‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 124 sur 167 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Comment le roy feit son entrée en la cite de Roaan , et comme il gr Cust receu.

Après ce que dict est , en moult grande joie et liesse, feit le roy de Franche sa feste de Toussaints audit lieu de Saincte-Catherine , près de Rouan; puisseparteitlelundy ensuivant, vingtiesme jour du mois de novembre , veille de Sainct- Martin d'hyver , pour entrer en la ville de Rouan ,

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accompagnié du roj <le Cécille et aultres seigneurs de son san^ cj-après nommés, en moult grands et riches habillements, les aucuns eux et leurs chevaubc couverts de drap de damas et de satin en maintes guises , les autres à grandes croix blanches, et les autres autrement. Entre lesquels, après le roj de Franche , estoient en plus grands habillements , les comtes de Sainct-Pol et de Nevers. Le comte de Sainct-Pol estoit armé tout au blancq, monté sur un destrier enharnaché de satin noir , semé d'orfèvrerie; après lui ses pages vestus et leurs chevaux harnachés de mesme comme celui de leur seigneur , dont l'ung portoit une lanche couverte de velours vermeil; le second, couvert de drap d'or ; le tiers , ung armet en la teste tout de fin or richement ouvré; après estoit le palfrenier richement vestu et harnaché comme les aultres pages , lequel menoit ung grand destrier en main, tout couvert de drap d'or jusqu'aux pieds. Le comte de Nevers avoit douze gentilshommes après lui , leurs cheyaulx couverts de satin vermeil à grandes croix blanches. Le roj de Franche estoit monté et armé de toutes pièces sur ung coursier , couvert jusques aux pieds de velour d'azur , semé de fleur de lys d'or de brodure ; en sa teste avoit un chappel de velours , vermeil où avoit au bout une houppe de fil d'or ; après lui ses pages vestus de vermeil , les manches toutes couvertes d'ortèvrerie, lesquels portoient ses harnois de teste couverts de fin or de diverses façons et plumes d'autruche, de diversescou-

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leurs. A sa dextre estoit le roj cle Cécille ; à sa senestre, le comle de Maine, son frère, armés lonts à blancq, leurs chevaux richement harnachés et couverts de croix blanches , semées de houppes de fil d'or , et leurs pages semblablement. Après estoit le comte deClermont, et autres seigneurs de Franche, chacun selon son degré , moult richement habillés.. jLe sieur de Cullant, grand-maistre d'hostel, venoit après, armé de toutes pièches, sur ung courr sier moult richement couvert, en son col une escharpe de fin or pendant jusqu'à la croupe de son cheval , et devant lui ses pages ; lequel estoit gouverneur de la bataille , où il y avoit six cents lanches , et en chacune ung panoncel de satin vermeil , à ung soleil d'or. Derrière le grand maistre-d'hostel estoit ung escuyer qui portoit l'estendard du ray de Franche ; lequel estoit vestu de satin cramoisi semé de soleils d'or , et joindant de lui estoient les six cents lanches; ung peu devant estoit son escujer tranchant, monté sur ung grand destrier , qui portoit le penOn , lequel estoit de velour azuré à trois fleurs de lys d'or de broderie , bordées de grosses perles. Devant le roy , tout joignant, estoit le sieur de Sâincte-Treille, bailli de Berri, et grand escuyer du roy , tout armé au blancq , monté sur ung grand destrier , enharnaché de velour azuré à grands affiquets d'argent doré ; lequel portoit en escharpe la grande espée de parement du roy, dont le pommel , la croix et le morges, et la bouterôlle de la gayne, estoient d'or, et la couverture de la

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gaine estoil couverte de velour azuré, semé de fleurs de lys d'or. Debvant lui, au plus près, chevauchoit Pierre de Fontenay , escuyer d'escurie , armé , monté et enharnaché comme l'autre ; et en sa tCvSte un chappel pointu et un mantel de velour >ermeil , fourré d'hermines ; lequel portoit en escharpe ung autre mantel de pourpre fourré d'hermines. Debvant icellui , esloit Guillaume Juvenel des Ursins , chevallier , sieur de Tray nel , et chancellier de Franche , vestu en estât royal de robbe et cbapperon fourré, et ung mantel d'escarlate; debvant lui une hacquenée blanche couverte de fleurs de lys d'or de brodure sur velour azuré pareil du roy, et dessus icelle couverture, ung" petit coffre semé de fleurs de lys d'or : auquel coffre estoient les grands seaux du roy de Franche ; et me- Doit icelle hacquenée, ung varlet à pied , en main* Joignant icelle hacquenée , estoient plusieurs hérauxetpoursuivantsdu roy, et autres seigneurs qui là estoient, richement habillés et vestus de leurs cottes d'armes; et devant eux estoient nœuf trompettes .atout les bannières de leur seigneur et maistre, lesquels suivoient les ungs après les autres. Après alloient tous les premiers , les archiers du roy de Franche, vestus de jacquettes de couleur rouge, blanc et verd , semées d'orfèvrerie ; après ceux du roy deCécille, du comte du Maine, et plusieurs autres seign eursd'icelle compagnie, jusques au nombre de six cents archiers bien montés, touts ayant brigandines et jacquettes dessus , de plusieurs et di-

verses Tachons , harnois de jambes^ espées, da^es et harnais de teste couverts et tout garnis d'argent ; et les gouvernoient les sieurs de Pruilly et de Clère, messire Théaude de Valpergu, et autres, qui avoient leurs chevaux couverts de satin de diverses manières et couleurs* Le roy de Franche chevaucha en telle manière et ordonnance, jusques près la porte Beauvoisine , du costel des Chartreux. Et là vint au-devant de lui Tarchevesque de Rouan , aocompagnié de plusieurs abbés, évesques, et autres gens d'église constitués en dignité ; lesquels lui feirent la révérence moult honnorablement , et s'en retournèrent. Incontinent après, vint le comte de Dunois , lieutenant-général du roy , monté sur ung cheval couvert de velours vermeil à grande croix blanche , vestu d'une jacquette pareille , fourrée de martres zebelines ; en sa teste un chappel de velours noir , et à son costé une espée garnie d^or et de pierres précieuses , qui fust prisée vingt mille escus d'or. Icellui comte de Dunois estoit frère barstard du duc d'Orléans, cousin^ermain du roy de Franche. A vecques lui vindrent leséneschal de Poitou et Jacques Cœtir , argentier du roy ; parlemoyenduquelJacquesCœur , leroy avQil ainsi concquis Normandie , parce qu'il avoit preste au roy une partie des deniers pour payer ses gens d'armes ; laquelle armée eust esté rompue, se n'eust esté icellui Jacques Cœur , lequel estoit extrait de petite génération ; mais il menoit si grand fait de marchandises, que par tout royaume avoit ses fac-

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leurs qui marchandoient de ses deniers, pour lui , et très tant que sans nombre ; et mesme en avoit plusieurs qui oncq ne l'avoient veu. Icellui séneschal et Jacques Cœur estoient montés sur destriers, vestuset couverts comme le comte de Danois. Puis vindrent les bourgeois de là cité en grand nombre, vestus de bleu etchapperoiis rouo-es, lesquels firentla révérence au roy, et lui remonstrèrent des choses passées, plusieurs en moult beau langaige , et ils lui livrèrent les clefs de la cité : et les receut bénignement, puis les bailla au séneschal, qui en fut le capitaine, messire Guillaume Cousinot, nouvel bailli de Rouan, lequel estoit vestu de Velours bleu , son cheval enharnaché pareU, à grandes affiches d'argent doré. Puis après vmdrent les gens d'église revestus de cappes , en moult grande multitude, tant séculiers que religieux, chantants et portants les reliques avecquesJ a croix, en chantant le Te Deumiaudantus.FAaimsy entra le roy par la porte Beauvoisienne , et là fust fait chevalber par le séùeschal de Poitou, ung josne enfant, fils du sieur de Précigny, eagé de douze a treize ans. Ceux de la ville et cité firent porter ung ciel sur le roy , par quatre des plus notables de la ville , et feirent tendre le boullevert de ladite porte, l'entrée et tours d'icelle, de drap de la livrée du roy , et ses armes au milieu ; et par où U passoit estoient les rues toutes tendues à ciel et couvertes moult richement, plaines de peuple criant Noël ! Par les carrefours avoit personnaiges ; en-

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tre les autres une fontaine armoyée des armes de la ville, qui sont Agnus Dei, jectanls beuverages parles coins; ailleurs avoit un tigre et les petits qui se miroient en miroirs ; et au plus près de Nostre-Dame, avoit ung cerf voilant moult bien faict , portant sur son col une couronne , qui s'agenouilla par mystère devant le roj , quant il passa par là pour aller à l'église. Le roj descendit à ladite grande église de Nostre-Dame , où il fust receu par l'évesque et touts ceux de l'église richement revestus ; et là feit son oraison , puis s'en alla à rhostel de l'archevesquç, où il fust logié, et chacun en son logis. Ceux de la ville feirent grande feste celle nuict , et feirent grands feus par toutes les rues, jusques au vendredy ensuivant ; et le lendemain feirent procession générale et solempnelle où fust le susdit archevesque ; et gardèrent la journée de toutes œuvres terriennes. Pareillement, le mercred j et jeudj ensuivant , les tables estoient mises , et vin et viandes dessus , emmy les rues , à touts venants. Ils feirent des grands dons au roj , à ses officiers , ses héraux et poursuivants qui là estoient; puis proposèrent devant le roj de Franche, les gens de l'église et de la ville, et autres bourgeois et marchands, lui remonstrants qu'il ne laissast pas pour l'hj ver à faire la guerre et poursuivre ses ennemis les Anglois; car par le mojen des villes qu'ils tenoient encoires en Normandie , polroient faire plusieurs énormes maux au pajs ; et , à ce faire, lui offroient l'aider et de corps et de che-

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vance. Le roy , lequel estoit en sa chayère couverte de riche drap d'or , assis en la salle de Tarchevesque , les oyt bénignement et volontiers, puis feit faire la response par sod chancellîer, tellement qu'ils en féurent très contents.

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