TOURNOIS DE LA GRUTHUSE
jk Grand in'toL , marfc |rou|^ y
(/Yki. M.^VAN PRAEÏ; A "T"
Extraite de l'Esprit des Journaux,du mois dVlobre , i ;bo , p. i i4 et suiv.
Ce manuscrit est écrit sur vélin en anciennes lettres de formes et à longues lignes. Il a des capitales peintes en or- et il est enrichi de miniatures d'une beauté parfaite. Elles sont de plusieurs grandeurs; les plus petites ont environ lo pouces et demi de hauteur sur autant de lar geur. Les plus grandes en portent i3 et demi de hauteur sur *xo et demi de largeur. Il commence au fol. côté i , et finit au verso Ixxiiij.
CeMS. est sans date, mais il paraît avoir été exécuté à Bruges vers Tan 1489 : les noms de l'écrivain et du peintre ne s'y trouvent pas. Wlson de la Colombière se trompe; lorsqu'il dit que ces miniatures sont de la main même de Kené cfAnjou^ roi de Sicile (i). Quelque talent pour la peinture qu'ait eu ce prince, on peut assurerqu'il ne l'a jamais possédé au degré de perfection auquel elles sont portées.
On peut les attribuer avec, plus de certitude à Jean
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Hcmmclùick ^ peintre flamaud ^ qui florissait à Bruges vers 14797 parce qu'où y reconnaît partout la touche précieuse et le caractère distinctif de cet artiste, dont le mérite principal consistait à bien grouper et disposer ses sujets et ses figures , et dans la dégradation sensible de ses couleurs (2).
L'auteur de l'ouvi-age est René d'Anjou, que nous venons de nommer. 11 contient les règles et les formes d'un tournois , et particulièrement de celui qui fut Jhappé k Bruges le 11 mars iSgtî, par Jean, seigneur de la Gruthusey contre W'olfart, seigneur de Ghistèle*
Peu d'auteurs ont parlé de ce tournois fameux. Le père Menestnér (3), André Favin (4), le père Anselme (5), Wlson de la Colombière (6), l'ont tous passé sous silence. L'annaliste de Bruges n'eu a fait mention qu'en passant , et sans entrer dans aucun détail {']). Labbe (8), Montfaucon' (9) , et le dernier éditeur de la Bibliothèque française de la Croix du Maine (10) ont connu le MS., mais ils se sont contentés d'en annoncer simplement le titre.
On ignore à quelle occasion ce tournois a été publié. On n'en doit peut-être chercher l'origine que dans la passion vive que les seigneurs de la Gruthuse eurent de tout temps pour ces sortes de jeux militaires. Cela est si vrai, que l'on voit, dès l'année i235, un seigneur de cette maison se rendre à un tournois, que Florent IV, comte de Hollande, avait fait annoncer à Haerlem (i i).
Nous sommes peu - instruits sur celui de Bruges. Tout ce que nous en savons, est que Jean de la Gruthuse et Wolfart de Ghistèle, parurent au jour indiqué sur le grand marché de cette ville, l'un à la tête de 49 chevaliers, l'autre accompagné de 48.
(>es deux seigneurs descendaient de familles illustres et
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anciennes des Pays-Bas. Le premier était fils de Gingulfe d*Aa, dit de Bruges, et d'Agnes de Mortaçne. Étant gouverneur de Bruges en i436, il cmitiut plus d'une fois les esprits remuants et inquiets des Flamands dont îl était aimé. Les biens considérables qu'il possédait le rendirent un des plus puissants du pays. Il laissa ses richesses à no fils qui en a &it ie plus bel usage y et dont nous parlerons ailleurs.
Wolfart de Ghistète ne le cédait pas à son advei-sairc en noblesse et en puissance. U se vantait de descendre de parents riches et fidèles à leurs souverains. Leurs services multipliés leur valurent le gouvernement de !a Flandre, et la c4ïarge honorable de chambellans liéréditaires fies comtes de ce pays. Une particularité que l'on rfcmarque dans leur ofBce, c'est qu'ils étaient tenus d'uller servir leur prince en cotte et mantel au col, qu'ils quittaient dans l'insta^nt même ou ils remplissaient lc$ fonctions de leur charge.
Le grand nombre de \lance8 que ces deux champions et les chevaliers flamands qui combattaient sous eux , rompirent dans le tournois de Bruges ^ de 1892, et la forme réguliëi'e dans laquelle il fut exécuté, le rendent un des plus remarquables de ce temps. II a même sers i de mo* dy* aux princes qui en publièrent dans la suite. René d'Anjou y ûoiOBte de Provetice, doat le goAt décidé pour les fêtes et les tournois est <xmnn, suivit la même marche dans celui qisi m fit sous lui à Tctrascon en 1 449 ('^)'
La passion de ce roi pour ces combats alla si loin , qu'après avoir rassemble le» diverses lois f^iites pour le tournois de Bruges et pcMir les plus fameuK d'Ailemagfie, il les rédi(jea et en fit un corps complet. C'est œtfte es* pèce de code qui ise tmuvedans la manusctnt d ta, roi qui
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est sous nos yeux. Nous en devons l'exécution à Louis de la Gruthuse, fils du célèbre champion. (7élait une sorte de moiîument que ce seigneur voulut élever à la ménioire de son père. Il n'épargna ni soins ni dépenses pour rendre ce MS. un des plus èeaux qui existassent alors j un motif plus puissant le porta à y employer d'habiles art istesf ce fut l'idée d'en faire hommage à Charles VIII, roi de France. Nous ne saurions axer l'époque certaine de la présentation de ce livre. jVéa>nmoins nous conjecturons qu'elle se fit en 1489^ au Montilz-lès-Tours (i3). Ce qui nous porte à le croire , c'est que nous y voyons de la Gruthuse dans la même année : il y arriva ver» les premiers jours de septembre, à la tête de la noblesse de Flandre députée par les états pour traiter de la paix, dont les préliminaires avaient été accordés à Francfoi't peu auparavant. Ce seigneur et ie^ députés y reçurent un aco4aeil distingué : le roicles retint en France près de tiois mois, puisqu'ils ne revinrent à Bruges, conduits par l'évéquede Paris, l'abbé de Saint- Denis, et par un grand nombre de seigneurs français , que le 5 décembre de cette année.
On peutse faire une idéedc la manière dout (Charles Vllï reçut le livre de la Gruthuse , par l'explication que nous allons donner de la première miniature qui orne le MS.
' ;&£SClllPTIOT>r ou MANUSCRIT. '
11 y a à la tête une miniature de toute beauté. Elle a 12 pouces de hauteur sur 9 et demi de laigeur. On y vait dans le milieu Charles VlU assis sur son trône, recevant des mains de Louis de la Gruthuse son livre de Tournois.
Ce jeune roi est revêtu d'un manteau bleu parsemé de fieur de lys. Il tient de la inain droite un long sceptred'or^ et il porte au col les marques de l'ordre de Saint-Michel. Son trône est bordé de K couronnés. On voit au-dessus de
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lai deux auges qui supportent les armes cle France sut
montées d'une grande couronne.
Louis de la Gruthuse , en longue robe noire, et décoré du collier de l'ordre de la Toison-d'Or, est à genoux devant le monarque. Il lui présente son livre couvert de velours noir avec des fermoirs d'or. Il est tête-nue, tandis que treize seigneurs qui sont derrière lui ," ont la tête couverte; ils paraissent être les députés des états de Flandre, avec lesquels de la Gruthuse s'était rendu auprès du roi . Quelquesuns ont leur bonnets chargés de plumes, d'autres des marques distinguées.
De l'autre côté du trône et à droite jiu roî, sont ses courtisans et les grands officiers de sa maison, au nombre de neuf. Celui qui est le plus sur le devant porte en écharpe une grosse chaîne d'or, et tient un biseau sur le poing gauche. Cet officier est probablement Jacques Odart (i4); grand-fauconnier de France sous Charles VIII.
Au bas de la miniature, on lit les vers suivants :
« Pour exemple aulx nobles et gens dl'aripes,
» Qui appellent les faitz dWmes hanter ,
» Le sire de Gruuthuse duy t es armes
» Voulut au roy ce livre pre'sen ter. »
Ce tableau est gravé. Le P. Montfaucon l'a inséré dans ses Monuments de la monarchie française ( tom. IV , pi. IV), sous le règne de Charles VIII. La gravure n'en est pas fidèle ; elle diffèi-e en beaucoup d'endroits de l'original , parce qu'elle n'a été faite que d'après une copie qui appartenait autrefois à M. de Gaignières (i5).
M. de Fontette a fait entrer la même estampe dans le précieux recueil de figures d(yit il a formé une histoire de France suivie j il l'a placée dans le porte-feuille coté 8 de cette collection, sous la date de i494 • ^^ qu'il n'eut pas fait