CHAPITRE CCVII
Comment on fit grand* assemblée de gens d'armes pour lever le siège de Rouen ; de l'ambassade que firent de rechef les assiégés , et delà chevauchée de mfessire Jacques de Harcourt.
Oa convient de retourner à l'état et go ove mèneraient du roi de France et du duc de Bourgogne. Vrai est que pour pourvoir à la délivrance de ceux de Rouen , mandèrent gens d'armes en plusieurs
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parties du royaume où ils étoient , lesquels y vinrent en trèy'grand nombre. Et se fai soit i celui mandement, au nom du roi , à venir éntour Beau vais. Entre lesquels y vinrent à grand' puissance les seigneurs de Picardie, et autres souseux, qui avoient accoutumé de porter armes; et en furent les pays où ils passèrent et séjournèrent moult travaillés. Et àdonc le roi , la reine et le duc de Bourgogne; atout (avec) tout leur état , de Pontoise vinrent à Beau vais , afin d'avoir vivres plus abondamment. Auquel lieu furent tenus plusieurs détroits conseils pour avoir avis comment on secourroit ceux de la ville de Rouen ; mais on ne pouvoit voir manière raisonnable, que faire se pût , pour la division qui étoit entre le dauphin et le duc de Bourgogne, et avecque ce que le roi d ? Angleterre étoit trop puissamment accompagné. Et pour tant de plus en plus on manda gens d'armes et arbalétriers par les bonnes villes de l'obéissance du roi.
Et entretemps le roi de France e! le duc de Bourgogne étant à Beauvais , vinrent devers eux quatre gentilshommes et quatre bourgeois de ladite ville de Rouen , envoyés pour signifier au roi et à son conseil le misérable état deladite ville. Lesquels; en la présence du roi et du duc de Bourgogne et de tout le conseil , dirent comment plusieurs milliers de gens étoient jà morts de faim dedans ladite ville, et que dès l'entrée d'octobre étoient con* traints dé manger chevaux , chiens , chats , souris , rats et autres choses non appartenant à créature
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humaine. Et avecquece,avoientdéjà bouté hors de leur ville bien douze mille pauvres gens, hommes, femmes et enfants, desquels la plus grand' partie étoient morts dedans les fossés de la ville, piteusement. Et souvent falloit que les bonnes gens pitoyables tirassent les petits enfants nouveau-nés des femmes enceintes, qui étoient en leurs fossés, eu paniers et autres choses, à mont, pour les faire baptiser , et après les rendoient aux mères; et moult en mouroit sans être chrétiennes; lesquelles choses étoient moult grièves et piteuses à ouïr raconter.
Et adonc dirent : « Vous, notre sire le roi, et » vous noble duc de Bourgogne, les bonnes gens » de Rouen vous ont jà par plusieurs fois signifié et » fait à savoir la grand' nécessité et détresse qu'ils » souffrent pour vous; à quoi n'avez encore pourvu, » comme promis aviez. Et pour tant cette dernière » fois sommes envoyés devers vous pour vous non- » cer de par lesdits assiégés , que si dedans brefs » jours ils ne sont secourus, ils se rendront au roi » angiois ; et dès maintenant si ce ne faites, ils » vous rendent la foi, serment, loyauté , service » et obéissance qu'ils ont à vous. » Auxquels, par le roi et le duc de Bourgogne et le conseil fut répondu bénignement qu'encore n'étoitpas la puissance du roi si grande que pour lever ledit siège, dont moult leur déplaisoit ; mais au plaisir de Dieu bref seroient secourus. Ils demandèrent dedans quel terme. A quoi ledit duc fit réponse que ce se-
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roit en dedans le quatrième jour après Noël , et sur ce retournèrent en ladite ville de Rouen au mieux qu'il purent , en grand péril pour le danger des assiégeants ; et racontèrent à leurs gens ce qu'ils avoient besogné.
En outre, iceux assiégés de mal en pis étoient en grand' tristesse, et n'est nul qui sût raconter les grands misères et pauvretés que le menu peuple y souffrit de famine : car, comme il fut su véritablement, il mourut durant ledit siège, outre lenombre de cinquante mille personnes par ladite famine. Et mêmement les aucuns, quand ils véoient porter viandes par les rues, comme tout désespérés, y couroient pour la tollir. Et souvent en ce faisant souffraient qu'on les battît et navrât très cruellement ; car par l'espace de trois mois entiers ne furent vendus quelques vivres dedans icelle ville sur les marchés ; ainçois ( mais) les vendoit-oo à couvert. Et ce qui par avant le siège étoit vendu un denier du roi, on le vèndoit lors vingt, trente ou quarante deniers; et encore pour nulle finance n'en pouvoieqt recouvrer le pauvre peuple. Pourquoi , eomme dit est , y eut durant ledit siège dedans icelle ville moult de tribulations, lesquelles seraient trop longues à raconter. Et pou voit être, quand les ambassadeurs, dont dessus est faite mention , retournèrent devers le roi et le duc de Bourgogne , environ mi-décembre
Durant lesquelles tempêtes messire Jacques de Harcourt et le seigneur de Moreul assemblèrent
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deux mille combattants ou environ, lesquels ils menèrent à deux lieues près desdits Anglois et de leur siège . en intention de faire sur eux aucune détrousse ; et se mirent en embûche en deux lieux à l'avantage assez près l'un de l'autre pour voir letrs ennemis venir. Et après, ordonnèrent leurs coureurs bien six vingts hommes d'armes , lesquels allèrent férir en un village assez près du siège , où il y avoit aucuns Ânglois , qui tantôt par iceux furent morts et pris , sinon aucuns qui par bons chevaux se sauvèrent et fuirent à leur ost très fort criant à l'arme, disant qu'ils avoient vu les François en grand nombre.
Et adonc tout soudainement furent lesdils Anglois tout émus et mis en armes ; et incontinent le roi d'Angleterre commanda au seigneur de Cornouaille, qu'il montât à cheval atout (avec) six cents combattants, et allât savoir quels gens c'étaient. Lequel de Cornouaille , sans délai , atout (arec) les dessusdits , s'en alla très vigoureusement ,. menant avecque lui aucuns de ceux qui avoient apporté les nouvelles; et assez bref trouva lesdits François, lesquels, voyant lesdits Anglois en trop grand nombre pour eux , retournèrent tantôt en tirant très fort devers leur embûche, auxquels ils dirent U venue des dessusdits Anglois. Et ledit Cornouaille, par bonne ordonnance , chevaucha très vilement après eux ; et tant les approcha que tout pleinement pouvoient voir les uns les autres. Et lors, les François étant en embûche , comme dit est, senti*
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rent les aucuns en ordonnance pour aller vers leurs ennemis , et les autres, pour la plus grand' partie, tournèrent le dos et se mirent à la fuite Pourquoi lesdessusdits Anglois, ce voyant, de grand courage frappèrent en eux , et finablement les mirent à desroy à très petite perte de leurs gens , et à la grand* confusion desdits François : car ce jour furent que morts que pris bien douze vingts hommes d'armes. Entre lesquels y fut pris le dessusdit seigneur de Moreul, Butor , bâtard de Croy , et moult d'autres gentilshommes de noble état ; et ledit messire Jacques de Harcourt se sauva avecque les autres par bon cheval : pour laquelle victoire ledilCornouaille, atout (avec) ses prisonniers, s'en retourna audit siège moult joyeux.