CHAPITRE X
Suite des Chroniques (de 1394 à 1620)
Les ADglojfs ne po?ans dcsraciner l'ancien venin de hayne qn'ils Dnt{ de longtemps en leurs cueurs contre la nation françoyse, retinrent encore longtemps quelques places.
(BoURDIGIltf )
FIN de ne pas inlerrompre la suite des possesseurs du 1412 château de Craon, nous avons suspendu, depuis la mort ^ d'Isabelle de Craon (1394), le récit des principaux évé- ^nements auxquels notre pays s'est trouvé mêlé. Il est temps de le reprendre.
A la fin du xi\'* siècle, Tinstruction publique devait nécessairement se ressentir du malheur des temps. Cependant nous trouvons un acte donné par Georges P' de La Trémoille, en 1412, qui prouve qu'elle n'était pas mise en oubli. Voici celte pièce :
<c Rendue à nous humble supplication de nos biens a amés les doyen, chanoines et chapitre de notre église ( collégiale de Saint -Nicolas, contenant que nos cha- « noines aient droicl de bailler le siège et reclorerie « des écoles de notre ville... sans que aucun autre de notre baronnie « ne du doyenné de Craon ait icelui droit... et que puis n'aguères, sans « la volonté de nos chanoines ni de leur recteur d'école^ plusieurs nobles « et gens d'église se sont efforcés de jour en jour de faire sièges d'écoles « ruraux, mettre rectours simples et non sciens... qui est au grand dom- « mage et destruction des écoles de notre ville, de tout le bien et utilité a public... mandons et ordonnons à nos sénéchal, chapelain et procu- « reur de Craon que vous procédiez par toutes voies à tenir la liberté de « nos dits chanoines à cause des dites écoles en contre de tous ceux qui
1412 « efforcent tenir sièges d'écoles ruraux es metes de la baronnie. » (M. l'abbé Logeais.)
Celte pièce prouve que bien avant 1412 Craon avait écoles et recteur d'écoles, et que notre collège est un des plus anciens, s'il n'est le plus ancien du département. Situé dans la rue qui porte encore son nom, ii comptait en 1789 cent élèves et trois professeurs. Dans notre Notice sur Saint-Nicolas (renvoi J), nous avons réuni tout ce que nous avons pu recueillir sur cet ancien et précieux établissement. Ajoutons seulement que Miromenil et Colbert de Croissy, dans leurs mémoires au roi, de 1665 et 1697, classent le collège de Craon au nombre des douze collèges d'enseignement supérieur de l'Anjou.
Malgré l'ordonnance qui précède, il paraît que nos chanoines furent encore inquiétés dans leur droit de nommer le principal du collège ; car, en 1426, ils adressèrent une supplique à très doulce et. très-puissante dame de LaTrémoille de llle-Bouchard et de Craon, afin d'être maintenus dans leur droit : ce qui leur fut accordé. (Renvoi J.)
Trop heureux notre Craonnais de pouvoir, en ces temps-là, s'occuper de pareilles questions, lorsque tout près de nous la Normandie était à feu et à sang, et que de nombreuses émigrations de ce pays venaient chercher leur sûreté en Bretagne et parmi nous (1).
Pendant les fatales guerres attirées sur la France par la démence de Charles VI et par la conduite honteuse de sa femme Isabeau de Bavière, guerres qui rendirent l'Anglais maître de Paris, et forcèrent le Dauphin à renier en quelque sorte sa mère pour s'intituler fils des Français, un capitaine anglais, lord Pool (2), vint dévaster nos environs, prit Segré, dont il rasa le château, et Ch&telais qu'il ruina, ainsi que l'abbaye de la Boissière où ils restèrent cantonnés jusqu'au milieu du xv« siècle. Le souvenir de leur séjour est encore vivant dans le Craonnais. La duchesse d'Anjou, Yolande d'Aragon, veuve de Louis II, roi de Sicile et duc d'Anjou, mort en 1417, déploya les qualités qui faisaient alors si tristement défaut sur le trône, et sut, par son courage et sa vigilance, éviter de grands maux à notre province.
Pour mieux secondersa suzeraine, Marie de Craon, femme alors du connétable d'Albret, confia le commandement du château de Craon à Guil-
(1) D*Argentrô dit que par une fois seulement il sortit vingl-cinq mille familles de Normandie. C'est à cesémigralions, sans doute, que Ton peut rapporter rétablisscmcnl en Anjou de plusieurs de nos ramilles d'origine normande.
(à) Autrement dît Guillaume de LaPolc, frèredu comte de Surfolk et que Hirel nomme assez plaisamment seigneur de la Fouille, etBourjoly, seigneur de la Poulie.
THE NCW YORK
PUBI.I': LI.'RAPY
A.-'^On. LnvuX AND riLDRN rOUNDA'nOM*
laume Requcleau (1)^ Les ennemis, contenus, paraît-il, par la réputation 1423 de ce capitaine, ne tentèrent aucune entreprise sur notre ville.
Cependant la duchesse d'Anjou mit à la lete de ses troupes Jean de Craon-La-Suze, son oncle à la mode de Bretagne, et appela encore à son aide Ambroise Loré, Tun des plus fameux capitaines du temps (2).
Lorc accourt à la lôte de beaucoup de seigneurs du Mçiine et de l'Anjou. Parmi ces guerriers qui avaient pris Técharpe blanche (3), nos* chroniqueurs, Hiret et Bourdigné, citent les noms de Trémigon, d'Aussigny, di s Barres, de Charabelley, de Daillon, de Mirmande, de Charnacé, du Ghassan, de La Grandière, de La Roche» de La Cour, de La Roche-Coisnon, de La Berlhière, de Querqueron, de La Haie-Pierre, Le Porc, le baron de Fontaines, etc.
D'un autre côté arrive d'Harcourt, comte d'Aumale, commandant la Touraine, TAnjou et le Maine. Les troupes du comté de Laval, sous les ordres de Guy de Montjean, se joignent à lui, et Anne de Laval, qui résidait à Vitré avec sa mère, ne craignit pas de lui confier son fils André, à peine ûgé de quatorze à quinze ans, et qui cependant fut chargé avec le sire de Trémigon de harceler Tenncmi avec soixante-dix ou quatre-vingts lances (4).
Lord Pool, à la tête de deux mille hommes d'armes et de sept ou huit cents archers, marchait chargé du butin enlevé à Segré et emmenait avec les plus riches habitants du pays qu'il voulait rançonner, un troupeau de mille à douze cents bœufs (Bourjoly dit même dix à douze mille). Déjà il avait dépassé Craon, atteint La Gravclle et Bourgneuf-la-Forêt, canton de Loiron (S). Il se croyait assuré de sa proie.
Mais Loré le suivait de près. Lord Pool, averti de son approche, se hâte de faire mettre pied à terre à sa cavalerie, et au moyen de piquets ferrés deè deux bouts que portaient ses soldats, il se fait un retranche-
{\) Nous voyons ce capitaine ou chastclain, approuver en 1406 une aliénation de biens de l'aumônerie de Craon. Cette approbation qui, en d'autres lemps, eût été l'office d'un sénéchal, prouve que les circonstances avaient forcé de réunir les pouvoirs civil el militaire dans la môme main. Ucqucteau d'ailleurs était assisté par le procureur Bobert Mauviel, donl la descendance a donné trois sénéchaux k la baronnie.
(2) Loré était né en 1396 au Grand-Oisseau, près Mayenne,
(3) Les Anglais, alors maîtres d'une grande partie de la France, ayant usurpé jusqu'à la croix rouge de nos étendards, ce fut la croix blanche qui devint le signe glorieux et distinclif des défenseurs de notre nationalité.
(i) André de Lavîil était né au château de Montsûrs, vers 1411. Les Trémigon ont longtemps possédé le chdteau du Tertre-cn-Mée. Leurs armes sont d'argent à trois écussons de gueules chargés chacun de trois fusées en fasce d'or.
(5) Godefroi d'Argentré.
1423 menl impénétrable à la cavalerie (1). Loré, sans s'étonner de cet obstacle imprévu, fait aussi mettre pied à terre à ses chevaliers et redouble la vigueur de l'atlaque. L'Anglais, derrière ses palissades, soutient Tefforldo nos guerriers avec sa valeur et sa ténacité accoutumées. Le combat traînait en longueur et la victoire semblait douteuse, quand tout à coup paraît d'Aumale qui accourait de Laval avec ses troupes fraîches. A celle vue, le courage des Français redouble; une trouée est faite dans le retranchement, la cavalerie, comme un torrent qui brise enfin sa digue, s'y précipite, les Anglais sont écrasés; de deux mille sept cents qu'ils étaient, une centaine seulement parvinrent h s'échapper : tout le reste fut tué ou fait prisonnier. Lord Pool, Thomas Aubourg et Cliffeton furent du nombre des derniers et payèrent de 'fortes rançons : le butin fut immense.
Ce combat, qui eut lieu le dernier dimanche de septembre 1423 ou 1424, suivant que l'on place le premier jour de l'an à Pâques ou au l*"* janvier, se donna dans les landes de La Brossinière, village indiqué sans doute aujourd'hui sur les caries sous le nom de LaBrécinière, situé entre deux coteaux, à deux kilomètres et demi au sud de Bourgon, sur la frontière d'Ille-et-Vilaine, et un peu plus au nord que le point indiqué par Cassini (2).
Le jeune André de Laval dont nous venons de parler, et si connu depuis sous le nom de maréchal de Lohéac, se distingua tellement à cette affaire, qu'il fut fait chevalier sur le champ de bataille avec Tépée même dont il venait de se servir si vaillamment et de réveiller la gloire ; c'était répée de Du Guesclin, que Jeanne de Laval, sa grand'mère, veuve en premières noces du Connétable, lui avait donnée à son départ en lui disant : Dieu le fasse aussi vaillant que celui qui la portait (3).
{U Ce moyen de défense, id^e première delà baïonnotlc, contre nos formidables clicvaliers tout couverts de fer, servit admirablement les Anglais dans les fatales guerres de ce siècle, notamment à Azincourt, et commença à rendre k rinfanterie son importance et sa solidité.
(i) M. Lefizelier, président de la Société des Sciences et Arts de Laval et qui, avec une rare complaisance, a bien voulu nous communir4uer un manuscrit de Bourjoly, annoté par lui, dit qu'en cet endroit, la charrue y découvre souvent des débris de casques et d'épées. Maucourt de Bourjoly, né à La Roche- Pichenicre, est mort vers 1711 .
(3) André de Laval, sire de Lohéac, épousa Marie de Laval-Rctz, fille du Iropcélèbre Gilles, et pelile-flUe de Marie de Craon-La-Suzc. Il mourut sans enfant ot fut inhumé à Saint-Tugal, à droite du chœur. (Le Doyen.)— Encore une noble tombe que Laval laisse enfouie sans honneur. — Sur les ruines de Saint-Tug.il a été bâtie la bibliothèque actuelle de Laval. Les armes de Lohéac étaient de vair ph'in. Bourjoly dit (lu'eUcs étaient de Laval, à trois lambels de gueules chargés de trois lionceaux d'or ; tandis que
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Parmi les guerriers qui se distinguèrent au combat de La Brossinière 1428 OD cite les noms de Charnacé, de La Grandière, des Barres, et Jean Amenard de Bouille.
Cette famille Amenard, dont nous avons déjà parlé, est celle qui a fait ajouter à Bouille le nom deMt^ward. Ce bourg devrait donc s'appeler Bouillé-Amenard, nom qu'il portail encore en 1624. Les armes de cette famille étaient : cotissé d'argent et d'azur de dix pièces.
Après la victoire, les revers. A la funeste journée de Verneuil, gagnée par les Anglais en 1424, furent tués plusieurs gentilshommes d'Anjou, entre autres quatre frères Quatrebarbes, Macé, Pierre, Gilles et Guyon. Furent faits prisonniers les seigneurs de Cléers, des Roches, de La Tranchardière, etc. (Bourdi^né) (1).
A la suite de cette bataille, les Anglais osèrent se partager la France : la Champagne fut donnée au duc de Glocester, la Beauce à Warwick, lé Perche à Sommerset, et la basse Normandie à Talbot. Quant à Bedfort, régent pour le jeune Henri VI, il se réserva le Maine et notre Anjou, et pour comble d'humiliation, fit sacrer son pupille roi de France, à Paris, en 1431.
Mais la proie était encore vivante au cœur, et elle se débattit si bien qu'elle se releva, s'arracha sanglante des griffes du Léopard et parvint à le chasser de notre pays.
Pendant cette lutte héroïque où s'illustrèrent à jamais Lahire, Xain- Irailles, Dunois, Ambroise Loré, de Thermes et par -dessus tous la céleste Jeanne d'Arc, et leur ch?f Arthur de Bretagne, connétable de Richemont, Craon eut l'honneur de prendre part à la résistance : sa garnison, renforcée, en 1428, par le connétable et jointe h celles d'Angers et de Laval, tint constamment l'Anglais en échec à la tête des troupes levées par Jeanne et par Anne de Laval. Bourjoly et Mazas citent plusieurs Craonnais : Le Cornu, — de Scepeaux, — de Sévigné, — de Quatrebarbes, — deFeschal, — d'Anthenaise, — Lenfant, etc. En 1428, Richemont lui-même vint à Laval, s'en retourna à Angers et passa par Craon. (Mémoires de Petitot, cités par M. Couanier.)
sou frère portait de Laval-Montmorency. — Lohéac était le prolecteur dés cultivatears alors pillés et rançonnés aussi bien par les Français que par les Anglais. Il traitait de parricide le dommage qui leur était causé, car, disait-il, ce sont nos pères communs. (Couanier, BisL de Laval.)
(1) Cette bataille fut la dernière où les Français, instruits par leurs défaite», firent combattre leur cavalerie féodale en ligne sur un seul rang. Richemont, six ans plus tard, à Formigny, les fit combattre par escadrons et battit les Anglais à plate couture. »
1436 La même année Jean V, duc de Bretagne, sous prétexte d'un pèlerinage à Saint-Jean de Vouvantes, vint avec quelques compagnies reconnaître la place de Craon ; peut-être, s'il l'eût trouvée moins bien gardée, eût-il tenté de la surpendre. Parmi ses officiers on trouve un Cheorsin, fiimille de Cosmes, déjà citée plusieurs fois.
Aux mois d'avril et mai 1430, le connétable de Clisson envoya par les Marches d'Anjou et de Bretagne, c'est-k-dire par notre Craonnais, un corps de troupes chargé de faire lever le siège de. Pontorson (1). On sait tout ce que les campagnes avaient alors à souffrir du passage des troupes amies et ennemies.
En 1431,leducd'Alençon, pour se faire payer de certaines sommes que lui devait le duc de Bretagne, enleva son chancelier Jean deMalestroit, évoque de Nantes, et l'enferma à Pouancé. Le comte de Laval, gendre du duc cle Bretagne, vint avec un renfort d'Anglais assiéger la place (1432). Loré, maréchal du duc d'Alençon, reçut ordre de faire entrer du secours à Pouancé : ce qu'il exécuta fort heureusement pendant que, pour faire diversion, nos Craonnais faisaient des sorties sur les Anglais et s'emparaient de plusieurs prisonniers, parmi lesquels on cite : Macé de La Bes-
doière, Jean et Georges Le Voyer, chevaliers, Hingant, de La Bellière, Pierre de La Choue, écuyerduduc de Bretagne, Alain, Châtaignier, Bossan, Gicquel et autres officiers. (D. Morice, Notes sur l'histoire de Bretagne.)
Un an après (1433), les Anglais détruisirent Montjcan, appartenant alors aux Landivy. Ce chûteau, cent soixante ans plus tard, fut témoin, comme nous le verrons, de l'un des plus tristes épisodes de nos guerres civiles.
Enfin, en 1436, Charles VII, aidé du connétable de Richemont, enleva Paris à l'Anglais.
Un abrégé du récit de ca grand événement, auquel, le nom de Craon ne fut pas étranger, donnera un échantillon de notre langue au xv" siècle. Le connétable, sur l'avis qui lui fut donné des dispositions favorables de Paris, laissa la conduite du siège à Jean de Craon- La-Suze, et alla avec soixante lances se présenter à la porte 'Saint- Jacques. Ses gens parlèrent au portier, disant : « Laissez-nous entrer « dedens Paris paisiblement, ou vous serez tous mors par famine, par « cher tems ou autrement : les gardes de la porte regardèrent par des- « sus les murs et virent tant de peuple armé qu'ils ne Guidassent mie que a toute la puissance du roy Charles ne put finer de la moitié... si orent
(I) Annales de VAvranehin, par l'abbé des Roches. '
« paour et doublèrent moult sa fureur, si se consenlirenl à les bouter 1443 « dedens et entra le premier le seigneur de rillc-Adam par une grant « eschelle qu'on lui avalla, et mit la bannière de France dessus la porte « criant ; Ville gaignée^ mais Jehan l'archer ung des plus crueulx chres- •a tiens du monde... alloit... criant le plus horriblement que oncques on a vit crier gens : Saint-Georges ! Saint-Georges ! traistres françois, vous « tous mors... mais ils ne trouvèrent hommes parmi les rues, ce ne fut « devant Saint-Mery deux très-bons mesnagers qu'ils tuèrent plus de « dix fois!... » {Journal d'un bourgeois de Paris,)
Malgré cet heureux événement, la guerre n'en continuait pas moins dans notre province. En 1441, cinq cents Anglais vinrent s'emparer de Saint-Denis-d'Anjou ; les habitants, retirés dans l'église, allaient tomber entre leurs mains ; la noblesse des environs, au nombre de soixante lances, arrive sur les Anglais et en fait un grand carnage. Parmi ces chevaliers, dit Bourdigné, figuraient un Juigné, Guy du Coing, Guillaume de Saint- Amadour, du Bois-Dauphin, de Champiré, etc. (1).
Ce fait prouve qu'alors encore la cavalerie cuirassée était la force des armées, et l'infanterie fort peu de chose.
En i438, famine affreuse qui fit périr un tiers de Paris. (Charton, Mag. pitt,, mai 1842) (2).
Pendant l'été 1443, six mille Anglais, commandés par Sommerset, entrèrent en Anjou, y firent, dit Monstrelet, de c très-grands dommages « par feu et par épée, prirent d'assaut La Guerche, qui appartenait au duc « d'Alençon, laquelle ville fut du tout pillée et robée. » Une partie de ces troupes pénétra jusqu'au faubourg Sainl-Nicolas d'Angers ; obligés à la retraite, ils se replièrent sur le Craonnais ; le connétable de Richement
(1) Le château de Champiré, sur le bord do TAraise, était autrefois surnommé liaratofij du nom de la famille qui le possédait encore du temps de Barlh. Roger, vers 1G7I. De celte famille il pass.i dans celle de Sévi^mé vers le même temps. Des Sévignô il passa aux d'Ândigné, et de ceux-ci à la famille Aveline de Narcé qui le possède aujourd'hui.
Les armes de Baralon élaicut d'argent à la fasce losangée de gueules, accompagnée de sept croix palées de sable, trois en chef cl (|ualre en pointe. Celles des Sévigné étaient écarlelé d'argenl et de gueules.
Les de Narce portent d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoilrs du môme cl en pointe d'une ({uinlefLuille d'or.
(2) La môme année, fui vendue en Fonlaine-Couvcrle la métairie de la Basse-Guériverie pour quatre-vingts royaux d'or (probablemenl de soixanle-qualre au marc, ou de 3 gr. 8i Tun, à 3 fr. 10 c, soil 11 fr. 84 c), formant la somme de 947 fr. Celle môme métairie â été évaluée, eu 1791, 6,600 fr.; elle contient 'trcnle-un hectares, cl vaut aujourd'hui plus de 50,000 fr.
i443 était à leur suite ; il est rejoint à Chàteau-Goutier par leducd'Aleiiçon (1), le maréchal de Lohéac et le capitaine de Bueil. Le connétable continue sa poursuite, mais sur le point d'atteindre Tennemi, il s'aperçoit qu'une grande partie de ses forces était restée en arrière. — Néanmoins ses capitaines veulent attaquer, et malgré ses représentations, s'avancent jus* qu'au Bourgneuf, village à un quart de lieue da Saint-Quentin; le capitaine anglais, Matago (2), informé de ce qui se passait, vient les y surprendre de nuit avec quinze cents hommes, les bat, et fait prisonnier le brave de Bueil avec vingt ou trente autres gentilshommes. Par bonheur le ducd'Alençon arrive sur ces erflrefaites, parvient à rallier les fuyards, les ramène à la charge, enfonce à soif tour les Anglais, et les poursuit l'épée dans les reins jusqu'auprès de Beaumont-le-Vicomte sur la Sarlhe.
Après la défaite de Saint-Quentin, les Anglais ne reparurent plus en Anjou.
Quelque temps après, le connétable, en sa qualité de frère du duc de Bretagne, s'entremit pour faire la paix avec l'Angleterre et y parvint avec l'aide d'Ambroise Loré, alors cantonné à Craon (3) . — Le 28 mars 1448, des lettres de prolongation de trêve entre Charles VI et Henri II furent publiées à Angers, à Craon, à Laval. (3*^ partie AeVRist^deSablé^de Ménage, p. Si.)
Mais, dit Bourdigné : « Les Angloys ne povans desraciner l'ancien venin de hayne qu'ils ont de longtemps planté en leurs cueurs contre la nation françoyse, retinrent encore longtemps quelques places. » Ce chroniqueur cite parmi les chevaliers qui aidèrent le plus à les en chasser: les sires de Précigné, de Bouille, de Scepaux, de Beauvau, seigneurs de Précigné, de La Forest, de Brissac, de Montjean, de Champagne, de Bueil,' de La Rochefoucauld, Joachim Rouault, depuis maréchal deFrance. Barthélémy Roger ajoute à cette glorieuse liste les Bois-Dauphin, le baron de Juigné, de Champiré, d'Orvaux, des Escottais, de Sainl-Amadour, d'Andigné, d'Angrie, de La Faucille et de Serrant (4). En 1447, le Bastard de La Tré-
(1) Jean de Valois, duc d*Alençon, baron de La Guercheet de Pouancô, qui plus tard s'allia à rAnglais,'fut condamné à mort, et mourut de maladie à Paris, en 1476, dans une maison particulière qu'il avait pour prison. (Hist. de La Guerche^ communiquée par M. Parisol.)
(2) Son vrai nom était Matthieu Golh.
(.J) Tel élalt alors^l'ctat du pays que Jean d'Hicrray, évéquo du Mans, de li39 à U^l, autorisa la réunion de la collégiale de Monlsûrs à l'église Sainl-Tugal de Laval, parce que les prélres de Montsûrs étaient pillés non-sculemont par les soldats, mais par les brigands du pays qui les emmenaient au fond des bois, les mutilaient, les mettaient à rançou cl les dépouillaient de tout. (Ab. FoucIkt.)
(4) La nouvelle famille de Serrant, dont le nom patronymique est Walch et dont la glorieuse illusiralion date des infortunes de Jacques II, roi d'Angleterre, n'a acheté
moille, capitaine de Craon, voulut obliger les eslagiers (habitants) de La 1480 Roë, d'aller faire le guet à Craon ; Tabbé s'y opposa et cita le capitaine devant le Parlement. {Arch. dép., reg. 71.)
Par suite de la paix, bon nombre de gens d'armes, ne sachant plus que faire, restèrent dans nos pays et se mirent à vexer la population. Le duc de Bretagne envoya des sergents à Fougères, à La Guerche et en d'autres places, pour les faire sortir de son territoire sous peine d'être traités comme brigands. Il fit en môme temps prévenir les garnisons de Craon et de Chàtcau-Gontier qu'il punirait très-sévèrement ceux qui se hasarderaient encore à faire des courses en Bretagne (l).
En récompense de ses nombreux et brillants services, Ambroise Loré fut nommé prévôt de Paris.
Il se distingua dans cette charge par sa fermeté et par le bon ordre qu'il sut mettre dans celte grande ville déjà très-turbulente. Le Journal iun bourgeois deParis\\x\ reproche seulement son amour désordonné du beau sexe (2).
Ives Lafond, abbé de Vendôme, de 1415 à 1480, et titulaire du prieuré de Saint-Clément, en 1450, avait fait ouvrir en 1439, à la demande de Louis de Bourbon, comte de Vendôme, une châsse en fer contenant des reliques de saint Eutrope, apôtre et martyr de Saintes au m* siècle; ces reliques avaient été données à Vendôme, vers 1050, par GeofTroi- Martel (3). On croit avec assez de vraisemblance que Lafond, lorsqu'il posséda notre prieuré, voulut l'enrichir d'une partie des précieuses reliques du Saint, et fonder en son honneur la chapelle et le prieuré de Saint-Eutrope, en y plaçant une foire qui jusqu'alors se tenait à Saint- Clément (voy. renvoi H), et qui, en effet, s'est maintenue à Saint-Eutrope
Serrant qu'en 1730; une branche de cette famille possède le château de BouiUé-Méoard et une campagne à Saint-Hartin-du-Limet. Ses armes sont d'argent au chevron de gueules accompagné de trois phéons (ou harpons barbelés) de sable.
(1) DomLobineau.
(2) La vigile deTAscension 14â6, ftit enterré le prévôt de Paris, Ambroise Loré, baron de JuiUé (Le Paigedit baron d'Yvri du chef de sa femme), «maintamant (maintenant) le bien commun que nul prévost que devant lui eust été puis quarante ans... et supportoit partout les femmes folieusos dont trop avoit à Paris. » Ses armes étaient de Bretagne à trois quintefeuilles de gueules.
(3) En 1492, Phil. de Luxembourg, évéque du Mans, avait fait placer ces reliques dans une magnifique châsse de vermeil dont s'emparèrent les révolutionnaires, en 179 <, après en avoir brûlé les reliques : mais la majeure partie du corps de saint Eutrope était restée à Saintes, dans son sarcophage primitif du ni^ siècle : soigneusement caché, lors des guerres de religion, dans une crypte placée sous le grand autel de Téglise de Saint-Eutrope, il n'a été retrouvé qu'en 1843. {Hecueil des pièces relatives à la reconnaissance des reliques de saint Eutrope.)
1468 jusqu'à la Révolution. Quoique transférée à Craon en 1798, cette foire conserve encorde nom de Saint-Eutrope. Il serait possible que de vives querelles se soient élevées au sujet du déplacement de cette foire, entre le baron de Craon, alors Georges I" de La Tréraoille, homme violent, et le prieur de Saint-Clément, et que ce différend ait été terminé par une transaction qui défendit d'apporter désormais à Saint-Clément de la poterie, objet important du commerce de ce temps, comme de fait il ne s'y en est plus vendu depuis, et que telle aurait été l'origine de la légende populaire du diable de l'Ile-Tison, battu par un prétendu seigneur de Lantivy, et encore heureux de pouvoir s'enfuir en emportant les anses des pots exposés en vente à Saint-Clément (1).
Louis XI assembla les états généraux i\ Tours en 1468. Y assistèrent : Georges II de La Trémoille, baron de Craon, et les seigneurs de La Forêt, de Crissé, de Bueil, etc.
A l'occasion de la Ligue dite du Bien public^ le même prince déclara la guerre à François II, duc de Bretagne, vint en 1472 à Laval et à ChiUeau-Gontier où il passa six mois, et alla assiéger et prendre Châteaubriant et La Guerche (2). L'armée royale était campée à La Roë; le roi,
{{) Voici en quelques mots celte légende: Un seigneur de l'Ile-Tison, ayant voulu aller à la cour, perdit au jeu tout ce qu'il possédait, et ne sachant plus à quel saint se vouer, se donna au diable avec Tenfanl dont sa femme était enceinte. Au movon de ce pacte, il rentra dans ses biens; mais bientôt bourrelé par le remords, accablé par les reproches de sa femme, il appelle le diable en duel, et, avec le secours de sa levrette, le bat et le force à fuir; mais en s'en allant, le vaincu se vengea en cassant les anses de tous les pots qui étaient en vente ce jour-là à Saint-Clément.
Les Lantivy n'ont possédé l'Ile qu'en 1635, mais il peut être arrivé que le peuple, ayant oublié le nom des anciens possesseurs de ce lief, ait attribué la légende aux propriétaires qui leur ont succédé; ce qui appuierait cette opinion, c'est que Thisloire de ce Georges de La Trémoille offre précisément une intervention diabolique analogue à celle de la légende: de Giac, premier mari de Catherine de l'Ile-Boucbard, avait, parait-il, donné au diable, alors fort en crédit, un de ses bras, afm qu'il raidi\t dans ses crimes. Or, avant d'être exécuté, il voulut qu'on lui coupât ce bras, de crainte, disait-il, qu'en prenant ce qui lui appartenait, son infernal créancier ne s emparât de toute sa personne. Ces détails, probablement rapportés â Craon, lors du mariage de La Trémoille avec la veuve de Giac, et amalgamés avec les querelles suscitées à propos du transférement de la foire de Saint-Eulropc, ont pu donner naissance à la légende en question, (â) El La Guierche pour abréger
Où le Roy Loys fut loger
Passa par Laval, dire louse,
Et fut en Tan soixante et douze
A Châteaubriant et La Guierche,
Fil saillir de Tare mainte floche.
^Lc Doyen, notaire îi Uval, mort vers f597.)
dit la chronique locale, était établi avec sa suite aux châteaux de Saint- 1475 Georges et de Pelletrée; mais le'duc ayant demandé la paix, le roi retira son armée, et en action de grâces de ce succès, donna à Saint-Martin de Tours une figure de château en argent pesant cinquante-deux marcs (12 kilogr. 727 grammes).
Pendant que Louis XI était dans notre pays, il arriva qu'un jour, fatigué des grognements des porcs qu'il trouvait sans cesse sur son chemin, il dit à Vabbé Baigné qui le suivait toujours: « Abbé, faites-nous donc une musique avec ces oiseaux-là. » — L'abbé prit la chose au sérieux, et au moyen d'un clavier dont les touches, armées d'un aiguillon, piquaient des porcs de différents âges enfermés chacun dans une case, il fit un instrument tel quel, dont l'invention, sinon l'harmonie, réjouit fort le roi et valut k l'auteur une bonne abbaye. A quelque temps de là, le roi ayant sans doute à récompenser des services plus sérieux, pria l'abbé de lui rendre son abbaye. « Oh ! dit l'abbé, je prie Votre Majesté de trouver bon qu'ayant rais quarante ans à apprendre les deux premières lettres de l'alphabet {A B), j'en emploie autant à apprendre les deux suivantes (C D). » Celte historiette prouve au moins que les porcs sont depuis longtemps une des richesses du Craonnais.
Louis XI, après la conquête de la Picardie, découvrit à Roye les reliques de saint Florent, qui y avaient été déposées depuis l'invasion des Normands. Il fut obligé d'employer la force pour les enlever et les faire rapporter à Saint-Florent en 1476. Un des témoins de cette réintégration fut Deniau, doyen de Craon et chanoine d'Angers. (Arch. d'Anjou^ IPvoL, p. 99.)
On sait que le môme roi s'empara fort peu loyalement du duché d'Anjou sur son oncle, le bon René, qui n'avait pas d'héritier direct et qui s'en alla philosophiquement habiter Aix en 1480. Cependant il faut avouer que René, en empêchant sa noblesse d'aller combattre les princes ligués, soi-disant pour le bien public, avait donné à Louis XI d'assez justes motifs de mécontentement.
Quoi qu'il en soit, retiré dans sa belle Provence, René s'occupa de faire fleurir les arts utiles, l'agriculture et le jardinage. « Pour cârtain, dit a Bourdigné, il fut le premier qui, d'étrange pays, feist apporter en « France, paons hhncs, perdrix rouges, connils blancs, noirs et rouges; « œuillets de Provence et roses de Provins (1), et en ces très louables et
(1) Ces acquisitions prouvent dans quelle pauvreté était alors notre horticulture et feraient sans doute aujourd'hui grand'pitié à nos fleuristes. Nous jouissons sans songer au temps qu'il a fallu pour vulgariser ces jouissances. Cependant il faut ajouter à ces
29â SUITE DES CHRONIQUES.
1481 « honnesles passe- temps usant le vertueux prince ses jours... dit par plu- « sieurs fois aux princes qui venoientle visiter, (/îi'f/ aymoit la vie ruralle « sur toutes autres pour ce que cestoit la plus seure façon et manière de « vivre el la plus loingtaine de toute terriemie ambition. »
Aussi, loin de garder rancune à Louis XI, il ne larda pas à lui assurer encore Théritage de la Provence, en 1475.
L'an mil quatre cent quatre-vingt,
Gelèrent sitres et vins.
Il lil un hyver si terrible,
Que d'échauffern'étoil possible. (Le Doyen.)
Commines fait aussi mention de ce terrible hiver. Selon lui, le vin gela dans les caves ; les "vignes et romarins, même les genêts^ périrent (1).
Depuis Louis XI, TAnjou, dont saint Louis avait déjà réuni la souveraineté à la couronne, ne fut plus qu'un apanage des cadets de France. Cet apanage fut encore héréditaire, mais au moins avec la réserve de retour à la couronne, et ne conféra plus que des droits utiles. Ceux de souveraineté cessèrent avec les deux maisons d'Anjou-Sicile. Aussi les évoques, les sénéchaussées, les officiers des aides et gabelles, les prévôts et leurs lieutenants, furent désormais, dans cette province, à la nomination du roi. Les grands fiefs disparaissaient. Richelieu acheva de faire table rase sur le sol de la France et peut-être tomba-t-il dans un excès contraire.
En 1481, le sénéchal et gouverneur d'Anjou fil faire la montre de la noblesse de cette province. Voici une partie des noms cités par Barth. Roger, bénédictin de Saint-Nicolas d'Angers, mort vers 1675 :
De Saint- Amatour, — d'Andigné, — d'Aubigné, — Baraton (de Champiré), — de La Barre, — de La Beraudière, — de Boisjourdan, — Bonchamp (Louis), — du Buat, — de Champagné;(Jean), — de Charnacé (René),
— de Champchevrier, — Coisnon (Pierre), — de La Chainaye (René), — de Chivré, — Lenfant, — Lenfantin,— de L'Épronière, — de La Faucille,
— de Feschal, — du Fougerais, — de La Grandière, — de Lingrée, — Mauviel, — de Monteclerc, — Morderet, — d'Orvaux, — de La Porte, —
— de Quatrebarbes, — Racapé (Jean), — Le Roy-Robert, -*• de La Saugère, — de Scepeaux.
acquisitions de René les raisins chasselas et muscats, les poires dePépiriy de Jargonelle el de Bczi d'Héri, (Bourdigné, et Bull, mon, d'Anjou, par M. Aimé de Soland, 1860-1802.)
(I) Bodindil que Commines reçut de Louis XI la seigneurie de ChâUau-Gomier, c*est une erreur; c'est la seigneurie de Château-Gaultier en Poilou, qu'il devait dire.
DE 1394 A 16â0. 393
En 1487, un François de Sainl-Amadour fut nommé capitaine de Saint- 1488 Aubin-du-Cormier. (Voyez les JVoiessurLaSelle-Craonnaise.)
Au mois d'avril 1488, le célèbre Louis II de La Trémoille, alors notre baron, rais parle roi k la tête de douze raille hommes, prit Chàteaubriant et Ancenis- Cette dernière place était abondamraent pourvue de munitions et de gens de guerre. « Mais, dit Saligny, cité dans YHistoire (T Ancenis, « Tarmée royale avoit des basions (armes à feu) de nouvelle fabrique en» « façon de serpentines, qui faisoient des passées incroyables (1), tellement « qu'en moins de quatre jours la place se rendit. » (25 juillet 1488.) Ses fortifications- furent rasées. Charles VIII nomme le commandant et peutêtre rinvenleur de ces nouveaux engins, maître Jean Robineau ; c'est qu'alors les grades dans Tarlillerie n'étaient pas encore assimilés à ceux de Tarmée.
Le 4 juillet suivant, le môrae prince se plaignait à La Tréraoille de ce que, sur la frontière du Maine (dans notre Craonnais), plusieurs capitaines de laquais (gens de pied) se faisaient passer pour Bretons belligérants et causaient beaucoup de raal au peuple ; aussi huit jours après écrivait-il d'Angers : « J'ai fait plusieurs entreprises pour vous revancher du sieur des Barres, qui celle année a tant couru votre terre de Craon et mangé vos laboureurs et vos poules, et ses compères: et combien que je sois assez loin des frontières, si ai-je fait une petite guerre de ce que j'ai pu faire, lellement que j'ai aujourd'hui prins ledit des Barres, Callart et le bailli de Gandelus, et plusieurs autres de la raaison du duc (de Bretagne) ; en somme ils ont été détroussés six vingts chevaux, mais j'ai espérance que ledit des Barres et mes autres sujets qui étoient avec lui ne mangeront mesampièce vos poules ne les miennes. » (D. Morice, Supp. aux preuves^ etc.)
Après la prise de. Fougères, eut lieu la sanglante bataille de Saint- Aubin-du-Cormier (28 juillet 1488), dans laquelle La Trémoille se couvrit de gloire. Il est malheureux que l'histoire ne nous ait pas conservé les noms des chevaliers du Craonnais qui, sans doute, l'accompagnèrent et parmi lesquels était certainement François de Saint-Amadour, dont nous venons de parler.
(I) Le courage des troupes, l'habileté du général, complenl assurémenl pour beaucoup dans le succès des batailles, mais il semble qu'on ne ifenl pas assez compte des avantages souvent donnés par certaines armes aux premiers qui les ont employées. Depuis les cuirasses romaines, contre les Gaulois demi-nus, jusqu*au Tusil 4 aiguille de nos jours contre le fuiil à silex, que de victoires dues à un simple perreclionnement dans les armes !
1491 Guillaume Le Doyen dit à cette occasion :
Bretons, Allemans, Byscayens, Espaignols, Engloys, Austerlins, Près de Sainct Aulbin du Cormier, Parquez furent comme belins (moutons)...
La Tremoille fut premier mys Frappant sur eulx très puissamment • En criant Hontjoye Sainct-Denys...
Selon le même chroniqueur, Tarmée bretonne était de trente-trois mille hommes et perdit deux cent vingt cuirasses.
Le Roi récompensa notre baron en lui donnant, le 21 ao&t suivant, le commandement de la ville et du château de Nantes.
En février 1491, Louis II de La Tremoille, mandé par le Roi, Talla trouver au Plessis-lez-Tours, avec une suite de trente-cinq chevaux (1).
Le 6 décembre 1491, Anne de Bretagne, avant d'épouser Charles VIII, se rendit de Rennes à Angers par le Craonnais. La route qu'elle y suivit porte encore le nom de chemin de la reine Anne, notamment le vieux chemin de Renazé près de la Trotterie et qui, dit-on, faisait partie d'une ancienne voie romaine. (Voy. pi. IL)
Le maréchal de Gié, Pierre de Rohan, après avoir reconstruit en grande partie son beau château de MortiercroUe, fonda tout auprès, en 1499, une maison de Cordeliers sous l'invocation de Notre-Dame des Anges. (Barth. Roger) (2). Ce fut l'origine du bourg du même nom'. — Il donna au même couvent, en 1S09, une rente de 50 livres tournois
(t) On a conservé le détail curieux de ses déboursés : du 8 au 22 février, \\ défjcnsa avec toute sa suite 13 livres 10 sols par jour. — Un cent d*œufs se payait 7 sols et demi. — Demi-ccnt de harengs, 12 sols 1 denier. — Une livre de sucre, b sois.
— Dix-huit livres &e beurre, 21 sols. — Un faucon, 0 écus faisant, dit la note,
10 livres 10 sols. - Une poule pour Toiscau, 6 deniers. — Un sacre agard (sans doute un faucon pèlerin ) , 9 écus ou 15 livres 15 sols. — Quatre faulxcons, 20 écus sols ou 36 livres 5 sols. — Demi-quartier de bœuf, 3 sols 9 deniers. — Cinq moutons, 60 sols. — Une oie, 2 sols 6 deniers. — Quinze chapons, 37 sois 6 deniers. — Quinze poules, 18 sols 9 deniers. — Six connils, 15 sols. — Sept perdrix, 17 sols 6 deniers. — Dix-huit livres de lard, 21 sols. — Une livre de graisse pour les pâtés, 7 deniers obole. — Vingt livres de chandelle pour deux jouis, 23 sols
11 deniers.— Une journée entière de vingt-huit chevaux à 2 sols, 0 deniers 70 sols.
— Trois pintes verjus, 18 deniers. — Dix-huit pots de bosché (boisson factice), à liJ deniers le pot. — Une paire de souliers, 5 sols 6 deniers. — A Monseigneur pour le jeu, un écu ou 33 sols, une autre fois 11 livres 17 sols, {liibi, de V Ecole des C/l., XIX* année.) •
(2) D. Horice et Bourdigné placent cette fondation en 1500, s*appuyant sur la bulle d*Alexandre VI qui, en cfTct, est de cette année; mais la construciion peut bien avoir précédé d*une année. En 1!S09, elle n'était pas encore terminée.
pour y fonder un service annuel. Le pape Alexandre VI confirma cette 1806 fondation par une bulle de Tan 1500, et permit aux religieux d'avoir une petite cloche [humilem campanam).
Au moment de la Révolution, cette maison servait de pénitencier aux jeunes gens qui, par leur inconduile, forçaient leurs parents à les faire enfermer pour leur éviter la honte d'un jugement public (1).
Quelques années après cette fondation, la famille de Rohan embrassait avec ardeur le parti de la Réforme. On montre encore, aux environs de Laigné et deCossé (2), les prêches de M. de Rohan. [Yo'w Saint Quentin.)
Après la conquête de Milan en 1499, on fil à Angers de magnifiques tournois dans lesquels se distingua et fut grièvement blessé un de nos compatriotes, le sieur de La Chesnaie, seigneur de Gongrier, que nous verrons bientôt embrasser aussi la Réforme. (Barth. Roger.)
En 1501, grande mortalité à Laval et à plus de dix lieues à la ronde. Le naïf Le Doyen dit à ce sujet :
Hors es chemins on les trou voit, Puis après on les apportoit A rhospital Saincl-Julicn Où chascun leur faisoil du bien...
Le cartulaire de Saint-Florent rapporte que, malgré toutes les lettres et instances de Louis XII et de la reine Anne, malgré l'envoi de plusieurs seigneurs, notamment de celui de Saint-Amadour, les moines de Saint- Florent élurent pour leur abbé, en 1506, Jean de Mathefelon, prieur de Cossé-le-Vivien, et qu'à son intronisation René Jarret, écuyer (3), seigneur de La Bellière, tint la bride du cheval de Tabbé. (Arc/i. d'Anjou, t. II.)
C'est en 1508 que Louis XII fit réformer nos coutumes d'Anjou. Leur dernier texte avait été rédigé par ordre du roi René en 1462. (Voir Cou^ tûmes,) Pour cette réforme, les députés s'assemblèrent aux Cordeliers d'Angers et furent présidés par deux conseillers du Parlement : Thibault Baillel et Jean Lelièvre. On y vit figurer pour le clergé un membre du
(l>En 17il, Legoust de La Villegoya, co-propriétaire du Baril de Saint-Marlin, après avoir dissipé sa fortune, voulait encore vendre sa part du Baril. Il fîi assassiner le colon du curé de Saint- Martin et mena^çail de tout abattre et incendier, si Ton n'achetait sa part. Le curé fut obligé de s'entendre avec la famille Legoust pour faire enfermer ce furieux aux Anges, en i7aG.
(2) Entre autres : la Ganlièrc, les Boulais, TEpinay, où existe encore un vieil édifice ayant évidemment servi de temple.
(3) Celte ancienne famille a possédé des terres dans le Graonnais, notamment la Joubardière, dont le seigneur était patron de Saint-Martin. (Voy. à cette paroisse.) Les armes des Jarret sont d'argent à la hure de sanglier arrachée de gueules.
1514 chapitre de Saint-Nicolas de Craon, dont on ne donne pas le nom ; pour la noblesse, Louis II de La Trémoille, baron de Craon, et René de Cossé, seigneur de Brissac; pour le tiers-État, Jean Landivi, maire d'Angers, et plusieurs avocats et marchands.
Dans l'hiver de 1810:
Noyers, genêts et romarins,
Et loriers y prindrent leurs fins. (Le DoycD.)
Le jour de Pâques, 11 avril 1512, eut lieu la glorieuse et célèbre bataille de Ravennes. Parmi les guerriers de notre pays qui s'y distinguèrent, Bourdigné cite les sires de Cosmes, de Marigné, de Coisnon, Nicolas et Yvon Pierre, Loys de Qualrebarbes, Pierre Jarret, René de Sainl- Aignan, etc. Bodin ajoute les noms de Christophe et Beaudoin de Champagne. [Anjou, i II, p. 357.)
A la bataille non moins célèbre de Marignan, qui se donna trois ans après, Bourdigné cite Charles de La Trémoille, seigneur de Craon, de Thouars et de Briolay, qui y fut tué (1), Jac([ues Turpin, etc.
En 1814, mourut la bonne reine Anne, duchesse de Bretagne. L'abbé de La Roé, Guy Le Clerc, aumônier de celte princesse, accompagna son corps jusqu'à Saint-Denis, officiant pontificalement chaque jour à la quatrième des messes qui se disaient pour elle.
Au synode de Saint-Luc (2), en 1514, il fut ordonné aux curés de tenir des registres de baptême et d'y inscrire le nom des parrains et marraines.
Dans la même année, contagion de pestilence. (Barth. Roger.)
François P' vint à Angers en 1818 et assista à la procession de la Fête- Dieu. Le Saint-Sacrement fut porté par Guy Le Clerc, abbé de La Roé, évoque de Léon, et par Mgr Guy Pierre, chanoine scolastique d'Angers, « suyvant lequel marchoit le très-chrétien roy, la très-noble duchesse « d'Anjou sa mère, acompaignez de plusieurs ducs, contes, barons, « prelatz, dames, et damoiselles, qui esloit chose très plaisante à veoir... « et estoient les rues... richement tendues et tapicécs et y povoiton ouyr « grant mélodie et doulces résonances du son de divers instrumens «comme : clairons, trompettes, violles, saqueboutles» (ou sambuttes, espèce de trompette recourbée).
(1) Nous avons parié de ce Charles de La Trémoille qui tombe ici giorieusemeni et causera la mort de sa mère. Son père, Louis II, ne lui survivra que pour mourir dix aos plus lard, à la funeste bataille de Pavie.
(2) Les synodes étaient des réunions diocésaines ordinairement bisannuelles, présidées par l'évoque et ayant pour but le;maintien de la discipline ecclésiastique.
Une nouvelle épidémie força le roi h quitter Angers, « car, il n'cstoit 1514 <r encores délibéré d'en partir, ains disoit qu'il trouvoit Taer d'Anjou fort « doulz et attrempé. » (Bourdigné.)
Ce prince, dans la prévision de la grande lutte à laquelle il se préparait contre Charles-Quint, fil en 1520, une levée de francs-archers. L'Anjou en fournil environ cinq cents, dont on donna le commandement k Charles de Coesraes ou Cosmes, seigneur de Lucé, qui, au rapport de Bourdigné, s'était distingué à Ravennes et à Marignan. Ces francsarchers reçurent le nom de francs-la upins(l).
Chaque paroisse fut obligée de fournir un homme équipé d'un pourpoint à collet de.cuir, de chausses (culotte), souliers, et d'une toque ornée de plumes. Ils furent armés de tels harnois (cuirasses) et basions (lances, armes à feu) que le capitaine voulut... « Mais, dit Bourdigné, telle innovation fut ft au peuple d'Anjou très-ennuyeuse, odieuse et grevable, ces hommes « voulans vivre oyseux, piller comme en pays ennemy et commettant mille <f impiétés, comme abattre les saints, baptiser desveaux^ etc (2). »
On voit que l'esprit de Luther soufflait déjà, et puis, chaque paroisse ayant profité de cette levée pour se débarrasser de ses plus mauvais sujets, il n'est pas surprenant que ces homnies, qu'on aurait dû s'empresser de dépayser et d'enrégimenter, étant laissés dans leur pays et armés, sans discipline ni surveillance, soient devenus de véritables malfaiteurs. Aussi, loin de rendre le moindre service, devinrent-ils si dangereux, qu'on fut obligé de courir sus, d'en pendre et décapiter plusieurs à Angers, entre autres un porte-enseigne nommé de Boysselou, natif du Berry. Bourdigné ajoute que quelques bandes vinrent aux portes d'Angers comme sotis la charge des seigneurs de Lucé, de La Faucille, etc., et que plusieurs capitaines furent condamnés à de grosses amendes : tels furent
(1) Cette épithète semble avoir été donnôc aux gens qui vivaient aux dépens des autres. (( Les acheptcurs de tillres par finance pour jouir de la francliise due aux gentilshommes étaient aussi appelés francs -taupins, »> {Traité de> droits honorifiques^ par Maréchal, 1655.)
(â) « Par dyabolique instigation prindrenl ung veau et le porlèrcnl sur les saincts fonds députés (servant) à donner baplesme au\ chrétiens, et là ung d'enlr'eulx prenant les aornemcnts de régiisc avccques eau benoiste, fil semblant de le baptister, etc. » (Bourdigné.)
Par ce pays firent grands maulx,
Baplisans asnes et veaux,
Enfin ne servirent de rien
Et dépensèrent beaucoup de bien.
Cent francs cousta en Saincte-Mélainc
Pour en veslirdeuxde leur laine. {Chron. Le Doyen.)
398 ' SUITE DES CHRO?)IQUES.
1823 les désordres commis par eux, que François I®', dans la commission qu'il donna on 1523 à Turpin de Crissé de venir réprimer ces brigandages, dit : Chassez, dépariez, rompez, saccagez, faites pendre et mettre on pièces ces aventuriers. {Notes snr^ourdigné^ par le comte deQualrebarbes.) C'est, sans doute, à la suite de ces désordres que François P' établit des brigades d'archers à cheval commandés par un prévôt, à la fois juge et chef militaire, chargé de poursuivre et de punir ces malfaiteurs. —Presque au même temps, des bandits d'une autre espèce dévastèrent notre pays avec une telle audace que Louise de Savoie, mère de François P% fut obligée d'envoyer contre eux le maréchal de Montmorency, et que le président Bignon vint de Rouen à Angers pour en faire justice. Les paysans furent obligés de s'armer contre eux et aidèrent à en pendre quelques-uns.
En 1823, Guy Le Clerc, né à Daon, abbé de La Roë et de Montfort, évoque de Saint-Pol de Léon, mourut au prieuré de Saint-Ouen et légua par son testament cinq cents livres pour aider à marier de pauvres filles ; de ce nombre furent Françoise etHardouine Affagart, ses nièces (1). René Affagart^ sans doute leur oncle, avait été investi du prieuré de Fontaine- Couverte, en 1517, par son procureur qui signa ainsi le procès-verbal de prise de possession : Es esto signo meo manmle hic apposito (2). Ce latin semble sorti de la même cuisine que celui des actes du Parlement du temps. (Voir la fin de Tart. Justice,)
Et pourtant l'Université d'Angers était alors florissante, et chaque abbaye avait dans cette ville une maison pour recevoir ses novices. Celle de La Roë était dans la rue du môme nom; celle de La Boissi}re au haut du Pilori ; celle de Vendôme^ de qui dépendait Sam(-C/É^me«^ àl'Evière, etc. Notre Université était divisée en six nations : celle d'Anjou comprenait, outre cette province, la Touraine et les pays étrangers : le sceau de ses armes était de France ancien, c'est-à-dire d'azur semé de fleurs de lis d'or, bordé de gueules chargé (sommé?) d'une crosse et d'une épée. Sa fête se célébrait à la Saint-Lézin (3), le 13 février.
Les écoliers jouissaient de droits exorbitants; jusqu'en 1629, ils furent autorisés à porter l'épée et à se faire appeler messires. En voyage, ils étaient, comme les ecclésiastiques et les nobles, exempts des péages tant sur les grands chemins que sur leurs branchières (embranchements)
(1) M. Belleuvrc {Anjou pittoresque) dit que la familie de Guy Le Clerc de Goulaincs, était une branche de celle des Le Clerc de Juigné. Son tombeau, scion sou testament, fut placé dans la chapelle de la Madelaine de réglisc de La RoC; il était orné de sept statues en pinrre blanche. Tout est détruit.
(2) Noies de Fontaine-Couverte.
(3) Lézin ou Licinius était comte d'Angers au vi* siècle.
(art. 58 de la Coutume); ils étaient seulement obligés de déclarer aux pré- 1528 posés ce qu'ils portaient dans leurs bagages; — en cas de besoin, ils avaient droit d'exiger des cultivateurs un cheval de selle en payant le prix d'usage.
Au xvi* siècle, ils payaient 2 sous par mois pour droit d'écolage {trente centimes de notre monnaie), plus une petite contribution pour la chandelle, les bancs et les châssis de toile qui alors tenaient lieu de vitres. Avant l'emploi des bancs, les écoliers s'asseyaient par terre sur de la paille à laquelle, les jours de grande fête, on mêlait des plantés odoriférantes, notamment du fenouil.
Le vêtement des écoliers pauvres consistait en un surtout et un chaperon de bure, des braies ou culottes de toile et des sabots. Ceuxqui avaient une belle écriture, gagnaient, en copiant des livres, de quoi s'acheter des souliers à Pâques (Bodin) ; quant à leur nourriturp, nous en avons parlé à l'année 1140.
Les cours se faisaient en latin et les censeurs ne pouvaient parler aux écoliers qu'en cette langue.
On voit que pour encourager les écoliers, nos rois avaient poussé leur sollicitude jusqu'à l'imprudence et à l'arbitraire. De leur côté les papes (1) pour faciliter les études dispensèrent les écoliers d'assister à certains offices religieux et leur faisaient part des biens de l'Eglise, ce qui n'a pas empêché les rois et les papes d'être accusés de favoriser l'ignorance par des gens qui semblent croire que la civilisation d'un peuple n'est que l'affaire de quelques années et qu'on la hâte par- des révolutions.
De 1528 îi 1533, famine pendant laquelle les populations furent réduites à faire du pain avec de la racine de fougère desséchée au four et mise en farine (2).
La captivité de François I®' vint mettre le comble à nos maux.
Puis Pasques mil cinq cent vingt-cinq
En France moult grand mal advint,
Pour la prinse de notre roy.
Filles et femmes mariées,
Chascun jour sont déshonorées.
Riches, pauvres, battus, occis.
Sans pasteur sont mal les brebis! [Chron. Le Doyen.)
(1) Notamment Urbain V, Clément VIF, Benoît XIII et Jean XXIII. {Hisl. dj Vècoh épise. d'Angers^ par M. Parrot.)
(2) En effet, les plus grosses racines de fougère contiennent beaucoup de fécule, mai d'une amertume insupportable; elle disparaîtrait sans doute par le lavage, comme celle du sarrasin de Tartarie. Voici, au rapport de Hiret, comment on préparait la racine de fougère : « Le peuple la fait sécher dedans le four, on la coupe par petites rouelles, puis après est moulue, et ceste farine est mise en pain. »
1837 Malgré toutes ces calamités, et malgré les oppositions de quelques riverains, notamment du propriétaire de La Rongère, on s'occupa en 1837 de rendre la Mayenne navigable, de Ghâteau-Gontier à Laval. Les lettres patentes de François P' pour cet objet sont de 1834. (Ménage, Supp, à rhist. de Sablé.)
Dès lors, les vins du haut Anjou vinrent, à la grande joie de nos aïeux, remplacer les vins d'Azé, de Houssay, de Bazouges, dont certain auteur, sans doute inspiré par eux, a dit :
Bazougium vinum super omnia vina malignum, Housseio adjeclo, peclora peiriticat.
Dès lors aussi furent délaissés ces tristes vins du crû, que nos Craonnais ne craignaient pas d'offrir à leurs amis et môme avec lesquels, dit-on, ils se permettaient quelquefois de s'enivrer (1).
Dans le même temps, René du Bellay, cardinal et évoque du Mans (1838-1846), aidé du célèbre naturaliste et voyageur, Belon, tira de leur enfance Thorticulture et l'arboriculture de notre pays. Jusque-là les plus beaux jardins, ceux mêmes du Louvre,,n'avaient pour ornement que des berceaux et des treilles. On ne connaissait qu'une vingtaine d'espèces de poires et quatre ou cinq de prunes. Les plus élégants parterres s'ornaient de mélisse, de thym et de romarin. Grâce à notre prélat, les meilleurs fruits de l'Europe et de l'Asie furent réunis dans ses jardins deTouvoie, et de là se répandirent dans toutes les maisons de campagne.
(1) Il D*y avait pas alors une ferme du Craonnais qui n'eût sa vigne : les champs où elles étaient en gardent encore le nom; celle du prieuré de Saint-Clémeui occupait ccUe espèce de coteau au midi qui touche l'ancienne cure. — Nos ancêtres se vengeaient comme ils pouvaient de leurs vins en les appelant : Grichc-dent, rompt-ceinturCy tortboyaux, L*autcur des Vaux de Vire, Olivier Basselin, ne dit-il pas :
Du Golinou ne buvez pas, Laval rompt la ceinture :
Ce sont bailleurs de tranchaisons, Ennemis de la nature, etc.
S*ils s*avisaient de remplacer ces vins par le cidre, nos pommes d'alors le faisaient appeler par Le Doyen : Breuvage pour Maczons et par Tortaire : Suçcus pomis,., extortus acerbis l et ils se rejetaient sur des mélanges plus ou moins malheureux d'eau et de miel bouillis et fermentes (hydromel). Si l'on employait le vinaigre et le sel, on avait de Toxymel; ou encore sur la bière ou Xhypocras composé, suivant la recette de Taillevent, cuisinier de Charles VU, de 3 gros de cinnamomc, 1 gros de mesche (prunes sèches, mt/xa), un demi-gros de giroHc, 6 onces de sucre tin infusés soit dans l'eau, soit dans la bière, le cidre ou le vin, et aromatisés, selon les goûts, avec la cannelle, le gingembre, etc. Plaignons donc nos aïeux, mais ne les blâmons pas; ce n'est pas leur faute s'ils n'ont pas bu meilleur.
Vers 1550, florissait François de Sccpeaux, maréchal de la Vieille- 1537 Ville, ou de la Vieuville, cette gentille fleur de chevalerie, comme l'appelait François I". Les de Scepeaux possédaient dans le Craonnais de grands biens, notamment : TIle-d'Athée en 1337, Bouchamp et Bouched'Usure en iSlO, Touchebaron en Cessé, La Touchardière en Ballots et L'Epronnière en Livré, ce qui a fait croire à quelques personnes qu'ils possédaient aussi la Vieuville, et que c'était d'elle que le maréchal lirait son nom ; c'est une erreur : il prenait son nom d'un château très-considérable, appelé la Vieille-Ville et situé sur le Loir. C'est lui qui, après la paix d'Amboise, réunit catholiques et protestants, et alla arracher aux Anglais Le Havre que leur avait livré le calviniste Coligny : La Vieille -Ville mourut empoisonné, dit-on, à son château de Durtal, en 1571.
Avant de passer aux tristes épisodes de nos guerres de religion, jetons un coup d'œil sur l'architecture et les habitations du pays.
Nos premières maisons tant à la campagne qu'à la ville, et môme les châteaux fortifiés et les églises, ne furent d'abord bâtis qu'en bois; c'est encore l'usage en Russie. Depuis les Romains, il semble que nos malheureuses populations avaient perdu l'usage de fa pierre et que, vivant au jour le jour, elles croyaient inutile de construire quelque chose de solide.
Tout porte à croire qu'au vi** ou vir siècle fut élevé à Saint-Clément un temple chrétien en pierre, mais avec les matériaux d'un temple païen et qui probablement resta inachevé.
Au XI' siècle, s'élevèrent aussi en pierre les églises de Saint-Nicolas et de Tabbaye de La Roe ; mais pour les maisons particulières, la pierre fut •si rarement employée que l'on distinguait la plupart de celles qui en étaient construites parle nom de petreadntfiiis (maison de pierre).
Au xiV siècle, bn bâtit quelques châteaux ou maisons fortifiées, en bonne pierre du pays; de ce nombre furent Mortiercrolle, La Tour- Blanche en Simple, L'Epronnière, La Chesnaie-Lallier, Bouche-d' Usure, La Boussardière, etc. Voici la description d'une de ces châtellenies (les Chenets en Bouessay) ayant moyenne justice: « droit de clore l'hostel seigneurial etpourpris d'icelui de douves, fossés, remparts et garites. Y mettre ponts levis et baculles (herses) comme à chastel appartient pourvu qu'il ne soit autant ou plus fort que le château de Laval. Jardin fortifié d'une tourelle, chapelle béniste où tous les ans le curé vient en procession dire la grand'messe gratuitement, avec prière au prosne pour le seigneur du lieu, ses enfans et pour l'âme de ses prédécesseurs ; une fuie de mille boulins (estimée la plus belle du Mayne). Grange où il y avoit jadis
302 SUITE DES CHROrilQUES.
1537 un prossouer banal auquel les sujets étoient tenus de venir atoiirner. Une vieille tour où avoit été la prison avec cachots et basses fosses pour les prisonniers de guerre, les forfaiteurs, délinquans et les blasphémateurs. Auprès de la tour, le merc patibulaire et le poteau avec les armes du seigneur et un collier pour y être mis les délinquans. Sur le bord du chemin, pendant à un arbre, la billette (tableau) et marque de la petite coutume qui se payoit es mains du métayer voisin. [Item] la rivière en tant qu'elle entoure le fief et domaine avec le fond et lit d'icelle; droit de pesche detfensable avec retz, ancraux, nances, carrelets, filets meslés, etc. ; droit de garannes et faux murgins deffensables. Droit de chasse à toutes bêtes, droits de prééminences, prérogatives, et litres, tant dedans que dehors Téglise. Y mettre timbres et écussons comme appartient à seigneur fondateur; droit de ban de vendange et de vendre seul en détail le vin pendant quarante jours et quarante nuits; droit de mesure à blé et à vin, de sceaux à contrats et tabellion nage; créer sergent et notaire; droit de foire et marché, et juridiction exercée par un juge procureur fiscal et un greffier; droit de vayrie à sang; moyenne et basse justice à deux pilliers de bois appelés fourches, à liens par dedans, par haut et par bas ; épaves foncières et mobilières et enfin tous droits qu'à seigneur chastelain appartient. » (Aveu de 1457-1650.)
Mais c'est au commencement du xvi® siècle qu'on vit s'élever ces nombreuses maisons de campagne dont nous donnons plus bas la description, caractérisées par leur tour polygonale placée en avant-corps au milieu de la façade, pour loger l'escalier à vis en pierre, et couronnée par un colombier. Presque toutes ces maisons ne furent bâties qu'en mortier de terre, les ouvertures seulesétaient à chaux et àsable; leurs larges fenêtres à croisée en pierre et vitrées à petits plombs, étaient défendues par de fortes grilles à travers lesquelles les tristes châtelaines, assises sur des sièges en pierre ménagés dans les embrasures, passaient une partie de leurs jours à deviser entre elles, à lire leurs heures, à filer, à charmer par leurs chants les ennuis de l'absence, et souvent à regarder dans la plaine si elles ne voyaient rien venir! Les planchers de ces manoirs, élevés de douze à quatorze pieds, laissaient à découvert leurs belles poutres et leurs soliveaux parfaitement dressés et peints der diverses couleurs; les cheminées à hottes en pierre ne mesuraient pas moins de six pieds de haut et de large. Les portes d'entrée, au contraire, étaient très-basses et à un seul vantail doublé de planches de chêne en travers et soutenues en dedans, dès que la nuit arrivait, par de fortes barres se logeant au moyen d'encastrements dans la muraille, usage emprunté des Romains, comme on peut encore le voir à Jûblains. Enfin, ajoutons dans le
pourpris qu'entouraient de vastes douvcs,un puits et un petit parterre où 1837 fle-irissaienl la marjolaine, quelques roses et les plantes aromatiques déjà indiquées, et nous aurons une idée de l'extérieur de ces modestes habitations. La planche XXV donne, dans le vieux prieuré de Saint-Clément, le type de presque tous nos anciens manoirs desxv'et xvi* siècles. Successivement accrus à mesure des besoins par d'autres constructions sans symétrie, leurs faîtes pointus et variés produisaient dans le paysage un effet très-pittoresque, faible compensation à l'incommodité de leur intérieur. Sur ce dernier point laissons Charlon nous en faire la peinture et nous donner en même temps un spécimen du langage de Tépoque. « Dedans la salle du logis — car en avoir deux, cela tient du grand
— la corne de cerf ferrée et attachée au plancher où pendeht bonnets, chapeaux, gresliers (cors), couples et laisses pour les chiens et le gros chapelet de patenostres pour le commun. Sur le dressouer ou buffet à deux estages, la sainte Bible de la traduction commandée par le roi Charles V, il y a plus de. deux cents ans: les quatre fils Aymon, Oger le Danois, Méluzine, le Calendrier des bergers, la Légende dorée, le roman de la Roze. Derrière la grand'porte, force grandes et longues gaules de gibier, et au bas de la salle sur bois cousus et entravés dans la muraille, demi-douzaine d'arcs avec leurs carquois et flèches : deux bonnes et grandes rondelles (haches d'armes) avec deux espées courtes et larges, deux hallebardes, deux piques de vingt-deux pieds de long, deux ou trois cottes ou chemises de maille dans le petit coffret plein de son; deux fortes arbalestes de passe (1) avec leurs bandages et garrots (gros traits), et en la grand'fenestre (ou trumeau), sur la cheminée, trois hacquebutes.
— C'est pitié, il faut à ceste heure dire haquebuses! — Et au joignant, la perche (perchoir) pour l'épervier, et plus bas, à côté, les tonnelles, esclotouères, retz, Blets, pantières et autres engins de chasse. El sous le grand bac (réduit) de la salle, large de trois pieds, la belle paille fresche pour coucher les chiens, lesquels pour ouïr et sentir leurs maîtres en sont meilleurs et plus vigoureux. — Au demeurant, deux assez bonnes chambres pour les survenans, et en la cheminée, de bon gros bois vert lardé d'un ou deux fagots secs qui rendent un feu de longue durée. »
Le mobilier était à l'avenant de ces simples habitations; jusqu'au commencement du xviii* siècle, l'argenterie y était peu commune. Dans les nombreux inventaires que nous avons compulsés, de 1675 à 1703, il est rare de trouver en chaque maison plus de cinq ou six couverts d'argent.
(I) L'arbalète était un arc en for, montôsur un fût de bois portant une rainure pour diriger le trait.
1537 Par exception, chez un conseiller au Parlement de Bretagne, Charles de l^a Corbière, décédé aux Alleux de Cossé en 1694, on trouva quatrevingts marcs d'argenterie évaluée à 28 livres le marc, plusieurs montres d*or et d'argent et môme une montre sortHante; des montres pendules à cadre d'ébène, un vieux carrosse, une chaise roulante, etc. La vaisselle le plus en usage était on étain ; souvent elle était armoriée; on trouvait dans une maison jusqu'à 80 et lôO livres de plats, assiettes, mazenns ou vases à boire, bassins à laver, etc., le tout en élain. Les plus riches maisons, telles que celles de La Lande et des Alleux, avaient dans leurs salons des tapisseries en laine, dites de Bergame, estimées de 20 à 70 livres. Les lits étaient en chêne ou nover, à ciel supporté par des colonnes tournées, avec rideaux d'étoffe ou de serge de diverses couleurs, dite Catalogne et garnis de couettes de plumes d'oie; les plus riches y ajoutaient des matelas. Les autres meubles étaient àespresses ou armoires à deux ou quatre fenêtres ou battants, et à liettes (tiroirs). Des cabinets, autre espèce d'armoire h plusieurs étages, et à quatre ou huit liuissets (petites portes), des chaires ou chaises et fauteuils cl colonnes torses, de petits miroirs d'un pied de haut enrichis d'écaillé ou de plaque d'argent; des coffres couverts en cuir, des bahuts ornés de clous, quelques hallebardes, des fusils et des pistolets, très-rarement du vin, encore plus rarement des livres, mais immensément de linge : les plus riches inventaires montaient à 1,000 ou 2,000 livres. Au milieu du xviii« siècle, celui du curé de La Chapelle montait à 3,900 livres,, celui du curé de Méral à 8,000; mais ce curé avait, en outre de sa fortune particulière, le revenu de quatre prestimonies. A la même époque, l'inventaire d'un chanoine de Saint-Nicolas n'étai* que de 971 livres.
Autrefois les diverses classes de la société se distinguaient autant par le costume que par les manières et le langage, et il faut avouer qu'à ce triple point de vue la ligne moyenne et uniforme, vers laquelle on tend aujourd'hui, résulte autant de l'abaissement des lignes supérieures que de l'élévation des inférieures : ainsi le veut notre génie égalitaire.
Pour les anciens gentilshommes, le justaucorps (1) et les hauts de chausses ou culottes, étaient généralement en drap ou en velours garnis de galons ou de boutons en or ou eu argent; les cravates et manchettes (amadis), en batiste et garnies de dentelles. L'accoutrement se complétait par une va.ste perruque postiche (que l'on pla(;ait la nuil sur des porteperruques à pieds), un manchon en queue de renard, des bottes ou bottines et l'épée à poignée d'argent, avec nœud en galons d'or.
(1) Habit de dessus, serrant la laiPc et desocndanl jusqu*aux gonoiix.
Quant aux dames, leurs jupes et manteaux étaient en satin, taffetas, 1837 brocard à fleurons, moire d'Angleterre, ou bien en toile d'ortie, en férandine {étoffe soie et laine) ou encore en crapaudaille (crépon), garnis de guipures de soie, et par le bas de dentelles d'or et d'argent. Leurs corsets de soie étaient rehaussés de tresses ou de boutons d'argent, et leurs coiffures de dentelles. Ces habits lourds, mais riches et solides, passaient de génération en génération.
Les habits des bourgeois ou des avocats, plus simples, étaient d'ordinaire en tiretaine, serge, camelot, droguet ou meslinge (petit drap), les collets en batiste; les jupes des femmes, soit en ratine, soit en serge, se couvraient de guipures ; leurs manteaux étaient d'étamine, le capuchon de bouracan, etc.
Sans doute, nos stériles expéditions d'Italie rapportèrent en France
le goût des arts et du luxe, surtout dans les constructions, et c'est à elles
que MortiercroUe dut probablement sa jolie chapelle, aujourd'hui en
ruines, et qui, avec Boutigny, la Joubardière et une ou deux maisons à
Craon, sont à peu près les seuls monuments que nous possédions de la
renaissance; mais la simplicité dans les habitations et dans les meubles se
conserva longtemps parmi nous et jusqu'au xvm® siècle, parce que la
petite noblesse, dont la plupart des membres se trouvaient sans fortune
par suite des partages nobles (voy. art. 222 de la Coutume)^ était obligée,
lorsqu'elle n'était pas au service, de vivre très-simplement à la campagne,
et malheureusement sans rien faire, de crainte de déroger.*Certes, peu de
propriétaires de nos jours se contenteraient des maisons d'alors, dites
pourtant seigneuriales, telles que la Cruardière et la Hulinière de Niaflc,
Monternault, la Vieuville, la cour de la Borderie, dont le premier étage était
en bois, la Ferraguère, l'Eglorièrc et la Losserie en Livré; le Boulay et la
Clavurière en Bouchamp, Patience en Saint-Martin, le Châtelier et la
Mauguinière en Gherancé, le Plessis-Morice en Denazé, la Baraterie (1),
le Pineau à Craon, etc.; beaucoup de ces habitations n'avaient qu'un
rez-de-chaussée.
L'emploi des marbres pour cheminées ne date, dans la Mayenne, que du premier tiers du xviii* siècle ; on en fit tout d'abord ces cheminées hautes, à tablettes étroites, style Louis XIV, que l'on rencontre dans presque toutes les anciennes maisons aisées.
Quant aux grands seigneurs, Louis XIV, continuant le système de
(1) Celte habitation, achetée par M. Pierre-Ambroise d'Àrmaillé et détruite pour former le parc du château de Craon, était habitée, en 1687, par François de La Barre, écuyer et seigneur de la Baraterie.
306 SUITE DES GimOlNIQUES.
1537 Richelieu, crut devoir les attirer à sa cour et se les assujettir par des honneurs ; sous ces chaînes dorées ils perdirent le reste de leur prestige populaire et Futile existence qu'ils auraient dû continuer à mener au milieu des provinces pour les protéger, les enrichir et les moraliser, au lieu d'y apporter la corruption des cours et de les irriter par un luxe stérile.
Toute entreprise lucrative étant, en quelque sorte, interdite à la noblesse et la propriété ir'étant point constituée de manière à perpétuer, comme en Angleterre, une puissante aristocratie, sa position ne pouvait se soutenir que par des mariages ou par les munificences, souvent mai placées, des princes, car presque toujours les largesses ne servent qn'à corrompre les hommes. De là, sans doute, son attache inconsidérée à dts immunités qu'elle croyait nécessaires à la conservation de son existence*, lorsqu'au contraire elle eût dû demander la première à partager le^ charges de l'Etat : de là contre elle cette jalousie, cette haine profonde que la diffusion de l'instruction et de l'aisance générale ne fit qu'augmenter.
La distance entre les rangs s'agrandit ; les jalousies, les colères s'accumulèrent de plus en plus, jusqu'à ce qu'une terrible et inévitable réaction, éclatant tout à coup et confondant le bien et le mal, vînt, dans son aveugle délire, faire de la France une plaine rase où le char de l'Etat pût sans doute rouler désormais sans obstacle, mais aussi qui n'offre plus ni abri, ni défense, et sur laquelle lèvent des révolutions sans cesse élève un peu de sable, et sans cesse le disperse.
Nous avons donné une esquisse des habitations des propriétaires rurau x, disons quelques mots de celles de leurs colons. Aux anciennes masures avaient succédé des bâtiments d'une certaine régularité, qui, s'ils manquaient d'élégance, offraient du moins quelque commodité; c'étaient des bâtiments carrés d'environ trente pieds décote; la face, au midi, était percée d'une porte et d'une fenêtre éclairant deux pièces de sept pieds d'étage avec greniers au-dessus. Les trois autres côtés, en appentis, formaient les étables. Le fenil était au centre. Le tout, construit en bois et . terrasse et couvert d'un vaste toit en bardeaux ou en ardoises, avait la forme d'une trémie renversée.
Nous arrivons à ces temps malheureux où le relâchement des mœurs du clergé devint, pour un moine luxurieux et apostat, le prétexte de prédications incendiaires et d'une grande révolte contre l'Eglise. De cette source corrompue sortirent le luthéranisme et le calvinisme qui, pendant trente ans, promenèrent sur la France et l'Europa la discorde, l'incendie et la mort.
La noblesse du Craonnais se partagea d'abord en deux camps. Dans 1S56 le camp des calvinistes étaient les de Scepeaux de Bouche d'Usure, les Madaillan d'Athée, lesCriquebœuf de]\îontjean, les La Chesnaie-Lallier ou de Congrier, les Lenfant de la Patrière, les seigneurs de Parné, de Mollière, de Bouille, de Souvigné prèsLaigné, de laRagottière enMéral, de la Joubardière en Saint-Martin, etc., et surtout Bressault de la Rouvraie en Menil, surnommé le Diable de Bressault. A leur tête était Louis III de la Trémoille, baron de Craon, son gendre Henri !•' de Bourbon-Condé, et Rohan de Mortiercrolle qui fit dans le Craonnais de grands ravages. Leur armée se composait en très-grande partie d'Anglais et d'Allemands.
Dans le camp opposé, qui fut bientôt celui de VUnion ou de la Ligue^ on voyait moins de i\oblesse, mais nos populations presque entières sous les ordres de Le (jornu du Plessis de Cosmes et d'Urbain de Laval, depuis maréchal de Bois-Dauphin. Sous leurs ordres marchaient l'aîné des cinq frères Quatrebarbes ; les quatre autres étaient huguenots, de Champagne, Bois-Jourdan, Racapé de Magnannes, Vachereau de Bouessay, etc.
Plus tard se forma un tiers-parti, celui des politiques ou Royalistes- Catholiques (1). Il comptait dans ses rangs : les Racapé» de LaGrandière, de Rougé des Rues, de Montalais, René Pierres, de Bellay, de Scepeaux, Carion de L'Epronnière, etc. Ce tiers-parti, c'est l'ordinaire, était détesté des deux autres.
Le 30 mai 1556, quatre ou cinq cents soldats de Rohan pénétrèrent à La Guerche et brûlèrent devant l'église les archives de la collégiale.
Malgré quelques exemples de sévérité, les huguenots (2) se multipliaient.
Dans une assemblée particulière tenue au palais d'Angers en 1560, La Ghesnaie-Congrier ou Laliier et quelques autres firent les mutins. Le duc de Montpensier vint en Anjou avec quelques régiments et mit chez eux
(1) Sus, SUS, braves soldats françois,
Et vous, noblesse catholique, Qu*on chante et rechante cent fois La deffaicte du polUiqtLâ.
Que le malheureux hérectiquc
Frémisse au chant de votre voix.
Il est mis en noie': aie politicque est celluy qui contrefaict le catholicque et en son asme est huguenot. » {Piques-moucheSf satire burlesque sur la déroute des princes, par le canonnier La Vallée, gentilhomme breton et commandant du fort Saint-Symphorien, près Rochefort.)
(2) Selon Voltaire et Y Encyclopédie du xix« sièclCy Télymologie la plus probable du nom de huguenot vient des mots Eidgenossen^ signifiant, en allemand, alliance jurée. Entre eux-mêmes les protestants s'appelaient Egnots,
1860 des troupes en garnison. Ces soldats, comme c'était leur coutume, commirent des désordres, des violences, et ces répressions maladroites firent plus de mal que de bien.
Bientôt une vaste trame, ourdie par les huguenots, couvrit toute la France; la conspiration d'Amboise (mars lo60) en fut la première manifestation. A sa tête était I^ouis ^^ prince de Gondé, père de Henri P' mentionné ci-dessus. LaRenaudie en était Tâme ; La Chesnaie-Lallier, seigneur de Renazé, fut chargé du commandement militaire en Anjou; c'est ce qui, sans doute, le fit surnommer le roi de Craon (1).
Dans cette conspiration trempaient la comtesse de Laval, calviniste exaltée que ses dérèglements avaient fait surnommer Guyonne la Folle, et Criquebœuf, son capitaine du château de Montjean. On sait avec quelle rigueur le duc de Guise réprima ce complot : près de douze cents conjurés furent pendus ou décapités. La Ghesnaie etBressault parvinrent à s'échapper et à s'emparjr du château de la Lande de Niafle et de la ville de Craon où ils tuèrent deux habitants.
Le 4 avril 1562, les huguenots d'Angers, de Châieau-Gontier, de Craon et de Bretagne réunis, s'emparèrent de la ville d'Angers, pillèrent la cathédrale et la dévastèrent, mais ils ne purent entrer au château, quoique La Faucille, qui le commandait, fût alors dans le Graonnais ; mais il parvint bientôt à y rentrer (2).
Le 6 mai,Montpensieret Puygaillard arrivent à son secours, font tendre des chaînes dans des rues et sonner le tocsin (3) ; leur artillerie foudroie les rebelles; les dévastateurs de la cathédrale sont pris et pendus à quatre potences élevées à la porte Chapelière, à la Trinité, à la place Neuve et à la place Sainte-Croix. Au nombre des pendus se trouvèrent deux Craonnais : Jehan Noireux et Cruardière (4).
(1) Le pôrede ce La Chesnaie s'était distingué sous le maréchal de Vicilleville : ii avait été chargé de la tutelle de Mieux de Châtcauncuf. Son pupille lui intenta un procès, le provoqua et le tua en duel en 1579. La famille do Rieux, dont il était parent, "possédait alors le comté de Laval dans la personne de Guyonne.
(2) Le château de La Faucille appartenait, en 1496, à une famille du même nom qui portait d'azur à la bande d'argent accostée de deux cotices d'or, accompagnée de six losanges d'or en orle; en 1697, aux Chcvallerie, seigneurs de la Touchardiôre, et avant la Révolution, à la famille duCresnay, originaire de TAvranchin.
(3) Louvet écrit Toque-saiîi, c'est qu'alors, en effet, les cloches étaient appelées saina,
(Voir renvoi J.)
(4) Journal de LouveL Le Craonnais Cruardière tirait sans doute son nom, comme c'est l'usage dans le pays, de la ferme habitée par cet homme. Le Mémorial de la Mavenne (t. ï, p. 106) met au nombre des Craonnais qui firent partie de l'cxpédilion sur An'^ers, Hercule de Saint- Aignan-des-Marais. Il dévasta Evron et Rochcfort-sur-
Tels furent les préliminaires de la première guerre de religion, guerre [1862 affreuse qui, pour notre Craonnais, ne devait finir que vingt-huit ans plus tard...
En 1S62 et presque au même jour, les huguenots prennent Rouen, Avignon, La Rochelle, Angoulème, Saintes, Bourges, Lyon, Poitiers, Blois, Vendôme, Tours, et pour comble d'infamie livrent Le Havre aux Anglais.
Ghâteau-Gontier, Craon, Pouancé, Brissac, Chemillé, Laval, Mayenne et presque tout le bas Maine se déclarèrent pour la Ligue.
Angers, malgré ses tendances pour le même parti, fut maintenu sous Tobéissance du roi.
Le 3 avril 1862, les huguenots entrèrent au Mans par la trahison d'un Bois-Jourdan (1) et y commirent des horreurs dont on accusa surtout La Rouvraie (2).
La Chesnaie-Lallier vint la même année s'emparer une seconde fois de Graon ; de là ses soldats, sous la conduite d'un La Trémoille (3) et des capitaines Hubert et de La Roche, allèrent, le 7 juillet, piller l'abbaye de La Roê, emportèrent les croix, les livres sacrés et les reliquaires en argent (4). Ges dommages, évalués à 3,800 livres, obligèrent les religieux à vendre le bois des Rayères.
On peut juger de l'état où était alors la France par ce fragment d'une lettre de Prosper de Sainte-Groix, du 6 août 1862, au cardinal Borromée : tt Sa Majesté nous a fait dire et à tous les ambassadeurs, que nous devions « le suivre et nous tenir sur nos gardes, parce qu'il' y a beaucoup de « gentilshommes dans les chemins qui assassinent et volent les voyageurs « en se déclarant huguenots quand ils rencontrent des catholiques, et « catholiques quand ils rencontrent des huguenots (8). x> Montaigne, de
Loire, mais là il fut pris par le duc de Montpensier qui lui fit expier sur la roue ses dévastations.
(1) Le petit-fils de ce Bois-Jourdan, après avoir obtenu sa grâce pour un assassinat, rendit la ville de Trêves à Finsu du maréchal de Créqui et eut pour ce fait la tête tranchée. (Présid. Hënault.)
(2) On prétend qu^après avoir mutilé un chanoine, ils firent cuire ses chairs, le forcèrent à les manger et enfin lui ouvrirent le ventre. (Renouard, Essais historiques sur U Maine.)
(3) C'est probablement notre Louis III de La Trémoille, déjà cité et le même qui, le 23 octobre'lS88, alla avec ses huguenots réduire en cendres Téglise de Saint-Pierre de Thouarcé.
(4) C'était leur coutume : ainsi ftirent perdus les plus précieux monuments d*orfévrerie de saint Eloi, de Cbarlemagne et de saint Louis.
Voyez la note trouvée sur le cartulaire de La Roé et reproduite à Tan 1503.
(5) Sainte-Croix était nonce de Pie IV prés Catherine de Médicis.
310 SUITE DES CHRONIÛUES.
1863 son côté, dit : a J'étois pekndé à toutes mains ; au Gibelin j'étois Guelfe, au Guelfe Gibelin. »
Bientôt les catholiques exercent de tristes représailles : ils reprennent Le Mans et y mettent à mort deux cents huguenots. Jean de Laumont, seigneur de Puygaillard, commandant pour le roi, entre à Angers et y fait de nombreuses exécutions ; de là il vint à Craon le 27 septembre, y fit pendre quelques huguenots et mit garnison dans plusieurs châteaux des environs.
Un Bois-Jourdan, d'opinion bien différente de celui .dont nous avons parlé à la prise du Mans, noya une cinquantaine de calvinistes dans ses étangs et tua de sa main, dans le bourg de Bouère, Jean de la Noue (1).
Le 7 avril 1863, publication de la paix qui termina cette première guerre de religion ; par compensation, TAnjou eut la peste.
Il est fait mention à cette époque d'un Jean ou Pierre de Craon, dit NezHfargenU professeur à l'université de Reims. On sait qu'à cette époque les savants prenaient souvent le nom du lieu de leur naissance, ce qui nous fait penser que ce Craon pouvait être notre compatriote (2). La chronique le peint comme ribleur (libertin), batailleur et ivrogne; son nez, comme le dit Rabelais d'un certain médecin d'Angers, semblait la fleute d'un alambic, tout diapré, tout ëtinceté de bubelettes, pullulant, purpurt^, tout émaillé et brodé de gueules : son zèle pour la Réforme le lança dans une échauffourée où il perdit ce merveilleux joyau. Th. de Bèze, son coreligionnaire, l'adressa à Ambroise Paré, notre célèbre compatriote et sans doute aussi le sien. Paré lui interdit Tusage du vin. Il n'en tint compte. « Ce n'est merveille si vous ne guérissez, l'ami; vous buvez trop, le vin ne vous vaut. — Comment le vin ne me vaut, répartit Craon, de par Dieu que si bien? — Je vous le dis, faut choisir du vin ou du nez. — En vérité? le choix est fait, pas de vin, pas de nez. » Ce disant, notre homme fait sauter l'appareil. Il devint horrible à voir, force lui fut de se mettre un nez d'argent. Il se fit remarquer par ses néologismes et plus encore par son fanatisme pour les nouvelles opinions genevoises, si bien qu'on lui fit son procès et que notre pauvre Craon fut pendu à Paris en 1661.
En 1863, les religieuses de Nioiseau sortirent de leur couvent; la plupart se marièrent ; leur fin fut misérable, comme celle de presque tous
(1] ReDOuard, Essais^ etc.
(â) Ménage, p. 148, remarque d*après Pausanias, « que les mêmes noms sont souvent a communs à des personnes iUustres el à des personnes obscures, ce qui arrive quel- « quefois par voies iUégitlmes. »
de: 1394 A 1620. 311
ceux qui passèrent aux réformés. Un auteur remarque que les Dumatz 1568 de Tercharap, dits de Montraartin, ne passèrent pas à la troisième génération (I). Le nom de Feschal, déjà connu au xii' siècle (2), n'est plus connu que par une ferme de ce nom en Cherancé ; les Charnière furent presque tous tués. Des Roussardière il ne resta que deux filles, dont une épousa Dubois de Maynëuf, accusé sans preuve d'avoir tué, à Tautel, le curé de la Trinité de Laval, en 4600.
Pendant cette première guerre , dont les calamités furent encore augmentées par le grand hiver de 1565, on peut dire qu'en général les calvinistes furent victimes dans le Craonnais et sur le côté droit de la Loire : mais ce fut le contraire dans le Saumurois ; là, ils laissèrent peu d'églises debout; à Saint-Florent, en 1569, ils inassacrèrent tous les religieux et deux cents soldats, etc.
La deuxième guerre de religion, commencée en 1567, se termina la même année par la bataille de Saint-Denis oh fut tué le connétable de Montmorency. A cette bataille se distingua, parmi les calvinistes, La Rouvraie, dont nous aurons bientôt à reparler. Pendant cette deuxième guerre, l'Anjou resta assez calme.
Les huguenots reprirent les armes en 1568. Dirigés par Dandelot, ils prennent Château-Gonlier le l"' septembre et exercent de grandes pilleries aux environs. « Le 17 septembre, Marligues d'Avaugour, d'Assigné, « La Chesnaie-Lalliei' ÇS) vont les battre sur la levée où est la justice. Il t n'éloit fait lors aucun exercice en règle de la juridiction, et estoit loi- « sible à ung chacun d'opprimer ses voisins et disposer de leur vye à c raison desdits huguenots. » (Journal de LouveL]
On lit dans le même journal que Lefebvre de Laubrières, en 1568, parvint à faire sortir des prisons d'Angers deux de ses beaux-frères, accusés de conspirer contre le repos de la ville (4), Le 26 septembre de la môme année, Charles IX donna le commandement d'Angers à René Pierres, seigneur du Plessis-Baudoin, avec ordre de lever deux cents hommes de pied pour combattre les calvinistes; cette troupe, levée aux frais des habi-
(1) Montmartin était très-fanatique : voyez à Tannée 1580. On a de lui des mémoire sur des guerres de la Ligue.
(â) Cart. de La Rofi, eh. GXXXIX*. En 1431, on voit un Feschal (Olivier), capitaine de Laval. (BourdigQé.)
(3) La Chesnaie étant huguenot lui-même, il faut que Louvet se soit trompé ou que ce La Chesnaie fût un parent du calviniste. — Voir les hommagers de Craon, renvoi Y.
(4) En 1474, un Lefebvre éiail conseiller-échevin perpétuel d'Angers; en 1S34, Jean Lefebvre de Champagne (en Cherancé sans doute; occupait la même charge. Enfin, François Lefebvre, sieur de Laubrières, était aussi échevin d*Angers en 1572.
1571 tants, coûta seize cent quatre-vingt-dix livres par mois, dont cent au capitaine et cinquante au lieutenant. Cette troisième guerre fut concentrée sur la rive gauche de la Loire et se termina par la fausse paix du 15 août 1670. .
Une des dates les plus sinistres de notre histoire est le 24 août 1572, la Saint-Barlhélemy, grand crime politique et officiel qui, à part les exagérations protestantes, fit couler tant de sang innocent (1)! Renouard dit, quant au Maine, n'avoir rien trouvé qui y soit relatif. A Angers, le comte de Monsoreau vint avec commission du roi et fit périr, au dire même des calvinistes, moins de vingt-cinq personnes, encore paratt-il avoir agi contre ses instructions, puisqu'il fut poursuivi pour ces meurtres, condamné à mort et exécuté (2). La Saint-Barthélémy fut le signal de la quatrième guerre de religion dans laquelle les catholiques furent souvent les agresseurs; effrayés des progrès des protestants qui comptaient dans leurs rangs Théritier présomptif de la couronne, ils formèrent pour la défense de Tancienne religion de TEtat la confédération dite la Ligue ou la Sainte- Union.
En 1573 et 1574, la famine se joignit aux horreurs de la guerre civile et, pour comble de misère, la contagion (dit Barthélémy Roger] sévit à Angers de 1583 à 1586.
Parmi les calvinistes les plus forcenés de notre pays, se distinguait, comme nous Tavons dit, La Rouvraie. Son château de Bressault était en Menil, près celui de Magnannes. Il en voulait particulièrement aux prêtres, auxquels il donnait la chasse et qu'il tondait de fort près^ disent les calvinistes, de si près, en effet, qu'il leur coupait les oreilles dont il se faisait une bandoulière ; nous avons vu ce qu'il avait fait au Mans et à Craon.il avait de plus pillé l'abbaye de Belle-Branche, avait pendu plusieurs de ses moines aux arbres de cette forêt, et, ce qui sans doute combla la mesure, il prit par escalade Magnannes, château du sieur de Racapé (3), son seigneur immédiat ; il avait tué le premier mari d'une
(1) Le martyrologe des calvinistes, imprimé en 1S82, porte le nombre des victimes de cette affreuse journée à quinze mille ; cependant il n'en nomme que sept cent quatre- Vingt-six : aussi des auteurs sans prévention portent à deux mille au plus le total des victimes, cbiftre encore épouvantable, mais bien éloigné et presque insignifiant auprès de celui des catholiques sacrifiés dans le même temps par les protestants du barbare Henri VIII et de sa digne fille Elisabeth, chiffre que plusieurs auteurs portent à soixante-douze mille. — Voy. Erreurs et mensonges hist.y première série.
(2) Archives curieuses de rhistoire de France. Première série, t. VII, p. 3i8.
(3) Racapé était capitaine des gardes et chevalier des ordres du roi, c'estrà-dire de Tordre de Saint-Michel. U avait acheté en 1570, étant à Angers à la suite de la cour, les
DE 1394 A 16â0. 313
dame nommée d« Craon de Goulinière; il avait lue aussi son propre 1S7S métayer de la Roche-Pallière, commis plusieurs rapts et violences, pillé et incendié grand nombre de maisons. Poursuivi à raison de ces faits, le grand prévôt de France, avec grande compagnie d'archers et un canon, alla Tassiéger au mois d'octobre 1571, dans son château de Bressault ; il parvint à s'échapper, mais découvert quelque temps après au Lion, il fut pris et mené à Angers où fut fait son procès. Par arrêt du 8 novembre 1572, tous ceux de ses biens qui relevaient de Magnannes furent confisqués au profit de Racapé; lui-même fut condamné à diverses amendes en faveur des héritiers de ceux qu'il avait tués ou volés; il fut amnistié, en raison des édits de pacification, de diverses autres peccadilles, entre autres pour le vol des reliques et ornements de Saint-Julien du Mans (1), mais en définitive condamné à avoir la tête tranchée après avoir été mis et tendu en question extraordinaire pour être ouï de ses complices (2).
La Rouvraie voulut en appeler, mais la cour jugeait prévAtalement et sans appel : l'arrêt fut donc exécuté sur la place du Pilori à Angers, le 10 novembre, et sa tête fichée au haut de la tour des ponts à Ghâteauftontier. — Les calvinistes le représentent comme un vaillant capitaine et comme une victime de la haine des prêtres ; ils disent qu'il mourut fort constamment^ avec étonnement de tous ses ennemis, en chantant un psaume (3).
Le journal de Jehan Louvet, clerc au greffe du présidial d'Angers et mort vers 1634,1e peint, au contraire, comme le plus méchant huguenot dont on ait jamais ouï parler ; il était, dit-il, trapu, fort laid, rouge et tout pommelé au
fiefs et seigneuries de Menil et de Chèrefritle, dépendant de la terre de la Porte, appartenant alors au sieur de l'Epinay, seigneur de Segré et époux de Marguerite, de Scepeaux. {Archives de la Mayenne, carton H, 68.)
(i) Cependant, malgré cette amnistie, le chapitre du Mans Tut autorisé à rechercher et poursuivre môme par emprisonnement les détenteurs des reliques, parements et vêlements enlevés à la cathédrale.
(2) L'affreuse coutume de la queslLn, usitée, du reste, chez tous les peuples anciens et modernes, et qui môme existe encore en Europe, ne fut abolie en France que par Louis XVI en 1780 et 1788. Les tortures variaient selon les pays et le caprice du juge. Le mot tendu, employé ici, indique le mode le plus ordinaire, c'est-à-dire que le patient était étendu sur une forte table, les pieds attachés à Tune des extrémités: une corde saisissant ses poignets, était enroulée à un treuil fixé à l'autre extrémité, et lexécutcur le faisait tourner sur Tordre du juge, jusqu'à ce que le criminel eût avoué toutes les circonstances du crime. Un médecin était toujour présent pour empêcher que la torture n'allât trop loin. Depuis longlemps,la question n'était ordonnée qu'après condamnation à mort, pour connaître les complices ou les circonstances du crime.
(3) Archives curieuses de rhistoire de France.
1B88 visage; il était accusé d*an grand nombre d'assassinats et de cruautés. ^ C'est ainsi qu'en tout temps l'esprit de parti sait accommoder à sa convenance les faits les plus notoirement criminels.
En 1S75, les besoins de l'État firent demander des subsides au clergé ; l'évêché d'Angers contribua pour 80,000 livres. Le prieuré de Livré ajant été compris dans celle somme pour 200 livres, fut obligé de vendre des terres. (Notes de Livré.) Le 6 février 1576, un combat eut lieu à Troo, dans le Vendôraois, entre les catholiques et les huguenots. Parmi ceux-ci on voit figurer un capitaine La Chesnaie (Péligny), sans doute le nôtre. Les 2 et 3 mars, les Pontsde Ce faillirent être pris par les huguenots. Le 14, Puygaillard y arriva accompagné de quelques Craonnais : Grand-Maison, des Buhars,' etc. (Louvet.)
a Lavardin, du parti du roi, était à Château-Gontier en 1S76 ; ses t troupes pillèrent et ravagèrent si bien tout le pays que nos bourgs et « nos villages restèrent déserts.
a 7 mai 1S76. Pacification, en vertu de laquelle on donna aux huguea nots, ou paiyaillots comme les appelle Louvet, la liberté de leur culte, c ce que le peuple blâma beaucoup, dit le même auteur. »
Car, pendant ces temps malheureux, l'immense majorité de la France, inquiétée, torturée dans ses sentiments les plus intimes, ne pouvait se résigner à subir le joug d'une poignée de calvinistes et à accepter pour son futur souverain un prince huguenot. C'est ce qui porta les catholiques à offrir la couronne au plus proche héritier, après Henri IV, à son oncle , le cardinal Charles de Bourbon , fils du premier duc de Vendôme et^de Françoise d'Alençon. Ce prélat était abbé de Vendôme, et possédait en même temps la commende du prieuré de Saint-Clément. Or, après l'assassinat de Henri III, le Parlement proclama aussi ce cardinal roi de France, en 1S90, sous le nom de Charles X, de sorte que notre Saint Clément peut compter au nombre de ses prieurs un roi de France tel quel. Du reste ce pauvre prince, qui fut aussi un pauvre cardinal, ne survécut que de deux mois à Tacle du Parlement. Il existe quelques pièces frappées à son effigie (1).
(1) VHUtoire de Vendôme, par Tabbô Simon, ancien chanoine de la conégiale de celle viHe, dit que Charles de Bourbon ne fui abbé de Vendôme que de 1548 k 1565. Cependant les archives de Sainl-Glémcnl citent le cardinal comme prieur de Saint- Clément en 1380, et nous possédons un acte de 1583 dans lequel son procun^ur ËrnauU, grenetitr de Graon, reconnaît avoir reçu de Thomas Goulay, prieur de La Roô, les droits dus pour cel actei au nom du cardinal. Il faut donc, ou que ce prélal, après s ôlre démis de la commende de Vendôme, ait conlinué de jouir de celle de Saint- Clément, ou bien qu'il en ail gralifté le fils de son frère, Louis de Bourbon-Gondé, el
a Le 27 juillet 1588, Henri III révoqua son éditde pacification et enjoi- 1588 « gnil aux huguenots de sortir de France ou d'abjurer. — L'année pré- « cédente, avait été pris un espion du roi de Navarre par lequel on déa couvrit une conspiration qui devait livrer aux huguenots Angers, « Tours, Saumur et Craon. » (Louvet.)
La Ligue, un instant consternée par l'assassinat du duc de Guise, dans les mains duquel elle n'était plus qu'un instrument d'ambition, se releva bientôt plus ardente : ce fut le commencement de la cinquième guerre de religion qui ne devait finir pour notre Craonnais que dix ans après. Le duc de Mayenne, échappé au sort de ses deux frères, prend le titre de lieutenant général du royaume, et sa sœur, la duchesse de Montpensier, met tous les moyens en œuvre pour venger ses frères ; mais Henri III et le roi de Navarre s'étaient réconciliés , au Plessis lez-Tours et leurs armées réunies marchaient sur Paris.
• Le roi confia le gouvernement de l'Anjou au comte de La Rochepot et le commandement du château d'Angers & Donnadieu, seigneur de Picheri ; les troupes du roi rançonnèrent les habitants comme ceux d'une ville conquise. Les religieux de Saint Nicolas ne purent payer les subsides et éviter le pillage, qu'en donnant au maréchal d'Aumont une de leurs cloches. (Barthélémy Roger.) Du reste, il ne faut pas croire que le Béarnais fit la guerre à l'eau de rose :Y Histoire de Vendôme nous le montre au mois de novembre 1589, mettant lui même à sac pendant deux jours cette malheureuse ville et faisant décapiter le commandant Maillé de Beuchard, qui s'était rendu prisonnier après une brave défense. Vendôme cependant était le berceau de sa famille : la ville ne s'est pas relevée de cette ruine. Ses nombreux et riches tanneurs l'abandonnèrent et allèrent se fixer à Château-Renault. (Pétigny.)
Les fortifications furent partout relevées, les églises même furent mises en état de défense, et les maux du peuple recommencèrent.
Cochalin, procureur du roi de la sénéchaussée d'Angers, fut nommé par le duc de Mayenne lieutenant général du présidial transféré à Ghâ-
d'Eléonore de Roye, Charles de Bourbon, comme lui cardinal depuis 1583, et qui lui aussi fut abbé de Vendôme de 1591 à 1594, mais sans avoir éié reconnu par Rome. Quoi qu'il en soil et ce qui est fort remarquable, c'est qu'à la mort de son oncle, en 159(), il voulut comme lui prétendre à la couronne sous le nom de Charles XI. L'abjuration de Henri IV mit fin à ses folles prétentions, et la mort le surprit à trentequatre ans, en 1594. Quant au grenetierEmault, c'est lui que nous verrons, quatre ans plus tard, tuer le commandant du château de Craon, Jacques Goulay, frère peut-être du prieur de La Roê, et ôtre tué lui-même le lendemain par les Craonnais.
1889 leau-Gontier (1); presque aussitôt (2 septembre 4589) ces tribunaux déclarèrent que jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de réduire Angers au parti de rUnion, les juridictions royales, tant de la sénéchaussée que du siège présidial, conservation des privilèges de Tuniversité, prévôté, maréchaussée, et autres, tant civiles que criminelles, seraient exercées à Château-Gontier, excepté la juridiction de Téleclion d'Angers qui serait exercée en la ville de Craon, le tout par les officiers de TUnion déjà pourvus, etc.
Graon fut mis sous les ordres de Jacques Goulay. Ge capitaine n» tarda pas à venger la mort de ses concitoyens tués par Bressault et La Ghesnaie- Lallier, en allant ruiner leurs châteaux de Gongrier et de la Lande de Niafle. Au mois de juin 1589, il fit l'expédition de Lassay où fut tué, avec plusieurs autres, le commandant du château, Lavilleluisant, qui s'était retiré dans la chapelle voisine (2). Mais aidé de Lestelle*, Jean de Madaillan reprit le château quelque temps après. (Le Paige.) '
Henri III est assassiné le 1*' août 1589. Le 5 du même mois, La Rochepot donnait commission à Michel La Ghevallerie, seigneur de la Touchardière, et propriétaire du château de l'Epronnière de Livré, de lever cinquante chevau-légers pour courir sur les ligueurs de Graon (3).
(1) Journal (Tun ancien maire de Château-Gontier; Journal de Louvet.
(3) Magasin pittoresque, article Lassay,
(3) Cette commission, trouvée dans de vieux papiers, nous a paru assez curieuse pour être reproduite. On y remarquera la coïncidence de la révolte deCraon avec Tassassinat de Henri 111 et la précipitation qui semble avoir présidé à la rédaction de celte pièce.
• Antoine de Silly, chevalier de Tordre du roy, compte (sic) de la Rocbepot, gouverneur et lieutenant général pour sa majesté au pais et duché d'Anjou : au sieur de la Touchardière du Craonnais salut ! Parce que depuis peu de jours la ville de Craon se scroit tirée de sa fidélité naturelle qu'elle doibl au roy, ayant pris le parly des rebelles et ennemys de sa majesté, même reçu forte garnison pour empescher que les habitans des paroisses dudit pays du Craonnais ne payent les tailles ni aultres devoirs dus à sa majesté, à aultres qu'à du Plessis et les convier et employer à lui faire la guerre à ses despens, pourquoi a obvié de leur donner tous les empeschemens que nous pourrons. Nous aurions admis de (kire promptement mettre sus une compagnie de cinquante chevaulx légers, pour entretenir garnison en la maison de TEspronnière dans ledit pays de Craonnais et d'autant que nous ne sçaurions donner la charge à personne plus capable que vous et pour le bon rapport que faict nous a été de votre prud'hommie, vaillance, diligence et expérience au faict des armes, même de la fidélité et affection que vous avez au service du roy. Nous vous mandons de mettre promptement sus ladite , compagnie et plus possible des plus aguéris et expérimentés soldats, affectionnés au service de sa majesté que pourrez trouver, pour iceux mettre en garnison en ladite maison de TEspronnière ; et d'aultant que nous n'avons aulcun fonds de finance de sa majesté pour fournir à Tentretenement desdits cinquante chevaulx légers, attendu la nécessité des affaires du roy. Mandons aux paroissiens, manans et habilansdes parois-
Le parti de TUnion levait aussi de son côté des compagnies de chevau- 1S89 légers. Nous possédons plusieurs montres de ces compagnies où figurent les noms de Bruslard, marquis de Genlis; de la Yillelongue, capitaine; du Huids, Taillardan, lieutenants; Bodard de la Grand'Maison, de la Marignère, corneltes, etc. (1).
Quelques jours après (23 août), La Rochepot voulut reprendre sur la Ligue le Lion-d'Ângers, mais cette petite ville fut secourue à temps et délivrée par La Motte-Ferchaud de la Roussière qui commandait à Château-Gonlier pour TUnion.
Le 11 ou 12 septembre suivant, Ernault, grenetier du grenier à sel de Craon (2), et plusieurs autres, prisonniers avec lui dans le château de cette ville, profitant de la négligence de leurs gardes, les désarment, tuent le capitaine Goulay (3], égorgent une partie de la garnison, se rendent maîtres du château et aussitôt en donnent avis à La Rochepot ; mais quelques soldats, échappés au massacre, avaient donné réveil à la ville. Les habitants se ruent sur le château et Tenlèvent. Ernault est tué en combattant et son cadavre jeté dans les privés du château : ses compagnons sont pris et brûlés vifs. Cependant les Craonnais envoient demander secours à Château-Gontier : mais ce secours fut inutile; La Rochepot, à la nouvelle de ce revers de fortune, était rentré à Angers.
ses d*Athée, Ballots, Saint-Michel de La Roë, La Chapelle et le Ressort de Cossé, de leur fournir chacune paroisse, et le dit Ressort de Cossé par mois, la somme du vingt et unième pour sol, tant et si longtemps qu'il en sera besoin que vous soyez en garnison dans ledit ch&tcau pour le servir, et jusqu'à ce que nous vous ayons mandé d'en sorlir, pourvu que lesdiles paroisses ne soient comprises en aultres garnisons auxqaeUes n'entendons déroger. Laquelle somme vous distribuerez à vos soldats et vous ferez aparoir du payement faict à iceux. A quoi faire vous contraindrez lesdits habitans par la rigueur des armes et aultres voies que vous jugerez eslre plus convenables. À la charge que vous vous emploirez bien et dûment à faire la guerre aux ennemis de sa majesté, et à faire apporter en notre ville les dus des tailles tant sur les habitans des paroisses dudit pays du Craonnais que des urbains et refusans, ou d'y envoyer prisonniers les principaux d'iceux, le tout sous le bon plasir du roy : et, attendant plus ample et autre commission de sa part, dès à présent nous vous avons donné et donnons pouvoir, commission et mandement, etc. Donné à Angers, ce cinquième jour d'aousl 1589, signé De La Rochepot. »
(1) La paye de ces compagnies était environ de 1,400 livres par mois, savoir : le capitaine, 180 livres ; le lieutenant, 90 livres; la cornette, 67 livres 10 sols; le maréchaldes-logis, 45 livres, et chaque cavalier, 2â livres 10 sols.
(2) 11 était frère d Ernault de la Daumerie, conseiller au présidial d'Angers et qui, en 1600 et 1607, devint maire de cette ville.
(3) Le capitaine Çoulay était probablement originaire de Craon ; car trente ans après, en 1615, on y voit Louise Hunault, sa veuve» opérer, comme mère et tutrice de ses enfants, un retrait lignager. (Voy. p. 314, et renvoi L)
318 SUITE DES CflROIlIQUES.
1589 Le 25 novembre 1589, Henri IV, après avoir simulé plusieurs marches vers Paris, se rabattit sur Gbàteau-du-Loir et vint assiéger Le Mans. Cette place, commandée par Urbain de Laval, capitula au bout de quinze jours. Pendant les cinq jours que le roi passa au faubourg de la Couture (car il n'entra pas dans la ville], Laval, dont les deux tiers des habitants étaient pour la Ligue, Mayenne, et plusieurs châteaux se rendirent volontairement à lui (1).
Château-Gontier capitula le 29 novembre 1589. (Baron de Wismes, art. ChâteaU'Gonlier.) Henri IV en donna le commandement à La Lande. Cet officier avait aussi dans son commandement les petits châteaux des environs de Craon.
Du Mans, Henri IV dirigea son armée, commandée par Biron, sur Alençon. Pendant ce mouvement, il vint de sa personne à Laval, et y resta sept ou huit jours. Il y donna un édit d'amnistie en faveur de tous ceux qui, dans six semaines, feraient leur soumission : il espérait que Craon et Fougères suivraient l'exemple de Château-Gontier et des autres villes voisines; il leur envoya même Montmartin, La Varenne et La Courbe de Brée, mais ce dernier était secrètement attaché à la Ligue ; sans lui, prétend Montmartin dans ses mémoires, Craon encore indécis se serait rendu. Le roi laissa pour commandants : à Laval, le marquis de Villaines, seigneur de la Vieucourt, d'Ahuillé; à Vitré, de Mayneuf, et maintint La Rochepot à Angers.
Le chef de la Ligue dans nos provinces était Emmanuel de Lorraine, duc de MercŒur, que Henri III avait nommé gouverneur de Bretagne en 1582. Il était fils de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont, frère putné du duc François de Lorraine. Mercœur par conséquent était cousin, issu de germain, de Henri de Guise dit le Balafré, du cardinal de Lorraine, assassinés à Blois en 1588, et de leur frère Charles de Guise, duc de Mayenne : sa sœur, de père seulement, était femme de Henri lll dont elle n'eut pas d'enfants.
Il agissait à peu près indépendamment du duc de Mayenne, quoique celui-ci eût pris, après l'assassinat de ses deux frères, le titre de lieutenant général du royaume. Il s'était allié contre Henri IV avec le roi d'Espagne, Philippe II, mais ces deux princes ne visaient pas au même but.
(1) Château-Gontier était alors commandé par Louis de €hampa|i^é, écuyer, seigneur de la Notte-Ferchaud et de la Roussiëre, époux, en lS8i, de Perrine du Buat. (Généalogie de la famille du Buat, par M. fabbé Pointeau.) En 1590 et 1501 , Chàteaa- Oonlier Tut commandé par LaChesnaîe, seigneur de la Lande de Nia/le. Après la bataille de Craon, 1593, Mercœur y replaça La Roussiëre (Louvet), ce qui prouve que cet officier avait évacué Chàteau-Gontieren 1589, sans se soumettre au roi.