‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 37 sur 107 · CHAPITRE CCXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXIII

Comment la reine de France, dame Catherine sa fille, et le duc de Bourgogne, convinrent avec le roi d'Angleterre; et de la paix d'entre le dauphin et le duc de Bourgogne.

Environ la mi-avril , les ambassadeurs du roid'Angleterre, qui naguère avoient été à Provins , retournèrent devers le roi de France et le duc de Bourgogne, en la ville deTroyes en Champagne. Auquel lieu fut tant traité entre les deux parties, qu'une trêve fut faite entre les deux rois certaine espace de temps , sur l'espérance de plus avant besogner en semble ; et fut assigné jour pour convenir les uns avec les autres , assez près de Meulan. Et après cette conclusion , lesdits ambassadeurs s'en retour-

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nèrent à Rouen, devers leur roi. Et bref ensuivant, le dessusdit roi de France, la reine et leur fille dame Catherine, et aussi leduc de Bourgogne, atout (avec) grand' puissance de gens d'armes, allèrent à Pontoise. Et euxlà venus , comme il a voit été ordonné par avant avec les dessusdits ambassadeurs, tirent préparer un grand parc , où se devoit tenir la convention ; lequel parc fut très bien clos de bonnes bailles (portes) , portant de bons ais hauts, appuyés de solives en aucuns côtés ; et si étoit environné de bons fossés , et enjoignoit d'un côté assez près delà rivière de Seine; et y avoit plusieurs entrées fermées à trois barrières. Et dedans furent tendus plusieurs tentes et pavillons pour reposer les seigneurs. Et après firent ordonner aucuns villages où se dévoient loger les gens et chevaux des dessusdits par ordonnance.

Et lors étoit venu le roi d'Angleterre de Rouen à Mantes; et quand la journée fut venue qu'icelleè parties dévoient assembler en conseil, pourtant quele roi de France étoit maldisposé de santé, se partirent de Pontoise la reine de France, dame Catherine sa fille, le duc de Bourgogne, et le comte de Saint-Pol, avec eux tout leur conseil , et bien millecombattants; et allèrent audit lieu ordonné d'em près Meulau;et descendirent en leurs tentes au-dessous du vparc. Et tôt après arriva le roi d'Angleterre, accompagné des ducs de Clarenceet de Glocestre, ses frères, el son conseil, el bien mille combattants; et descendit en sa lente comme avoient fait les autres.

Et après que par leurs messages eurent pris conclusion d'entrer en conseil , ladite reine adextrée du duc de Bourgogne, de dame Catherine, du comte de Saint-Pol , atout (avec ) leur conseil , et aucunes dames et damoiselles, entrèrent dedans ledit parc.

El pareillement le roi d'Angleterre, accompagné de ses deux frères et de son conseil, par une autre entrée vint dedans le parc ; auquel lieu , en lui inclinant révéremmenl, salua la reine , et puis la baisa , et ainsi fit à dame Catherine -

Et après , le duc de Bourgogne salua ledit roi en fléchissant un petit le genou, et en inclinant son chef, lequel roi le prit par la main , et le baisa en lui faisant grand honneur.

Et adonc , d'un consentement, entrèrent dedans la tente du conseil ; et menoit ledit roi la reine de France, étant au-dessus de lui. Dedans laquelle lente se tinrent très longuement ; et étoient leurs yens d'armes , chacun par ordonnance, selon les lices; et avec ce y avoit certaine garde dedans ledit parc , afin que nul n'y entrât s'il n'étoit à ce commis. Et après qu'ils eurent été au conseil grand espace , prenants congé l'un à l'autre moult honorablement et humblement, s'en retournèrent les uns à Pon toise et les autres à Mantes. Et le lendemain et bien trois semaines ensuivant retournèrent et convinrent par plusieurs journées , en pareil état qu'ils avoient été la première fois , sauf que la dessusdite Catherine de France, qui y avoitété menée,

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afin que ledit roi d'Angleterre la vît , lequel étoit moult désirant de l'avoir en mariage , et y avoit bien cause , car elle étoit moult belle dame de haut lieu et de gracieuse manière , n'y retourna pas depuis la première fois.

Et là, eux assemblés , sur espérance de faire aucun bon traité, furent plusieurs matières ouvertes; et souvent venoit Tune des parties plus puissamment accompagnée que l'autre ; et une autre fois celui qui étoit venu à plus grand* puissance venoit à moindre; et jà-soit-ce que les François et Ànglois là étant fussent toujours, comme dit est, durant ce , logés l'un au plus près de l'autre , oncques n'y eut rumeur ni débat entre lesdites parties, et vendoient l'un à l'autre plusieurs denrées. Tou* tefois ne purent lesdites parties en la fin rien concorder ni pacifier, pourtant que ledit roi d'Angleterre faisoit demandes extraordinaires, avec la fille du roi, comme autrefois avoit fait.

Et aussi, durant ledit parlement et pour icelui corrompre, le dauphin , et son conseil, envoya de* vers le duc de Bourgogne Tanneguy du Châtel, pour lui signifier qu'il étoit prêt de traiter avec lui, combien que par avant ledit duc de Bourgogne l'eût par plusieurs fois de ce fait requerre. Finablement , comme dit est , après que ledit parle* ment fut départi , et du tout mis à néant durant les trêves , les tentes furent ôtces , et le parc défait de l'accord des parties; et se retrahirent, les uns à Pontoise, et les autres à Mantes.

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Pour lequel parlement ainsi départi, le roi d'Anleterre fut très courroucé et déplaisant , pour ce [u*il ne pouvoit venir à son intention ; et prit pour ette cause le duc de Bourgogne en grand' indignation. Car il savoit bien que pour le présent îtoit le principal, par qui les besognes du roi é toien t onduiles. Et à la derraine journée qu'ils furent enemble , voyant que pas ne lui seroient accordées ►es demandes avecque la fille du roi de France , dit iu <ïuc de Bourgogne : « Beau cousin , nous voulons

> que vous sachiez que nous aurons la fille de

> votre roi , et tout ce qu'avons demandé avec elle,

> ou uousle débouterons, et vous aussi, hors de son ■> royaume. » Auxquelles paroles ledit duc répondit : « Sire , vous dites votre plaisir ; mais devant » qu'ayez débouté mooseigneur et nous hors de » son royaume, vous serez bien lassé ; et de ce ne » faisons nulle doute. »

Entre lesquelles paroles et plusieurs autres, lesquelles seroient troplongues à écrire, se départirent > prenant congé l'un à l'autre, et retournèrent , comme dit est , es lieux dont ils étoient partis.

Et brefs jour ensuivant, vint audit lieu dePontoise, messire Jean de Luxembourg , atout grand' compa rnie de gens d'armes , qu'il avoit assemblés es pays der Picardie, par l'ordonnance du duc de Bourgogne , pour le accompagner à aller devers Melun à l'encontre du duc de Touraine , dauphin ; car déjà les ambassadeurs des deux parties , c'est

à savoir du dauphin et du duc de Bourgogne,

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avoient tant traité ensemble que pour les faire convenir à certain jour en personne l'un avec l'autre ; et mêmeraent avoient élu lieu et place où ils se dévoient assembler. Et pour icelle besogne accomplir , vint ledit dauphin de Tours par Montargis à Melun , atout (avec) grand' puissance de gens d'armes. Et pareillement le duc de Bourgogne, accompagné du jeune comte de Saint-Poi , son neveu , messire Jean de Luxembourg , et de moalt d'autres seigneurs, avecque grand nombre de gens d'armes , se partit de Pontoise , et alla à Corbeilja dame cleGiac en sa compagnie, qui, en partie, avoit été traiteresse (médiatrice) d'icelie assemblée. Et le lendemain, qui fut le onzième jour de juillet , se mirent les dessusdits princes sur les champs, chacun atout sa puissance ; et encontrèrent l'un l'autre environ à une lieue près de Melun , emprès Pooillyle-Fort ; auquel lieu ils vinrent à deux traits d'aftcou environ, et firent arrêter leurs batailles, ei partirent hors d'icelles chacun atout (avec) dix hommes de leur partie , tels qu'ils les voudraient prendre; et allèrent au milieu desdites batailles l'un contre l'autre. Si descendirent à pied. Et lors le duo de Bourgogne, approchant le dauphin, s'inclina moult humblement par plusieurs Fois. Et ledit dauphin en ce faisant prit ledit duc par la main , qui é toit à genoux , et le baisa ; et puis il le voulut faire relever, mais il ne le voulut , et lui dit: « Monseigneur, » je sais bien comment je dois parler à vous. » Toutefois, en faisant les choses dessusdites , ledit

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dauphin leva icelui duc , et lui pardonna toutes ses offenses , si aucunes en avoit faites contre lui ; et avecque ce lui dit : « Beau-cousin , si au trailéfait » entre vous et nous , a aucune chose qui ne soit » à votre plaisir, nous, voulons que le corrigiez, et » désormais en avant voulons et voudrons ce que » voulez et voudrez: de ce ne soyez en doute. » Finablement , après plusieurs paroles , les deux princes dessusdits , et aucuns de leurs gens là étant , jurèrent la paix à entretenir perdurablement l'un avecque l'autre; pourquoi s'assemblèrent leurs gens tous ensemble criant Noël ! les aucuns montrant grands signes d'être joyeux et maudissant tous ceux qui jamais porteraient armes pour si damnable querelle. Et après qu'ils eurent été une espaceen cet état, montrants grands signes de liesse et d'amour l'un à l'autre , le dauphin monta à cheval , et le duc lui tint l'étrier , nonobstant que moult de fois lui priât que de ce il se déportât (dispensât). En outre le duc de Bourgogne monta à cheval, et tous les autres , chevauchant un petit ensemble , et puis prenant congé révéremment l'un à l'autre se départirent ; et s'en alla le duc deTouraine à Melun , et le duc de Bourgogne à Corbeil.

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