CHAPITRE CCIV
Comment les Parisiens tuèrent de rechef les prisonniers; du siège de Mont-le-Héry , et de la prise de Soissons faite par le seigneur de Bosqueaux et ses complices.
Durant les tribulations dessusdites, serassera* blèrent les communes gens de Paris en très grand nombre , comme ils avoient fait autrefois; et sou* dainement allèrent à toutes les prisons de Paris, lesquelles ils rompirent ; et tuèrent bien trois cents prisonniers, dont les aucuns y avoient été remis depuis la grand' tuerie. Entre lesquels y furent morts , messire Jacques de Montmor et mess ire Louis de Corail , chambellan du roi, avec moult d'autres notables gentilshommes et gens d'église.
En laquelle fureur très exécrable , les dessusdits allèrent à la basse-cour de la bastille Saint- Antoine, et demandèrent qu'on leur livrât huit prisonniers quiétoient léans ,ou sinon ils assaudroient la place. Et de fait, commencèrent à démaçonner la porte; Pourquoi le duc de Bourgogne , qui étoit logé assez près de ladite bastille , très courroucé au cœur de voir faire à iceux telles dérisions , pour pis eschever (éviter) , commanda que les huit prisonniers dessusdits leur fussent livrés , par si qu'aucuns de leurs capitaines promirent de les mener es prisons
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de Cbâtelet , et les laisser oient punir selon leurs démérites par la justice du roi. Atout (avec) lesquels , quand ils leur furent livrés , pour entretenir une partie de leur promesse , s'en allèrent assez près dudit Châtelet ; et là très cruellement les ocrirent et dénuèrent ( dépouillèrent ). Après, par grands compagnies , allèrent de rue en rue parmi Paris , en plusieurs maisons de ceux qui avoient tenu la partie du comte d'Armagnac , lesquels ils pilloientetoccisoient très cruellement et inhumainement , sans avoir pitié ni merci d'eux. Et comme autrefois avoient fait , s'ils en contrôlent aucun homme ou femme qu'ils haïssent , quelque parti qu'il tînt , tantôt éloit mis à mort cruellement ; desquelles communes étoit un des principaux capitaines , Cappeliiche , bourrel de la ville de Paris.
Pour lesquelles dérisions, ledit duc de Bourgogne manda plusieurs notables bourgeois delà ville de Paris , auxquels il remontra le grand desroi ( désordre ) que faisoient icelles communes , dont lesdits bourgeois très humblement s'excusèrent envers ledit duc , disant que de ce étoient très dolents, et que ceux qui faisoient lesdites émeutes étoient gens de petit état , contendant à piller les riches et notables bourgeois, requérant audit duc de Bourgogne qu'il y voulsît pourvoir , et ils seraient à son aide.
Et lors fut dit à icelles communes , et défendu de par le roi , sur peine de perdre la vie , par la bouche du duc de Bourgogne , que dorénavant se
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déportassent de plus piller et occire , et qu'ils se préparassent pour aller mettre le siège devant Mont-le-HéryetMarcoussi,oùétoientlesennemisdu roi; lesquelles communes répondirent que ce feroient-ils volontiers , et qu'on leur baillât capitaine pour les conduire.
Et dedans brefs jours ensuivant, pour escbever ( éviter) les émeutes dessusdites , furent envoyés bien six mille combattants desdites communes de Paris, à Mont-leHéry ; avec lesquels y alla, pour les conduire , le seigneur deCohen et au très chevaliers , c'est à savoir messire Gaultier deRuppes, et messire Gaultier Raillart , atout ( avec ) certain nombre de gens d'armes , et foison de canons et instruments de guerre , compétents à mettre siège. Lesquels chevaliers les menèrent et conduisirent audit lieu deMont-le-Héry,etcommencèrenttrèsfortàas3aillir et combattre lesdits Dauphinois , qui étoient dedans la forteresse. Mais après le partement d'iceux , le dnc de Bourgogne fit prendre dedans Paris plusieurs de leurs complices , et des principaux émouveurs du commun , auxquels il fit couper les têtes , et pendre au gibet , et les aucuns noyer en Seine ; et même le dessusdit Cappeluche , bourrel de/ Paris , leur capitaine , eut la tête coupée es halles. Pourquoi ceux d udit siège de Mon t-le-Héry , à qui ces paroles furent contées , tantôt retournèrent audit lieu de Paris , en intention de r'émouvoir le peuple ; mais on leur ferma les portes au visage. Si s'en retournèrent à leur siège ; auquel lieu dedans brefs
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jours furent remandés , pour ce qu'entre les parties y avoit ambassadeurs , qui étaient ensemble en plus grand' douceur.
Et entre temps , le seigneur de Château-Vilain vint audit lieu de Paris devers le duc de Bourgogne ; et avoit un fils avec lui , qui chevauchoit un peu devant; et en entrant à la porte Saint- Antoine, commença à crier hautement : Vive Armagnac !
mais incontinent fut par les gardes de ladite porte mis à mort , dont le seigneur de Château- Vilain fut très courroucé ; mais il ne le put avoir autre.
En après , les Dauphinois , c'est à savoir le seigneur de Bosqueauxatout(avec) trois cents combattants avec lui, prirent d'emblée ,au point du jour, la cité de Soissons , sur le seigneur de Longueval , qui en étoit capitaine de par le roi et le duc de Bourgogne , lequel de Longueval se sauva à grand* peine tout à pied par-dessus la muraille, et avec lui Robert de Saveuse et plusieurs autres; laquelle cité fut en la plus grande partie dévêtue de tous biens.
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