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grand' fiance de tous ses familiers. Si leur dit, et remontra assez piteusement, comment il véoit bien que c'étott le plaisir de son créateur , qu'il finât sa vie en délaissant ce monde-ci. Et après , dit à son beau-frère : « Jean , beau-frère, je vous prie sur » toute la loyauté et amour qu'avez eue à moi, » que soyez toujours bon et loyal à mon beau-fils » Henri votre neveu ; et vous charge, sur tant que » vous pouvez méprendre, que tant que vous vi- » vrez, ne souffrez à faire traité avecque notre » adversaire, Charles de Valois, ni autres, pour » chose qu'il advienne , que la duché de Norman- » die ne nous derùeure franchement. Et au cas que » beau -frère de Bourgogne voudra entreprendre » le régime de ce royaume , je vous conseille que » vous lui baillez ; mais s'il le refuse , si le pre- » nez. Et à vous, bel oncle d'Exces're, je vous » laisse seul et pour le tout le régime du royaume » d'Angleterre ; car je sais que moult bien le savez » gouverner ; et vous prie , que pour quelque af- » faire qu'il advienne , ne retournez plus en » France ; et avec ce vous ordonne à être du tout » gouverneur de beau-fils votre neveu ; et vous » requiers, sur tant que vous m'avez aimé, que le » voyez et visitez très souvent en votre personne. » Et vous, beau cousin de Warwick, je veuille que » soyez son maître d'hôtel , et que demeurez tout » quoi avec lui, pour le conduire et apprendre l'état » qu'il appartient : car je n'y saurois mieux pour- » voir. Et après , je vous prie , tant comme je puis
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» à tous, que gardez, sur quant que vous pouvez » méprendre , que n'ayez aucune dissension avec » beau-frère de Bourgogne,et ce défendez expressé- » rnent à beau-frère Honfroy (Humphrey): cars'il » advenoit , que Dieu ne veuille ! qu'il y eût entre » vous et lui aucunes malveillances , les beso- » gnes de ce royaume, qui sont moult avancées de » notre parti , en pourroient être empirées. Et si, » gardez que ne délivrez pas de prison beau-cousin » d'Orléans, le comte d'Eu, le seigneur de Gau- » court, de Guichart, deGhisay, jusques à tant que » beau-fils aura son âge compétent ; et des autres » faites-en comme bon vous semblera. »
Après lesquelles paroles, et aucunes autres pareilles, les seigneurs dessusdits là étant lui répondirent moult humblement, chacun en droit soi, ayant au cœur très grand' tristesse , que tout ce qu'il leur ordonnoit , et qu'ils sauroient que seroit son plaisir à être fait, ils accompliroient à leur pouvoir, sans en rien aller au contraire; etétoient tous moult ennuyés de ce qu'ils le véoient être en si petit état de santé. Et tôt après se départirent de ladite chambre aucuns d'icenx, et messire Hue de Lau noy , qui avoit été en voy é devers le roi dessusdit, comme dit est dessus, de par ledit duc de Bourgogne, après qu'il eut bien et à point accompli sa légation , et eu aucunes paroles avecque icelui roi, retourna devers ledit duc; et bref, le roi dessusdit fit venir devant lui ses médecins, et leur requit bien instamment qu'ils lui voulsissent dire ,
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selon ce qu'ils pou voient voir de lui , quel terme de vie il pouvoit encore bien avoir; à laquelle requête ils délaissèrent certaine espace de lui faire savoir , sinon de lui bailler espérance , en disant qu'il étoit bien en Dieu de le faire retourner en santé; si ne fut pas de ce content, et les requit, comme devant , qu'ils lui disent la vérité. Et adone parlèrent ensemble , et après, par la bouche de l'un d'eux , qui se mit à genoux devant lui , lui Tut dit : « Sire , pensez à votre artie , car il nous semble , si » n'est la grâce de Dieu, qu'il est impossible que » vivez plus de deux heures, a
Et lors manda son confesseur , et aucuns antres de sa famille , et gens d'église, et ordonna à dire les sept psaumes ; et quand vint à Bénigne foc Ah mine, où il y a mûri Hiertisalem, il les fit arrêter, et dit tout haut que, sur la mort qu'il attendoil, il avoit intention qu'après qu'il auroit mis le royaume de France en paix, de aller conquerra Jérusalem , s'il eût été le plaisir de Son créateur de le laisser vivre son âge. Et après qu'il eut ce dit, le fit parfaire. Et assez bref ensuivant, selon le terme que dit avoient les dessusdits médecins, rendit son esprit le derrain jour d'août.
Pour la mort duquel le duc de Bedfort, son frère, et tous les autres princes , avec généralement tous ceux du royaume d'Angleterre, firent grands lamentations , et demeurèrent en grand' tristesse. Et tôt après furent enterrées ses entrailles en l'église et monastère de Saint-Maur-des-Fossés, el
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son corps bien embaumé fut mis en un cercueil de plomb.
Durant lequel temps le duc de Bourgogne vint de Brie-Comle-Robert audit lieu du bois de Vincennes, et alla voir et visiter le duc de Bedfort, frère du roi dessusdit, et les autres princes là étant, avec lesquels eut aucun bref parlement; lequel fine , se partit de là , et alla à Paris loger en son hôtel d'Artois. Et le roi dessusdit, accompagné de ses princes Anglois , et de ceux de sou hôtel , avec grand' multitude d'autres gens, fut mené en #rand triomphe à Paris, et mis dedans l'église Noire-Dame , où il fut fait un service solennel ; et de là fut mené grandement accompagné en la cité de Rouen , et y demeura assez longue espace de temps. Et entre temps > s'assemblèrent les princes en conseil audit lieu de Paris, c'est à savoir les ducs de Bedfort, de Bourgogne et d'Excestre, avec plusieurs autres grands seigneurs , afin d'avoir avis et délibération ensemble sur la gouverne et entrelennement du royaume de France. Et'là fut conclu et promis par eux derechef, qu'en la forme et manière qu'il avoit été traité autrefois entre les deux rois à Troyes en Champagne, s'entretehroit la paix finale qui jurçe et promise avoit été entre les parties. Et comme il fut assez véritablement su , ht principale maladie dont ledit roi alla de vie à mort, lui vint par feu qui lui prit par dessous au fondement , assez semblable au feu que l'on dit être la maladie Saint-Antoine.
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En outre , après que les princes dessusdits eurent pris leurs conclusions sur le régime du royaume , comme vous avez oui, dedans la ville de Paris, se partit bref ensuivant de Paris le duc de Bourgogne, et retourna atout ses Picards en Artois et en Flandre; etleducdeBedfort,avecautres princes Anglois, s'en alla à Rouen , pour appointer et ordonner des affaires de la duché de Normandie. Et là fut menée en nobleappareil la reined'Angleterre, qui de la mort de son feu mari rien ne savoit.
Or dirons dudit feu roi Anglois , et savoir est que les seigneurs du sang royal le mirent sur un chariot, que menoient quatre grands chevaux; et a voient fait sa semblance et représentation de cuir bouilli, peint moult gentillement , portant en son chef couronne d'or moult précieuse; ettenoit en sa main dextre le sceptre ou verge royale, et en sa main sénestre avoit une pomme d*or ; et gisoit en un lit sur le chariot dessusdit , le visage vers le ciel. Duquel lit le couvertoir étoit de drap de soie vermeil battu à or ; et avec ce portoit-on en haut , à passer parmi les bonnes villes , par-dessus le chariot, un moult riche drap de soie, en la manière qu'on l'a accoutumé de porter sur le corps Jésus-Christ , au jour du saint Sacrement ; et ainsi, allant moultgrandement accompagné de ses princes et de sa chevalerie de son hôtel , fut mené le droit chemin de Rouen à Abbe ville, et mis en l'église Saint-Offran. Et si avoit moult de gens d'église à la dextre et sénestre partie du trépassé, qui nuit et jour, les uns après les autres, en chevauchant, che-
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minant ou arrêtant , chantoient sans cesser l'office des morts , et célébroient tous les jours pour lui depuis le point du jour, es églises où ils logeoient, messes jusques à ce qu'il étoit none. Et après, d'Abbeville à Hesdin , et de là à Montreuil , et puis par Boulogne allèren ta Calais; et toujours, sur ledit chemin, y avoit autour dudit chariot plusieurs hommes vêtus de blanc, qui portoient en leurs mains torches allumées; et derrière étoienl velus de noir ceux de la famille et de l'hôtel dudit roi; et après , suivoient ceux de la lignée, vêtus de vêtements de pleurs et de plaints.
Et ensuivant tout ce , alloit la reine, en grand' compagnie, environ demi-lieue loin après sondit seigneur; lequel, comme dit est, fut mené à Calais; et de là nagèrent par mer à Douvres en Angleterre; et puis par Canlorbie et Rochestre allèrent à Londres, où ils arrivèrent la nuit de St. -Martin d'hiver.
A l'encontre duquel roi issirent de ladite ville de Londres, quinze évêques vêtus de chasubles pontificaux, et plusieurs abbés mitres, et autres hommes d'église en grand nombre , avec grand' multitude de bourgeois et autres communes ; lesquels gens d'église tous ensemble mirent ledit roi défunt dedans ladite ville en chantant l'office des morts ; et le menèrent par le pont de Londres et par la rue des Lombards, jusquesà l'église cathédrale de Saint-Pol. Et au plus près du chariot éloient plorants el lamentants les princes de son lignage. Et avec ce, le premier cheval des quatre
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([iii menoienl ledit chariot, auquel le roi étoit, avoit un collier qui étoit peint des anciennes armes d'Angleterre. Au collier du second cheval et oient peintes les armes de France et d'Angleterre écartelées , lesquelles lui même port oit en son vivant. Au collier du tiers cheval étoient peintes pleinement, sans différence nulle, les armes de France. El au collier du quart cheval étoient peintes les armes que portait, quand il vivoit en ce monde, le noble roi Artus, que nul ne pouvoit vaincre; lesquelles armes étoient un écu d'azur à trois couronnes d'or. Et après que le service dudit roi eut été fait royalement, ils le portèrent enterrer en l'église de Vas tremoustier (Westminster), emprès ses prédécesseurs rois d'Angleterre. Auquel enterrement fut fait en toutes choses généralement plus grand état et bobant que depuis deux cents ans par avant n'avoi' été fait de nuls des autres rois d'Angleterre. Et rnémement lui mort, comme dit est y et mis en sa sépulture , lui ont fait et font chacun jour aussi grand honneur et révérence f comme s'ils fussent acertenés qu'il fût ou soit saint en paradis.
Ainsi et par cette manière fina icelui roi Henri, en la fleur de son âge; car quand il alla de vie à mort pouvoit avoir environ quarante ans ; et étoit moult sage et expert en toutes besognes dont il se vouloit entremettre , et de très hautain vouloir; el avoit sept ou huit ans que son règne dura en France, fait en icelui de 1res grands conquêtes, plus que
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nuls de ses prédécesseurs n'avoienl fait long- temps paravant. Et pour vrai il étoit si craint et douté de ses princes et capitaines, qu'il n'en y avoit nul, tant lui fût prochain et bien de lui , qui osât transgresser ses ordonnances , et par espécial ceux de son royaume d'Angleterre.
Et pareillement éloienl àce réduits tous ceux du royaume d'Angleterre et de France, de quelque état qu'ils fussent , qui étoient sous son obéissance et domination. Et la cause principale si étoit, parce qizeceux qui faisoient le contraire et enfreignoient les dessusdites ordonnances^ faisoit punir très criminellement , sans en avoir aucune miséricorde.
En après toutes les besognes dessusdites accomplies, s'assemblèrent les trois états du royaume d'Angleterre, en très grand nombre, pour avoir avis et délibération qu'il etoit bon à faire sur le régime dudit royaume ; et enfin se conclurent et élurent à roi le seul fils d'icelui roi Henri défunt , lequel n'a voit que seize mois d'âge ou environ , et se soumirent du tout en son obéissance , nonobstant sa jeunesse; et prestement lui baillèrent état royal, et convinrent à le gouverner et conduire le comte de Warwicket autres. Durant lequel temps y eut un noble chevalier de Picardie , qui dit à son poursuivant une joyeuselé,par manière de gaberie, louchant la mort du roi d'Angleterre. Ce fut messire Sarrazin d'Arly , oncle du vidame d'Amiens, lequel pou voit lors bien avoir soixante ans d'âge ; et demeuroit en un sien châtel qu'il avoit de parsa
femme, sœur au seigneur d'Ofiemont, nommé Acheu , assez près de Pas en Artois , et là étoit tout malade de goutte : néanmoins, volontiers enquéroit et oyoit raconter des nouvelles. Si retourna en ses jours sondit poursuivant nommé Haurenas, qu'il avoit envoyé dehors; et étoit environ de l'âge de son maître , et l'avoit long-temps servi. Et après sa venue, l'examina ledit messire Sarrazin , et lui demanda s'il savoit rien de la mort dudit roi d'Angleterre.U dit qu'oui, et qu'il l'avoit vu à Abbeville, en l'église deSaint-Ofïren, et lui raconta tout l'état et comment il étoit habillé, assez pareillement qu'il est déclaré en ce présent article, Etadonc, messire Sarrazin lui demanda , par sa foi 9 s'il l'avoit bien avisé. Et il répondit qu'oui. « Or me » dis, par ton serment, s'il avoit point ses housseaux » chaussés. — Ah ! monseigneur, dit-il > nenni, par » ma foi. — Lors, lui dit messire Sarrazin ? Haure- » nas, beau ami, jamais ne nie crois, s'il De lésa » laissés en France. » Ace mot tous ceux qui étoieot présents commencèrent à rire, et puis parlèrent d'autre matière.
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