‹ Chroniques craonnaisesChapitre 77 sur 127 · TABACS · texte numérisé non relu

TABACS

Au grenier à sel était ordinairement joint un entrepôt des tabacs. Cette substance, imposée pour la première fois par Richelieu en 1621, payait 2 livres pour 100 livres pesant.

En 1790, les fermiers généraax affermaient sa vente 32 millions. Ils le vendaient 3 livres 10 sous la livre aux débitants, qui le revendaient 41ivres. Sa consommation était de 7 millions 1/2 de kilog., dont le douzième seulement était employé à fumer : aujourd'hui elle est de 24 millions de kilog., dont le tiers au plus sert à priser.

La vente de ces 24 millions de kilogr., à raison de 6 fr. 26 centimes, produit 150 millions, dont 24 servent à l'achat de la feuille et à la fabrication : 19 sont payés aux débitants et 107 'restent en bénéfice à l'Etat. La ville de Craon, seule, consomme 6,000 kilogrammes de tabac par an.

Qui pourrait croire, si la chose n'était avérée par le budget, qu'un peuple autrefois si renommé pour son élégance, sa délicatesse, sa gaîté, consentirait un jour non-seulement à se narcotiser, à s'empester de tabac, mais encore à payer un tel parfum 150 millions! Ne dirait-on pas un malade épuisé d'émotions et qui veut à tout prix effacer ses souvenirs, endormir ses douleurs (3) ?

(1) Voici les noms de ces bureaux qui formaient le ressort de la recette du grenier à sel de Craon :

Saint-Aignan ; Athée; Sai nt- Aubin- du-Pavoil; Laubriôres; Ballots; La Boissière; Bouchamp; Brains; Châtelais; La Ghapelie-Graonnaise ; Ghcrancè; Sainl-Clément ; Cosmos; Craon; Caillé; Denazé; La Ferriôre; Fontaine-Couverte; Gaslines; L*Hôt«lleric; Livré ; Marigné ; Saint-Martin-du-Limet; Héc; Méral; Saint-Michel; Niafle; Nioiseau;Peulon;Pommerieux; Saint-Qnenlin; LaRoë; Saint-Saturnin; La Selle; Simple.

(2) Gentkil. de sel valent à la saline t fr. iO à 1 .fr. 50. Ils coûtent 2 fr. pour les amener à Craon ; total du prix de revient, 3,20 à 3,50. Avant 1849, on le payait encore Bo à 40 fr. ; depuis, on ne le paye que 16 à 18 fr. On compte qu'il faut par chaque individu, en moyenne, 7 kil. de sel par an.

En 154i, le muid de sel était vendu 30 livres, moins d'un U2 cenlimo le kil.; en 1680, le minoi, quarante-huitième partie du muid, coûtait 40 livres, ou 0,80 cent, le kil. (/Vomveau entât de la France,)

(3) « Mieux vaut le derrière du diable que la bouche de nos maris, » disent les femmes de Bayonnc.

Le meilleur tabac de la Havane est trempé en feuiUes dans une solution d'opium,

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