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Philippe voulait la Bretagne pour sa fille, et Mercœur y prétendait pour 1889 lui-même du droit de sa femme, héritière des Penthièvre; aussi le roi d'Espagne ne soutint-il la Ligue qu'autant qu'il fallut pour Tempécher de succomber, mais pas assez pour assurer son triomphe, et ordonna-t-il à Aquila, son général, après les succès de Mercœur, fle s'en séparer et de se rendre maître de la place de Blavet. N'est-ce pas là Thistoire de toutes les interventions étrangères ?
Mercœur avait dans son parti le comte de Brissac et plusieurs autres grands seigneurs ; mais son principal lieutenant était Urbain de Laval- Montmorency, marquis de Sablé, seigneur de Précigné, qu'il créa maréchal sous le nom de Bois-Dauphin, et qui sut plus tard faire légitimer ce titre.
Après avoir évacué Le Mans, Urbain de Laval vint à Graon et en donna le commandement à Le Cornu du Plessis (1), seigneur de Cosmes et de la Barbotière (près Courbeveille). Il fit raser les faubourgs et mit autant qu'il put la place en état de défense. Pour subvenir à ses travaux, Poipal, contrôleur du grenier à sel de Graon, fut chargé de lever neuf cents écus sur les paroisses de sa recettte et sous la direction des délégués de la commune selon l'usage.
Du Plessis fil du prieuré de Saint-Clément une sorte de poste avancé, le confia au capitaine Beaulieu et lui donna pour lieutenant un des religieux, mêmes du prieuré, nommé Ducheloup.
Le nouveau prieur de Saint-Clément, du Plessis-Moucherard, nommé par la Ligue, chassa aussitôt tous les religieux dont les idées politiques lui étaient opposées.
(1) Cette famiUe, dit Ménage, portait autrefois le nom de Diable qu^elie changea vers i3S0pour celui plus humain de Le Cornu. En cfTei, dans quelques lettres, Henri IV l'appelle mon cher ftiable et Hiret, Le Cornu. Cependant la CCXLVI!« eh. de La Roô, du xn« siècle, parle des du Plessis de Cosmes sans leur donner le surnom de Diable, tandis que ce cartulaire cite dans le même temps plusieurs' personnages de Cosmes, tels queDrogon, Renaud, etc., qu'elle surnomme Démons (LXV«, XCVII«, ClII'-etCVII'ch.) ce qui prouverait que ces noms diaboliques, et dans le goût du temps, étaient souvent personnels. — Un du Plessis de Cosmes, seigneur de la Courbe de Brée (la Courbe était on manoir qui donnait la seigneurie de Brée près Montsûrs), servait, comme nous l'avons VU, dans Farmée de Henri IV. Gaultier, Gilles et Henri Le Cornu furent successivement archevêques de Sens, du commencement du xin^ siècle à lâ58. Albèric Le Cornu fut évêque de Nevers. — Guillaume, neveu du précédent fut son successeur en I2i->1 ; enfin Nicolas Le Cornu du Plessis, seigneur de Cosmes et de la Courbe de Brée, iut évêque de Saintes en 1600. (M. l'abbé Pointeau.) (Voy. art. Cosines,) Nous verrons encore au xvii« siècle un autre Le Cornu du Plessis. Les armes de cette famille étaient d'or au massacre de cerf de gueules, surmonté d'un aigle éployé de sable.
380 SUITE DES CHRONIOUES.
1890 Le 8 mars 1890, Tarmée royale prit Châleaubriant. il y avait dans cette armée beaucoup d'Anglais qui profanèrent les églises et commirent de nombreuses cruautés. Au mois d'août suivant, La Rochepot prit Rochefort et Sablé ; dans ces villes il abandonna les femmes à la brutalité du soldat. On peut juger par là, et par tout ce que nous verrons encore, de Taffreuse position de nos populations pillées tour à tour par deux partis acharnés Tun contre Tautre, et pour lesquels rien n'était sacré : on se rappelle le sac de Vendôme ordonné par Henri IV lui-même Tannée précédente.
Cependant La Touchardiëre faisait de son château de TEpronnière de fréquentes sorties sur les Graonnais; dans Tune d'elles son lieutenant, Boucaull de Jonchëres (1), fit prisonnier un sieur Brillaie de Doumalin« quoique porteur d'un laisser- passer du comte de Montsoreau, et le conduisit à Château-Gontier. La Lande, qui commandait cette ville» Iç condamna à payer une rançon de neuf cents écus dont il garda une partie pour lui, selon l'usage, en qualité de gouverneur.
Le 10 avril 1890, Saint-Gelais, seigneur de Lansac, capitaine ligueur, prit la ville de Mayenne ; maisLestelle, resté maitre du château, appelle à son secours Villaincs, commandant d'Alençon. Ils tombent sur Lansac et le mettent en déroute. Moreau de la Bèraudiëre, mortellement blessé à cette affaire, avait été transporté dans une maison du haut de la ville ; Terchàmp de Montmartin, son ennemi personnel, Ty fit achever par un soldat qui lui coupa la barbe pour s'en faire des moustaches. Non content de cet exploit, Terchàmp alla piller Ceaulcé, château de la Bèraudiëre, d'où sa malheureuse veuve n'eut que le temps de s'enfuir. (Le Paîge.) Dans les troupes royales figure Madaillan de Montataire, seigneur de Chauvigny. M. Lefizelier dit qu'à cette affaire périt un La Ghevallerie : c'est probablement notre Touchardiëre, désigné souvent sous ce nom. Touchardiëre laissa onze enfants sans.fortune, et la dame Grespin, sa veuve, poursuivie par Brillaie en restitution de sa rançon, fut heureuse d'obtenir une ordonnance du roi qui déclara Brillaie de bonne prise, attendu que la date de son laisser -passer était périmée depuis longtemps. (Voy. renvoi X.)
Du Plessis, de son côté, ne restait pas inaclif. Il incendia jusqu'à trois
(1) En 1037, Jean Boucaultde Jonchëres, procureur à La Guerche, & la demande de François de Quelen, lieutenant général civil et criminel de Rennes, dresse procèsverbal des dévastations commises au prieuré de la Trinité de La Guerche en 1777. Annette Boucault, veuve de René de Champagne, seigneur de Folleville, est représentée aux assises de Brccharnon par son fils atué, René de Champagne, écuyer, doyen de Craon, curé de Sainl^Queniin. (Tetrier de Brechamon.)
fois TEpronnière, prit ou détruisit dans les environs de Graon. presque 1591 tous les châteaux ennemis, nous en verrons plus tard le détail. Mais celui de Montjean, beaucoup plus fort que les autres (1), lui avait toujours résisté, quoique commandé par un vieillard de soixante-dix ans. C'était Griquebœuf. Il avait trempé, comme nous Tavons vu, dans la conspiration huguenote d'Amboise. À ces motifs politiques de haine entre les deux capitaines s'en joignait un second plus vif : du Plessis avait recherché la main de la demoiselle de Sainte-Melaine du Bourg-FEvèque (i), et avait vu Griquebœuf préféré.
Avant d'aller plus loin, remarquons quel était dans nos pays Tétat des esprits. Des registres de la paroisse de Courbeveille, M. l'abbé Pointeau a extrait les notes qui suivent et sous lesquelles on sent battre le cœur de nos populations:
1561. « Petrus Bertron sepultus est a me Guillaume Picub (le curé Piau) catholice et non huguenotice. » — « En ce temps-là, ajoute le bon curé, les séditions des hérétiques étaient si grandes qu'ils tuaient les prêtres là où ils les trouvaient, brûlaient les églises et les ymaiges, rompaient bénitiers, autels, fonts, etc. »
1563. Raoul Domyn, châtelain (c'est-à-dire commandant) de Gourbeveille, est assassiné.
1557 (17 août). Fut enterré noble Gaspard du Plessis^ curé de Gourbeveille, assassiné le 10 du même mois à l'hermitage de Goncise.
1558. Une femme et un enfant sont inhumés nacceleratè propter huguenotorum timorem. »
1570. Baptême de trois enfants naturels.
1573. Claude Domin^ tué en allant à Graon.
1574 à 1581. Registres manquent.
1590. Louis Domin^ châtelain de Gourbeveille, époux de Françoise de la Forêt, est assassiné.
Du 14 septembre 1591 à 1593. Lacunes et confusion dans les registres.
(1) Le château de Montjean, bâti avant 814 par Gharlemagne, selon D.Piolin, passa à la famille de Cosmes, puis aux Le Franc et aux Landivy qui le vendirent, en 1445, pour 7,500 saluts d'or (90,000 fr. valeur intrinsèque ) à André de Laval , maréchal de Lohéac. Ce célèbre guerrier le fit rebâtir et fortifier, et il était encore dans la maison de Laval à Tépoquc de La Ligue. (Voy. années 1196 et 1433.)
(2) Un acte de i^ fait mention de noble homme Jehan de Salute-Melaine, seigneur du Bourg-rËvôque, et de Jeanne Gonilleau, sa femme. Dans un autre acte du 23 septembre 1685, Jeanne de Sainte-Melaine, fille probablement des précédents et femme séparée de biens de René de Juigné, se fait adjuger son douaire. (Voy. Notes sur Simple.)
3â2 SUITE DES CHRONIQUES.
1S91 1564. Exactitude.
i59S. Lacune de deux pages.
1596. Le 5 mars, cinq morts. — Âpartir d'octobre, lacune.
Depuis août 1597 jusqu'au 21 décembre 1699, Tordre se rétablit.
C'est après tant de meurtres et au milieu de cette effervescence que du Plessis, désespérant de s'emparer de Hontjean par la force, et résolu à assouvir sa vengeance, eut recours à un moyen indigne de lui, à la trahison. Il fit semblant de vouloir se réconcilier avec son ancien rival, en se servant de l'entremise d*un chirurgien de Courbeveille, Rousseau de la Valinière qui, se prêtant de bonne foi à ce projet, porta à Criquebœuf un sauf-conduit par lequel du Plessis le garantissait de toute hostilité.
Le château de Montjean se croyait donc en sûreté, lorsque le 7 octobre 1591, à trois heures du matin, du Plessis et ses soldats, guidés par le meunier de Montjean, nommé le Maçon (1), arrivent sur la sentinelle, la tuent, pénètrent dans le château, et courent à la chambre de Criquebœuf. On se jette sur lui ; le malheureux vieillard, nu, en chemise, crie qu'il abandonne tout si on lui sauve la vie. a Combien donnes*tu, dit Belinière ? — Si>f. mille écus. » Le soldat le prend dans ses bras, le déclare son prisonnier et le met sous sa protection; mais un petit toussement se fait entendre à la porte : c'était du Plessis qui, furieux de voir son ennemi lui échapper, ordonne de le mettre à mort. Raimbaudière rentre et d*un coup d'épée lui ouvre le ventre ! On met le moribond sur son lit. Sa pauvre femme, aussi en chemise, demande en vain quelques vêtements ; sans l'écouter, du Plessis la fait traîner devant le donjon, pour le forcer à se rendre. Pendant ce temps-là les armoires sont défoncées ; on en tire quantité de vaisselle d'or et d'argent (2] et nombre de joyaux que les soldats offrent à du Plessis pour sa femme. Du Plessis découvre un sac de
(1) II était filleul et cousin de Domin de la Réaulé. Cette famille Domin, très-nombreuse et très-influcate à Gourt>cveiIle et à Astillé» comptait une douzaine de ses membres parmi les acteurs du drame que nous allons décrire. Il est bon de les connaître : — Guillaume Domin, sieur de la Réautë ; — François Domio, seigneur de la Belinière ;
— noble homme Jean Heulin, écuyer, seig^neur de Villamy, fils de Marguerite Dômin ;
— noble homme Olivier Auberl, seigneur de Rouzerate, dit Roncerais ; — sa femme, Perrine Domm ; — François et René Rousseau de la Valinière, chirurgiens; le premier était époux de Antoinette Domin ; — Durand de la Hardouinière, il était fils de Marguerite Domin ; — Domin Brancherais;— sa femme, Lezine Domin ;— Jean Domin ; —et le plus coupable de tous, Domin Raimbaudière. La Brancheraie et la Raimbaudière sont des fermes de Courbeveille. (Voy. renvoi U.)
(2) On assure que du Plessis trouva douze tasses, trente-six assiettes, trois bassins & laver, trois ai^piières, six salières, trente-six cuillers (alors Tusage des fourchettes était à peine connu), quatre vinaigriers, deux réchauds, etc., le tout en argent.