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point pour les contemporains comme pour nous. On la reconnaît dans l'emploi d'expressions que le temps a dépouillées de leurs ruses et de leurs mensonges , dans quelques idées qui, étonnant notre délicatesse maniérée, semblent échappées à la candeur , et c'est même cette prévention favorable qui nous ferme lès yeux sur les défauts des auteurs gothiques , sur la diffusion , la lâcheté et l'incorrection de leur style. Ce que nos mœurs nous refusent, nous le cherchons dans le passé; nous agissons comme ces princes qui , fatigués de l'étiquette , aiment parfois à causer librement avec le simple habitant des campagnes. Ce qui prouve ce que nous venons d'avancer , c'est que le plus rusé de tous les rois , Louis XI , montre presque toujours dans ses paroles , cette prétendue naïveté dont nous faisons honneur à tant d'écrivains , quoiqu'elle fut moins un trait individuel , que la conséquence de l'état social.
La langue flamande ou teutone , quoique repoussée de la cour , n'était point exilée de la politique; on l'employait dans l'administration des provinces où elle était indigène et même elle avait acquis un degré de perfection , qu'elle n'a guère dépassé depuis, dans le midi de la Belgique , tandis quelle n'a cessé de faire des progrès dans le Nord. Elle méritait cependant moins de mépris. Les savants qui s'en occupèrent le plus, s'attachèrent
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moins à la polir , à lui donner une législation invariable, qu'à démontrer son antiquité. Sans doute les langues ont aussi leurs quartiers de noblesse , et il n'est pas sans intérêt de reconnaître les traces de leur origine ; mais quand ces discussions ne roulent que sur des étymologies forcées, sur des rapprochements bizarres, à quels résultats peuventelles conduire ? une question plus importante s'offrait à examiner. Comment est-il arrivé qu'une langue outrageusement dédaignée, et qui n'a point marché avec la civilisation , soit une des plus abondantes de l'Europe ? Cette abondance, dira-t-on, n'est pas de la richesse ; il en est des idiomes comme des systèmes numériques des Romains et des Arabes : l'un a des signes plus nombreux; avec le second , on peut exécuter des combinaisons plus multipliées, plus heureuses et plus faciles; or, c'est précisément dans ces combinaisons que se montre le génie de la langue flamande , qui, pleine d'images, est peut-être plus favorable à la poésie et à l'éloquence , qu'aux luttes du raisonnement. J. Meyer nous a conservé une singulière anecdote , touchant les persécutions dont le flamand a été l'objet '. En i382 , les Français entrèrent en
I. Voyez ce que dit déjà LocriuSj d'après Du Tillet, sou» Tan 876: « Lingua Teutonica, aliàs Germanica, quae abs » Pharamundi régis aetate in Gallias peuetrarat, sensim
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flandre pour venir au secours du comte Louis de Maele ou Maie. A peine eut-on passé la Lys , qu'il fut interdit sotis peine de la vie aux Flamands qui suivaient ce prince , de parler leur langue ; et à cette occasion , Mejer fait une observation où se trahit encore son aversion pour la France, « Les » Français ne connaissent que leur langue, dont ils » racontent des merveilles, bien qu'elle ne soit » qu'une écume de la langue latine, et ils haïssent » la nôtre, quoique bien plus parfaite , parce qu'ils » auraient de la peine à l'apprendre ' • >> Sans contredit,la défense portée par les Français était injuste et barbare. Jamais la tyrannie n'est plus intolérable que lorsqu'elle nous attaque dans noshabitudes, dans Tîos affections de tous les instants , et qu'elle noixs ravit ainsi ce- qui semble nous appartenir le plus. Nous rapprocherons de ce fait celui-ci tiré du livre 111 des Illustrations fde Jean Lemaire de Belges, p. 3i5. « Et (Octave) establit que les Bel^ »giens receussent et gardassent dès lors en avant, » lesloix, coustumeset cérémonies des Romains, » et usassent du langage romain , par spécial aux >x jugements publics, et que nul ne fust si hardi.
» pedem referre, atque infrà Flandriœ terminos sese con- » tinere jubetur. » Ferr. Locr. Chr. Belg. Atrebati, 1616, în-4^ P' i3i.