CHAPITRE CCLXXV
Comment la duchesse de Bourgogne , Michel le , alla de vie à trépas, en la ville de Gand; et comment le duc de Bedford fut fait régent, et de plusieurs forteresses abattues.
Durant les assemblées qui se firent pour le voyage de Cône, comme dit est , s'accoucha malade en la ville de Gand la duchesse de Bourgogne, Michelle , fille au roi de France , et sœur du duc de Touraine , dauphin ; en laquelle maladie tant continua qu'en la fin alla de vie à trépas. Pour la mort de laquelle tous ses serviteurs , et universellement tous ceux de Gand et de la comté de Flandre , n'entendirent pas à joie , mais à pleurs et profonds gémissements ; car elle étoit moult aimée de tous les sujets , généralement des pays du duc Philippe, son mari. El bien y avoit raison , pour ce principalement qu'elle étoit de haute extraction , belle et bien formée , adornée de toutes bonnes conditions ? selon la relation de ceux qui d'elle avoient connoissance. Si fut son corps mis en terre très solennellement en l'église du monastère Saint- Bavor», emprès Gand. Toutefois , il fut lors assez commune renommée en icelle ville de Gand , que sa mort avoit été avancée. Et de fait; en fut soupçonnée une sienne dainoiselle, nommée Ourse, femme
■ Mr.
4l4 CHU UNIQUES D 9 RnaiTERB AND *0<4)
de Coppin de la Vief-ville, née d'Allemagne, laquelle étoit à ladite duchesse moult familière , portant son scel ; et durant sa maladie l'a voit congiée de son hôtel , et s'étoit retraite en la ville d'Aire. Auquel lieu envoyèrent les Gantois jusques à six vingts hommes de leurs gens pour l'aller quérir et ramener à Gand : mais quand ils Turent venus en ladite ville d'Aire, trouvèrent messireGau vain delà Viefville et aucuns autres gentilshommes de l'appartenance etamitiédu mari de laditedamoiselleOurse. lesquels promirent aux Gantois de la mener sans délai devers le duc de Bourgogne, pour en faire son plaisir; et ainsi que promis l'a voient le firent. Après laquelle promesse retournèrent les Gantois de la ville de Gand ; et pource que pas ne l'avoient ramenée , furent en grand' indignation de ceux de ladite ville, et en y eut aucuns des principaux mis prisonniers. Et aussi furent très mal contents du maire , échevins et jurés de la dessusdite ville d'Aire , pource que pas ne leur avoient envoyée leur mandement ladite damoiselle. Et d'autre partie , nonobstant que le seigneur de Roubaix fût et eût été toujours durant les besognes dessusdites an pays de Bourgogne, en la compagnie dessusdite dudit duc, néanmoins le bannirent à cette cause les dessusdits Gantois de leur ville et de la comté de Flandre ; mais quand ledit duc y fut retourné depuis , lui rendit ledit pays et lui fit sa paix , certain tempsaprès, àiceux Gantois .car il n'avoit quelque suspicion contre ledit seigneur de Roubaix
(»4aa)* DB'MONSTllEUT. £t5
pour le cas dessusdit, parce qn ? i1 sa voit avoir été en «a compagnie entre temps que ce étoit advenu. Si se passa ainsi la besogne, et n'en tyt procédé ni enquis plus avant. En après, en ce même temps, lut , par l'autorité des rois de France et d'Angleterre , et de leur grand conseil , le duc de Bedfort constitué régent du royaume de France, pource que le duc de Bourgogne ne l'avoit voulu entreprendre. Etadonc un petit par avant, avoient été démolis et abattus de fond en comble , par mandement royal , les châteaux de Muyn , Cressensac ? Mortemer , Tilloy , Araines, Héricourt , Lauroy et plusieurs autres, dont moult déplut aux nobles hommes à qui lesdites forteresses appartenoienl ; mais à ce ne purent aucunement pourvoir.