REDEVANCES SEIGNEURIALES
Les plus productives étaient : le quint et requint^ les lods (de laudare^ approuver), ou les ventes et issues (c'est-à-dire sorties du fief).
et c*est cet opium qui, dans les cig^ares de haut prix, procure aux amateurs ce fumet odorant qui les ploD{?e dans la béatitude de la fumaison. {Unions 27 sept. 186i.)
Les fumeurs tuent le temps en tuant leurs ascarides, mais ils pensent peu. (Raspail.)
Un peuple livré au narcotisme perd facilement son énergie et sa liberté. Voyez le Turc et le Chinois. (Docteur Ridard, d'Angers.)
On extrait du tabac Tun des plus terribles poisons connus : la Nicotine, Une aiguille trempée dans celte substance peut faire une piqûre mortelle. Beaucoup de planies soumises à Taction prolongée de la fumée de tabac périssent. Selon H. Victor Meunier, Thabitude de chiquer produit le cancer à Teslomac. Le tabac fumé détruit Tappétit, altère les dents, affaiblit Tesprit et la mémoire, et cause le cancer des lèvres. Prisé, on ne lui reprociie que de rougir odieusement le nez, les yeux et Us lèvres. {Exposition illustrée de 1867.)
H. Danet, examinateur de l'Ecole polytechnique, a observé que les élèves les plus intrépides à fumer sortaient fruits secs.
Les ouvriers de la manufacture des tabacs, malgré deux jours de repos par semaine, ne sont pas deux jours de suite en bonne santé et ne vivent pas vieux ; regardez-les seulement et vous ne douterez plus que le tabac soit un poison. (Doct. Isabcau.)
Hichelet dit que le tabac a séparé Thomme de la femme; Chartes Fournier, qu'il est Topium de Tesprit, et Sthcndal, que « rintelligeuce baisse à mesure que cett«î 0 drogue va se propageant. Si l'Allemagne, igoute-t-il, est perdue dans une vague « rêverie, si la Hollande s'enfonce chaque jour dans son épaisseur et dans sa graisse, « si TEspagne est endormie, si la France commence à battre la campagne, c'est la « faute de la pipe et du cigare. » Qu'y faire ? ce sont des hochets, mais D*en fout-Il pas aux peuples, comme aux enfants trop criards?
FI?IANCES. 459
Chaque fois qu'une terre noble subissait un changement de propriétaire, elle payait au seigneur dominant le cinquième (quint), plus le cinquième de ce droit (requint), soit en tout 24 p. 0/0.
Quant aux biens roturiers^ concédés autrefois moyennant une redevance ou cens (d'où le nom de terres censives)^ chaque fois qu'ils passaient en d'autres mains, autrement que par succession, ils payaient au seigneur le douzième environ de leur valeur; c'était le droit de lads et ventes. Il n'était perçu rigoureusement que sur les biens vendus en justice. Ordinairement il y avait transaction et il se réduisait à la moitié du douzième, ce qui produisait beaucoup plus que les droits de centième denier et d'tnsinuation perçus par l'Etat.
Le cens (census^ tributum)^ mot générique, dont la signification était un peu élastique, était donc, à proprement parler, une redevance due au seigneur sur toutes les terres roturières possédées même par des nobles : mais dans les premiers temps de la monarchie, comme l'observe Montesquieu (liv. XXX, 15), le cens (census in capite) était un tribut payé seulement par le serf.
La dîme inféodée était un prélèvement sur les fruits et produits des fiefs donnés par Charles Martel à ses chevaliers. Les héritages qui en étaient grevés ne devaient pas la dîme ecclésiastique (Voy. Diocèses) Son produit était de 10 millions brut ou 8 millions net.
Les péages dus à certains passages avaient été abolis en grande partie dans les cent dernières années, et d'autant plus facilement que les frais d'entretien et de surveillance absorbaient la majeure parUe de ce revenu.
On ne parlera que pour mémoire des droits de four banale de mouture et de faire fouler la vendange, droits également absorbés par les frais d'entretien et de perception.
Toutes ces redevances seigneuriales pouvaient s'élever à 6,500,000 liv.
En résumé, avant 1789 :
Les divers impôts perçus au nom du roi s'élevaient à. 573,900,000
Ceux perçus directement parles officiers publics pour leurs services à 152,600,000
Ceux au profit des provinces et des communes à. . . 72,000,000
Et les droits seigneuriaux (1) à 80,500,000
Total des charges supportées par la France. . 849,000,000
(1) Sur ces droits, la moitié à peu près étaient dits féodaux et ont été abolis en 1789. Mais avons-nous beaucoup gagné k remplacer cette fièrc féodalité par celle des
I>? <>?î af-rr/:; de ni-s an": :a5 incp^is, il est ricl^? -Je Ojnc'.jre que îe»:r assiUc: a f>e3 cLiij^ :t qje !e^r qu.:::*^ -^ss à r-r^ t-rl-s ia m^oîc I . Cri'riii'X il4 5-:.'.: c4r*!*V.?xenl [•".■js 5L:-C">r:-iMr> îj'i-jrJ'huî parce •Tii'Jî s*:Lt r-D'irîis r. :> » ji'la: î-rmer-î, i 2-0? qu'ils -.Liraveal nioiiis la c.r:-'.î*cloa i^s mi-oissiN-s i., et : ar:e q^e n.-:s î s voyons a:»piliqué&, kz 2-o:ls •-:! ^'z: â^ r«^.'*:\k ce •! -: «i**vra;l être 10^'. «^rs îejr seule et c!:.q"e -ieïi.nîti'ita : rar^cmeniation progressive «J a b:ea-^lre des contrite ab les. Tovez reoToî Z.
ŒURS, USAGES, SUPERSTITIONS, phvsio.n'jmie de l'i>lie.>.\e ville de crao>.
Ap.'^rs ce que n««as avori> f.îii connaître îles nombreux et viulerils envahiisemerits sub.s pir n «t.-e CraoDDais, il est naturel de p?ns?r que sa p'jp'jlaîlon a dû p?u C'a^erver, tant au moral qu'au physique, îcs traits des's premiers habitaals. Nous avons vu la peuplaJe abori-îlae, d'abord mêl»'e aux Grlles Kymris, eav ihie su-v-'sslvement par les R >!îiaius, par les Viiigolhs, pur hs Bretons et par les Normands. Il n'est d^nc pas étonnant que dans n>5 campagnes, li où se conserve d'orJiniire le type primitif avec le plus de fi vit*, les habit ints n'otlreat aucun caraciè/e bien déterminé : ainsi au physique les traits du visage n'ont rien d'accentué. La peau n'a ni la blanch-ur normande, ni la teinte brune d.'s Aquitains. Les cheveux sont généralement c.iâtains, les yeux gris^ la taille moyenne.
l/ancien costume n'avait ri-.'U de pitlore>*|u.*. Nos métayers ne connaissaient guère le drap : leur veste éch ancrée carrément sur la poitrine, un peu longue par derrière ; leur gilet à deux battants et descendant sur
financiers? En l**38, dit le P. Cralry, la jusli».^ es! comme en perman-^nce pour juger sans relâche des bdcdes d'e^cro-^ or^auifês en so "iêlés diles financières au noml>re de plus de quaran:e, qui ont fait monter les droits fKnJauv de cette nouvelle aristocratie à quatre niilliards.
M, En errf.t, si avant la Révolution les imp('>ts s<> montaient ^ 800/00,0^0 et ceux d'aujounj'hui à près de V''*■^.'>^^*^W• il f^ul remirju?r qu** la valeur de Tarpent a diminué dans la même proportion ; en d'autres termes, que le même travail, la mt^iTiC quaniité lîe dcnri»es se payent trois fois plus cher en !S»>6 qu'en 1T89, et que par eons/ijuent les revenus de la même terre sont reprcsenlôs aujourd'hui par un poids d'arçmt trois fois plus grand qu*en 1789.
'2 La L^ire secle comptait jadis deux cents péages féodaux.
les hanches, leur culotte courte à chaînette et même leurs longues guêtres boutonnées, montant jusqu'aux genoux et couvrant les sabots, tout était fait de la même étoffe. C'était une serge très-solide qu'ils faisaient fabriquer à Ci*aon, avec la laine de leurs moutons. Jamais de bas ; s'ils se mouillaient les pieds ils en étaient quittes pour renouveler la paille dans leurs gros sabots ferrés et sans cuirs. Aussi existait-il des fondations (à Argenton) ayant pour objet de mettre à leur disposition de la paille sèche à la porto de l'église pour la messe de minuit du jour de Noél.
Le costume des femmes, peu favorable à la taille, n'avait de particulier que la mante de bouracan garnie d'un capuchon que l'on ramenait sur la tête en cas de pluie ; les personnes aisées la portaient en soie noire, c'est encore le costume conservé par les filles de la Croix qui desservent notre hôpital. Alors un parapluie était un grand luxe. Un fichu blanc ou de couleur se croisait sur la poitrine, et par-dessus s'étalait une pièce carrée tenant au tablier. Les jupons et les brassières ou camisoles étaient généralement en camelot ou en serge de Châteaubriant.
Quant au moral, les traits les plus saillants de nos cultivateurs craonnais sont la probité, la délicatesse des sentiments, mais un peu de timidité et une finesse quelquefois recouverte d'une fausse bonhomie. Tout rau rebours des Gascons, ils ont une répugnance extrême h vanter quoi que ce soit qui leur appartienne (1). Leur attachement à la religion est profond ; c'est à cette source qu'ils puisent cette honnêteté, cette douceur de mœurs qui les font tant estimer et rechercher et qui les distinguent si •éminemment des populations irréligieuses. Aussi chez nos cultivateurs règne encore le respoct pour tout ce qui doit être respeoté. Le respect^ unique base, unique ciment de fédifice social, que le temps consolide et que la bave révolutionnaire tend toujours à dissoudre, le respect régnait autrefois jusque dans les plus humbles familles. Un fils qui eût tutoyé son père ou sa mère eût été une honte. Aussi encore maintenant le tutoiement est-il fort rare des enfants aux parents et même entre époux. Car, dit Montesquieu (liv. V, chap. vu), « rien ne maintient plu» les mœurs d'un t Etat qu'une grande subordination des jeunes gens envers leurs pères ff et mères et envers les vieillards. » Au-dessus de la famille, le respect s'attachait encore à tous les représentants du pouvoir, au clergé, à la magistrature, et enfin au chef de l'Etat. Pour nos populations, le Roi n'était pas simplement un premier magistrat, tel qu'il est compris dans une repu-
(!) Vous admirez un champ de choux, le môlayer vous dit : Heu, il est moyen. — Et votre récolte a-t-clle été bonne : J'avons ëlê à demi. — Le bonhomme avait réco tê trente-deux hectolitres à rheclare !
blique, où il n'est que le produit plus ou moins contesté d'une ëleetion laissant toujours la nation profondément divisée en vainqueurs et en vaincus. Dans notre pays, au contraire, le Roi, fils à la fois et père de la nation, était tellement identifié avec elle, que tous les cœurs battaient en quelque sorte avec le sien. Cest aloi-s qu'un peuple est puissant. Voyez TAngleterre, comme elle est fière de ses lois vénérables, améliorées, consacrées par les siècles, et comme elle regarde eu pitié ces constitutions de papier emportées, tous les quinze ou vingt ans, par le souffle des révolutions !
Les mœurs sont généralement bonnes, meilleures même qu'autrefois dans les classes élevées. On n'en peut dire autant du peuple des villes ; il est maintenant le même partout. Mais ce que nous devons particulièrement déplorer, c'est la facilité avec laquelle l'ouvrier craonnais endosse la livrée de la mendicité par faute de prévoyance.
Certes, quand le besoin n'a pu être conjuré, il n'y a pas de honte à demander : selon la belle expression d'un de nos évèques, Jésus-Christ lui-même, sur la croix, a demandé à boire ; et malheur à celui qui le refuserait dans ses pauvres ! Mais ce qui est honteux, c'est de demander quand on a tout dépensé au cabaret, ou quand on n'en a pas besoin. N'avons-nous pas vu mendier des gens ayant des capitaux placés; d'autres, pour engraisser dès porcs du pain de la charité, pour mettre leurs enfants en rubans, ou pour leur donner des leçons de musique! Ce défaut d'élévation dans le caractère produit un fait encore plus déplorable : l'abandon des vieux parents à toutes les souffrances de la vieillesse et de la misère. C'est dans l'éducation qu'il faudrait chercher la source et le remède de ces désordres.
L'ancienne législation française permettait la recherche de la paternité; il en résultait une heureuse réserve chez les jeunes gens, peu soucieux de se voir traîner devant les tribunaux et condamnés à des frais considérables. D'un autre côté, il faut bien avouer que ces procès étaient toujours scandaleux, et quelquefois pouvaient faire payer les innocents pour les coupables. Là législation actuelle, quoique imparfaite à cet égard, nous semble donc préférable. Quoi qu'il en soit, sous l'ancien régime, la fille qui se trouvait enceinte était obligée de déclarer son état au sénéchal, et pouvait lui demander l'autorisation de poursuivre son suborneur : si sa demande était accueillie, le jeune homme était condamné provisoirement à payer les frais de gcsine, de nourrice, etc., sauf, plus tard, s'il y avait lieu, à régler les indemnités (1).
(1) CVst ainsi qu'en 1776 les familles de deux jeunes gens de Penton n*ayant pa
On trouve une preuve irréfragable de la probité de nos populations agricoles dans notre usage de cultiver à moitié fruits^ contrat où il serait si facile de tromper, s'il n'était pas placé sous Tœil de la conscience. On en a aussi une preuve dans Taifection que ces populations portent à leurs propriétaires, et dont elles ont donné, dans nos révolutions, des preuves si touchantes (1). Il n'est pas rare de voir des familles de métayers dans
s*enleDdrc, soutinrent un procès dans lequel comparurent huit témoins qui tous avaient entendu le jeune homme avouer son méftiit. Le coupable fut en conséquence condamné à payer, outre les frais provisoires, une indemnité de iSO livres à la jeune fille. C'était le minimum accordé en pareil cas.
(1) Un exemple entre mille : La terre de Fontenelle, près Laigné, était affermée* en t79i, à la famille Fléchais. — Le propriétaire avait pris les armes avec la Vendée; échappé à la déroute du Mans, il put parvenir jusqu'à Fontenelle avec ce qui lui restait de son or. Il confia sa valise à son fermier et continua sa fiiite précipitée : on dit qu'il périt au passage de la Loire. Sa terre de Fontenelle, bien entendu, fut confisquée, mise en vente. Après quelques hésitations, Fléchais s'en rendit acquéreur pour le dixième à peine de sa valeur. Enfin le calme se rétablit, et Fléchais jouissait provisoirement de son acquisition ; un certain soir, se présente chez lui un jeune homme. Il se dit fils de Tancien propriétaire... et se hasarde à demander des nouvelles de la valise... c Je ne Pai plus, dit Fléchais, j'ai employé Pargent à l'achat de votre terre... » et, disant ces mots, il se lève, laissant le jeune homme dans une certaine perplexité... Cependant Fléchais rentre : «Voici, Monsieur, le contrat d'acquisition de votre terre; elle est toujours à vous. » — A ces mots le jeune homme se jette dans les bras de Fléchais : « Non, non, mon ami, elle ne sortira pas de vos mains, vos travaux ont doublé sa valeur, nous partagerons en frères... » Depuis lors, M. Fléchais vécut dans U plus honorable aisance. Il s'est éteint depuis quelques années, emportant les regrets et Pestime de tous les honnêtes gens et laissant à ses enfants le plus beau des héritages, c'est-li-dire un nom vénéré, toujours cité comme modèle d'honneur.
Mais dans notre pays, le plus remarquable exemple de désintéressement fut sans doute celui donné par M. Letort-Beauchéne, depuis maire de Craon pendant quinze ans.
Le marquis Dauvet avait émigré : sa terre des Chenets, sise sur les communes de Boissay, Ballée, Anvers, Beaumont, Cessé, Sauge, etc., fut confisquée et mise en vente. Aussitôt M. Beauchêne, alors chargé d'administrer cette terre, sans hésiter emprunte de tous côtés, vend son propre patrimoine et celui de son frère, parvient, à Paide de quelques anciens amis placés dans l'administration, à écarter les adjudicataires, à racheter toute celle terre, même avec son mobilier, et après avoir cent fois risqué sa vie menacée tantôt par les royalistes, tantôt par les républicains, remit le tout, en 1803, A son propriétaire ruiné. Celle terre, passée depuis dans la famille du duc de Luynes, a été estimée en 1868 à plus de deux millions et demi.
Eh bien, le croira-l-on, la calomnie n'a pas craint de vouloir ternir un pareil trait de dévouement ! C'est donc pour nous un devoir de déclarer que la ferme nommée la Perrine, laissée à M. Beauchêne par la reconnaissance de la famille Dauvet, ne f\it que l'équivalent exact des sommes qu'il s'était procurées par la vente de ses biens, et que le seul avantage qu'il retira de ses dix années de gestion consista dans la diffè-
464 MŒURS, rSAGES ET SLPEIISTITIOWS.
la même ferme depuis des centaines d'années. Cette probité, d'ailleurs, est appuyée sur le plus solide fondement : la religion. — Nous serons plus longtemps couchés que debout , disent souvent nos cultivateurs. — Après cela, si le métayage est une preuve de Thonnêteté d'une population, nous pensons qu'il est aussi un moyen de l'y maintenir : car toute faute contre la probité est bientôt connue, soit par les domestiques, soit par les voisins ; et> du moment qu'un colon porte au front la marque de l'improbité, malheur à lui ! Repoussé par tous les propriétaires, il n'a plus pour ressource que la mendicité ; et puis, si l'opposition des intérêts est la source ordinaire des haines et du manque de probité,, il faut avouer que la colonie partiaire qui, loin de désunir l'intérêt du maître et celui du colon, les réunit dans la plus juste mesure, doit être, comme elle l'est en effet, le plus heureux moyen de maintenir la population des campagnes dans l'honnêteté, dans l'aisance et dans une union sociale, solide et amie du progrès : car, d'une part, elle offre chez le propriétaire protection, bienveillance, instruction jointe au capital; et, de l'autre, chez le colon, affection et main-d'œuvre économique^ parce qu'elle est intéressée au succès.
Le métayage offre encore un autre avantage au point de vue social : c'est que là seulement le grand nombre d'enfr;nts est toujours désiré, parce qu'il y est toujours une richesse.
Nous avons prouvé ailleurs que dans les pays de grandes fermes, louées h prix d'argent, 130 hectares ne faisaient vivre que vingt et une personnes, dont seize prolétaires, soit 76 0/0; tandis que dans nos pays de métayage, pareille étendue de terre partagée en trois métairies entretient quarante-six personnes, dont vingt-deux prolétaires, c'est-à-dire 48 0/0 seulement. Le revenu suit la même proportion; dans le premier cas, la terre ne donne guère que 40 à 80 fr. par hectare ; dans nos métairies, au moins 70.
Et puis, que voyons-nous dans les terres louées ? n'est-ce pas là que le fermier peut dire :
Noire ennemi, c\^st notre maître.
Je vous lu dis en bon français...
Là, peu ou point de relations amicales et sympathiques entre le maître et le fermier. Adieu les améliorations fécondées par l'instruction, l'argent et l'intérêt du propriétaire. Là, on exige de longs baux, qui sont une espèce d'aliénation souvent ruineuse. Là, à la fin du bail, on épuise la terre tant
renée entre la valeur réeUe et celle attribuée à la Perrine par les experts du département, différence qui fui évaluée à environ "20,000 fr. : où donc est la cupidité?
qu'on peut. Là, on ne veut que d'immenses fermes, sur lesquelles on ne voit que de pauvres manœuvres, obligés de faire vivre leur famille, toujours trop nombreuse, avec le salaire de leur journée, et un gros fermier recevant la visite de son propriétaire avec un faux semblant de joie, mais au fond tremblant de montrer des améliorations qui ne lui procureraient qu'une augmentation du prix de ferme.
Ajoutons que le métayage est aujourd'hui bien différent de ce qu'il était au moyen âge. Alors, un colon ne possédait presque rien. Saint Aldric, dans son testament de 837, dit qu'il n'a pas trouvé, sur les soixante villas ou fermes de l'évêchô du Mans, autant de chevaux et de bestiaux de toute sorte, bœufs, vaches, porcs, moutons et chèvres, qu'il en laisse sur chacune d'elles. Mais ces bestiaux étaient la propriété de l'évêque, et chaque troupeau de chevaux, de bœufs, de porcs, etc., était confié à une famille de serfs sur une villa particulière. (Testament de saint Domnole^ de 472.) Au xi** et au xii" siècle, le Cartulaire de La Roe nous apprend que les propriétaires étaient obligés de fournir à chaque fermier deux bœufs pour leurs labours, et le colon semble ne posséder que quelques vaches et des porcs. Encore en 1898, sur la belle terre des Alleux, toute la prisée du Pont-Randoux se montait à 178 livres; de la Crepière, à 471; de la Hailonnière, à 278, et de la Touche, à 148. Enfin, au xvu® siècle, des marchands faisaient métier de fournir, moyennant 40 ou 00 sous par an, des vaches dont le colon avait le bienfait^ c'est-à-dire le veau, le lait, le fumier. Mais aujourd'hui, chacun de nos métayers possède la moitié de 6 à 12,000 fr. de bestiaux. Ce n'est plus un serf ou un prolétaire, mais un citoyen actif, souvent maire ou conseiller municipal, et attaché au bon ordre. Donc, par toute espèce de considérations, le métayage appliqué à des fermes de vingt-cinq à quarante hectares est une excellente institution, surtout quand, mieux avisés, les propriétaires voudront enfin ouvrir les yeux sur leurs intérêts agricoles, s'en occuper et se bien persuader que la Providence les a faits les instituteurs, les patrons de leurs colons.
Venons aux mœurs et usages de nos campagnes. Les anciens meubles étaient simples, solides, commodes. — Aujourd'hui, une fausse élégance tend à remplacer ces qualités : quand les garçons et les filles n'ont pas de chambres particulières, les premiers couchent à l'étable, et les filles dans l'appartement des père et mère. Les lits, souvent pied à pied, sont larges, rebondis par de grosses couettes de plume, et surmontés de grands ciels carrés d'où pendent des rideaux épais, ouverts pendant le jour. Les armoires, hautes et à deux battants, sont rehaussées par de longues ferrures ouvragées, polies, toujours brillantes. Enfin, quelques
466 NceuRS, usages et superstitions.
chaises, une longue table, accostée de deux bancs, complètent cet ameublement, partout ciré, partout luisant. C'est par lui que Ton juge de l'activité et de la propreté des ménagères.
Nos cultivateurs t'ont toujours trois repas, dont deux en été et un en hiver sont en viande, sauf le vendredi. Les hommes seuls se mettent à table. Les femmes, assises près du foyer, veillent à ce que rien ne manque pendant le repas qu'inaugure invariablement une écuelle de soupe copieuse et compacte. Pour les autres mets, point d'assiette aux hommes; chacun d*eux, à son tour et sans précipitation, porte au plat son coup de cuiller ou de fourchette.
Noces et mariages. C'est souvent du catéchisme que datent les liaisons qui finissent par le mariage. Mais avant de conclure, les futurs se parlent pendant longtemps, pendant plusieurs années, en tout bien, tout honneur ; et peut-être doit-on à cette sage temporisation le grand nombre de nos bons ménages. Jadis les chevaliers se faisaient honneur de porteries couleurs de leurs dames. Nos jeunes gars, lorsque leurs vœux ont été acceptés, ne sont pas moins fiers de porter aux foires et marchés, à côté de leurs maîtresses, leur joli petit panier tout neuf« C'est l'indice que le mariage est prochain et que le galant commence à se mettre au joug. .
Le dimanche avant les noces, les parents mènent la future dans la maison qu'elle doit habiter. C'est ce qu'on appelle planter le pot. Quelques demeurants d'un autre âge veulent qu'on disent pau (poteau), comme s'il s'agissait de mettre une chèvre à l'attache ; nous tenons pour la première étymologie. — Quoi qu'il en soit, on boit le vin dont on a fait provision pour la circonstance, et les familles conviennent de leurs derniers préparatifs, tant pour le jour dos noces, toujours fixé à un mardi, que pour les publications et les frais du repas, que les deux familles supportent par moitié.
Ce qu'il y a de plus remarquable aux noces de campagne, est le grand nombre des invités. Ce sont les assises des familles, et une occasion pour leurs membres de faire ou de renouveler connaissance ; aussi tous les parents, à quelque degré qu'ils le soient, se font un consciencieux devoir d'y assister, et d'y bien boire et manger, avec leurs femmes et leurs enfants, y compris même ceux au berceau.
 l'église, la mariée a eu bien soin, aumoment où l'époux lui donne Tanneau, de ployer à propos le doigt avant qu*il ait passé la seconde phalange : si elle réussit, elle sera heureuse en ménage, ce qui veut dire qu'elle sera la maîtresse.
Pendant la cérémonie, celui des mariés dont le cierge fond le plus vite doit évidemment mourir le premier.
Mais pendant que la noce est à l'église, les jeunes gens ont planté à la porte de la mariée un mai ou grande branche d'arbre ornée de rubans (1 : ; si la noce se fait ailleurs que chez elle, toute la bande joyeuse, deux à deux, le mai et le violon en tête, précède les mariés et les conduit à leur nouveau domicile; on dirait une ruche qui essaime. On arrive. — De longues tables traversent Taire et se couvrent de vastes plats sortant du four. Deux ou trois cents convives y prennent place. — Leur formidable appétit ne laisse d'abord entendre que le cliquetis des fourchettes et des cuillers. — Vers le milieu du repas circulent autour d'eux les garçons et les filles de cérémonie, offrant gaiement du tabac à priser et des dragées. — Alors commencent les épanchements de l'amitié, les joyeux propos et la franche gaieté, que les pichets versent avec le meilleur cidre du cellier ; une malencontreuse pluie vient-elle à fondre tout à coup sur la noce, tremper les nappes, noyer les sauces î nos braves convives ne reculeront pas d'un coup de dent; armés du parapluie d'une main, de la fourchette de l'autre, ils se consoleront de la mésaventure en buvant un coup de plus ; — tels on nous représente les reconstructeurs du temple, armés à la fois, non du parapluie qu'ils avaient le bonheur d'ignorer, mais de l'épée et de la truelle I
Le repas fini, quelque jeune femme vient chanter à la mariée la chanson des noces, dont la morale, la facture et l'air attestent une certaine antiquité (2). Aussitôt après, chacun s'empresse de venir embrasser les mariés,
(t) En quelques provinces, il était d'usage de porter aussi le !«' mai une branche ainsi ornée aux gouverneurs ou premiers magistrats. (Trévoux.)
(2) Voici cette chanson. (Voyez Pair noté : pi. XIV.)
Nous som' ici venus, madam' la mariée,
Vous rendre nos devoirs ainsi qu'à rassemblée,
El d' môme à votre époux
Qui r méril* comme vous.
Nous venons devers vous du fond de noi* bocage, Pour vous ofTrîr nos vœux pour votre mariage,
A monsieur votre époux
Aussi bien comme à vous.
Avez-vous bien compris ce que v*s a dit le prêtre? Il a dit vérité en disant qu'il faut être
Soumise à voti'o époux
El Taimer comme vous.
Quand on dit son mari, on dit souvent son maître, Ils ne sont pas toujours ce qu'ils ont promis d'être,
en appuyant leurs vœux de bonheur d'une légère offrande, première, et quelquefois seule mise de fonds des nouveaux époux ; et tandis que Tun prend plaisir à faire tomber de haut Técu de cinq francs dans le plat d^étain retentissant, d*autres, plus modestes, apportent des ustensiles de ménage^ et jusqu'au poêlon à bouillie, augure d'une heureuse fécondité.
Car doux ils ont promis D'être toute la vie.
Vous Tavcz bien promis, madam* la mariée, Vous d'vez fidélité et vous voilà liée
Avec un lien d'or
Qui n* déli' qu'à la mort.
Vous n'irez plus au bal, madam' la mariée,
Vous n'irez plus aux Jeux, ni dans les assemblées;
Vous gard'rez la maison
Pendant que nous irons.
Vous avez à penser qu'il n'est plus temps de rire, Et prenez garde à vous quMl ne soit rien à dire,
Car vous vMà tous les deux
Rcsponsab' devant Dieu.
Aujourd'hui vol' grand jour, que tout V mond' vous honore, Peut-être ben demain en sera- 1- il encore?
Mais ces deux jours passés ,
Plus n*en sera parlé.
L'homme que vous prenez pour vivre en mariage. Doit soigner le dehors, vous, tenir le ménage ;
Vous devez le servir
Et toujours obéir.
Si vous avez chez vous servantes, domestiques, Vous d'vez leur enseigner les meilleures pratiques,
Car un jour devant Dieu
Vous répondrez pour eux.
Si vous avez chez vous des bœufs, des veaux, des vaches. Des porcs et des moulons, des oies, de la volaille.
Il faut à tout ce train
Vaquer dés le matin.
(Les femmes mariées chantent seules :)
Recevez ce gâteau que nos mains vous présentent ; Il vous est apporté pour vous donner entente
Qu'il vous faut travailler
Pour votre pain gagner.
MCEURS, rSAGBS ET SUPERSTITIONS. 469
Mais le violon, qui n'a pas cessé pendant Toffrande de faire grincer la chanterelle, fait entendre des notes moins aigres et plus cadencées; le marié ouvre le bal avec la mariée, et tous, jeunes et vieux, se mettent en branle. La timidité, la gaucherie des uns, les contre-mesures, les airs farauds des autres, la joie franche de tous, font un tableau aussi animé que difficile à peindre. Ainsi se passe la nuit.
Le lendemain matin, les mariés et leurs parents les plus proches se réunissent et vont assister à une messe pour les défunts des deux familles : usage touchant, quit empère les enivrements du bonheur par de saintes pensées, qui relie la famille présente à la famille passée, et appelle sur les jeunes épouK les bénédictions de ceux mêmes qui ne sont plus.
Enfin, un dîner bien moins nombreux réunit la jeunesse qui a aidé la veille à servir le repas de noces, et consomme les restes du repas; et vers le soir on se quitte en faisant mille souhaits à la mariée, qui les reçoit, les yeux voilés de pleurs vrais ou feints.
Un poupon vient-il à naître, on le porte à Téglise, et la femme qui en est chargée a soin de marcher lentement, persuadée que si, par la suite, Tenfant tombait dans Teau, il y surnagera juste autant de temps qu'elle en aura mis à le porter à Téglise.
Dans leurs maladies, il est rare que nos cultivateurs aillent consulter le médecin. Ont-ils mal à Testomac, ce que les gens de la campagne appellent avoir la fourcelle h bas ? ils trouvent vingt individus qui la relèveront avec un peigne bénit, Avez-vous les oreillons? deux remèdes, des plus efficaces, sont mis gratuitement à votre disposition : allez vous frotter
(Une jeune fl lie seule :)
Recevez ce bouquet que ma main vous présente ; Il est tk\i de façon à vous donner entente
Que plaisirs et honneurs
Passent comme ces fleurs.
(La mariée pleurant ou faisant semblant :)
Je quitte la maison, la maison de mon père, Adieu donc mes parents, adieu ma chère mère.
Avecque mon mari
le dois rester ici.
(Toute rassemblée en chœur : )
Recevez nos souhaits, madam' la mariée, Nous reviendrons vous voir à la fin de l'année,
Et nous vous trouverons
A bercer le poupon.
470 MOEURS, CSAGES ET SI PERSTITIONS.
les joues contre les bords d'une vieille auge à cochons, — ou, si vous Taimez mieux, sucez avec soin un os déjà rongé par le chat.
Dans les maladies plus graves, nos cultivateurs vont consulter une femme de La Guerche appelée la Chatte noire, ou lui envoient de leurs yaux. Elle y voit aussitôt la cause, le siège et la nature de la maladie, prescrit en conséquence infusions et tisanes, ou fait envelopper le malade dans une peau de mouton fraîchement écorché, ou bien encore lui fait appliquer, sous la plante des pieds, une carpe mâU de S ou 3 livres, fendue en deux et toute vivante... Si à Faide de ces remèdes, — nous voulons dire, si malgré ces remèdes, — le malade vient à succomber, on court attacher à chacune de ses ruches un lambeau de son linge le plus sale, parce qu'alors les abeilles, se croyant assurées de la présence du défunt, ne sont point tentées de s'envoler après lui...
Dans ce funeste moment, on s'empresse aussi d'ouvrir portes et fenêtres, et de placer près du défunt un vase rempli d'eau propre. Au moyen de ces intelligentes dispositions, son &me s'envolera aussi pure, aussi blanche qu'elle eût été noire si elle eût été forcée de sortir par la cheminée. Vous souriez, cher lecteur; mais vous-même ne craindriez-vous point d'entreprendre quelque chose d'important le vendredi, ou bien de vous asseoir treizième à table?
LES RILLES.
Nos cultivateurs ne mangent presque pas d'autre vi mde que celle de leurs porcs. Dès lors, on conçoit que cet animal est pour eux aussi précieux qu'il l'était pour nos ancêtres gaulois. Chaque famille en engraisse un au moins tous les ans, et quand le moment de le tuer est venu, c'est une grosse affaire. Avant tout on consulte la lune, car son influence est encore accréditée parmi eux comme elle l'était du temps de Pline, comme elle l'a été au moyen âge et dans tous nos anciens livres d'agriculture. Ainsi il ne faut labourer qu'en décours, ni tailler la vigne qu'en nouvelle lune. Le trèfle semé en décours fait enfler les bêtes, et, chose prodigieuse, le bois d'émonde, coupé dans cette même phase lunaire, pousse en bas au lieu de pousser vers le ciel, tandis que le porc tué en croissant donne de meilleur lard, etc.
Un jour, deux de nos amis agitaient précisément cette question : — Comment, dit l'un, vous ne vous êtes pas aperçu que, tué en décours^ le porc donnait un lard plus ferme? — Permettez,, dit l'autre; vous voulez dire en nouvelle lune. — Non, non, dit le premier ; en nouvelle lune, le lard fond bien davantage dans la marmite. Là-dessus, les deux amis, qui voyaient comme nous riions de leur désaccord, de s'échauffer et d'appuyer
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leur thcse par la bonté des résultats, et ils avaient tous deux raison, car tous les deux tuant leurs porcs par le froid, et ne ménageant point le sel, •faisaient d'excellentes salaisons en croissant comme en décours. Aussi ontils continué d'opérer selon leurs idées, et de se dire chacun : C'est pourtant moi qui avais raison. Mais revenons à notre sujet.
Après que le porc tué, soigneusement épilé à Teau chaude, a été dépecé, et chaque morceau enveloppé de sel, bien empilé dans le charnier, il reste de petits morceaux, des débri<; on les hache menu, et Ton en fait des saucisses vermeilles dont s'enguirlande la poutre de la maison; en même temps le sang, précieusement recueilli, se transforme en noirs boudins ; les boyaux eux-mêmes s'allongent en belles et blanches andouilles, qui bientôt sembleront descendre de la cheminée, et près desquelles les chétives andouilleltes de Troyes ne paraîtront que des virgules. Enfin, un certain nombre de morceaux de lard réservés sont mis dan^ le grand chaudron de cuivre où, préalablement, on a fait fondre la graisse pendant une ou deux heures... Sans cesse remués, ils cuisent à petit feu, et ne sont retirés que lorsqu'ils ont acquis une belle couleur d'or; on les retire alors : ce sont les rillaux. Suivant l'usage, le métayer en envoie un petit plat au propriétaire avec le morceau d'honneur, la sommité d'un fémur, ou les dernières vertèbres coccygiennes, jointes à une partie de leur prolongement naturel en trompette. Les maisons particulières font aussi leurs rillaux, et ne manquent jamais d'en envoyer h leurs parents et amis, bien entendu à charge de revanche. Quant aux minces débris tombés en filaments au fond du chaudron, ils constituent les rillettes^ plat encore plus friand que les rillaux, et qui, sous tous les rapports, l'emporte sur les pâles et graisseuses rillettes de Tours.