GEORGES V'^ DE LA TRÉMOIIXE
Ce baron, fils aîné du premier lit de Marie de Sully, devint favori de Charles Vil, assista k son sacre, en 14*29, et prît part à toutes les guerres de ce règne agité. Par malheur il ne put se garantir d'une basse jalousie contre un guerrier qui était alors le plus ferme appui du trdne, Arthur de Richcmont, connétable de France et frère du duc de Bretagne. Il parvint à le rendre odieux au roi ; Mazas prétend même qu'il voulut le faire assassiner. [Vie (T Arthur de Richemont.)
Charles, duc d'Anjou, frère de la reine, et quelques autres grands seigneurs, ne virent d'autre moyen de sauver l'Etat que d'enlever La Trcmoille du château de Chinon où se trouvait le roi ; ce prince n'osa blâmer cette violence, oublia son favori, et môme le remplaça par le duc d'Anjou.
(1) Il ne nous semble pas hors de propos de rappeler ici comment ce bon roi avail
dans les veines du sang de nos barons i raonnais : Nous venons de nommer Charles l^' d'Albret, époux de Marie de Sully. Charles II, leur (ils, épousa Anne d*Armagnac et en eut : Jean I**" d'Albrel, marié à Catherine de Rohau. De ce mariage vint : Alain d'Albrel dit le Grand, époux de Françoise de Brosses ou de Bretagne. Leur fils Jean II Tut roi de Navarre p.ir sa femme Catherine de Foix, et ils eurent
pour (Us : Henri d'Albrel, roi de Navarre, époux de Marguerite de Valois, sxur de
François l*r. De cette union : Jeanne d^Albrel, mariée à Antoine de Bourbon, père de
Henri IV.
266 SUITE CHROINOLOGIQUE
Quant à La Trémoille, il lui fallut se racheter des mains de son neveu de Bueil, auteur de son enlèvement, et lui payer une somme de quatre mille moutons d'or (1), les uns disent à titre de rançon, d'autres à titre de restitution. Bourjoly assure que La Trémoille ne donna que cent vingt moutons d'or. Il veut aussi attribuer à notre baron la mort du ministre de Charles VII, de- Giac, qui profitait de la confiance du roi pour piller les finances; mais tous les auteurs s'accordent à dire que ce fut Richemonl qui, furieux d'avoir été battu faute d'argent pour payer ses troupes, vint enlever Giac à Cliinon, lui fit avouer ses vols nombreux et même l'empoisonnement de sa première femme pour épouser Catherine de l'Ile-Bouchard, la plus belle, mais la plus dangereuse femme de son temps. De Giac eut la tôte tranchée sans jugement régulier et La Trémoille épousa sa veuve, quoiqu'on la soupçonnât d'avoir contribué k la mort de son mari ; ce qui a fait croire à Bourjoly, non sans vraisemblance, que La Trémoille lui-môme était de connivence avec elle.
Mais ce qui, sans aucun doute, pèsera éternellement sur la mémoire de La Trémoille, < e sont ses efforts pour éloigner du roi celle qui devait sauver la France, la sublime Jeanne d'Arc, de peur de perdre sa propre et fatale influence.
Georges I" donna aux chanoines de Saint-Nicolas tout le bois nécessaire aux réparations de leur église et de leur clocher tombant en ruines ; il leur confirma en outre, en 1412, le droit exclusif, qu'ils possédaient déjà, de nommer le principal du collège de Craon. (Voy. au com. du ch x.)
Georges P' mourut le 6 mai 1446. Sa sépulture était très-probablement près du chœur des bénédictins de Saint-Clément (2). Il avait épousé Jeanne II, comtesse d'Auvergne, veuve de Jean de France, duc de Berry, et n'en avait pas eu d'enfants.
11 épousa en deuxièmes noces, le 2 juillet 1428, comme nous l'avons vu, Catherine de rile-Bouchard, veuve de Giac ; elle mourut le 14 juillet 1474, lui laissant deux fils et une fille : ce fut le second de ses fils, Georges II, connu sous le nom de sire de Craon, qui fut apanage de notre baronnie.
(1) Chaque mouloa d*or, li raison de 96 fr. au marc et à 3 fr. 10 cent, le gramme d'or, valait 7 fr. 87 cent. ; les 4,000 moutons valaient donc intrinsèquement 31,000fr. ou plus de 200,000 fr., valeur relative de notre époque.
(2} On lit dans un procès- verbal de 1632, dressé par le séné<;hal de Craon : « Nous ont aussi montré une grande sépulture au pied de laquelle est une levrette et la flprure d*un ange, et nous ont dit avoir appris par tradition être la figure d*un seigneur de Tllc- Bouchard, autrefois seigneur de Craon. » [Notes de M. Tabbé Logeais.) Bourjoly dit, liv. VI. que son corps gît à Sully; ces deux faits ne sont pas absolument conlradic* toires.