CHAPITRE XVIII
Dt la piinse de la TÎlIe et citd de Rouan, sauf le palais et le chastd.
Après que les Franchois feurent , ainsy que dict est , rebouttés par les Anglois jus de la muraille de la ville et cité de Rouan , et que les roys de Franche et de Cécille , qui estoient arrivés à Darnestal , veirent que la puissance de la cité n'estoit bien jointe ne unie avecques les autres de la ville qui s'estoient mis es tours, ils s'en retournèrent au Pontde-r Arche ; et touts les gens de guerre et la puissance s'en allèrent logier par les villaiges sur la rivière de Saine. Le lendemain, ceux de la ville de Rouan , pour la grande poeur et frayeur qu'ils avoient eue de l'assaut , doublants que la ville ne fust prinse d'assaut, et par ce pillée, désolée et deslruicte , et aussi pour esviter l'effusion du sang, qui polroit advenir par la prinse d'icelle cité , en-
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voyèrent l'ofiicial d'icellui lieu et aultres au Ponlde-l' Arche , devers le roy de Franche , pour avoir de lui ung sauf- conduit pour aucuns des plus notables gens d'église , nobles , bourgeois , marchands et autres de la cité, lesquels vouUoient venir devers lui ou lés seigneurs de son grand conseil, pour trouver et faire aucun bon traictié et appoinctement. Sj leur fust délibvré ledit saufconduit ; et ce jour, atout leur sauf-conduit à la seureté du roy , vindrent , c'est assavoir : pour ceux de la cité , l'archevesque dudit lieu avecques plusieurs autres, et pour le duc de Sombresset, gouverneur de par le roy d'Angleterre , de la duchié de Normandie, lequel estoit dedans Rouan , aucuns chevalliers et escuyers, au port deSainct- Ouen, à une lieue près du Pont-de-F Arche; auquel port ils trouvèrent pour le roy de Franche , le comte deDunois, le chancellier, le séneschal de Poitou, messire Guillaume Gousinot^ et plusieurs autres. Illecques pari ameutèrent longue et bonne jnéche les ungs avecques les autres , tant que l'archevesque et ceux de la cité feurent d'accord et contents de rendre la ville de Rouan , et la méctre en l'obéissance du roy de Franche , et en promirent Êaire leur debvoir , parmi ce que touts ceux de la ville et cité qui voldroient demourer , demoureroient atout leurs biens sans rien perdre , et qui s'en voldroient aller s'en iroient. Et ainsi se partirent les Anglais et Franchois, bs ung$ pour aller au Pont-rde4' Arche, le$ autres à Rouan; ipais
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pource qu'ils y arrivèrent tard et de nukt , ne peurenl faire leur response ce jour jusqu'au lendeniaia, qui fust le dix-huitiesme jour d'octobre, lequel jour ceux qui avoient esté vers les Franchois, s'en allèrent en la maison de la ville pour relater devant le peuple l'appoinclement et les parolles qu'ils avoient eus avecques les gens du roy de Franche, lesquels parolleset appoinctement feurent très agréables à ceux de la ville et desplaisants aux Anglois, Lesquels quand ils perceurent la voUonté et grand désir que le peuple avoit au roy de Franche y se partirent mal-contents de Fhostel de ville , et se meirent touts en armes , et puis se retirèrent au palais, au pont sur les portaux et au chastel de la ville. Quant ceux de la ville cognurent leur contenance , ils se doubtèrent fort ; et pour ce se ineirent pareillement en armes, et firent grand guet et grande garde tout le jour, qui fust samedi, et la nuict semblablenient contre iceux Anglois ; puis envoyèrent hastivement celle nuict ung homme au Pont-de-F Arche au roy de Franche, lequel y arriva au poinct du jour, faire scavoir au roy de Franche qu'il les vinst hastivement secourir , et qu'ils le mectroient dedans la ville. Le dimanche au matin , dix-neuviesme jour du mois d'octobre , ceux de la ville , qui touts estoient en armes , s'esmeurent contre les Anglois très asprement, tant qu'ils gagnèrent sur eux les murs et portaux de la ville, et les chassèrent louts ensemble au palais, pont et chastel de la ville; et à ceste heure le conite
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de Danois et plusieurs autres , qui près estoient <le ladite ville logiez , montèrent hastivement à cheval pour secourir les habitants de la ville allencontre des Anglois; et fust le bailli d*Evreux frappé d'ung cheval de sa compagnie, qui loi rompit la jambe, pour ce qu'il n'avoit eu le loisir de prendre son harncHS^ lequel fust porté au Pont-de-F Arche pour guérir ; et eust le gouvernement et garde de ses gens le seigneur de Mauny. Tantost après partist le roy du Pont-de-rArche, grandement accompagnié de gens d'armes , pour tirer à Rouan ; et feit charger son artillerie pour faire assaillir Saincte-Catherine, que les Anglois tenoient. Mais cependant le comte de Dunois les feit rendre , voyant la ville i^stre contre eux, et on leur bailla ung héraut du l'oy pour les conduire en allant trouver le roy , ainsi qu'ils passoient le pont de Sainct-Ouen ; lequel leur dit qu'il ne prinssent rien sans payer ; et ils lui respondirent qu'ils n'avoient de quoi payer. Lors le roy leur feit bailler cent francs : lesquels estoient au nombre de six-vingts , puis les laissa aller. Le roy s'en alla logier à Saincte-Catherine, le comte de Dunois et les autres gens de guerre estoient à la porte Martinville , auquel vindrent vers eux, les gens d'église, nobles, bourgeois, marchands et habitants de la ville , qui leur apportèrent les clefs, en disant qu'il pleut au seigneur de Dunois boutter dedans la cité, tel et sy grand nombre de gens d'armes qu'il lui plairoit. Lequel leur respondit qu'il fèroit leur voUonté. Et après plusieurs pa-
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roUes dictes entre eux pour le bien de la ville , y entra premier messire Pierre de Bresay , séneschal de Poitou, atout cent lanches et les archiers du comte de Dunois ; et les autres batailles s'en allèrenl ce soir logier aux villaiges d'allentour la ville. Et estoit belle chose de veoir les compagnies des roys de Franche et de Cécile et des autres seigneurs , chevalliers et escuyers. Ce jour mesme, au soir, rendirent les Anglois le pont; et fust baillié en garde au sieur de Harenville, et le lendemain feurent ouvertes toutes les portes de la ville et cité , et y entra tout homme qui vouUut y entrer. Le duc de Sombreset, qui estoit au palais, voyant la puissance du roy de Franche, requist qu'il parlast auruy, dont le roy fust content. Adoncquessepartist du palais , accompagnié d'un certain nombre de ses gens et des hérauts du roy , lesquels l'accompagnèrent jusques à Saine te-Catherine-du-Mont de Rouan , où le roy estoit et son grand conseil , et en sa compagnie le roy de Cécile, le comte de Maine , et plusieurs autres seigneurs de son sang, le patriarche d'Antioche , l'archevesque de Rouan , et plusieurs autres preslats. Après que le duc eust salué et fait la révérence au roy de Franche , ii le pria qu'il luiplustque lui, le sieur Tallebot , et autres Anglois , s'en peussent aller seurement , jouissants de l'absolution , ainsi que ceux de Rouan l'avoient fait^ et avoit esté ordonné et accepté par ceux de son grand conseil. Le roy de Franche respondit que la requeste n'estoit point raisonnable , et qu'il n'en
feroit rien ; car ils n'avoient vouUu tenir le traictié , appoinctement et absolution dictes, ne rendre le palais et le chastel ; ains les avoient tenus , et encoires tenoient contre sa puissance , son gré et vollonfcé; et si n'avoient vouUu consentir que ceux de Rouan lui rendissent sa ville; mais résisté à leur pouvoir. Et pour ces causes , devant qu'il partist du palais, lui rendroient Honjfleur, Harfleur, et toutes les places du camp estants es mains du roy d'Angleterre. Sur ces paroUes, le duc s'en rétourna au palais , regardant parmi les rues tout le peuple portant la croix blanche , dont il n'estoit pas joyeux; et fust convoyé par les comtes de Clermont et d'Eu.
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