‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 133 sur 167 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Comment ceux de Caen eurent leur traictië devers le roj, et comme ils lui delibvrèrent les ville et chastel où estoit le comte de Sombreset, lequel, sa femme, ses enfants et touts ceus; de leur compai^e, feussent Anglois ou autres, sVn allèrent, leurs corps et leurs biens sau&.

QvkTST le roy de Franche sceut que ceux de la ville de Caen requéroient parlamenter pour trouver leur traictié , ieelluy roy, mectant Dieu devant ses yeux , regardant la pitié que ce seroit de des* truire une telle ville , et de violer et piller les élises de Di<?u , pour aussi eschevir (éviter) reflFusion de

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sang de hommes, de femmes et de enfants, qui dedans euissent pu estre tués , se consentist de parlamenter à eux ; et la ville fust receupte à composition, jà-soit-que à la vérité iln y avoit nulle apparence que s*il eust pieu au roy , que la ville n'euist esté prinse d'assaut sans nul remède; et euist eu après le chastel et le donjon ; mais non pas sitost ; car icelluy chastel est Fung desforts de Normandie, garni de haye et grand boullevert de moult dure pierre, assis sur une roche, laquelle contient autant que la ville de Corbeil ou celle de Montferrant ; et y a dedans un donjon très fort, fait d'une large et haute tour carrée de la fachon de celle de Londres ou du chastel d'Amboise, et environné tout autour de quatre grosses tours maçonnées depuis le pied des fossés jusques au haut à l'esgal de la terre , lesquelles tours sont moult hautes ; puis est fermé de fortes murailles et hautes tout autour, selon la quantité des tours dessusdites. Dedans icelluy chastel se tenoieiit le duc de Sombreset, ses femme et enfants, et dedans la villç, messire Robert Vere, frère du comte de Melfort, messire Henry Reddefort , messire Enpausier (Despenser) , Henry Seandre , Guillaume Carne , Henry lordClogiet, Touqquet, Hocton, et plusieurs autres, lesquels estoient conduiseurs , pour le duc de Sombreset , de quatre milleAngloispour la gardede la villedeCaen . Lescpiels Anglois durant le siège s'assemblèrent par plusieurs fois et coururent sus aux Franchoîs ; et ce feirent pareillement les Franchois sur les Anglois :

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c'est à scavoir , pour le roy de Frattche , le comte, de Dunois , le séneschal de Poitou et plusieurs autres. Quant les Anglois sceurent que le roy estoit content de tenir parlement à eux et ceux de la ville , sy ordonnèrent , par Toctroy du roy de Franche , certain lieu pour parlamenter. Auquel lieu , pour le roy de Franche, feurent députés lecomte de Dunois^ le séneschal de Poitou, et messire Jean Bureau, thrésorier de Franche 5 et, pour les Anglois, messire Richard Ireton, bailly de Caen, Foucques Hecon, et Jehan Gages; et pour ceux de la ville, Eustasse Canivet, lieutenant du bailly, et l'abbé de Saint-Estienne de Gaen* Lesquels , ensemble assemblés , parlamentèrent tant que le lendemain du jour de Saint- Jehan-Baptiste , fust le traictié faict par la manière que s'ensuit; c'est à sçavoir : que les dessusdits Anglois promeirent de mectre les ville ^ chastel et donjon en la main et obéissance du roy de Franche, en dedans le premier jour de juillet, au cas que le roy de Franche et sa puissance ne seroient combattus des Anglois ; et moyennant ce , le duc de Sombreset , sa femme , ses enfants , et tous les autres Auglois qui s'en voudroient aller, s'en iroient, eux, leurs femmes ^ enfants , chevauj^ , harnois et autres biens meubles; et avecques ce, pour les porter et me-^ ner, on leur l^^dllerait vaissaux et charroy pour les passer en Angleterre , et non ailleurs , à leurs des-^ pens, à telle condition que les Anglois délibvreyoienttouta prisonnier^. Sy délibvreroient et laisse-

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roient bourgeois, touts scellés; et sy quieteroient tputs ceux de la ville, tant geo^ d*église, marchands et autres, qui leur deb voient, sans rien leur en faire payer , et sans encoires que pour ce ik leur ostassent rien du leur, quant ils se partiroient de la ville ; et avecquesce, laisseroient toute artillerie, grosse et menue^ réservés arcqs et arbalestres et coullevrines en main. Et pour entretenir les choses dessusdites sans faillir, bailleroient les Anglois pour hostaiges , douze Anglois d'Angleterre , deux chevalliers de Normandie , et quatre bourgeois de la ville de Caen. Et le premier jour de juillet ensuivant, mil quatre cent cinquante, rendirent les ville, chaslel et donjon de Caen, pource qu'ils ne feurent point secourus. Et eu apporta les clefs aux champs pour le dessusdit donjon , le dessus nommé bailly , et les meit es mains du cqnnestable de Franche, en présence du comte de Dunoîs, lieutenant général duroy de Franche, auquel incontinent les . livra icelluy connestable , comme le capitaine et gouverneur d'icelle ville et chastel pour le roy de Franche. Et demeura le connestable aux champs, ■ pour faire vuider les Anglois et leur faire tenir cbemia droit à Caen ; et au plus tost après, le comte de Dunois, accompagnié dumareschal de Franche, seigneur de Jalloingnes, debvant lui deux cents archiers à pied , et entre deux les héraux et trompettes du roy de Franche, après lui joignant trois escuyers d'escurie , portants les bannières du roy dç Franche, et derrière cent hommes d'armes à

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pied , entra par le donjon à pied dedans la ville et chastel, et feit mectre les bannières du roj sur le donjon et sur les portes dlcelle ville.

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