Jean-Ignace Berlz
28. Valentin Loyer, prieur de La Roê, est nommé prieur de Livré en 1733; mais, au bout de sept mois, il reprit le priorat de La Roê.
29. René Roustille, nommé le 29 avril 1734, mourut à Page de quatrevingt-cinq ans.
30. Jean Bazile, prieur-curé de Saint-Sauveur de Fiée, prit possession de Livré le 9 mars 1782. Il avait été reçu docteur à Angers. II eut la faiblesse, en 1790, de concourir à la place d'évêque constitutionnel de Laval, contre Deveauxpont, qui, après avoir été élu, se démit de ses tristes fonctions. Bazile, réfugié à Paris pendant la Terreur, y mourut, dit-on, de frayeur.
En 1663, Livré fut affligé d'une violente épidémie.
Les premiers seigneurs de Livré paraissent avoir été des forestiers, ce qui devait être, puisque son territoire, d'abord, n'était à peu près qu'une forêt.
Ainsi au xii* siècle, Geoffroi, ancien forestier, Guttun et Turat, ses fils, en étaient seigneurs. (CX1« et CXIV ch. de La Roê.) De 1117 à 1127, Albert Le Roux (Albéric Rufus), gendre de Guy de Molières, était un des seigneurs de Livré, puisqu'il en restitua les dimes à La Roê avec la dépendance (sul^ectionem) de l'église de Saint-Sauveur de Fiée. (XIX« ch. de La Roê.) Albéric était le père de Mathea, femme d'Olivier de Bouched'Usure. (Voy. Généalogie de la première maison de Craon, p. 130.) Albéric, à sa mort, se fit chanoine de La Roe. Alors, Livré avait le titre de viens.
Vers 1160, les forestiers se firent la guerre, et l'un d'eux, Renaud de Livré, eut plusieurs hommes tués au pont d'AsccIine, par Olivier, fils de Garbonus, de la première maison de Craon (voir la même Généalogie), et allié de Geoffroi de la Vieuville. (LXP ch.) La paix se fit par l'entremise de l'abbé de La Roé, et Olivier s'engagea à payer à celte abbaye une rente de 7 deniers.
824 NOTES SUR l'histoire particulière
Le même Renaud de Livré figure dans le conseil de Maurice II de Craon, composé de ses anciens {antiqui homines), de ses milites et de ses famuli^ assemblés pour juger diverses contestations entre le baron et l'abbaye de La Roë. (XIP eh.)
Vers le même temps, Tyson de Craon, frère de Carbonus ci dessus, permit à Tabbaye de La Roê de faire à Blochel un bourg et un cimetière dont elle aurait tout le revenu. (XLV* ch.)
Un peu plus tard, la CGXLIV* charte, de 1170 environ, nous montre Mathieu de Livré et sa femme Richildis, et leurs trois fils, nommés Jean tous les trois. L'un d'eux alla en Terre sainte et y mourut.
Au XV* siècle, Jacques de La Roé, époux de Jeanne de Thorigné, dame de Fontaine-Couverte, était seigneur de Livré. — En 1604, Jacques Huault, conseiller du roi, le plus ancien au siège présidial d'Angers, était seigneur de la Daumerie et de Livré. En 1613 et 1682, cette dernière terre appartenait à René Gouin, ancien procureur fiscal de Craon. Une de ses filles épousa Louis de Lantivy; l'autre. Renée, fut mariée à Belocier, seigneur de Vallière, trésorier général à Tours. (Voy. Niafle.)
Le château de Livré, le plus important et qui a le plus fait parler de lui, est sans contredit celui de l'Epronnière. (Voy. pi. XIX.) Ses murs, de cinq pieds d'épaisseur et en pierre de moyen appareil, annoncent une construction soignée. La niche à trois arcatures, que l'on aperçoit sur la porte, prouve que le château est antérieur aux guerres du protestantisme, qu'embrassèrent plus tard ses propriétaires, les Chevallerie de la Touchardière : de larges douves, de niveau avec l'Oudon, qui passe près du château, l'entouraient de tous côtés. Elles ont été comblées pour raison de salubrité.
Des anciennes dépendances, souvent incendiées par les ligueurs de Craon, ou détruites par les Lantivy pour reconstruire leur ferme des Miaules, il ne reste qu'une chapelle délabrée qu'on voit à l'est du château, et bâtie sans doute par les Chevallerie, après leur abjuration. Seul, l'ancien castel se dresse encore svelte, aigu, dans sa primitive élégance. Autant la méfiance, la précaution, semblent avoir présidé à la disposition intérieure de ses portes basses, massives, ' étroites, autant ses appartements, malgré l'exiguïlé de l'espace, paraissent s'élargir pour l'hospitalité et les besoins de la vie commune. Trois étages, au-dessus du rez-dechaussée, étaient desseiTis par un escalier à vis de quatre-vingts marches en pierre, logé dans la tour saillante du milieu de la façade; le rez-dechaussée était occupé par la cuisine et par un porche voûté en pierre, dont l'arcade s'aperçoit dans le mur, au-dessus de la porte moderne. C'est sous celte voûte qu'ouvrait la véritable porte du château, laquelle
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était défendue par un mâchicoulis percé dans la voûte. Cette disposition, favorable à la défense, était un abri commode pour l'arrivée et le départ des chevauchées... Par un inventaire fait en 1690, à la mort d'un la Chevallerie, on peut se faire une idée de Tameublement des châteaux de répoque.
Au premier étage, dans la grande salle, étaient : dix chaises, deux fauteuils à colonnes torses, garnis en futaine de Paris ; un cabinet à huit huissets (armoire à deux étages et à huit vantaux) ; c'était le meuble décoratif et obligé des anciens salons; il contenait 8 marcs d'argenterie, valant alors 26 fr. Tun.
Au deuxième étage, dans la chambre à coucher des maîtres, deux lits à Catalogne, l'un rouge, Tautre feuille morte ; quatre chaises, un fauteuil enjonché, un lapis de Pergame, un grand coffre en noyer, une paire de presses (armoire à linge], et un petit miroir de 40 sous.
Au troisième, autre chambre à coucher. Ces trois grandes pièces avaient chacune, au midi et au nord, une large fenêtre à croisée en pierre, avec sièges dans les embrasures ; une petite chambre pour les valets et deux cabinets dans les tourelles ; elles étaient chauffées par des cheminées à hottes immenses en pierre de taille.
Dans le grenier, au-dessus, étaient le lin, le chanvre, la laine, le blé noir et le seigle. Enfin tout le mobilier, y compris la garde-robe et quatrevingt-six livres d'étain, à 10 sous, fut estimé 1,800 livres, et le bétail des six métairies de TEpronnière, du Domaine, de la Daumerie, des Miaules, de la Chulière et de Ville-Courtaise, à 2,512 livres.
Ce château appartenait, en 1300, à Macé, seigneur de Scepeaux (en Astillé), de Touchebaron (en Cossé), de la Touchardière (en Ballots), et resta dans cette famille jusqu'en ISOO, époque à laquelle Antoinette de Scepeaux, seule héritière de cette branche, épousa Georges deChauvigny, d'Athée, baron de Forges et seigneur de Boisfrôn.
Sur la fin du xvi* siècle, Judith de Chauvigny, petite-fille des précédents, épousa Jean de Madaillan. (Voyez Athée.) C'est vers ce temps que les Chevallerie, déjà seigneurs de la Touchardière et de la Lande, de Niafle, le devinrent aussi de TEpronnière. Ils embrassèrent chaudement le parti de la Réforme, et furent ruinés en partie par la guerre. (Voyez renvoi X.) Mais ils abjurèrent en 1685, fondèrent des messes dans l'église de Livré, et voulurent y être inhumés. (Testament de 1682.)
En 1687, une dame de la Chevallerie, née Drouet, mouj^t a l'Epronnière; son mari y mourut aussi, trois ans après, comme nous l'avons dit. En 1697, Marie de la Chevallerie, fille de René de la CKavallerie, seigneur de la Touchardière, du Bigot et de l'Epronnière, porta cette dernière
S26 NOTES SUR l'histoire particulière
terre en dot à son mari, Louis-Pierre deLantivy, seigneur de TIle-Tyson, de Charapiré-Baraton, de la Lande et de la Cour de Livré.
En 1782, TEpronnière appartenait à la famille de la Barre. (Voyez Pommerieux.)
Daniel de la Chevallerie, époux de Charlotte du Buat, habitait la Danmerie en 1699. Il était seigneur de la Faucille et de llle-Baralon, paroisse de THôtellerie.
La Vieuville était aussi un des principaux fiefs de Livré ; elle était possédée, en 1685, par François de Pigeon, époux de M'*» Drouard.
En 1698, le fief et la métairie de la Vieuville furent vendus 4,800 livres par Pierre Cordon, curé de Niafle, au chevalier de Lantivy et à sa femme, Anne Cordon, qui y demeurèrent Tannée suivante. Sur le prix de vente, la recette de la baronnie de Craon se fit payer un droit de 120 livres, ou 3 0/0. (Voyez renvoi Y.)
La terre de YEglorière appartenait, en 1648, à Louis de Chazé, époux de Louise Le Bigot. Ils eurent trois enfants, dont une fille, qui épousa Gautier de Brûlon, procureur du roi au siège présidial de Château-Gontier. Une de leurs filles porta cette terre à son époux, François Le Goux, seigneur de la Boullaie et ancien ambassadeur de France près le grand Mogol.
Monternaultr-VAmaury^ ou de Livré, était dans la famille calviniste des Lenfantin. Elle passa à René de Charbonnier, époux de Marguerite Lenfantin. Une demoiselle de Charbonnier le possédait encore en 1728. (Voyez renvoi Y.)
La maison seigneuriale des Fougerais était habitée, en 1687, par Amaury de Madaillan. (Voyez Athée,)
En 1699, Marguerite de la Saugère habitait sa maison seigneuriale de la Locerie.
La cour de la Borderie fut construite probablement par Perrot Bordier, qui en était seigneur en 1376, et qui fit avec Robert, abbé de La Roê, réchange d'un pré de deux hommées, pour le droit de pacage et de fores* tage dans le bois des Rayères. Cette terre passa à une famille calviniste, puis à un sieur de Mendier, seigneur de Châtillon, mort en 1663. (Voyez renvoi Y.) Ce logis seigneurial avait son rez-de-chaussée construit en pierre, et Tétage au-dessus en bois.
Le logis de la Ferraguère appartenait, en 1682, aux La Saugère, qui y habitaient ; puis, en 1728, à Joseph Hardouin, chevalier. En 1632, demoiselle Goureau de la Ferraguère épousa Madelon d'Âubert, écuyer, seigneur de la Criblais.
La Garderie fut possédée, aux xv« et xvi' siècles, par plusieurs familles
{voy. renvoi Y, art. Cueurie); en 1661, par les Heureau, puis par des calvinistes qui, à la révocation de Tédil de Nantes (1685), se retirèrent à Paris ou à Tctranger, et vendirent probablement cette terre à la famille Guays des Touches.
A Livré est mort, en 1858, M. Léon Leclerc, ancien député de la Mayenne, homme d'une grande érudition et habile arboriculteur. Ses travaux sur les arbres fruitiers ont enrichi nos jardins de plusieurs variétés d'excellents fruits.
Sa famille^ qui depuis longtemps possédait la terre de Livré, était trèshonorablement connue à Laval depuis 1521 au moins, époque à laquelle un de ses membres, Guillaume Leclerc, construisit à ses frais une chapelle à Saint-Vénérand (Le Doyen, année 1521), chapelle dans laquelle on lui avait accordé un banc et le droit de s'y faire inhumer, lui et ses descendants, à perpétuité.
Avant la Révolution, Livré avait quatre foires : le mercredi des Cendres, le mercredi de la Pentecôte (c'était la plus forte), le mercredi de la Saint-Laurent et le mercredi avant la Toussaint. Il en avait encore une le 26 juillet (la Sainte-Anne) Toutes ces foires furent transférées à Craon, ou plutôt furent supprimées; car celle même du 26 juillet, quoique annoncée encore par les almanachs, n'a jamais eu lieu à Graon. Les foires se tenaient à Livré, dans le champ dit de la Croix^Choite (tombée).
SAINT-MARTIN-DU-LIMET, Sanctus-Martinus a Limellis.
PréseBtatesr : l'abbé de f eadftne ; coUatesr : l'évêqae d'Aagers.
Le principal fief de Saint-Martin paratt avoir été la Joubardière, qui fut saccagée par nos ligueurs de Craon, comme Du Plessis l'avoue dans la capitulation de cette ville. C'est la première mention que nous en trouvons.
La Joubardière est une habitation à un kilomètre sud-est de Saint- Martin. £lle n*a jamais été susceptible de défense : ses sièges en pierre dans les fenôtres, son carrelage en carreaux de deux pouces, semblent faire remonter sa construction au xv* siècle. Elle a été lourdement restaurée dans le style Renaissance, probablement après avoir été ruinée par les ligueurs, en 1592.
Possédée en 1610 par Mathurine de Baudevy, elle appartenait, en 1630, à Le Goux, écuyer, mari de Charlotte Jarret, lesquels, vers 1642, ven-
328 50TeS SCR l^histoise particcliêre
dirent nne partie de ceito terre à Jean du Bailleul, chevalier, seigneur du Plessis-la-Jaille, et y demeurant.
La partie vendue comprenait le manoir seigneurial, cbesnaie an devant (1;, vergers, étang et closerie, la métairie de Bodan, le fief de Saint- Martin avec hommes, sujets et vassaux, bois-taiiiis et de haute futaie, et enfin les droits de fondation et les prééminences. Le tout fut payé 9,300 livres.
En 1670, Paul de la Saugëre était seigneur de Bouchamp, de Bouched^Usure, de la Boussardiëre (en Mée), de la Jonbardière et de Saint- Hartin-du-Lîmet. Ses armes étaient de sable à six fienrs de lis d'aïf ent, 3 et 3; d^autres disent d^azur à six fleurs de lis d'or, 3, 2 et i. — En 1676, la Joubardière était habitée par Henri de la Sangère.
Les La Saugère avaient été zélés calvinistes ; ils s'étaient cotisés avec les Terchamp et les Poligné pour entretenir un pasteur à Laval ; mais ils abjurèrent, et même, en 1681, Paul de la Saugère était clerc tonsuré. Cette même année, lui et ses quatre sœurs vendirent à René Belocier, sei~ gneur de Vallièrc et époux de Renée Gouin (voyez Livré)^ la terre de la Joubardière, le fief et seigneurie de la Ferronnière, avec toutes ses dépendances, hommes, sujets, vassaux, cens, devoirs, rentes féodales et foncières, domaine, métairies et closeries, pour 10,400 livres, payables aux créancière des vendeurs. En 1755, François de Sales rend aveu, pour la Joubardière, à René de Juigné, seigneur du Parvy. (Arch. départ , E, 66 et 75.)
11 est probable que, vers 1681, les autres héritiers de la Saugère vendirent Bouche-d'Usure à Louis de Lantivy, époux de Marie Gouin, sœur de Renée ci-dessus.
En 1692, Marie, fille de René Belocier, est obligée à payer onze années d'arrérages de la rente de cinq livres, fondée en 1610 par Mathurine Baudevy, et assise sur la Joubardière, pour deux chanteries (ou services funèbres) dans Téglise de Bouchamp.
Quelques années après, en 1698, cette terre, qui était passée dans la famille du Rivau, était vendue à Georges HuUin, seigneur de La Selle.
Amélie Hullin, épouse du seigneur de Souvigné, écuyer, vendit la Joubardière à la famille d'Ârmaillé vers 1757. Aujourd'hui, elle est la propriété de M. Louis Daudier.
1786-1789. Procédure entre M. d'Armaillé, baron de Graon, et le curé
(1) Ces cbcsnaicsou châtaigneraies étaient alors rornemcnt obligé et utile de tous nos anciens manoirs.
DVS PAROISSES DE L\l<iGIEN CRÀONNAIS. 829
de Saint-Martin, pour un taillis de seize journaux dépendant de la cure. [Arch. départ.. G, 73.)
En 1692, le Boulay de Saint-Martin était habité par Charles Jarret.
La paroisse de Saint-Martin possédait un autre château important, celui de la ChesnaiCy dite V Allier^ du nom d'une famille qui le possédait dès le XV® siècle et en 1608. (Voyez ann. 1860.) La mouvance de ce fief paraît avoir été fort réduite, car à cette dernière époque elle ne s'étendait que sur la Chauvignère, la Hardelière et la Monnerie. En 1730, la Chesnaie appartenait à Philippe d'Andigné, seigneur des Ecottais, et ses descendants la possédaient encore à la Révolution.
Ce château, placé à Textrémité méridionale de Tun des contre-forts du long coteau au pied duquel coule le Chéran, avait la forme d'un parallélogramme allongé, flanqué aux quatre coins par des tours rondes percées de nombreuses meurtrières. La tour de gauche, en entrant, encore entière et voûtée, servait de chapelle : une litre funèbre y est restée peinte à rintérieur. Son comble porte, dit-on, la date de 1300. Une belle salle de trente pieds de long paraît avoir été ajoutée au château à Tépoque de la Renaissance. La position élevée de la Chesnaie prouve son ancienneté ; elle donne le type des châteaux-forts antérieurs au xv« siècle ; car on peut remarquer, dans notre pays, que tous ceux postérieurs à cette époque ont éié bâtis dans les bas-fonds et sont entourés d'eau.
La vue qui de la terrasse du château s'étend sur les carrières de Renazé et au delà, est une des plus belles du pays. Peu de jardins paysagers pourraient rivaliser avec celui dont l'enceinte réunirait au joli vallon au fond duquel murmure et serpente le Chéran, les beaux arbres rares et séculaires que la hache a respectés, et enfin ces rochers pittoresques, majestueux, près desquels les puériles imitations de l'art sont si ridicules.
Là, comme à tous les vieux manoirs, on parle de longs souterrains s'étendant au loin ; mais les commencements de galeries dont les flancs du coteau portent la trace, prouvent seulement des tentatives de creusement qui ont échoué contre la dureté du rocher qui porte le château.
Sur la même paroisse existe la chapelle de la Crue, pour laquelle le pays a beaucoup de vénération. Cette chapelle, que M. Landais, curé de Saint-Martin, vient de reconstruire, était autrefois ornée de la statue de saint Léonard portant des chaînes, dont s'enveloppent dévotement les personnes tourmentées de douleurs, et de celle de saint Mathurin, auquel on offre des écheveaux de fil pour guérir les coliques, surtout celles des enfants.
Vers 1626, dit Rarthélemy Roger, une nommée Jeanne Hubert, et un garçon, Guillaume Delaunay, touis dûnx aveugles, recouvrèrent la vue
S30 NOTES SUR l'histoire PARTICULIÈRE
dans cette chapelle ; Guy Bernier et une dame Lourdais, paralytiques, y furent guéris, et Tarchidiacre en dressa des procès-verbaux qui furent attestés et signés de quantité de témoins.
Quelques personnes pensent que le nom de cette chapelle vient de crux (croix) ; cependant, la nouvelle carte du dépôt de la Guerre, aussi bien que celle de Cassini, la nomment la CruCy et de tout temps on Ta désignée sous le nom de Notre-Dame de la Crue^ et non de la Croix. De plus, il est constant que son origine est due à un chêne, dont on a longtemps montré les restes; que sur ce chône on avait placé une statue de la Vierge, et non une croix^ ce qui, du reste, aurait été contre l'usage. Une autre preuve que la tradition a toujours entendu ce nom dans ce sens de cruey accroissement^ se trouve dans Vex-voto qu'on y voit encore ; composé d'un grand bas-relief représentant l'Adoration desroisMages.il reproduit, sous la figure de l'un d'eux, M. de Lantivy, représenté avec un costume à la Louis XIV, et affublé de la vaste perruque de l'époque ; il ofire à la sainte Vierge le fils qu'il vient d'obtenir par son intercession.  cet exvoto est jointe l'inscription suivante : Ex voto de Lentivy equitis Domini de Landâ et Dominœ de la Chevallerie anno 17 17. Cette dame était Hlle de René de la Chevallerie. (Voy. aux Cliron., année 1590, et l'art. Livré.)
La chapelle du Breil, de 15 livres de rente, assise sur tout le lieu de ia Crue, était desservie dans cet oratoire.
En 1687, dame Peju fonda une rente de 60 sous pour six messes à dire, à perpétuité, devant l'image de Notre-Dame de la Crue.
Mais aujourd'hui, l'habitation la plus remarquable de Saint-Martin est l'Ansaudière. Cette campagne, embellie par un homme de goût trop tôt enlevé à son œuvre et à ses amis, montre tout le parti qu'on peut tirer d'un site gracieux, sans avoir rien de remarquable. Là, sans s'égarer dans des lointains vaporeux, la vue aime à se reposer sur des gazons encadrés par de beaux arbres, ou sur le miroir d'un étang aux contours ondulés, dans lequel viennent se réfléchir des ponts, des kiosques, de grands sapins noirs et l'élégante façade du château. L'habitation elle* même doit à M. de la Porte et à son fils, la plus heureuse transformation : sa forme ancienne, carrée, pesante, a été allégée par de hautes tourelles, et a acquis toute ia poésie d'une construction du moyen flge.
L'Ansaudière parait devoir son existence à Ansaud, fils de Tenguy, vivant vers 1150. C'était, dit la chronique, un fort mauvais voisin. Un jour, pour se venger d'un de ses vassaux, nommé Lambert Frapin, il alla mettre le feu au bordage de la Chauvière ou Chauviniëre, en La Rouandiëre. Or, le seigneur de cette paroisse, nommé RouatUt de grand appéUt [de acerbâ famé), qui, lui aussi, semble avoir donné son nom à La Rouau-
DBS PAROISSES DE l'aNGIEN CRAONNAIS. 531
diëre, ne pouvait, en bon justicier, laisser impunie la ruine d'un homme de son fief. Il va attaquer Ansaudus, et le fait prisonnier; peut-être eût-il dft le pendre; mais quel profit tirer d'un pendu? Rouault, homme de progrès, calcula mieux ; il mit Ansaud dans un cul de basse fosse : en effet, bientôt ennuyé de sou logement et du régime qu'on y suivait, notre prisonnier se souvint que s'il n'avciit pas d'argent, il avait dans les moines de La Roê des amis secourables. Il s'adresse à eux, et l'affaire est conclue ; il leur abandonnera son bordage de la Ghauviniëre pour 300 sous, payables à Rouault pour sa rançon, mais avec la condition que, lorsqu'il le voudrait, il pourrait racheter la moitié du bordage pour la moitié de la somme.
De leur côté, les moines crurent devoir lui imposer une autre condition pour le remède de son ûme ; c'est à savoir un petit voyage à Saint-Jacques de Compostelle (1).
Geoffroi de Pouancé, en faveur de cet arrangement, ajouta au don d'Ansaudus les tailles qu'il avait droit, comme suzerain, de lever sur la Chauvinière.
Malheureusement, Ansaudus avait peu de goût pour les voyages en général, et particulièrement pour celui de Saint-Jacques ; il voulut regimber^ mais en vain ; il fut forcé d'accomplir sa pénitence.
Nous aimons à croire qu'elle l'aida à corriger ses mauvais penchants. Ansaudus portait le surnom baroque de queue-de-loup : c'était la manie du temps. (Charles CLII% COXY** de La Roê.) Il mourut sans enfants : il avait des neveux auxquels il légua son droit de racheter la moitié de la Chauvinière ; nous ignorons s'ils usèrent de ce droit.
Dans la description de Notre-Dame de Paris, par M. Viollet-le-Duc, il est question d'un Ansaudus qui devint chantre du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, en H09, et qui envoya à Galon, évêque de Paris, un morceau de la vraie Croix. Un autre Ansaudus était doyen d'.^njou en 1130. (Nov. GalL Christ.) Étaient -ils de la famille de notre Ansaudus? L'histoire n'en dit rien. On trouve encore un Ansaudus, écuyer de Charles de Blois, en 1343. Il fut entendu comme témoin à la canonisation de son maître, en 1371 (Lobineau) ; peut-être était il seigneur de l'Ansaudière; nous ne savons rien sur les possesseurs de ce château jusqu'à l'année 1 461, que nous trouvons un aveu rendu au fief de l'Ile-Tyson, par Jehan Mauviel, seigneur de l'Ansaudière.
René Mauviel, seigneur de la Touche, en Saint-Clément, à laquelle il a
(1) En 4205, un seigneur payait 10 livres pour faire ce voyage. Ces 10 livres ou 900 sous valaient au moins 500 fr. de nos jours.
K32 NOTES SUR l'histoire particulière
laissé son nom, fut échevin d'Angers en 1474 (1), et sénéchal de Craon en 1492.
Amaury et Louis Mauviel, sans doute fils et petil-fils du précédent, furent successivement sénéchaux de Craon jusqu'en 1523.
En 1584, Pierre Manniet (ou plutôt Mauviel), dont le nom aura été mal copié à la chancellerie romaine, obtint du cardinal légat, Julien, l'autorisation de faire dire la messe dans la chapelle de l'Ansaudière.
Ce Manniet ou Mauviel était époux d'une demoiselle de la Barre.
L'Ansaudière passa, vers le même temps, à la famille Amyot, qui, elle aussi, donna deux sénéchaux à la baronnie de Craon. L'un d'eux, Nicolas Amyol, écuyer, seigneur de l'Ansaudière, épousa Marguerite de Beaudevy, dame de la Joubardière. Leur fille, Lancelotte, fut mariée à Charles Jarret, fils de François, seigneur de Champagne, en Cherancé.
En 1628, elle était possédée par du Goudray, écuyer, seigneur de la Ragottière.
Un aveu de la même année, rendu par ce du Coudray à Pierre de Lantivy, seigneur de TIle-Tyson, nous montre quels étaient alors les droits des petits seigneurs du Craonnais (2j :
« J'ai juslice et seigneurie foncière et droit de bail (3), de donner « mesure, laquelle je prends de vous ; — droit de levage sur les denrées a vendues dans mon fief, — de vente, — d'épaves foncières et mobilières ; « — droit de garenne à connils défendable, — et enfin droit de chasse « à tout gibier. — Vous, Monsieur, n'avez aucun droit de chasse, sauf que « si vous avez levé quelque gibier en vos terres de l'Ile-Tyson, vous les « pouvez bien poursuivre sur les miennes, etc. »
Le même du Coudray avait épousé Tiennette Chalopin, laquelle, étant devenue veuve, se retira à la Porterie de Laigné.
Charles du Coudray, fils du précédent, épousa, en 1684, une demoiselle d'Andigné, et leur fille porta l'Ansaudière dans la maison Lebel.
Une demoiselle Lebel la porta, à son lour, dans la famille Guérin de la Grasserie, vers 1727.
C'est de François Cochard des Châteaux, époux d'une demoiselle de la Grasserie, que Jean Cournée de la Noë, grand-père maternel de M. François de la Porte, acheta l'Ansaudière en 1754.
M. François de la Porte, restaurateur, ou plutôt créateur de celte belle habitation, est mort en 1861. Il était petit-fils de René de la Porte, maire,
(t) La place d'échevin d*Angers donna la noblesse jusqu'à Tannée 1692.
(2) Voy^ article 1"^ des Coutumes d'Anjou.
(3) C esl-à-dire de tutelle.
juge ordinaire du comté et ville de Laval, décédé en 1706. Ses armes étaient de gueules à trois merlettes d'or, 2 et 1.
Il existait encore d'autres maisons seigneuriales dans la paroisse de Saint-Martin, entre autres le Barily habité en 4682-1688 par Charles Jarret, époux de Charlotte Giraut, et en 1741 par la famille Legout. (Voy. année 1491.)
Et Patience^ où est décédée une demoiselle Renée Jarret, qui, sans doute pour mieux se rappeler aux prières de ses héritiers, voulut être inhumée sous le banc qu'elle occupait à Téglise : entre autres legs, elle donna vingt messes à dire, par les Dominicains, à l'autel des agonisants de la chapelle Saint-Pierre de Craon, et une rente de 8 livres 8. sous pendant quarante ans, constituée sur le Baril, pour dire, pendant le même temps, quatorze messes basses. Ce testament, daté de 1701, est signé La Jarret. Dans une autre pièce du même temps, on lit la signature : La Lantivy. C'était la coutume.
MÉE-LA-TOUGHE, Me^e (i).
FatroB ' saint Pierre ; prieiiré-ciire ayant pour patrons saint Pierre et saint Georges ; présentatenr : Tabbé de Saint-6eorges-sur- Loire; coUatenr : l'évéqne d'Angers.
Cette paroisse ne faisait pas partie de la baronnie ; mais, comme elle est aujourd'hui comprise dans le canton de Craon, nous en dirons le peu que nous avons appris. Son surnom de la Touche prouve que son territoire était autrefois couvert de bois, comme celui de Livré.
Son église, en forme de croix latine, avec fenêtres à plein cintre et corniche à modillons variés, paraît appartenir au xii* siècle. Elle fut donnée en 1660, par un Angevin, à l'abbaye de Saint-Georges, laquelle dépendait de La Roë.
En 1784, ce prieuré-cure, de l'ordre de Saint-Augustin, était composé
de la closerie de l'Auxiliaire, affermée 160 liv.
Des terres du prieuré . 2,000
De dîmes sur Ampoigné, Chemazé et Saint-Quentin. . . ISO
De trois maisons à Mée 72
Et de trois portions de terre 9
Total. . . .' 2,381 liv.
{Arck. dép.y G, 80.)
(1) Au xiv« siècle, le droit de lever la dixième gerbe s'appelait litée, en Bretagne.
S34 NOTES SUR l'histoire particulière
L'église de Mée possède encore un morceau de la vraie croix que Foulques Quatrebarbes avait rapporté de la Terre sainte en 1219. (D. Chamard.) En 143S, Isabeau Quatrebarbes donna aussi à cette paroisse un morceau de la vraie croix, enchâssée en argent et garnie de pierreries. (M. Tabbé Foucher.) Cette double donation n'est peut-être que la' répétition du même fait, mais prouve du moins qu'à la dernière date la terre seigneuriale de la Touche, était encore dans la famille Quatrebarbes. Les de Bellefonds la possédaient k l'époque de la Révolution : elle est aujourd'hui la propriété de M. Chartier.
En 1648, René du Tertre^ seigneur dudit lieu, reconnaît tenir sa terre à foi et hommage lige de René de Rohan, baron de MortiercroUe.
Le château du Tertre fut longtemps la propriété de la famille de Trèmigon, dont il est question dans nos Chroniques (pages 238 et 283). Les armes de cette famille étaient d'argent à trois écussons de gueules, 2 et 1, chargés chacun de trois fusées en fasce d'or.
Féodalement, Mée relevait de MortiercroUe.
MENIL, Vicus Meduanilis (1), Menillum.
Patron : saint Geoffes ; présentateor et collatear : l'abbé de Tendôme.
En 1054, le pape Victor confirma l'abbaye de Vendôme dans la possession de cette église; ce qui fut encore ratifié par Innocent II, en 1136.
L'église parait dater du xi^ siècle ; mais, selon l'abbé Foucher, il existait sur la paroisse une autre église encore plus ancienne, dédiée à saint Martin. Ces églises eurent toutes deux le titre de paroisse jusqu'en 1720, qu'elles furent réunies. Jusque-là le curé de Saint-Martin, dont l'église menaçait ruine, exerçait ses fonctions dans la même église que le curé de Saint-Georges.
En 1140, Geoffroi Mai tel donna à Vendôme plusieurs revenus sur Menil.
La chapelle du prieuré de Saint-Georges, bâtie en petit appareil roman, sert aujourd'hui d'étable à moutons. Sur le placitre ou place de l'église, était une maison dite Vofficialttéy dépendant de la prestimonie des Herpins. Peut-être était-ce là que Voffiàal forain venait exercer sa juridiction.
Renaud de Château-Gontîer voulut s'emparer des biens que Vendôme
(1) Cette dénomiDalion, trouvée dans une lettre de Foulques le Rechin à Renaud de ChAteau-Gontier, donne Tétymologie du nom de Menil : Vicus ad Meduanam,
DBS PAROISSES DE L'âNCIEN CRàONMAIS. 835
possédait en Menil ; mais le Rechin, comte d'Anjou, lui écrivit : « Indubitanler scias quod si amodo aliquam injuriam sive inquietudinem monachis propter hoc feceris, non tum illis quam mibi molestiam intuleris. i (Abbé Foucher.)
La CLXXVIP charte de La Roê nous fait connaître l'existence d'un Jean de Menil vers 1150.
Jean de Villeray, prieur de Menil, devint prieur de Vendôme en 1140.
C'est en Menil qu'existait le château de Bressault, dont un des possesseurs, La Rouvraie,fut si tristement célèbre dans nos guerres de religion. (Voyez années 1560 et 1872.) Ce château relevait de Magnannes, principal fief de Menil. En 1471, un Louis de Racapé de Magnannes, écuyer, déclare dans une montre qu'il suivra le roi en brigandine (cuirasse) et à trois chevaux.
Le marquisat de Magnannes et de Menil, quoique relevant féodalement de Craon, tenait sa juridiction à Château-Gontier.
La famille de la Tullaye, venue des environs de Fougères, a succédé à celle de Racapé vers 1780.
Menil renfermait autrefois les paroisses de Saint-Fort (Saint-Evroult) et de Coudray. Aussi, avant la Révolution, le curé de Menil, en souvenir de ce fait, avait la présentation de ces cures. (Abbé Foucher.)
MÉRAL, Meraldus, Merallum.
PatroB : saiit Pierre; présenuusr : i'abbé de Saint-Serge; coUatear : l'éYèqne d'Angers.
L'abbé Foucher pense que le lieu où saint Vital passa dix-sept années auprès de la forêt de Craon, et que YHistoire ecclésiastique de Fleury et le GalL Christ.^ t. X, p. 542, nomment Dommpetra, à quelques champs du Maine et de la Bretagne, pourrait bien être ce qu'on nomme aujourd'hui YEi^itage, près Ghanteil, et où existait un tumulus; car saint Vital nomma aussi Domnipetra (Dampierre) le prieuré qu'il fonda près Mantilly, et où irmourut.
On sait que Gossé-le-Vivien a pris son surnom d'un général de Charles le Chauve, qui y fut tué en 860. Par une ingénieuse analogie, M. Gonthier, curé de Méral, pense que sa paroisse pourrait bien aussi tirer son nom d*Hilmérald, comte du palais, tué à la même bataille, laquelle, selon lui, aurait eu lieu sur les hauteurs de la Mienne, où l'on a trouvé beaucoup d'ossements.
S36 NOTES SUR l'histoire particulière
Les uns placent Tancien château auprès de la métairie de la Cour et du prieuré fondé par Hamelin, en 1080, sur le terrain encore nommé le^ Abbées ; d'autres pensent que le château devait être sur la butte de Méral. Quoi qu'il en soit, les seigneurs de Méral remontent fort haut dans Thisloire ; en voici quelques-uns :
1° En 1090, Hamelin, au lit de la mort, fit venir les seigneurs dont il relevait immédiatement, Guy de Laval et Renaud de Craon, et, dit la charte, leur recommanda ses deux filles, Domitille et Jehanne, et toute.sa seigneurie : a Insuper rogavit cum gemitibus et lacrymis ut eleemosynam c quam monachis Sancti-Sergii concederat, quietam tuerentur, unusa quisque in honore suo, scilicet ad Merallumetad Hastiliacum (Àstillé)... a Gujus petitioni libenter annueruntet in manu D. Âchardi abbatiscoram « baronibus suis firmaverunt. Testes : Lisoius de Credone^ — Vivianus « Infans, — Suhardus de Merallo^ — Odo de Sarmesiis, — Odo de Boro, a — Walierius Morcheino, etc. »
« Mortuo vero Hamelino, Wivianus Rogo cœpit inquietare monachos a de talliis: quapropter abbas Walterius Dom. Widonem (de Valle) adiit c qui memor spontionis quam Hamelino fecerat, Wivianum mandavit et « in curia sua judicio baronum siiorum monachis acquietavit. Testes : « Hugo de Mathefelon, HamelinusdeÂltanosa,SttAart/ttô de Merallo, etc. « An. Dom. 1090.» (Cart. de Saint-Serge,) (Voir la suite de cette affaire, page 153, et art. Livré,)
Cet Hamelin de Méral nous semble le même que celui vivant en 1067, et cité à Tart. Bouchamp^ dans le procès relatif à cette paroisse.
â* Quant à Huard ou Suhard I"^, cité plus haut après la mort d'Hamelin, en 1090, c'est évidemment le même que l'on voit vingt ans après, en 1110, à l'assemblée des seigneurs au château de Chauvigny, d'Athée (voyez page 158), et qui était père du suivant. (LXXVP charte.)
3^ Vivien de Méral, vers 1120, engage Chotard à se faire chanoine de La Roë, et à donner à cetie abbaye le bordage de Fabrica avec quatre seterées de terre ; il donna lui-même les tailles qu'il possédait sur cette terre. (LXXVP charte de La Roë.)
4<* Suhard II, Yves, Hamon et Asceline, épouse de Geoffroi de La Roë, étaient enfants de Vivien et vivaient du temps de l'abbé Robert de Montenay. (LXXXIV" charte, de 1122 à 1136.) Asceline se fit religieuse à La Roë avec la mère de Payen Cheorchin. Suhard II épousa, en premières noces, Griscia, fille de Bouchard II, de la première maison de Craon, et, en secondes noces, Hildegarde; à inoins que Griseia n'ait été un surnom, suivant la coutume du temps, et n'ait désigné la même femme qu'Hildegarde. Quoi qu'il en soit, Suhard eut d'Hildegarde un fils nommé
DES PAROISSES DE l'ANCIEN CHAONNAIS. 837
Robert, qui mourut pendant que son père était chanoine de La Roë. Suhard II est cité plus de vingt fois, de 1150 à 1188, comme ratifiant des dons à La Roê.
Tallia, sœur de Griseia, épousa Tyson de Bouche-d'Usure (1), petit-fils
de Tyson de Craon.
Les fiefs de cette famille de Méral étendaient leur mouvance aux environs de Cossé , et ceux de la famille Cheorchin aux environs de Cosmes.
S"" Vers 1180, Jean de Méral donna à La Roê la dtme d'Âstillé et de la vigne de Lungo-Sulco (Longueraie, en Peuton^. Jean Cheorchin, son cousin et son héritier (CXCIII* charte), y ajouta la dtme de quelques vignes, en retenant seulement une cruche de vin pour être distribuée aux communiants de Gosmes, à Pâques. On voit ici la parenté qui existait entre Tancienne maison de Craon et celles de Méral et de Gosmes ; or, quelques familles d'Anjou prouvent leur descendance de celle de Cosmes.
6" Dans le même temps, Suhard III donne à La Roë ses dîmes sur Pingenay et tout le terrain nécessaire aux chanoines pour arrondir leur bois. Ce terrain ne Tenrichissait guère, paraît-il, car il accepta de Tabbé Michel une vieille paire de bottines (annunas chaHgas de Bruneta). (CXCIV charte, de 1180 à 1488.) Le fief de Pingenay fut distrait de Méral pour 'former plus tard la paroisse de Laubrières. Peut-être ce Suhard est-il le même que celui dont parle D. Piolin, et qui, en 1200, fut témoin d'une donation à Marmoutiers.
7*^ Gautier de Méral est arbitre et pleige (garant) de deux arrangements. (GLXXIV« et CLXXX" chartes, de 1150-1188.)
8" En 1190, Roland de Méral et son frère Olivier sont témoins du don fait par Garin de Sainl-Berlhevin à Tabbé de Savigny, lors de son départ pour la croisade. (M. Tabbé Pointeau.) On les trouve également au départ de du Plessis de Cosmes pour celte même croisade, dirigée par Philippe- Auguste. (CCXLVII* charte.)
9® Suhard IV est cité parmi les témoins des deux mariages de Guy VII de Laval, en 1239 et 1288.
10" Descart de Méral, en 1279, donne à sa paroisse le sixième du moulin de Méral. (Arck. de Saint- Serge^ extraites par MM. les abbés Maulavé et Pointeau.)
Il'» Roland de Méral figure dans la tenue du moulin de la Place. (Ibid.)
(1) LXXVIIl* et CXLII* chartes de La Roë. (Voyez Bouchampei le tableau généalogique de la première maison de Craon.)
838 NOTES SUR l'histoibe particulière
12* En 4543, Jean du Bouchet, seigneur de Méral, fut condamné à renoncer au tilre de fondateur de l'église de cette paroisse. (Arch. départ. , E, 99.] Ce qui prouve que du Bouchet ne descendait pas de Tancienne famille de Méral.
Au XIV' siècle, existait en Méral la terre de Soulxoche^ possédée par Pierre de la Rivière. (Voy. Laubrières,)
En 1616, Lefebvre de Laubrières, dont la famille avait donné deux sénéchaux de Craon, acheta, de^la famille de la Brosse, cette terre de Souliocbe de Méral, lui donna le nom de Laubrières, en fit une paroisse, et enfin devint seigneur de Méral. (Voyez Laubrières^ Saint-Poix et renvoi J.)
En 1684, Lefebvre, seigneur de Méral, rend aveu à Henri, duc de Lsi Trémoille, pour la terre de Méral et la chfttellenie de Montjean.
Disons quelques mots des principaux fiefs et seigneuries de Méral.
La Brardièrey dans la mouvance de Chanteil (ilrcA. départ.^ £, 157), appartenait, en 1570, à François de Scepeaux, maréchal de la Vieilleville (1). En 1591, du Plessis de Gosmes en donna le commandement à Raimbaudière, nommé dans la triste affaire de Montjean. — La Brardière n'avait que justice foncière.
Des Scepeaux, la Brardière passa aux Gilles de la Grue, qui la conservèrent jusqu'en 1789. (M. Tabbé Pointeau.)
Chanteil (campus Tiliatae ou Tiliae). — Hervé de Ghanteil, recenseur, prisonnier à Château-Gontier, engagea pour (00 sous certaines terres à Tabbaye de La Roê, pour payer sa rançon. (LXX« charte de La Roé, de 1150 environ.) À la fin du xv* siècle, Chanteil appartenait, ainsi que le Bignon et Saint-Poix, à la famille de Villiers du Hommet. (Ibid.) De 1537 à 1600, il fut, la propriété des Saint-Aubin ; à Textinction de cette famille, les Mordret de Saint-Saturnin et les du Buat eurent procès pour cette succession, qui fut adjugée aux derniers, par décret de 1609 (ibid.), et ceux-ci, en 1699, vendirent cette terre à Alexis de Lancrau' (% alors devenu seigneur de Bréon par son mariage, en 1686, avec Marie de Bréon, fille et unique héritière de Marc de Bréon (3).
(i) Le manoir des Scepeaux, berceau de celle illustre famille, esl aujourd'hui une maison de ferme, dans la paroisse d^Aslillé. Autrefois ce fief avail droit de gibet à trois piliers. (Abbé Pointeau.)
(2) Les armes de Lancrau sont d'argent au chevron de sable, accompagné de trois roses de gueules boutonnées d'or. Devise : In Deo spes mea.
(3) De ce mariage sortirent : 1" Alexis-Gabriel de Lancrau, seigneur de Bréon, marié en 1738 à Henrietie Mimault de la Cherbonnerie ; 29 Marc- Antoine de Lancrau, époux de Louise LechaL ( Vieux papiers.)
Chanieil est resté dans la famille de Lancrau jusque vers 1830; en 1840, elle était possédée par H. Achille de Trémigon, qui la vendit, à cette époque, à la famille Thoreau de la Touchardière.
Voici comment se composait le revenu de cette terre en 1699 : Maison seigneuriale et étang ; trois bois-taillis ; métairies de Limesle et de la Goberdière; closeries du Grand et Petit-Niort, des Bouvetières,
Réauté, Augerie et Lariraie ; ensemble 1,796 liv. » s.
Rentes en blé, 2 liv. 10 s. ; — dix-sept boisseaux d'avoine, évalués 30 liv. 3 s. ; — en argent, 7 liv. 10 s. 40 3
Total 1,836 3
Déduire les rentes à payer 236 »
Revenu net 1,600 liv, 3 s.
Ghanteil et la Brardière étaient tenus, mais non réunis au fief de Saiut- Poix. (Arch. départ., E, 103, 162, 164.)
La Corbière avait petite justice ou justice foncière, et relevait de Graon à foi et hommage sans prestation. [Arch, dép,, E, 162.) Le cartulaire de La Roê cite souvent les seigneurs de la Gorbiëre.
Zacharie de la Corbière donne le fief Melland (la Meslandière, près des Valeyeltes) à Tabbaye de La Roe, pour pouvoir aller à Jérusalem ; mais, comme il était pauvre, Tabbé Albin (1H7-1127) lui donna 58 sous. Le revenu de qe fief, sans les tailles, était de 8 sols. (GXXVIII* charte.)
En il50-llS8, vivaient Hubert de la Corbière et sa femme, Marmosa. (CXCIX* charte.)
En 1151, Agnès de la Corbière, femme de Hugues et fille aînée de Lambert, camérier, donne une terre, près Fontaine-Oet, pour aller à Jérusalem. (CLV* charte.) Agnès avait une fille, Falca, qui alla aussi h Jérusalem, et un fils qui épousa la fille de Barbota.
Gerrif hérita de celte fille de Barbota. (CLV« charte.)
Les seigneurs de la Corbière figurent encore à la croisade de 1429.
Elisabeth de la Corbière épousa, en 1656, Charles du Buat.
En 1692, Charles de la Corbière, doyen de la Chambre des requêtes au Parlement de Bretagne, était seigneur des Alleux. (Voyez Cossé.)
La branche aînée de cette famille s'est fondue dans celle du Hardas de Hauteville, par le mariage, en 1769, d'une demoiselle de la Corbière avec Charles du Hardas.
Mais, depuis longtemps, la terre de la Corbière n'était plus dans la famille de ce nom; dèsl332, Yvon de la Selle en était seigneur. (M. l'abbé Pointeau.)
540 NOTES SUR l'histoire particulière
Le Bigoty autre fief de Méral, appartenait, en 1683, aux La Ghevallerie.
La Subrardrière^ fief aussi de Mëral, est dans la famille du Buat depuis 15S0 au moins. On lit dans la généalogie de cette famille, qu'en 1395, un du Buat, probablement le sénéchal de la dame de Montauban et de TIle-Tyson (voyez renvoi J), commandait à Angers pour Charles VI, et obtint de ce prince un titre constatant qu'un de ses ancêtres avait épousé, en 1315, une fille de la même maison de Montauban. Quant au commandant d'Angers, Jean du Buat, il s'était marié à Colette de Saint-Aignan, en Craonnais, et, comme depuis longtemps il avait perdu toute relation avec les du Buat de Normandie, il adopta les armes de sa femme, qui étaient d'azur à cinq quintefeuilles de gueules, pour composer les siennes, qui furent d'azur à trois quintefeuilles d'or, telles que les portent les du Buat d'Anjou.
C'est la maison du Grand-Buat, au Perche, qui a produit le célèbre auteur des principes d'hydraulique, Pierre-Louis-Georges, comte du Buat, colonel du génie, mort en 1809. Ses armes étaient d'azur à l'escarboucle d'or à six rais fleurdelysés. Elles étaient sculptées sur la porte du Grand-Buat, acheté, depuis quelques années, par M. du Buat de la Subrardière, et elles figurent au plafond des Croisades, à Versailles (1).
Les dîmes de la cure de Méral étaient affermées, en 1788, 1,800 livres.
Cette paroisse possédait quatorze chapelles ou prestimonies, entre autres, celles des Planches, de la Cotterie, de Bicheron, etc. L'une d'elles, la chapelle des Barbiers, dite aussi la chapelle de la Réauté, ayant pour temporel la closcrie de ce nom, était desservie à Méral, et relevait de la Corbière. (Arch. départ., C, 51, 140.) Elle avait pour titulaire, en 1763, Henri du Buat, clerc-tonsuré, et en même temps officier au régiment de Condé. Il faisait dire par son frère, curé de Méral, les messes dont sa prébende était chargée, et, moyennant quelques redevances dues à Chanteil, il jouissait d'une maison à la Réauté, avec six journaux de bonne terre, neuf pièces de landages et deux hommées de pré. (M. l'abbé Pointeau.)
Le presbytère de Méral fut reconstruit pour 1,650 livres, en 1756.
(1) Voir la savante notice publiée sur cet iDgènieur, par M. de Saint- Venant, de riDStitut, chez DancI, Lille, 1860.
DES PAROISSES DE l' ANCIEN CRAONNAIS. 541
SAINT-MICHEL-DU-BOIS ou DE LA ROÊ.
PréMBUtesr : le chapitre de Saiot-licolas le Gnoo, ob Tabbé de La Roê:
collatear : l'éTèfie d'Aigen.
Cette paroisse, encore tirée d'une forêt, comme Tindique son nom, comprenait plusieurs fiefs, entre autres, ceux de Saint-Michel même, de la Lande-Barruchon (nunc Balisson), et celui de Brascharnon ou Brecharnon, fief dominant, qui dépendait de Graon et s'étendait sur Brains et Saint-Aignan (voyez renvoi Y], et même en Bretagne.
Du temps que Robert d'Arbrissel gouvernait Tabbaye de La Roê (1093-1098), Guillaume de la Lande-Balisson donna à Tabbaye la métairie des Orgeries, en Saint*Michel, franche de toute coutume, sauf de celle dite Cobole du marcfuind, due au\ forestiers, et avec toutes ses dépendances, telle qu'il Tavait reçue^ en récompense de ses senices^ de Renaud le Bourguignon. Il donna ensuite à Tabbaye, du consentement de sa femme Bellissende, un pré au-dessous de Mauconseil, qui faisait partie de sa dot. Ce don, approuvé par son fils Normand, fut fait en présence d'Auger, homme (hotno) de Bellissende, de Geoffroi, son clerc, de Robert, son domestique (serviens)^ et de plusieurs autres. (XVP charte deLa Roê.)
Plus tard, Guérin de Moûtiers, époux d'Elisabeth de la Lande-Balisson, probablement fille de Guillaume ci-dessus, ayant contesté le pré de Mauconseil, les chanoines arrangèrent le différend en s'obligeant envers lui à une rente de 13 deniers. Mais Michel, étant devenu abbé de La Roê vers IISO, parvint, par ses prières et moyennant l'abandon de 10 livres de deniers que Guérin devait à l'abbaye sur les dîmes de Saint-Sauveur de Fiée, à le faire renoncer à cette rente de 12 deniers, et à tous les ser« vices féodaux qu'il pouvait réclamer de l'église pour le fief de Geoffroi de Saint-Michel.
Vers le même temps, Guérin voulut se faire chanoine de La Roê. A cette occasion, il donna les dîmes de Saint-Sauveur, qu'il tenait de son père Barthélémy, et qu'il avait lui-même données en dot à sa femme Elisabeth; celle-ci approuva ce don en présence de Tyson de Craon, frère de sou mari ; d'Agnès, femme de Tyson ; de Bernard, seigneur de Saint-HicheU hommes d'armes de Guérin, etc. La même charte (la GLXIIP] nous apprend que Guérin de Moûtiers avait été en guerre, pour la succession de son père, avec Geoffroi Tehel (1), et que, par suite d'un arrangement,
(1) Yoy. le tableau généalogique de la première maison de Graon.
542 NOTES s(jR l'histoire particulière
Tehel abandonna à Guérin, avec la terre de Gonfignon, en Fontaine- Gouverte, les susdites dimes de Saint-Sauveur.
Peu de temps après, Pierre Billum donna à l'abbaye, pour lui faire admettre sa mère au bénéfice de ses prières, la terre de TÉcoublère, en Saint-Michel ; et Elisabeth de la Lande-Balisson, alors remariée à Hovin, fit concession de tous ses droits seigneuriaux sur cette terre, ce qui fut accordé parles seigneurs dominants, Mathieu et Bernard de Saint-Michel, et par Hugues de Brecharnon, fils probablement d'Albert ou Aubry de Brecharnon, qui, en 1119, avait reçu de Foulques Y, comte d'Anjou, pour ses services de guerre, les fiefs de Saint-Michel, de Saint-Aignan*du- Désert et de Brains-sur-les-Marches. (CLXI* charte.) (Voyez Brains.) L'année 1119 paraît donc être la date de l'établissement primitif du fief de Brecharnon, à la suite duquel furent fondées les paroisses de Brains, de Saint-Michel et de Saint-Aignan.
En 1151, Hugues et sa femme, Agnès de la Gorberie (1) ou des Gorbières, fille aînée du camérier Lambert, donnèrent en gage, à l'abbé. Michel, les terres qu'ils possédaient près les Orgeries, pour 100 sous; avec cette somme, eux et leur fille Falca firent le voyage de Jérusalem; l'emprunt fut fait à condition que, s'ils revenaient, ils laisseraient à l'abbaye Thébergement avec deux seterées de terre, et rentreraient en possession du reste en remboursant les 100 sous empruntés. Les pèlerins revinrent peu après ; mais, à la sollicitation d'Agnès et de Falca, Hugues fit don de toute la terre ; ce qu'il avait droit de faire, dit la charte, parce qu'Agnès, en l'épousant, lui avait donné ce fief pour sa dot. (GXXVIII* et CLV* chartes.) C'était l'usage germain. (Voyez p. 123 et 541.)
Le Roux, chanoine de La Roê, châtelain de la chapellenie de Saint- Michel-du-Bois, achète, en 1352, des terres, moyennant une rente de dix boisseaux de seigle.
En 1362, la cure de Saint-Michel reçoit le don de l'hébergement de la Goupelière ; en 1367 et 1368, la métairie de la Princerie, et en 1376, trois boisselées de terre dans la Ghampronnière.
En 1448, elle acheta, pour 11 sols, deux boisselées de terre ; en 1451, trois autres boisselées, pour 9 francs [sic] ; en 1461 , trois autres boisselées, pour 9 livres de deniers tournois ; et en 1469, une boisselëe et quatre cordes, pour 68 sols 9 deniers. {Vieux titres,)
(1) Cette Agnès était probablement parente deZacharie des Corbières (voir Méral], lequel voulant aussi aUer à Jérusalem, douna à La Roô son fief.de la Melandière, en BaUots; mais comme il n'était pas riche, Tabbé Albin (1 \ 16-1124) lui donna 80 sous et 5 à sa femme. (CXXVin« charte.)
DBS PAROISSES DB l' ANCIEN GRAONNAIS. 543
Tous ces dons n'avaient pas enrichi la cure, car, en 1691, le curé de Saint*Micbel préféra se mettre à la portion congrue de 300 livres pour lui, et 150 pour son vicaire, plutdt que de conserver ses droits temporels, qui consistaient en dtmes sur une partie de la paroisse ; et, à son tour, le chapitre de Saint-Nicolas, en 1701, abandonna à La Roê sa part des dtmes sur les Orgeries, pour ne pas contribuer à ladite portion congrue du curé. Cette dtme des Orgeries était affermée huit boisseaux de seigle. On voit ici que les dtmes étaient quelquefois insuffisantes pour faire vivre le clergé.
En 1409, Le Boucher, seigneur de Coesmes, rend aveu à Louis de La Tr^moille pour Brecharnon. — En 1417, Hardoin de Maillé possédait le même fief.
En 1496, Pierre de Roban, seigneur de Gié, rend aveu à Louis de La Trémoille. — 1604-1609. Marie Le Poulcre, veuve de Jacques de Sévigné, à Charlotte de La Trémoille.
En 1539, le prince de Rohan était seigneur de Brecharnon, dépendant de Senonnes. (Terrier de Brecharnon.)
Sur la même paroisse, le fief de Balisson, composé de la closerie de Balisson et des métairies de Germon, la Thibergère, la Bigottiëre et FOublairie, appartenait, en 1697, à dame PouUain, veuve de Jean Hullin, seigneur de la Chabossière. Elle afferma cette terre, avec la Babiniëre, le Davy, en Bouchamp, et 72 livres de rente à prendre sur le moulin du Davy, pour 1,700 livres, en stipulant que le bois du Davy serait coupé dans le décours de la lune.
NIAFLE, Neafla.
PatroB : saiit lartin ; préseitatev : le seigneur temporel; coUatear : l'éTèque d'Angers.
Le château de la Lande était le fief dominant de cette, paroisse.
Vers 1150, Pierre de Niafle figure dans les plaids de la cour du baron de Craon. (CXVf^ et CCXXIIP chartes de La Roê.)
Au XVI" siècle, cette terre était dans la famille de la Ghevallerie, dite de la Touchardière, qui possédait en même temps Congrier, la Cour de Livré et l'Epronnière.
Les armes de cette famille étaient : d^argent chargé de trois chevrons de gueules, ou d'argent chargé d'un cheval au galop.
Le château de la Lande fut ruiné par les ligueurs de Craon. (Voir les Chroniques, année 1592.)
544 NOTES SUR l'histoire particulière
Nous ignorons comment ce fief devint la propriélc des barons de Craon, à moins que ce ne soit par confiscation sur les Chevailerie, au temps de la Ligue ; ce qui est certain, c'est qu'il fut vendu, avec la terre de Craon, en 1620, par le prince de Condé, aux d'Aloigny, qui le revendirent, en 1692, à Louis de Lantivy (1), dont le père, Pierre de Lantivy, cadet d'une ancienne famille connue en Bretagne dès le xii'' siècle, était venu se fixer en Anjou, et y possédait le Qef de l'Ile-Tyson vers 1571.
Louis de Lantivy épousa Marie Gouin, et en eut trois enfants :
l'* Louis-Pierre, époux de Marie de la Chevailerie;
2® Gabrielle, mariée à René de Champagne, demeurant à La Mj^tte- Ferchaud ;
3° Jacques, époux d'Anne Gordon, mort en 1712, laissant aussi trois enfants : Anne et Marguerite, mortes célibataires à Saint-Clément, en 1773 et 1776, et Pierre-Jacques, seigneur de la Vieuville, marié en 1720, à Françoise Viel. De celte union vint René-Pierre-François, qui pour se marier, en 1760, époque à laquelle il n'avait que vingt-un ans, se fit émanciper par un conseil de famille composé, au paternel, de François Pierres, seigneur de Fougeray, et de Jean-Marie Pierres, curé de Méral : au maternel, de Pierre Frémond de la Merveillère et de Pierre Bodard de la Jacopière, cousins de l'émancipé.
Louis-Pierre de Lantivy, époux de Marie de la Chevailerie, eut un fils, Louis-Pierre-Jacques, qui se maria à Louise Langlois, et en eut Louis- André, marié, en 1754, à Charlotte de Montecler. C'est elle qui, étant veuve, vendit à M. Letort-l'Hommeau la terre de la Nicoulière, en 1801.
Louis-André de Lantivy laissa quatre enfants : l'aîné mourut en émi* gration sans être marié; Louis-Georges fut chevalier de Malte ; une fille, mariée à M. de Goyon, n'a pas laissé d'héritier; enfin la dernière fille, qui était religieuse, eut le malheur de se marier pendant la Révolution ; et ce sont ses enfants qui ont vendu la terre de la Lande à MM. Séguin et Daudier.
(1) Ceci résulte d'un acle du 5 janvier 1693» par lequel Marie Gouin, épouse non commune en biens de Louis de Lanlivy, prêta 300 livres à Ferron, fermier de la Nicoulière, de la Mercerie et de la Gilardière, pour payer à madame d'Aloigny ses Termes échues le X^' novembre 1691. Ajoutons que René Gouin, ancien procureur fiscal de Craon, seigneur de Livré, et anobli en 1661, maria quatre ans après, à ce même Louis de Lanlivy, sa fille dont la fortune servit ainsi à acheter la terre de Niafle ; aussi, au lieu de s intituler seulement, comme autrefois, seigneur de Tlle-Tyson. de la Chartenaye et de Champiré-Baraton, Louis de Lantivy, dans Tacte précité, ajouta-t il 11 ces seigneuries celles de la Lande et de la Cour de Livré. Donc c*est de la fin de 1691 au commencement de 1693 que le fief de Niafle passa à la famille de Lantivy.
Les armes de la famille de Lantivy sont : de gueules à Tépée d'argent posée en pal. Devise : Qui désire n'a repos.
Celles de la famille Daudier sont : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois roses d'or.
La maison seigneuriale de la Bulinière a été possédée par la famille de Leviston, qui, à la révocation de Tédit de Nantes, en 1685, abjura le protestantisme. Gédéon de Ridouet, seigneur de Conée, y habitait en 1699. — En 1737, elle était la propriété et l'habitation de Mimault, chevalier, seigneur de la Hélaudière.
L'habitation de la Nicoulière ou Nicolière a été bâtie en 1837, par M. Letort-l'Hommeau.
En 1682, René Belocier, chevalier, trésorier de la généralité de Tours, demeurait en la maison seigneuriale de la Cruardière, et Claude Belocier, seigneur de Vallière, y décéda en 1697.
La chapelle Sainte-Catherine, desservie à Niafle et fondée par Élie Lallier, valait 38 livres de revenu. Les lignagers en étaient les collateurs. (M. l'abbé Logeais.)
SAJNT-POIX, SAINT-PEZ, SAINT-PÉAN, SAINT-PAIR, SAINT-PATERNE, Sangtus-Paternus.
Préseitatenr : i'abbé de Saint-Serge; colUtenr : i'évèqne d'Angers.
Au VI* siècle, saint Paterne, venu de Poitiers, était évêque d'Avranches. Il fonda des monastères en Armorique, en Normandie, notamment celui du Mont-Saint-Michel, et jusque dans le Maine. (Abbé des Roches.)
Au XII* siècle, Payen de Saint-Paterne est cité dans deux chartes de La Roë. En 1236, Saint-Poix appartenait ?i la famille de Laigné-le-Bigot. (Voy. renvoi D.)
En 1378, le seigneur de Saint-Pez se présente à Dol avec sa compagnie et neuf écuyers, pour combattre l'Anglais.
La même année, Bertrand de Saint-Payen arrive à Dinan avec ses chevaliers, parmi lesquels figurent : Jehan Giffard, Guillaume de la Chapelle, Olivier du Buignon. Us se mirent sous les ordres de Du Guesclin.
Le fief de Saint-Poix relevait de Craon et s'étendait sur Méral, Ballots, Caillé, Livré, Bouchamp, etc. Un Guillaume de Saint- Amadour rend aveu à la Motte Saint-Péan, de 1473 à 1541. (Arch. dép.. E, 122.)
Les armes des anciens seigneurs de Saint-Poix étaient : à la bande, accompagnée de dix rustres (losanges percés), 4, 3 et 3. (Abbé Foucher.)
S46 NOTES SUR l'histoire particulière
Le fief s'appelait la Motte de Saint-Poix, ou Saint-Péan. (Yoy. renvoi J.) Alors, dit-on, la seigneurie de Saint-Péan ne possédait qu'une chapelle, qui fut agrandie vers le xvi« siècle pour en faire une paroisse, dont on attribue l'érection à la famille de la Corbière ; ce fait paraît douteux.
Cependant, une déclaration d'un curé de Méral, de 1630 environ, donnée par M. l'abbé Pointeau, dit que « la Motte était partie de Méral et partie de Saint-Poix, et que ces terres mitoyennes étaient appelées Tournes (ou alternatives) ; » ce qui indiquerait un ancien partage du fief et de la paroisse à une époque éloignée.
En 15S0, un du Buat, époux de demoiselle de la Corbière, était seigneur de Saint-Péan, de la Subrardière et de Chanteil.
De Saint-Poix relevaient : Chanteil, l'Épinay, Bouche-d'Usure, Laigné* le-Bigot, Balusson, la Corbière et la Brardière.
En 1662, Charles du Buat, seigneur de la Subrardière, permit d'abaisser une tombe élevée dans le chœur de Téglise, et une assemblée de paroissiens reconnut que c'était à leur prière que ladite tombe avait été abaissée, sans préjudice^ pour le seigneur, de ses droits de patron et de fondateur. (Arch. dép.. G, 74.)
Consistance de la terre de Saint-Péan vers 1756 : basse justice, droit de garenne et de chasse ; métairies de Saint-Péan, de la Dolnaire et de la Barre ; closeries du Bourg, de Gatechèvre ; les deux moulins de l'étang deMée. Le tout d'un revenu de 1,105 liv. »sol8.
Rentes en blé-seigle, soixante-troisboisseaux à 50 s.
Rentes en avoine, quatre-vingt-dix-huit boisseaux
cl 09 sols ..•••••••• •••
Rentes en argent
Total. . • . .
A déduire pour les réparations.
1,413 liv. 14 sols.
Reste du revenu, sujet à rachat par la baronnie.
Celte terre, le fief de Saint-Péan ou Saint-Poix, les fiefs de la Brardière et de la Brosse, avec semences et bestiaux, furent vendus, en 1699, par Magdelon du Buat, 3S,000 livres à Alexis de Lancrau, époux de Marie de Bréon. (Arch. dép^y E. 164.)
Le fief de Saint-Poix avait gardé le nom de Saint-Péan ; il était près da bour$(, et on en voit encore la Motte seigneuriale, ou Motte aux plaids, dit l'abbé Foucher.
Aux assises de 1518-1544, le seigneur de Maupertuis reconnaît devoir à celui de la Moite Saint-Péan une paire d'éperons dorés, de service, avec la molaite et le hardcùUon de la boucle.
DBS PAROISSES DB l'aNGIEN CRAONNAIS. 547
En Saint-Poix était le lieu seigneurial de la Motte-Boisruyer^ habité, en 1700, par Alexis de Lancrau, époux de Marie de Bréon.
Aux assises du fief de la Motte Saint-Péan, de 1581-1658, Magdelon du Buat rend aveu, pour la Subrardière, à Marc-Antoine de Lancrau. [Arch. d^/?., E, 124 et 127.)
En 1508, Jean de Fescbal prend le Bignon de Saint-Poix en payement d'une somme de 4,000 livres par-devant M** Bourdais et Lecercler, notaires à Château-Gontier. (Abbé Foucher.)
POMMERIEUX, PoMEROLi, Pomeria.
Patron : saint Martin; présentateur : l'évèqae on le chapitre d*Angers; coUatenr :
i*é?êqne d'Angers.
Ménage, s'il ne confond pas Pommerieux avec le fief de la Pommeraie, en Fontaine-Couverte, dit aussi en latin Pometim^ cite plusieurs seigneurs de cette paroisse vivant en 1070.
Le carlulaire de La Roë fait plusieurs mentions des seigneurs de Pomeriis au xii" siècle ; mais nous pensons qu il s'agit du fief de Fontaine- Couverte.
En 1136, Innocent II confirme la possession de l'église de Pommerieux à l'abbaye de Vendôme.
En 1535, Gilles de Laval rend aveu, pour Pommerieux, à François de La Trémoille.
En 1571, René de Ponce était seigneur de Pommerieux et de Chéripeau.
La terre seigneuriale deFougeray, de Pommerieux, fut longtemps possédée par la famille de La Saugère. (Voyez Bouchamp.) En 1682, Elisabeth de La Saugère, par son mariage avec Guy Pierres, écuyer, seigneur de la Quairie, conseiller du roi, grenetier au grenier à sel de Craon, et administrateur de l'hospice, fit passer cette terre dans la famille de son mari. Ce que l'on voit par un acte de la même année, dans lequel François Maleure, prêtre de cette ville, faisant le fait valable, c'est-à-dire se portant fort de René Martin, écuyer, seigneur de Montigé, d'Antoinette Maleure, épouse de François Pierres, écuyer seigneur de la Quairie, frère sans doute de Guy; de René de Sillère, seigneur du Boisronaux, fait un arrangement avec les Dominicaùis au sujet d'une rente due par Renée Guicheron, épouse de Charles Lefebvre, seigneur de l'Epinay,