Gi^BB. Peignot, Manuel du Bibliophile, T. I, pag.ôg
MOSSTBELBT. T, XJL — MÉM. DE J. DO ClEBCQ. m
cixxiy DES MÉMOIRES
Pisan , et que l'abbé Sallier a fait connaître dans le tome XV de V Académie des" Inscriptions. La bibliothèque de Bourgo^e en possède un exemplaire orné d'une foule de miniatures fort bien exécutées, et précieuses pour l'histoire des mœurs, attendu que tout y est moderne ' . Achille à Scyros est vêtu en religieuse ainsi que ses compagnes, qui se jettent sur des scapulaires et des agnus dei , tandis que le fils de Pelée se trousse bravement pour ramasser une épée. Pendant que les Grecs donnent un assaut à la ville de Troie , Cassa ndre prie pour les assiégés au pied d'un crucifix, et ainsi du reste. Ce MS. "a appartenu aux jésuitesl de Mons, qui en auront sans doute effacé les nudités, car il n'y avait que la pudeur de ces chastes pères qui pût s'alarmer d'innocentes peintures.
Mielot termine ce livre en ces termes :
ce Pource que souvent briefveté rend les materas » obscures aux liseurs , et afin que les cent gloses » dessus escriptes des cent auctorités de lepitre que » Othea , la déesse de Prudence , envoya jadis au u preu et 1res vaillant Hector de Troye , lorsqu'il » estoit en son flourissant eage de xv ans , soient » égales les unes aux autres comme sont les quatre )) lignes de texte desdites cent auctorités ^ , par le
I. In-fol. vélin, longues lignes, lo/j. feuill., 1012 miniatures.
a. Tout l'ouvrage est composé de préceptes allégoriques
DE J. DU CLEBCQ. exxxr
» commaDdemeDt et ordonnance de très haut , très
» puissant et mon très redoubté seigneur et prince
» Philippe, par la grâce de Dieu duc de Bour-
» gongne , deLothier, deBrabant et deLembourg,
» conte de Flandres, d'Artois, de Bourgogne, pal-
» latin de Haynaut , de Hollande , de Zeelande et
» de Namur, marquis du Saint Empire, seigneur
» de Frise , de Salins et de Malines, a été faitte et
» composée de nouvel une addition ou déclaration
» par Jeh. Mielot , preslre , comme indigne cha-
» noine de Lille et le moindre des secrétaires d*i-
» cellui très redoubté seigneur et prince, en les
» extraiant du livre Jehan Boccace, qu'il fist de la
« généalogie des dieux des payens; de l'histoire de*
« Troye de Virgile en son livre de Eneydos , de
» métamorphose que fist Ovide , et plusieurs au-
» très poètes philosophesetorateurs. C'est toujours
>» ladite addition assise en la fin de la greigneur
» (majeure) part des plus briefves gloses de la
» dessusditte epitre mise en fourme^ comme il ap-
» pert cy-dessus soubz rubrice après ce mot de ce
» mesmesy afin tant seulement de rendre lesdittes
» gloses et allégories de ce livre dune mesmes
» quantité descripture les unes aux autres ^ ainsi
» que sont lesdittes quatre lignes de chacun texte
sur les devoirs de la chevalerie, contenus dans une suite de quatrains fortifiés d'une glose en vile prose.
„ comme dit est. Fait a LUle, lan de grâce mil » quatre cent cinquante-cinq , Pius le second es- „ tant p'ape de Rome , Phédéric , empereur Da- ,, lemaigne , Charles VU , roy de Franche, et mon- » dit très redoubté prince Philippe , duc de Bour- « gôngne et de Brabant. »
La morale de Christine de Pisan n'était pas extrêmement sévère. On en jugera par cette leçon qu'elle tire de la fable d'Hermaphrodite :
Ne »oye» dur a ottroyer
Ce que tu pues bien employer.
A Hermofroditos te mire
A qui mal priït pour esconduire.
* L'histoire nous apprend que le comte de Charolois, dans sa jeunesse , imitant l'exemple de son père , n'était pas dur à ottroyer. C'était le ton de la cour. L'arrivée du dauphin y inlroduiat plus de liberté encore. Ce prince avait établi à sa table l'usage des récits obscènes ; et celuj qui M faisait , dit Brantôme , lephis lascif conte des filles dejoje, il estait le mieux venu et festoyé. C'est cequidonna naissance aux Cent Nouvelles nouvelles , ouvrage qui rappelle la manière de Boccace , et qui est un témoignage piquant du style de la bonne compagnie au quinzième siècle ; ce sont des histoires galantes et licencieuses, racontées par dififérents seigneurs et officiers de la cour , teb que Monseigneur de la Roche (Antoine, bâtard de Bourgogne) ,
DE J. mj CLEmCQ. cxxxvij
Philippe de Laon , l'Aman de Bruxelles, les sires de Lan no j et de Créquy , Philippe Vignier , les seigneurs de Conversan, de Fiennes, deSt.-Yon, de Loquessoles , de Beauvoir , de la Barde , de Villiers , de Saint-Pol , Michault de Changy , Meriadech ou MeHadet, écuyerdu duc , MonseigneurXe prévôt de Wastenes , Chrétien Digoine , Monseigneur de ThalemaSy le marquis deRothelin^ Monseigneur ài^ Thianges, etc. Et enfin, par Je dauphin et le duc de Bourgogne eux-mêmes.
Le plus mauvais de ces contes est sans contredit celui d'Antoine De la Sale , sur un jeune liomme qui vouloit violer sa grand* mère. La forme est digne du sujet. Aussi est-il difficile de se persuader que le joli roman du Petit Jehan de Saintré soit sorti de la même plume. La bibliothèque de Bourgogne possède deux autres ouvrages du même auteur, la Salade » et la Sale. Après une vie assez agitée , il fut attaché à Louis de Luxembourg , comte de Saint-Pol , qui , voulant faire un pèlerinage à Saint-Jacques de Gompostelle , lui confia l'éducation de ses trois fils Jean , Pierre et Antoine. Ce comte de Saint-Pol est celui qui , peu d'années