise d'Armaillé, légiste et chicaneur habile, disent les chroniques, voulut, mais en vain, forcer les religieux à la ressemer en bois, et prétendit que ses gardes, qui n'avaient que le droit de chasser la grosse bêle, aux termes de la cession ci-dessus d'Amaury, pouvaient y chasser le menu gibier. {Arch. dép,, La Roë, reg. 71.)

(3) Ou gast, terrain vague, gasline.

(4) Culture, terrain cultivé.

(5) Droit de chasser la grosse bête.

1386 « petite Roe (1), esditsboais des Rayeresle pâturage de nos bêtes de la

« courtillerie et de la métairie des Aprolieres ainsi qu'elles ne sont pas

« (tant qu'elles ne sont pas) mises en nouveau brancheis jusques à tant

« qu'ils aient âge de sept ans et un mai (même réserve faite pour les

« habitants desMolières du droit de fouage elpâlurage, et pour un nommé

« Bordier du droit de forestagCy c'est-à-dire de prendre du bois), s'inter-

« disant le droit de retrait, vente et hommage en cas de cession de ce

c droit aux religieux lesquels tendront et pourront tenir leur étang plein

« d'ayve (2) jusques aux metes des fossés qui cloent derrière la coue

« (queue) du dit étang la forest de Saint-Michel et le parc de Poilletruie,

(( et en recompensation de ce que l'étang dessus noierait et pourrait

« noier de nos terres et prés : nous, abbé et couvent, baillons audit

« sire cinq septiers de seigle de rente à la mesure de Craon, sur ce qui

a était dû sur la métairie du Chemin. En outre, les religieux s'obligent

« célébrer à toujourmës, par chaque semaine, dans l'église de La Roë,

« trois messes du Saint-Esprit, deJN'otre-Dame et de Saint-Michel tant

« qu'il vivra et de requiem après sa mort, et encore en outre ce, nous

« dessus dits religieux avons baillé payé et audit sire mille florins d'or à « l'écu (3) pour toute la couture (culture) boais et prés dessus dits, etc..

(1) Fier en Fonlainc-Couvcrle, qui a donné son nom à i*abbaye de La Roë.

(â) Ayve ou aive, eau, de là evlery evière, Boislèuej etc.

(3) Vers le commencement du xii« siècle, Tancienne livre de 12 onces (324 grammes) fut remplacé par la livre poids de marc, c'est-à-dire composée de deux marcs pesant chacun 2U grammes 732. Dans ce marc on taUla, selon les époques, un nombre plus ou moins grand de sous. En 13âô, on en tirait 54 dits à Cécu ;- chacune de ces pièces pesait 4 gram. 532, poids très-peu différent de Tancien sou d*or, et valant par conséquent, à raison de 3 fr. 10 c. le gramme d'or, 14 fr. 05 c. Les mille florins donnés à Amaury faisaient donc 14,050 fr.

Les trois messes par semaine valaient, suivant une autre fondation d' Amaury, trente livres de rente, vingt centimes la messe, et en capital. . 600

Total 14,050 fr.

que reçut Amaury pour ses trois cent quatre arpents ou trois cent cinquante-sept hectares de bois. C'est 41 fr. l'hectare; aujourd'hui il vaudrait quinze Ibis plus.

Quant au revenu, les trois cent quatre arpents à 7 sois de rente donnaient 2,128 sols pour 2,000 livres de principal ; la livre étant alors de 20 sous, c'est très-près du denier vingt.;

Ceci prouve que la terre avait encore peu de valeur ; aussi les rentes en argent, surtout les rentes féodales, étaient-elles plus recherchées.

Les i,000 livres auxquelles était estimée la forêt desRayères valaient donc intrinsèquement 28,000 fr. de notre monnaie. Amaury, en ne recevant que 14,650 flr., donnait sa forêt pour à peu prés moitié de sa valeur, sauf la réserve de son droit de

AMADRY IV. 233

lé au chatel de Sablé, le vendredi après la fâte saint Denis, 1356 clobre 1386, et cest présent vidimus fut donné à Angers et sellé du jneux (meilleur) scel établi aux contrats de notre dicte cour le uilletl447. »

e vente fut nécessitée sans doute par d'autres besoins que celui de ;on, car Araaury avait cédé le bois des Rayères aux religieux dès 3 1348 {Arch. départ., La Roê, reg. 71) ; d'ailleurs en venant signer traité de Brétigny (1360), le roi d'Angleterre quitta les prisonniers te rançon ; mais Amaury fut otage de celle du roi Jean, avec Bona- 5 Rougé, Guillaume de Craon, Raoul d'Aubigné et plusieurs autres. )rice,) Charles V, à son retour, dédommagea notre baron de tousses

ces : le 29 juin 1360, il ordonna à ses trésoriers de payer à son féal le sire de Craon, pour la garde pendant un an de huit châteaux ienne, huit mille francs d'or à prendre sur les aides ou impôts que >ita le payement de la rançon du roi Jean. (Ménage, p. 262.) t en 1360 que l'Anjou fut érigé en duché-pairie par le roi Jean, en de Louis, son fils puîné, chef de la seconde maison d'Anjou-Sicile. ^ vérifier les dates.)

lury, de concert avec son oncle l'archevêque de Reims, fut chargé, 4, de négocier la paix avec le jeune comte de Monlfort. On sait que la de Charles de Blois ne voulut pas exécuter les clauses de ce traité, la bataille d'Auray (dimanche 26 septembre 1364) fit définitivement >her le parti de Montfort, allié de l'Anglais. Nous n'avons pu décou- Amaury assista à cette célèbre bataille : on y vit du moins Guilde Cossé, Jean de Rohan et un Jean de Serent dont la famille s'est

et de ses droits féodaux. Il faUait que ces divers droits eussent une grande

ou que notre baron voulût faire à l'abbaye une grande générosité.

du reste Textrait du Journal d'un bourgeois d" Angers , cité par le Bulletin

\ental de VAnjoUy de M. de Soland, qui donne quelque lumière sur la valeur des

\ du temps (xiv* siècle). Cn berger recevait par an 3 liv. 10 sols; — un garçon de

î, 7 liv. ; — une femme de chambre, 30 sols et la chaussure ; — un homme et un

se louaient par jour, là sols;— une nourrice, chez soi, 50 sols; hors de chez

sols par an ; -- un charretier avec un cheval, i sols, par jour, en hiver, et 5 sols

mars au !•' novembre; — un métivier, 2 sols 1/â ; — un faucheur, 18 deniers;

femme de journée, 8 deniers, Thiver, 12 deniers, l'été ; — le seiier de froment,

d'Angers (i hect. 96 lit.), 5 liv. 12 sols;— d'avoine, 3liv.;^e seigle, 4 liv. 8 s.; —

ds de vin (mille pintes ou 931 litres), 12 liv. ; — un cheval de trait, 150 liv. ; —

îa\ fin, 200 liv. ; — une vache, 20 liv. ; — un bœuf, SO liv. ; — un porc, 15 liv. ;

noulon, 4 liv. ; — une poule, 5 .sols ;— un chapon, 7 sols ; — un dindon, 20 sols ;

oie, 2 sols; —un veau, 1 liv. 12 sols;— une douzaine d'oeufs, 2 sols; — une livre

Te, 5 sols; — une charretée de foin, 2 liv. 8 sols; — une boite de foin, 1 sol ; -

ire de souliers, i sols ; — une paire de bottines, 6 sols.

1366 éteinte en 1823. Ainsi finit une guerre qui durait depuis 1341 et dans laquelle le Graonnais fut souvent engagé.

 cette époque existait près de Blain une seigneurie nommée Craon. Giisson, qui possédait Blain, demanda au comte de Montfort de lui céder cette terre, mais le comte Tavait déjà donnée à Ghandos. Glisson se brouilla à ce sujet avec Montfort et jura qu'il se donnerait au diable plutôt que d'avoir un Anglais pour voisin ; et en eflfet, il alla démolir le château de Graon et en apporta les matériaux à Blain. (Du Guesclin et son époque.)

Le 27 octobre 1364, Mounier, capitaine, consentit à rendre au seigneur de Graon la tour blanche de sa forteresse de Durtal, moyennant deux mille francs d'or, sauf le consentement de monseigneur de Parthenay. (Bibl. des Ch., t. IV.)

En 1366, Amaury fonda la chapelle Sainte-Gatherine dans Téglise Notre-Dame de Sablé avec une rente de 30 livres pour trois messes par semaine. Afin de subvenir à cette rente, il donna entre autres choses la métairie des Prés, de vingt-six hectares déterre et de six hectares de prés, le tout évalué 8 livres de rente, et deux arpents ou huit hommées de prés sur la Vègre, de 4 livres de rente. Aujourd'hui la métairie vaudrait au moins 2,000 fr. et le pré 400 fr. de revenu, tandis que cent cinquante messes à 2 fr. au plus n'exigeraient qu'une rente de 300 fr.

Pour compléter les 30 livres de rente, Amaury donna encore 10 livres à percevoir annuellement sur cinquante-ti^is personnes qui devaient pareille somme à sa terre du Buron de Morannes. Ghacune de ces redevances allait de cinq deniers à vingt-quatre sols. (Ménage, p. 285.)

Amaury fonda encore deux chapelles ou prestimonies dans l'église Saint-Nicolas (de Sablé sans doute) ; à l'une il donna les métairies de la Sourelière et de Broucé avec douze setiers de seigle : à l'autre, la métairie de l'Ecorcherie, la moitié de la Gourtillerie du Fresne, trois setiers de seigle et 18 sous de rentes. Enfin il fonda deux chapelles, l'une au Buron et l'autre à Sainte-Maure. (Ménage, p. 263 et 387.)

Marguerite de Poitiers, dame de Segré, se trouvait à Graon le 5 août 1336 et donnait à son très-cher cousin le sire de Graon, lieutenant du roi des pays de Touraine, d'Anjou et Maine, une déclaration que son droit de garde et de guet au château de Segré ne serait pas aggravé pour ses vassaux par suite des circonstances qui en ont fait porter la durée à un an (1).

(i) Revue d'Anjou, (mnée 1861. Robert do Beaumont, seigneur de La Guerchc, de

uelques mois après, Craon recevait une visite bien autrement impor- 1368 e. Du Guesclin, à sa sortie de la prison où l'avait tenu le prince de es à Bordeaux, passa par notre ville pour retourner en Bretagne, ui de nous n'aime à se représenter Du Guesclin arrivant à Craon, tout dreux, à la tête de sa chevauchée? Sa figure mâle, disgraciée par la ire, mais où rayonne l'héroïsme, s'épanouit à la vue des sires de Craon le leurs chevaliers, ses vieux compagnons de gloire, accourus à sa contre : il est monté sur un grand et fort cheval ; son épée, son large clier pendent à son côté, et sur sa robuste épaule brille la terrible he d'armes à deux tranchants dont bientôt encore l'Anglais sentira la auteur; le sombre pont-levis de la porte d'Angers s'abaisse entre les X tours qui le protègent; au-dessus de la porte le drapeau de la nce, fier de remplacer celui de l'Angleterre, enfle ses plis et semble, à ue du guerrier, s'agiter d'orgueil et de plaisir, pendant que le clergé, habits sacerdotaux, le sénéchal en simarre, suivi de ses justiciers, Qoncent leurs harangues toujours un peu longues; les fenêtres de la nde rue jusqu'à la porte Saint-Pierre se remplissent de spectateurs, et ouïe compacte de nos habitants qui acclame notre héros le soutien, le veur de la patrie, le suit, le presse, l'accompagne jusqu'au vieux teau où l'attendent le gracieux accueil des dames et la plus noble pitalité ; mais revenons à nos froides chroniques, e Craon Du Guesclin se rendit à La Roche-Derien, où les plus grands ;neurs de l'Anjou et de la Bretagne s'empressèrent d'aller, avec le baron >aon, lui témoigner leur joie et lui offrir leurs services. [Du Gue&clin et époque,)

ar sa lettre du 30 octobre 1367, Amaury donna quittance à Charles V tout ce qui pouvait lui être dû pour ses gages, ses rançons et ses ices, tant sous son règne que sous celui de Philippe VI et du roi Jean, tendant, quelque temps avant sa mort, il réclamait encore au roi la te de quinze cents livres qu'il lui avait promise en échange de sa ^chaussée, attendu que depuis le traité de Brétigny il n'en avait rien :hé, et que la terre de Marennes, donnée en garantie, comme on l'a avait été concédée à un autre. (Arch. d'Anjou^ t. IL) In 1368, Amaury fut appelé, avec les princes du sang royal et les autres seiller^ de Charles V, à donner son avis sur l'excès d'apanage de lippe de France, duc d'Orléans, oncle du roi. iharles V, dans l'été de 1369, manda à Amaury d'aller combattre une

ïncé, Segré, etc., avait épousé Marie de Craon, fille de Maurice Vf, et leur fils Jean leaumont était mari de Marguerite de Poitiers dont il est ici question.

1368 bande de Malandrins ou Grande Compagnie qui, après avoir suivi Du Guesclin en Espagne, était revenue en France, s'était emparée de Château- Gontier, et voulait aller assiéger La Roche-su r-Yon. Le sire de Cràon partit accompagné du duc de Bretagne, de son oncle Guillaume, de Pierre de Craon son cousin, de Guy de Laval-Loué, de Jean et de Brandelys de . ^ Champagne, et d'une grande quantité de chevaliers, de bacheliers et

/M- ZJ^ , d'écuyers. (Bibl. des C/mr^cilée par M. Couanier.) Nommé lieutenant du

roi en basse Normandie, le 4 septembre de la môme année, il poursuivit les Anglais de La Roche-sur-Yon à Château-Gontier, et de là jusqu'à Saint-Sauveur-le-Vicomte et au clos de Constantin en basse Normandie. (D. Morice.)

Le 13 janvier 1372, Amaury, étant à Paris, confirma la lettre du roi du même jour, par laquelle ce prince lui donnait décharge de tout ce que notre baron avait pu toucher pour ses gages et ceux de ses gendarmes depuis 1367. Dans cet acte le roi appelle Amaury : « son amé et féal c cousin et conseiller, son lieutenant et chief de guerre et capitaine « souverain es parties de Touraine, d'Anjou, du Haine et de la basse « Normandie pour la tuicion et deffence d'iceux. » Le roi lui accorda en outre quinze cents livres en pur don pour récompense de ses services. [Arch. d'Anjou^ l. IL)

Amaury mourut le 30 mai 1372, nommant pour son exécuteur testamentaire Saincton, abbé de Bellebranche. (Nov. Gall.) En lui s'éteignit glorieusement la ligne masculine directe de la deuxième maison de Graon.

Il avait épousé, en 1324, Pernelle, dame de Thouars (1), el n'en eut point d'enfants. 11 fut enterré dans le caveau de sa famille, aux Cordeliers d'Angers.

Il n'est resté de son épilaphe que ces deux vers :

Large piteux vt misericors A toutes gens vifs et morts (2).

(1) Thouars était une des seigneuries les plus çoDsidérables de France. Après la mort d'Amaury lY, sa veuve se remaria à ReoauU, dit Tristan, dont elle n*eut pas non plus d^enfants. (Ménage, p. 264.) «

(2) L'abbé Duchesne lit : Vange piteux.

ISABEAU on ISABELLE de Craon, dame de Sully.

laury IV étant mort sans enfants, sa sœur Isabelle hérita de la 1372 mie.

1338, elle épousa, en premières noces, Guy XI de Laval-Montmorency Gavre, mort, en 1348, à son château de Vitré. Elle se maria, en ides noces, à Bertrand de Briquebec, seigneur de Fauguernon ou uernon. Elle n'eut point d'enfants de ces deux maris. — Enfin, en ëmes noces, elle épousa Louis Lebret de Sully, fils de Louis de Sully Marguerite de Bourbon, et en eut une fille, Marie, qui succéda à ses snses possessions.

Mju'à cette époque les curés, pour leurs droits de sépulture, reçoit le tiers du mobilier du défunt ; c'est ce qu'on appelait droit de ige. Des réclamations s'étant élevées à ce sujet, ce droit fut aboli et >lacé par un denier que chaque ménage devait donner à l'offerte, innant quoi les pauvres devaient être enterrés gratuitement et les 5 ne plus prendre les petites dîmes sur les fruits et les légumes. (Voir oiP*.) Cet accord fut ratifié par le Parlement le 7 juin- 1390. Dans eurs denos paroisses ce droit fut même réduit à deux sols par an, et par ige (deux ou trois francs de notre monnaie) ; on peut juger par là ce pouvait être le mobilier du peuple au xiv* siècle. Le mobilier des ues mêmes ne devait pas être très-riche non plus, puisqu'àleur mort, ; domestiques eurent la faculté de s'en emparer jusqu'au xi* siècle, ue à laquelle cet abus fut aboli sur la demande de Sylvestre de La *che, évêque de Rennes. (HisL manusc, de La Guerche.) i guerre entre Charles V et Edouard III ayant recommencé en 1370, duc de Bretagne s'étant encore allié à TAngleterre, les fortifications jraon durent être réparées. Isabelle voulut y faire contribuer les lants, mais ceux-ci réclamèrent au Parlement qui leur donna gain ause (septième liv. vieux style du Parlement). Ceci prouve qu'à cette [ue les intérêts communaux n'étaient point aussi abandonnés qu'on le e, au bon plaisir des seigneurs, et que si les communes n'avaient pas 3s encore un maire et un conseil municipal, elles avaient leurs assem- 3 des «notables et des syndics qui savaient les défendre; nous en ons encore la preuve.

abelle, alors dame de Sully, céda le 16 juin 1376, à Louis l*\ duc ijou, tous ses droits sur Sablé et sur Précigné pour dix mille francs . (Ménage, p. 265, et Le Paige, Voy. Pierre de Craon aux branch, térales,)

1379 En 1379, Charles V obtint du Parlement la confiscation de la Bretagne sur Jean de Montfort qui, allié des Anglais, avait porté les armes contre la France. Mais la noblesse de Bretagne prit parti pour son duc, et dans ses rangs Froissart et Lobineau citent : Rohan Laval, Trémigon, Champagne, Montbourcher, Sévigné, Saint-Pern, Bobril, La Bourdonnaie, etc.

En môme temps et comme pour justifier Tarrêt du Parlement contre Montfort, deux mille Anglais, amenés de Calais par Buckingham, traversaient la Beauce et le Vendômois, passaient la Sarthe à Noyen et venaient par Poillé (1), Saint-Pierre-sur-Erve et Argentré, traverser la Mayenne, probablement à Entrammes, à travers un marais de deux lieues de long, dit la chronique, et dans lequel ils ne pouvaient marcher que deux de front. Ils arrivèrent à Cessé et y attendirent pendant quatre jours les ordres du duc de Bretagne.

A cette nouvelle, Jehan de Molliëres et Hugues d*Arquenay amenèrent au Mans leurs compagnies ; dans ces troupes se trouvaient les sires de Peuton, de Marigné, Pierre de Quatrebarbes, Jehan et Olivier d'Andigné (2), Jehan de Champagne, Pierre et Jehan de Coesnon, trois de Scepeaux {3), Jehan de LaRouaudière, Fouquet de Saint-Amadour (4), Jehan de Maillé, Joseph de La Roê, et le brave de Bueil qui, à la tête de cette noblesse, attaqua les Anglais et, dit Barth. Roger, «les recogna jusqu'à Viiré : » ainsi fut détourné Forage qui menaçait notre pays.

Presque à la même époque, le seigneur de Saint-Pean (Saint-Poix) se piiésentait à Dol avec sa compagnie et neuf écuyers, tandis qu'un autre sire de Saint-Poix allait à Dinan avec ses chevaliers, Jean Giffard, Guillaume de La Chapelle et Olivier du Bignon, se mettre sous les ordres de Du Guesclin (5).

(1) Quelques auteurs écrivent Parce au lieu de Poillé. Froissart écrit Porle et Lebaud Poilly ; mais Ménage (deuxième partie de VNUl. de Sablé) dit avec raison qu'il faut lire Poillé : en effet, après avoir passé sur la rive droite de la Sarthe à Noyen, les Anglais, pour aller à Saint-Pierre -sur-Erve et à Argentré, ne pouvaient pas repasser sur la rive gauche pour atteindre Parce.

(2) Cette famille, qui a longtemps possédé la Chenaie-r Allier, portait d'argent à trois aigles éployées de gueules, parées d'azur, 2 et t.

(3) Les de Scepeaux ont possédé Bouchamp dès 1M7. Leurs armes étaient vairéeset contre-vairées d'argent et de gueules.

(4) Ces anciens seigneurs de Saint- Amadou r avaient pour armes: de gueules chargé de trois télés de loup arrachées d'argent.

(5) Au xiv« siècle, Tarmée française était composée moitié de féodaux, c'est-à-dire de soldats du pays conduits par leurs bannerets, et moitié de compagnies soldées, aventuriers, malandrins, etc., braves soldats et alors la principale force des armées»

r ces entrefaites mourut Charles V. laissant auprès du Dauphin un 1380 al composé de trente-cinq personnes des plus considérables du ime. Parmi elles figurent ; Guillaume de Craon et Erard de Trémi- Ge't événement donna au duc de Bretagne Tespoir de faire sa et le détermina à faire revenir de Vitré à Rennes Buckingham et ses >es. Ainsi s'évanouit toute crainte d'attaque contre notre ville à lae un siège soutenu contre les Anglais eût sans doute donné plus de e encore que celui que nous lui verrons soutenir deux cents ans plus contre Henri lY. Mais combien de misères nouvelles nous eût coûcette gloire !

ifin le traité de Guerrande (1380) mit fin à la guerre et força les ais à rentrer chez eux.

^pendant les préparatifs de défense faits par Isabelle avaient probaent mis la gêne dans ses finances, car nous la voyons,le 16 juin 1376, re à Louis I«', duc d'Anjou, ce qui lui restait de la terre de Sablé e Précigné, pour 10,000 fr. d'or, et s'obliger à remettre au duc ) liv. dans le cas où la famille de Craon exercerait le droit de retrait. ; ce traité Isabelle donne à son frère défunt le titre de duc de n (1). Le duc d'Anjou avait déjà acheté une partie de cette terre à ury IV. Marie de Bretagne, devenue veuve de ce prince en 1384, la Qdit six ans après au trop fameux Pierre de Craon pour S0,000 fr. (2).

3sl en 1384 que Jean Quatrebarbes fonda le prieuré de Cossé pour i moines de Saint-Florent. (Voy., aux renvois, l'art. Cossé-le-Vivien.)

gens sans aveu, espèce d'enfants perdus qui plus tard désolèrent nos provinces : it que DuGuesclin en délivra la Franee. Ce héros, que nous avons vu venir visi- *aon, aimait notre pays ; car il échangea les terres qu'il possédait en Normandie celles de Pouancé et de La Guerche, et très«-probablement il possédait des fiefs dans lOnnais môme. On peut voir au renvoi Y et Y^ un aveu de 1481 rendu par Georges II i Trémoille et où figure une descendante du connétable : Catb. de Gueaquin clin) pour le fief de Montalais. C'est à La Guerche que Du Guesciin entretenait les hommes d'armes que le roi lui avait donnés pour sa garde. L'historien de sa vie, lastelct, donne les noms de soixante-douze chevaliers et de six cent soixanle- } écuyers qui eurent l'honneur de servir sous ses ordres : parmi les premiers nous ons les noms de Honlbourcher et de Rohan ; parmi les derniers ceux de Boisjourde Bréon, Jehan Bodard, de Cossé, Davy, Doré, Duparc,Ferchaut, de Goyon, Hay, l, La Vieuvillc, Villebrun, etc.

H. l'abbé Logeais.

Le franc d'or de 60au marc, pesant 4 gram. 07, valait 12 ft-. 62 c., k raison de 10 le gramme, avec un dixième d'alliage. Donc les 50,000 fr. d'or valaient intrinsèen/ 631 .000 fr.de 1860.

1387 Vers la même année fut instituée à Craon la confrérie de Saint- Nicolas. Elle avait été établie à Angers par Foulques Nerra dès 1018, et y était desservie dans Téglise Saint-Laud, alors renfermée dans le château (1). Elle s'établit à Laval dans Téglise de la Trinité avant 1477, et avant 1531 à Téglise Notre-Dame de Simple. La cotisation annuelle, en 1384, était de cinq sols ; en 1531 elle fut de huit, ce qui prouve que dans cet intervalle de cent quarante-sept ans, l'argent avait perdu les trois huitièmes de sa valeur. La confrérie de Saint-Nicolas de Craon, qui a subsisté jusqu'en 1789, possédait plusieurs propriétés, entre autres le Pineau d'Athée duquel relevaient d'autres terres, el à Craon, près des greniers de Maugoulet, une maison qui fit donner à la rue où elle était située le nom de rue des Fraries. Les hommes, les femmes, les ecclésiastiques étaient admis dans cette association, et lorsqu'ils mouraient la confrérie leur devait des prières et un luminaire convenable (2).

(1) Revue de i: Anjou, 1852, et Barlh. Roger.

(2) Voici un litre de celte confrérie de 1384, date à peu près de son élablissemeal à Craon ; c'est un spécimen assez curieux du style des actes du xiv<> siècle ; nous y avons ajouté en italiques les variantes les plus usitées par les notaires du temps : a Sachent « touz presenz et à venir que comme Jehan Halope et Jchanne sa famé Bourgeois de « notre ville de Craon deussent et fcussent tenuz et obligez si comme ilsdisoienl, envers a les frères et suers de la confrarrie nagueres instituée en loueur de monsieur SaiDt7 « Nicholas en Teglise de Saint- Nicholas de Craon en la somme de deiz soulz de rente a c'est assavoir chascun d'culz en la somme de cinq soûls de la dicte rente pour cause « tie leur entrée de la dicte confrarrie cofnme chascun des autres frères el suers de la « dicle frarrie est teaa les bailler quand il eslreceu en ladicte confrarrie. En noire couri « de Craon personnellement en droit establiz ou bien : deumenl soubmis et obligés el « davant nous les diu es poux, la dicte famé suffisamment auctorisée par davant nous « dudil Jehan son mari quant en cest faist, cogneurent et confessèrent : Sans tL machination sans nul pour for cernent, de son gré, de sa bonne, pure, franche et « libéral volenté, ou encore : Sans mal, sans fraude, sans decepvance, mais de son pur « esmouvement, que pour estre et demeurer cuites et deschargez à touz jours mes de « ladicle rente envers la dicte confrarrie ilz et chascun d'eulz pour le lout, sans Caire « division de parlie, ont baillé, assis et assigné et encores baillent et assignent à touz « jours mes par héritage en la personne de Pierrot de Choaygne aux dits frères et suers a de la dite confrarrie en la personne de M. André Augier preslre, frère et procureur c de ladicte confrarrie qui print el accepta pour el ou nom des frères et suers dessus « dicts, deiz soulz de rente, etc. Lequel Pierrot les devoit auxdiz espoux à la mi-aoust a pour reson de la baillée et prinse de une pièce de courtil contenant journée à cinq « hommes de courtil... sis en la paroisse de Saint-Clément de Craon prés le bourg « Rcnoul entre le grant chemin pavé et les prés de la melaerie de la Tousche à Tab-

« béesse (la grande Touche) : pour qu'il demourge de la partie desdits confrai-

a res et en faire haut et bas tout leur pleine volente et de ce obligèrent et obligent en- « quore lesdits [vendeurs) eux et chacun d'eux leurs hoirs et leurs Inens meubles et non H meubles pre.^ens et advenir, ou que qu'ils soient et renoncèrent à toute manière de

ilgré les préoccupations de la guerre, de vifs méconlentemcnU cou- 1387 it, el depuis longtemps, iHlie les scigiieois de Ciaon et les prieurs lint-Cléniout, au sujet de leurs droits respectifs. Ces démClés n'étaient irès de finir, mais celle fois ils furent assoupis par un accord en de parlement du 20 février 13ii7. Dans celle pièce Charles VI donne ibelle de Craon le titre de cousine : consanguineam nostram. On y e les lettres-patentes de Philippe VI de 1347, contirmatives d'une tralion de son fils le comte d'Anjou, par laquelle il reconnaissait que ieuré de Saint-Clément, ainsi que ses dépendances, relevait direcnt et sans intermédiaire du comte d'Anjou et de ses successeurs. vois H et I.)

r le nouvel accord, le prieur reconnut devoir chaque année à lu ; de Sully el do Craon vingt livres de taille au jour de l'Angevine; re deniers pour la closerie de Tissus, quatre sols, une jalaie de

ttde dt Barat (dol) de lilire oultre ce léal donation el à tout privilège, grâce tuts de pape, de Toit, duc ou conte fez et à fere... el ladite famé a tout douaire ou maison pour noces... Sont, quejamei (la doDaisoa) puisse aire rappelée ne révoe à vie ne à tnorl ne en dayaine volonle pour reson de Uslamenl ne par droit de 'icile. Et de tout ce furent les diz Jehan Halope el sa famé et ledit Pierrot de oayçne chacun d'euli en tant comme le touche et peut loucher et appartenir jugez condamnez parle jug'^menl, de notre dicte court A leur rcqueste et liez, par la Toy leurs corps sur ce donnée entre notre main, etc. Ce fut donni^, le lundi après la e de Saint-Martin d'iver. en Tan de grâce 13(U, signé Dore.» Le sceau en cire, 1 par des lanières de parchemin, portail d'un cÛtÉ les initiales du notaire et les il Craon. Conlrats d'Anjou,i'tai losangâ de Craon sur les deux faces; pour assurer e mieui leurs actes contre les tentatives d'un faussaire, les notaires déployaient leurs signatures un véritable luxe de paraphes.

confrérie avait le droit de présenter un chapelain à la chapelle de Moquechien. chanoines eurent l'envie d'en faire un Ganonicit; la confrérie s'opposa vive-

4387 vin (1) et quatre chouaisnes (ou pains blancs), quand on fauchait le pré Madame (2), dix-huit sols de devoirs pour le fief de la forêt (3), et enfin un septier d'avoine et une charretée de paille sur les dîmes d'Athée. Les religieux furent également maintenus dans leurs droits de basse, moyenne et haute justice, en toute l'étendue de leur ressort, ainsi que dans la prérogative d'avoir sénéchal, procureur fiscal, greffier, etc. (4), et de conserver à la Tinalière un gibet à quatre piliers.

Quant aux deux foires qui se tenaient, l'une dans le bourg, le lendemain de la Saint-Clément, l'autre au prieuré môme, la veille de l'Ascension, et dite des Rogations (S), il fut stipulé que toutes deux désormais se tiendraient dans le bourg. (Renvoi H.) On voit par ces emplacements que nos foires étaient alors peu importantes, mais qu'à cette époque cependant elles prirent un peu d'accroissement, puisque la cour du prieuré était devenue insuffisante. (V. pi. XXIII.) Leur police fut confiée aux officiers du baron et il fut convenu qu'elle serait exercée de la manière suivante : «le prevost deCraon viendra en chacune de ces foires, élèvera son gant au bout d'une gaule (6); alors les marchands délieront leurs sacs, exposeront leurs denrées, et le prevost ou sergent ira recevoir la coutume.»

De leur côté les religieux s'obligèrent à dire chaque semaine deux messes àeRequiem le lundi, et l'autre à Notre-Dame le samedi. (Renvoi I.)

ment à ce projet qui lui eût enlevé son plus beau fleuroD, mais elle finit cepenJant par la perdre en 1776. (V. renvoi J.)

(1) La jalaie, ou cruche, contenait dix ploies ou environ neuf litres trente-trois. Elle a donné son nom au droit de jalage^ autrement dit de foragfj ou de vendre le vin en déUil.

(3) Ce pré, sur le bord deTOudon, près Pancien enclos des Jacobins, dépendait alors de la baroonie, mais les religieux de Saint-Clément en avaient la première herbe, le regain et les tôlards; que restait-il donc au baron ?... Les droits seigneuriaux, c'était un fief en Cair.

(3) C*cst-à-dire à cause du droit qu'avaient les religieux de prendre dans la forêt de Craon environ quaraule-qualre cordes de bols de chauffage pour eux et pour leur four banal, sans montrée, c'est-à-dire sans contrôle, et le bois de charpente qui leur était nécessaire avec montrée. (Renvoi P .) ' ^

(4) Il est vrai que Tenlretien de ces officiers ne leur coûtait pas beaucoup. En 1628, le prieuré payait annuellement à son procureur fiscal dix livres d'honoraires.

(5) Il est fait menUon de celte foire dans la charte de fondation de Saint-Nicolas. (Renvoi J.) Nous la verrons renvoyée h la date fixe de la Saint-Eutropc.

(6) Le gant, origine de Temblème de la main dejustice^ était marque de souveraineté. Dans une déclaration postérieure on dit une bourse^ au lieu d'un gant. Encore de nos jours quand on jette aux enfants des dragées ou de la petite monnaie, ils crient : à la giatUe, corruption sans doute de l'ancien cri : à la gaule.

)uis de Sully, troisième mari d'Isabelle de Graoïi, mourut en 1382. 1391 îpt ans après, sa veuve écrivait à son receveur de Briolay la lettre ante : « De par la dame de Suli et de Craon. Perrotin de Vitré nostre chastellain et recepveur de Briolay. Nous avons octroyé pour Dieu et en aumône à la femme de Guilume d'Àubigny nagucres seregentde Briolay deuz de nos vaches que )us avons en notre metayrie du Leart pour li ayder à soustenir sa e, pour les nous garder tant seulement, en les nous rendant avecles les veaux qui en istront... et en apportant cest mandement & vos pouchains comptes, lesdites deux vaches vous seront mises en soufance pendant le temps que ladite femme d'Âubigny les tiendra. Donné 1 notre hostel de Belle Poigne le XX' jour de juign, Tan rail CGC IIII XetIX(1389){l). »

et hôtel de Belle-Poigne était à Angers Fhôtel de nos barons ; il était è près de la porte Lionnaise, ou du Lion, sur remplacement dit de- ; les Grands Jardins. Les barons de Craon avaient acheté ce terrain^des shommes d'Angers qui l'avaient reçu de Henri II, roi d'Angleterre. >mba plus lard en partage à Pierre de Graon ; son attentat sur Clisson onfisquer et raser cet hôtel. Le terrain qu'il occupait fut vendu aux jieuses duGalvaire en 1620 (2), et elles l'occupent encore en 1871. 'histoire de la famille de Montéclerc fait mention d'une montre ou le qui eut lieu à Graon en 1391. Guillaume de Montéclerc y parut ime capitaine de cent hommes d'armes. Ge titre équivalait alors à li de colonel. [Mém. de la Mayenne^ t. II, p. 21.) .u nombre des chevaliers qui périrent dans l'expédition du comte de •mont contre les Barbaresques en 1390, figure un Amaury de Graon. sabelle mourut à Graon le 2 février 1394, aliùs 1395, et fut inhumée Gordeliers d'Angers, en habit de cordelière ou de Sainte-Claire ; ces gieux dans leur nécrologe en faisaient mention en ces termes : lllustrisa et prœpotem domina Isabellis de Credonio et Sulliaco^ illius convenmater fpecialis, (Ménage, p. 268.) Par son testament de 1383, Isabelle it donné à l'église d'Angers trente livres de rente sur sa terre de Ghâmeuf.

In elle finit la plus ancienne, la plus puissante famille de l'Anjou et du ne. La plupart de ses branches cadettes portèrent encore longtemps c gloire le nom de Craon, ainsi que nous le verrons, mais sans jamais 1er cependant la splendeur de l'aînée.

) Revue de rAnjou, juillet 1860.

) Barth. Roger et Journal de iouvetj an iH70.

1391 La baronnie de Craon formait ce qu'on appelle encore le Craonnais (Creonia). Elle était la première d'Anjou et Tune des quatre hautes et principales baronnics de France : les trois autres étaient Coucy, Sully et Beaujeu [Dict. de Trévoux) ; sa juridiction seigneuriale s'étendait en plein fief sur vingt-six paroisses, en partie sur trois autres et en arrière-fief sur neuf. (Voy. art. Justice.)

On trouve même dans une note déposée aux archives de la Mayenne, et qui paraît avoir été faite à Toccasion de la vente de la terre de Craon en 1701, qu'alors la baronnie comprenait dans son ressort sept ou huit autres paroisses ; ce qui portait leur nombre à quarante-cinq ou quarante-six. (Voir cette pièce au renvoi Y', ainsi qu'un aveu rendu en 4461 par Georges II de La Trémoille, au roi René, comte d'Anjou.)

On y verra aussi une liste des hommagers de la baronnie, faite probablement à la fin du xv* siècle, tirée des archives de la Mayenne.

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