CHAPITRE XXXIX
CommeiH Pierre- de Bretaigne feit honnear au roj de la duchîé de Bretai^e; etcqpment leroy envoya le comte de Danois avec armée au pays de Guyenne ; et de la rendition du chastel de Mont^yon et de fil ville de Blaye.
OuDiT an cinquante, lendemain du jour des Ames , en une petite ville et cbasteau , nommée Montbason , Pierre , duc de Bretaigne , nouvellement, par la mort de son frère Franchois, feit hommaige au roy de Franche, Charles, de la duchié de Bretaigne , et lui feit le serment en tel cas accoustumé ; et comme grand chambellan du roj, le comte de Dunois print sa ceinture , l'espée et le bouclier, comme à lui appartenant. Et après le serment fait, le chancellier Jui dit qu'il estoit liomme lige au roy de Franche, à cause d'icèlfe duchié ; et sur ce feut une altercation une espace de temps , et finablement le receupt le roy en foy anx us et coutumes , ainsi que ses prédécesseurs ducs de Bretaigne avoient fait ; et tost après il feit au roy ung autre hommaige de sa comté <Ie Montfort , à cause de laquelle il confessa estre son homme lige et vassal : et ce fust receu à grands
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Tionneur et chierre du roy et de ses nobles ; et là , par l'espace de quinze jours , y oit grand esbattement et liesse ; et là fust festin des dames et damoiselles. Avecques le duc de Bretaigne estoit son oncle , le comte de Richemont , connestable de Franche , et plusieurs autres seigneurs et escuyers , jusques au nombre de quatre à cinq cents chevaux. Icellui Pierre de Bretaigne succéda en la duchié , parce que le ducFranchoisson frère, dernier mort, avoit fait morir Gilles de Bretaigne, son second frère , parce qu'icelui Gilles tenoit le parti du roy * Henry d'Angleterre , duquel il estoit son connestable es pays de deçà la mer , et icelui Franchois tenoit le parti du roy de Franche ; et environ ung an para vaut la mort dudit Franchois , Favoit fait prendre prisonnier et l'avoit mis en la garde du seigneur de Montauban , nommé Arthus. Lequel Gilles, après qu'il avoit esté traictié par douces paroUes, pour sçavoir s'il se voulloit retraire du parti des Anglois, fust traicté par paroUes rigoureuses ; mais,' pour choses que on lui sceut dire , il ne se voullut retraire de son propos , parquoi le duc son frère conceupt haine mortelle contre lui. Et ou mois de mai, le roy estant en sa cité de Tours , ordonna le comte de Dunois et de Longueville , son lieutenant général , pour aller au pays de Guyenne , pour le réduire en son obéissance , et avecques lui grande et notable compaignie ; et se parteit ledit comte de Dunois oudit mois de mai , et s'en alla mectre le siège devant ung chasteau
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nommé Montguyon. Auquel lieu vint au service du roy de Franche le comte. d'Angoulesme , frère légitime du duc d'Orléans , maistre Jehan Bureau, thrésorier de Franche , Pierre de Louvain , et plusieurs autres , jusques à quatre cents lanches , et leurs archiers et guisarmiers , avecques quatre mille francs archiers. lesquels tindrent siège, attendants plus grande seigneurie , laquelle debvoit venir ; et lequel siège y fust l'espace de huict jours; et en estoit capitaine pour les Anglois , Regnault de Sainct Jehan, escuyer gascon, et serviteur du capitaine de Beuil, avecques certain nombre de gens d'armes. Lequel, voyant ne povoir résister à la puissance qui estoit debvant lui, feit ^appoinctement aux Franchois , par lequel la place fust rendue en l'obéissance du roy.
Oudit an , le seiziesme jotfr dudit mois de mai , après la rendition de Montguyon, le comte de Dunois alla mectre le siège debvant l'une des portes de la ville de Blaye ; et se joignirent avecquas lui messire Pierre de Beauvoir , sieur 3e la Bessière, lieutenant du comte du Maine et gouverneur de ses gens d'armes, et Geoffroy de Sainct-Belin , lesquels avoient en leurs compagnies huit vingts lanches , fornies d'arciiiers et guisarmiers ; et là trouvèrent messire Jacques de Chabanne, grand maistre-d'hostel du roy de Franche , et Joachim Rohault ; lesquels , avecques leurs compagnies , se meirent du costel de devers le chasteau ; et se meirent et logèrent à la Maladrerie ; et avoient avecques
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eux deux cents lanches , et les archiers et giûsarmiers , avecques deux mille de francs archiers. Et là arriva par mer grande foison de navires , dont estoit chief et gouverneur Jehan leBouchier, général de Franche. Esquels navires avoit grande multitude de gens d'armes et de traict , et grande foison de vivres pour avitailler l'ost. Lesquels navires, en approchant le siège, trouvèrent devant la porte d'icelle ville cinq gros bateaux bien armés, lesquels estoient venus de Botirdeaux pour avitailler la ville de Blaye ; Fesquels ifs assaillirent tellement et si valliamment; que les navires des Franchois meirent en fuite les Anglois , desquels il y oit plusieurs morts et navrez; et leur convint, désancrer leurs basteaux pour eux enffuire ; et les chassèrent les Franchois jusqu'aux portes de Bourdeaux, puis s'en retournèrent avecques leurs navires au port de Blaye , adfin qtie secours ne vivres ne peuissent entrer dedans ladite ville ; et ainsi fust assiégée par mer et par terre de toutes parts. Deux ou trois jours après ce faict , arriva devant ladite ville le comte de Ponthieu ( Penthièvre ) atout cent lanches et trois cents arbalestriers , et se logea au siège du comte de Dunois. Durant icellui siège feurent faicles des grandes vailliances et approchements de mines, de fossés et trenchis; et fust la ville fort battue de gros engins , bombardes et canons, tellement que les murailles feurent abbatues en plusieurs lieux dedans icelle ville. Pour la deffendre estoient les plus valliants gens de la duchié
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de Guyenne, tenants le parti du roi d'Angleterre. Et environ le vingt-huitième jour du mois de mai , environ ung peu debvant soleil couchant, à l'heure que sonne le guet , aulcuns archiers de la compagnie de Jehan de Meause , nommé le seigneur de la Mangonnerre / capitaine des francs archiers de Tourraine, et les gens de Pierre de Louvain, montèrent sur la muraille de la ville. Lors commencha d'assaut de toutes parts , tellement que la ville lust prinse. A laquelle prinse y oit des Anglois, que morts que navrez, deux cents ou environ; et se retrairent'en grande haste le maire et le soubmaire de Bourdeaux dedans le chastel de la ville ; avecques eux les seigneurs franchois. Et approchèrent aucuns le chastel ; mais quant ceux du chastel veirent qu'ils approchoient et qu'ils ne povoient avoir secours par mer ne par terre, ils prindrenttraictié avecques les Franchois et rendirent le chastel en l'obéissance du roy de'Franche, Charles, VIP de ce nom ; et se retirèrent les maire et soubmaire de Bordeaux > audit Bourdeaux , leurs vies et bagues sauves.
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