CHAPITRE CCLXXIV
Comment le duc de Touraine , dauphin , fit assiéger Cône-sur-Loire; le voyage qui se fit à cette cause de par le duc de Bourgogne ; et la mort du roi d'Angleterre.
Or convient parler du duc de Touraine, dauphin, lequel en ce temps assembla , en divers pays, environ vingt mille combattants , atout lesquels il se tira à Sancerre , aurpel lieu se tint de sa personne assez longue espace. Durant lequel temps (ut mise en son obéissance la Charité -sur-Loire, où il mit grand' garnison de ses gens ; et après fit assiéger la ville de Cône-sur-Loire , qui , en la fin , fut contrainte de traiter avec les commis d'icelui dauphin, par condition qu'ils lui rendroient ladite ville, le seizième jour du mois d'août , au cas que le duc de Bourgogne ne les secourroit audit jour, si puissamment que pour les délivrer de la main de ses adversaires. Et pour ce entretenir, baillèrent les assiégés otages auxdits assiégeants ; et avec ce , promirent les deux ducs dessusdits , c'est à savoir de Bourgogne et de Touraine, par la bouche de leurs hérauts, à être et comparoir chacun à toute sa puissance à ladite journée , pour combattre l'un contre l'autre. Et afin d'entretenir icelle , ledit duc de Bourgogne, qui par avant s'éloit conclu de
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retourner en son pays d'Artois , demeura en Bourgogne , et manda gens de lou les parts, tant en Flandre, en Picardie , comme ailleurs, à venir vers lui. Et si envoya devers le roi d'Angleterre , lui requérir bien instamment qu'il lui envoyât certain nombre de ses gens pour être avec lui à ladite journée, avec aucuns de ses princes et chefs de guerre;lequelroifitréponseàceuxquëleducyavoit envoyés , que ce ne feroit pas , mais iroit en propre personne avec toute sa puissance; et entre temps, messire Hue de Launoy , maître des albalétriers de France, assembla grand nombre de gens , tant de la comté de Flandre , comme des marches vers Lille; et pareillement le firent messire Jean de Luxembourg, le seigneur de Croy , et plusieurs autres capitaines de Picardie , atout lesquels ^ vers l'issue du mois de juillet , se tirèrent par divers chemins autour de Paris , et de là par Troyes en Champagne.
Et d'autre partie , le roi d'Angleterre , qui étoit en la ville de Senlis , non pas bien santieux (sain) de sa personne, fît partir son ost d'autour de Paris, sous !a conduite du duc de Bedfort son frère , du comte de Warwick , et autres de ses princes et capitaines , pour aller en Bourgogne ; et lui-même, assez aggravé de maladie, partit dudit lieu de Senlis, après qu'il eut pris congé au roi de France, à la reine, et aussi à sa femme , qui depuis ne le revit ; et alla àMelun, où il se fit mettre sur une litière , sur intention d'aller à la journée dont dessus
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est faite mention avec ses gens. Mais pourtant qu'il se sentit trop affaibli , et qu'il empiroit de jour en jour, retournait se fit mener au bois de Vincennes, et là s'alita du tout. Et ledit duc de Bedfort, ses princes, et tout son ost, se tirèrent par plusieurs journées jusques au pays de Bourgogne; et ainsi le firent tous les seigneurs de Picardie , et d'autres lieux; et tant cheminèrent qu'ils vinrent en la ville de Vézelay , où ils trouvèrent le dnc de Bourgogne , qui là les attendoit atout (avec) grand'* puissance de gens d'armes qu'il avoit assemblés de plusieurs lieux. Si les reçut, et festoya moult joyeusement. Et par espccial, quand il trouva ledit duc de Bedfort et les autres princes d'Angleterre, les remercia moult humblement du noble et puissant secours qu'ils lui faisoient à son besoin. En après, les princes et capitaines dessusdits , joints ensemble , comme vous avez ouï , commencèrent à chevaucher atout leurs gens qui étoient en très grand nombre, en approchant ladite ville de Cône; et avoient établi, par ordonnance, avant-garde, bataille, et arrière -garde. Et là, chacune desdites parties avoit certain nombre d'Ànglois , Picards et Bourguignons, afin qu'au jour qui étoit assigné, n'y eut nulles envies, et que nulles des trois parties ne pussent avoir honneur ou déshonneur l'une plus que l'autre. Et ainsi, tenant cette ordonnance chevauchèrent audit lieu de Cône , devant laquelle ils se logèrent la nuit, dont le lendemain dévoient être combattus, par les promesses ci-des-
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sus déclarées. Mais ledilduc deTouraine, dauphin, et ceux qui le gouvernoient 9 sachant la puissance des princes dessusdits, se retrahit, atout ses gens, devant Bourges en Berri , et ne comparut homme pour lui à ladite journée.
Et par ainsi, demeura icelle ville de Cône en l'obéissance dndit duc de Bourgogne; et après cette journée passée, se mit tout l'ost à retourner devers Troyes. Toutefois , durant icelui voyage , y eut grand' nécessité de vivres , et par espécial de pain. Mais tantôt qu'ils furent vers la dessusdite ville de Troyes , se commencèrent à mettre $u large sur le plat pays; lequel , tant pour leur venue comme pour leur retour , fut moult travaillé partout où ils passèrent. Auquel retour, sur le chemin , vinrent certaines nouvelles audit duc de Bedfort, que son frère , le roi Henri , étoit moult oppressé de la maladie dessusdite, et en grand péril de sa vie; et pour ce incontinent avec lui plusieurs de ses plus friables, à privée mesgnie(suile), chevaucha moulten hâte jusques au bois de Vincennes où il étoit, et là le trouva moult aggravé. Et en cas pareil , vint à la connoissance du duc de Bourgogne, lequel y envoya messire Hue de Launoy pour le visiter, et savoir en quel point il étoit.
Et adonc icelui roi, sentant qu'il étoit moult travaillé de maladie, fil venir autourde son lit son frère le duc de Bedfort , son oncle , comte de Warwick, messire Louis de Robersart, et avec aucuns autres, jusques à six ou huit de ceux où il avoit la plus