CHAPITRE III
Comment la vîlle et chastel du Pont-de-F Arche feurent ïH-ins* de» gens da roy de Franche par subtylle voye j et comment le seigneur dd pays de Bretaigùe promeit de servir le roy de Franche.
L'an ensuivant , mil quatre cent'quarante-neuf , après Pasques , l'es ambassadeurs* du roy Charles retournèrent de Rouan et d^Ahgleterre^ à Chynon,' devers le roy , lequel , après avoir ouy la response, envoya devers le duc de Bretaigne, le comte de Dunois , le seigneur de Bretigny (Précigriy) et autres, pour prendre et recepvoir pour lui et en son nomd'icelluy duc *, et barons et seigneurs du pays, le serment de servir le roy leallement, tant que la guerre dureroit , ou cas qu'il se meit en armes, pour les ayder et secourir allencontre des Anglois j et lesquels
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duc, barons et seigneurs le promirent ainsi; ce que jx>ur plus seurement entretenir, baillèrent leurs scels, lesquels feurent portés au roy • Et tout incontinent ce fait, le duc de Bretaigne manda de toutes pal*ts àses^ subjets, amis et alliés, qu'ils le voulsissent ayder et secourir à soy vengier des Anglois , et recouvrer sa ville de Fougières. Et à ceste occasion et peur lui complaire , messire Jehan de Bresay , chevalier , natif du pays d'Anjou , capitaine de Louviers ; Robert de Fl(icque, dict Flocquet , escuyer^ du pays de Normandie , bailly d'Evreux ; Jacques de Clei*mont , escuyer dn pays de la Dauphiné ; le sieur de * Maugny et Guillaume de Bigars , entreprindrent de prendre les ville et chastel du Pontderl' Arche, sur la rivière de Saine , à quatre lieues près de Rouan aurdessus , par le moyen d'un marchand de Louviers , lequel souvent menoit charroy par ledit Pont-de4' Arche , pour aller à Rouan , et véoit qu'il n'y avoit guères de gardes à icellui pont. Et vindretit le sieur de Bresay et àvecques lui aucuns geas de pied , eux; emlwischer près dudii lieu , du costel devers la porte Saint-Houin ; et Robert de Flocque , atout quatre à cinq combattants à cheyad , plus près de la ville , devers le bois , du costel dudit Louviers: Icelluy marchand, le jeudi devant l'Ascension , ou mois de may , se partist de Louviers pouraller à RoUan, ainsi qu'autrefois il ^voit fait ; et en passant pria leportier qu'il hiîvoulsisl bien matin ouvrir la, porte du chastel , et qu'il lui (Jonueroit le vin, lui faisant accroire qu'il voullait
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hastiTement retouroer audit Loo\îer , quérir des denrées; et après ce passa oultre« comme à heure de minuit , accompagnîé de ceux de l'embûche de pied. Il se retourna lo^er en une hostellerie aux champs > près du chastel , du costel de Saint- Houin y là où il trouva en son lit la femme , laquelle eust grande poeur à sa venue ; car son mari estoit hors allé à ses affaires. Lequel marchand fust là jusqu'au poinct du jour ; et lors alla tout seul appeller le portier , lequel vint ou\Tir la porte , ainsi que lui avoit le jour de debvant promis ; et au plutost saillirent deux compagnons du costel pour entrer au chastel avecques le marchand , atout sa charette qu'il laissa sur le pont , au lez du boullovert, jusquesà cexju'il tira trois pièces d'argent pour le vin d'icellui portier, lesquelles il jetta à terre ; et soy baissant pour les lever , le marchand le tua d'une dague. Ceux du chastel ouirent le bruict ; et en descendit 4ing en sa chemise , Anglois , bel homme , josne , et fort entrp les autres , qui cuida lever le pont du chastel , quand il appercut le boullovert prins^ ; mais le marchand se hasta et le tua , et ainsi fust conquis le .chastel. Tous ceulxde pied pas9èrent là et vindrent au long du pont , faisants grand cri pour entrer en la ville. Un Anglois gardoit la porte adfin qu'ils n'y entrassent y et la garda longuementet valliamment;mais enfin fust tuéetla ville prinse; et là fem^ent morts et prins cent à siît vingts Anglois ; et entre autres fust prins le sieur de Falquembercq (Faucon bridge), qui d'adventur^
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y estoit entré la nuit ,de devant. Quand ceux de pied feurent dans la ville , feirènt ouvrir la porte de devers Louviers , par où entrèrent le bailly d'Evreux , le sieur de Maugny et tous les gens de cheval , criants saint Yves et Bretaigne. Ainsi fust la ville prinse, qui estoit moult bonne placQ et moult fort chastel , et beau pont sur la rivière de Saine.