‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 20 sur 107 · CHAPITRE CXCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCVI

Comment , après ladite prise de Paris, plusieurs villes et forteresics se rendirent en l'obéissance du duc de Bourgogne , et autres matières.

En ces jours furent envoyés, atout (avec) un mandement du roi , Hector et Philippe de Saveuse , le seigneur de Crevecœur , et leurs gens 1 vers Compiégne , et autres villes et forteresses sur les marches. Lesquels, venus audit lieu de Compiégne, firent traité avec ceux de la ville, par condition que tous ceux tenants la partie du comte d'Armagnac s'en iroient, saufs leurs bagues; et aussi ^pe tous les habitants de ladite ville, et autres vetillants faire serment de tenir le parti du roi et du duc de Bourgogne, demeuretoient paisibles-* 7 Et après qu'ils eurent promis ce à entretenir, ils furent mis dedans. Et pareillement se rendirent à eux la ville et châtel de Creil, Pont-Saint-Maxen- <e , Moussy , le Pereux , le Pont-à*€hoisy , et aucunes autres places; dedans lesquels mirent de leurs gens pour les entretenir. Et aussi se rendit en l'obéissance du roi et du duc de Bourgogne , la

(14*8) DE MONSTRELBT. q6

ville de Noyon , par le moyen du seigneur de Genlis , et pareillement le Pleissier , par m es sire Jean de Roye , et moult d'autres villes et forteresses comme Laon, Corbeil , Soissons, Chauny-sur-Oise, Gisors, et aucunes autres.

En la ville de Creil fut mis un gentilhomme nommé le Bugle de Grouches , pour la garder, et entra en icelle ville atout (avec) huit hommes tant seulement. Si étoient dedans la forteresse le comte de Ventadour, le seigneur de Château-Morant , et messire Charles de Saint-Sauflieu , atout (avec) certain nombre de gens d'armes , lesquels tenoient le parti du comte d'Armagnac. Lesquels furent , par le moyen du dessusdit Bugle de Grouches et de la communauté d'icelle ville, contraints à rendre ladite forteresse , par condition qu'ils s'en allèren t saufs leurs corps et leurs biens ; et en demeura ieelui Bugle capitaine certain espace de temps.

En outre , quant est à parler de l'état et gouvernement de Perrinet Leclerc et ses complices , quiavoient livré la ville de Paris, comme vous avez ouï ci-dessus , commencèrent à lever et tenir très grand état; et eurent par aucun peu de temps grand' autorité; mais en la fin demeurèrent aussi pauvres et méchants que par avant ils avoient été.

En après, ceux de la ville de Péronne, quiavoient toujours tenu et encore tenoient la partie du roi , de son fils le dauphin et du comte d'Armagnac , quand ils ouïrent les nouvelles de la prise de Paris et la reddition de plusieurs autres bonnes villes, fu-

"■ £Tl*>'*?

96 CHRONIQUES d' E NGU E R R AND (i4i&)

rent fort émerveillés, et eurent grand doute, attendu qu'ils étoient près des pays et puissance du duc de Bourgogne, d'être pris d'assaut, ou Ju moins assiégés. Si se mirent ensemble , et conclurent d'envoyer devers le comte de Gharrolois et son conseil , afin qu'ils pussent être reçus à eux mettre en l'obéissance du roi et du duc de Bourgogne ; et sur ce envoyèrent leurs ambassadeurs devers ledit Cbarrolois , jà-soit-ce que messire Thomas de Hersies , bailli de Vermandois les exhortât fort à tenir le parti du dauphin. Lesquels ambassadeurs , c'est à savoir maître Oudard Cuperiel , un chanoine <Ae Saint-Foursy , et aucuns autres , traitèrent tant devers les dessusdits comte de Gharrolois et son conseil , qu'icelle ville se rendit en son obéissance; et nonobstant que les gouverneurs et habitants d'icelle ville eussent promis de non faire traité au préjudice dudit messire Thomas, néanmoins il fut pris et mené à Laon, et là décapité ; et pareillement furent exécutés Jean de Brunencourt son lieutenant, et Alard de Vertigneul.

(i4«8) DU MORST1ELET. 97

Page 1