CHAPITRE CCIIJ
Comment la sentence autrefois donnée contre maître Jean Petit fut rappelée ; de la prise de Lagny-sur-M arne ; de la venue du duc de Bretagne , et autres matières.
En ces jours fut faite à Paris une procession générale de toutes les églises de la ville, et fut la messe chantée en l'église Notre-Dame. Et endementiers (pendant) qu'on chantoit la messe en ladite église, fut fait un sermon solennel au parvis d'icelle, par un frère mineur, docteur en théologie. Et là éloient les conseillers du roi de France, comme le chancelier et autres, et le recteur et notables clercs de l'université, plusieurs grands seigneurs, le prévôt et autres notables bourgeois de Paris. Et si en y avoit auquel étoient les vicaires , et autres officiers de l'évêque de Paris ; lesquels , ayant sur ce puissance et commission générale spirituelle dudit évêque, lors malade à Saint-Maur-
Il8 CHRONIQUES DENGUEURAND (1418)
îles-Fossés , rappelèrent au nom dudit évêque la sentence qu'icelui évêque et ses complices a voient donnée au temps passé contre l'honneur du duc de Bourgogne, et la proposition par icelui duc avouée, et faite par feu maître Jean Petit , ainsi que ci-devant est écrit ; en réparant /quant à ce, l'honneur et loyauté du duc, comme vrai champion de la couronne de France. Et audit sermon le compara à l'échalas soutenant la vigne ; et montrant quant à ce les lettres dudit évêque , et le pouvoir à eux sur ce donné, et excusant icelui, ohstant sadite maladie. Et tant dirent et firent , présent le peuple illec assemblé et les seigneurs dessusdits, que le duc de Bourgogne en fut content ; et fut ladite révocation faite au milieu du sermon,
Esquels jours vinrent nouvelles au duc de Bourgogne étant à Paris , comme dit est , que les Dauphinois , qui se tenoient à Meaux en Brie , a voient pris la ville de Lagny sur Marne, par faute de guet; ce qui étoit vérité. Et le propre jour qu'ils la prirent , ils firent moult de maux; mais aucuns de la garnison se sauvèrent en forte tour , et tantôt envoyèrent quérir secours au duc de Bourgogne , lequel hâtivement y envoya le seigneur de l'Ile- Adam, qui, par le moyen de ceux de la tour, rentra assez tôt dedans i celle , et mit à l'épée la plus grand' partie desdits Dauphinois. Et après. qu'il eût mis forte garnison léans s'en retourna à Paris; et le lendemain partit le duc de Bourgogne • à grand' puissance de gens d'armes de Paris , pour
(»4i8) DE MONSTRELBT. lig
aller au pont de Charenton an-devant du duc de Bretagne , qui venoit devers lui pour traiter de la paix du dauphin et du duc; mais ils n'y purent rien accorder : et pour tant s'en retourna ledit duc de Bourgogne à Paris , et le duc de Bretagne en son pays. Et la cause pourquoi s'assemblèrent au pont de Charenton , si fut pour ce qu'on mouroit d'épidémie très merveilleusement dedans la ville de Paris; car, comme il fut trouvé par les curés des paroisses , y mourut pour cet an outre le nombre de quatre vingt mille personnes ; entre lesquels furent morts d'icelle pestilence, des gens du duc de Bourgogne, le prince d'Orange , le seigneur deFosseux, messire Jen net de Poix, le seigneur d' A uxois^ et moult d'autres gentilshommes.
Et brefensuivant revinrentles cardinaux d'Ursin et de Saint-Marc à Saint-Maur-des-Fossés , pour traiter la paix entre les seigneurs de France. Auquel lieu furen t envoyés plusieurs notables ambassadeurs de par le roi , la reine , et le duc de Bourgogne; lesquels enfin firent un traité avec les gens du dauphin , qui y étoient , par le moyen desdits cardinaux, lequel sembloit être bon et profitable pour toutes les parties. Mais quand il fut reporté devers ledit dauphin et ceux de son conseil, n'en furent pas contents ; et par ainsi se continua la guerre entre iceux , plus diverse que par avant.
120 CHRONIQUES D EKGUEHRAMD (i4i8)