GEORGES II DE LA TRËMOILLE
Georges II était, au dire des historiens du temps, un homme disert et adroit. Louis XI, toujours en guerre avec les ducs de Bretagne et de Bourgogne, guerre où de part et d'autre les armes eurent un moindre rôle que la ruse et la mauvaise foi, ne manqua pas de mettre à profit les talents de notre baron. Pour contre-carrer les desseins de Charles le Téméiaire, il Tenvoya en Lorraine, en 1473, à la tête d'une armée, et 4e chargea en même temps de traiter de la paix avec le duc. Les conditions furent arrêtées à Arras. Mais la politique tortueuse du roi différa de les ratifier et la paix ne se fit point ; déjà Tannée précédente le sire de Craon, accompagné du chancelier Doriole, avait signé avec le duc de Bourgogne, mais sans plus de résultat, la paix du Crotoi (1).
Louis XI employa encore La Trémoille au traité de Picquigny ou d'Amiens, en l i7o, avec l'Angleterre. « Le roi, dit Goramines, pour flatter « les Anglais, avait fait dresser aux portes de la ville des tables présidées « par des hommes considérables et en même temps fort gros et fort gras, « pour mieux plaire k ceux qui avaient envie de boire, et y était le seigneur « de Craon. »
Plus tard le môme seigneur commandait vingt mille hommes que le roi envoyait à Tempcreur d'Allemagne pour combattre le Bourguignon.
Pendant le siège de Nancy, oii périt Charles le Téméraire, le sire de Craon était en observation dans le Barrois, à la tête de sept ou huit cents lances et de nombreux archers. Dès qu'il eut appris la mort du duc, il s'empressa d'en avertir le roi au moyen des relais de poste nouvellement établis. Aussitjt il fut chargé de s'empirer de Dijon et des places de Bourgogne. De là surgit une nouvelle guerre que le roi eftt pu éviter ainsi que celles qui, penelant plusieurs siècles, désolèrent la France, en annexant immédiatement la Bourgogne à la France par le mariage du Dauphin avec la fille du Téméraire. C'était le vœu général. Mais Louis XI se rappelait sa propre conduite avec Charles VII, son père, et il craignit que son fils ne suivît son exemple.
Bientôt la fortune abandonna le sire de Craon; il se laissa surprendre devant Dôle et y perdit son artillerie. Le roi, déjà mécontent des grandes pilleries qu'il avait commises dans ce pays et qui, dit Commines, étaient, il ia vérité, excessives, résolut de lui donner un successeur. Mais avant
(I) Le Crotoi était une petite ville aujourd'hui détruite, placée à une liouo de Saint- Valerv.
d'être remplacé, Georges se distingua. contre un parti allemand, le battit et fit prisonnier le commandant, le sire de Cbâteauguyon, le plus grand seigneur de Bourgogne.
Notre baron fut remplacé par le seigneur d'Âmboise et de Chaumont, a qui fit du pays de Bourgogne comme s'il eût été sien, de telle sorte que (( lui et le seigneur de Craon y feyrent bien leurs besognes tous deux. » (Commines.)
Disons toutefois que Commines n'aimait pas Georges de La Trémoille et que le roi ne parut pas le juger aussi sévèrement, puisque, malgré sa disgrâce, il lui laissa, non-seulement tout ce qu'il possédait, mais encore lui donna, comme marque d'honneur et comme récompense, six gens d'armes et six archers pour sa garde.
Georges II mourut en 1481 ; il avait possédé Graon depuis 1446.
Sa femme, Marie de Montauban, qu'il avait épousée le 8 novembre 1464, étant veuve de Louis de Rohan, mourut en 1497 sans lui donner d'enfants.
On trouvera au renvoi Y^ un aveu rendu en 1461, par Georges II, à René, duc d'Anjou. Il f^iit connaître quelle était, k cette époque, la mouvance de la baronnie de Graon.