FEUX DE LA SAINT-JEAN
L'origine des feux de la Saint-Jean nous semble de la plus haute antiquité ; ils existent encore dans TAngoumois et dans le Midi. Le Craonnais ne les connaît plus; mais avant la Révolution, chaque année, le 24 juin, le chapitre de Saint-Nicolas dressait, sur la place de Téglise, une haute pyramide de fagots, nommée charihaude^ à laquelle il venait processionnellement mettre le feu. Aussitôt, la foule faisait éclater sa joie par des cris et des danses autour du bûcher. Les jeunes gens les plus agiles se faisaient un jeu de sauter à travers, et quand le feu était près de s'éteindre, c'était à qui emporterait chez soi un brandon fumant^ précieux talisman contre la foudre. A Laval, le feu de joie se faisait au moyen d'une haute perche fichée en terre, et tenant enfilés quatre à cinq tonneaux remplis de matières combustibles, auxquelles on joignait souvent des pétards, des feux d'artifice; le tout recouvert de mousse, de buis, de lierre, etc. (Bourjoly.)
On voit, en tout ceci, tant de réminiscences des anciennes fôtes de Cérès et de Paies, qu'il est difficile de ne pas croire que, là encore, la religion, au lieu de heurter de front de vieilles habitudes sans conséquence, a préféré en détourner le sens païen, et le sanctifier par une idée chrétienne ; aussi cette cérémonie commençait ordinairement par un salut du Saint-Sacrement, et se terminait, à l'église, par un Salve Regina,
MOUILLOTINS.
Nous avons parlé, page 63, d'un ancien usage qui nous semblait d'origine gauloiseries mouillotins; nom venu sans doute de ce que les œufs, objet de leur quête, étaient mangés le plus souvent à la mouillette ; à moins qu'on ne préfère le faire dériver de maiotinsy gens célébrant le mois de mai (1).
Quoi qu'il en soit, nous donnons ici en note (2), la chanson invariable-
(1) Dans une homélie de saint Eloi, vti« siècle, donnée par Ozanam, le Saint dil: o Que nul ne chôme le jour de Jupiter au mois de mai ni en aucun temps. »
(2) \êk\ du joli mois de mai
La première nuitée.
Nous ne sommes point gens armés De grande renommée; Nous n*en voulons pas être, Nous n'en serons jamais,- La chose qui nous mène Bientôt nous la dirons.
474 MOEURS, USAGES ET SUPERSTITIOrïS.
ment chantée par eux; elle doit avoir subi de grands changements, pour nous être parvenue dans un si déplorable état; mais la mention qu'on y trouve des nuitées^ des gens armës^ de grande renommée^ et des grandes forêts traversées^ nous semble une trace de haute antiquité, et Tair, aussi naïf que les paroles, pourrait bien être Tair gaulois primitif. (Voy. pi. XV.) Disons ici quelques mots d'un petit recueil de musique manuscrite sur parchemin, récemment tombé entre nos mains : tout prouve qu'il date du commencement du \\V siècle ; la mention qu'on y trouve du nom de
€*est des œurs que nous demandons.
Si endormis vous n'êtes.
Un' demi-douzaine ou bien deux,
Pour mettre à la vinelle (oseille).
Ou deux ou trois ou quatre
Nous les receverons ;
Mais si c'en était d'autres
Nous les refuserions.
Nous avons traversé les bois El la forêt bien grande Au beau chant du rossignolet, De Talouelie plaisante.
L'alouelle plaisante - Chantait d'un si beau chant La fy*atche matinée, Le retour du printemps !
Si vous ne voulez rien donner,
Nous faites pas attendre.
Les uns ont trés-;;rand froid aux pieds,
Les aulr' ont mal au ventre.
Notre porte bourriche
Qui est fort altéré...
Ses pauvres camarades
Ne peuvent plus chanter !
Qui pouvait résister à si naïve complainte? On ouvrait donc sa porte, on donnait quelques œufs ; quelquefois on buvait au nouveau mois de mai cl les mouillolins reconnaissants payaient le tout par le couplet suivant :
Recevez nos remerciements.
Le maître et la maîtresse, D'avoir bien voulu nous donner Les œufs de vos poulettes.
Des œufs de vos poulettes Nous vous remercions ; Jusqu'à l'année prochaine.
Nous vous reviendrons.
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