‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 38 sur 107 · CHAPITRE CCXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXIV

S'ensuit la copie des traites d'entre Charles , duc de Toaratae, dauphin , et le duc Jean de Bourgogne. «

« Charles , fils du roi de France , dauphin dé Vienne , duc de Berri et de Touraine , comte de Poitou , et Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre , d'Artois et de Bourgogne , palatin , seigneur de. Salmes et de Mali nés , à tous ceux qui ces pré J sentes lettres verront ou orront, salut.

» Comme pour l'occasion des grands divisions, qui depuis certain femps en ça ont régné en ce royaume, aucunes suspicions se soient engendrées en nos cœurs et de plusieurs nos officiers, vassaux et serviteurs , les uns contre les autres , pourquoi et pour aucunes imaginations , avons conclu d'en* tendre d'un commun accord aux grands faits et besognes de notre sire le roi et de son royaume , et résister aux damnables entreprises et efforcements des Ànglois nos anciens ennemis , qui, sous ombre et par le moyert desdites divisions , se soot enhardis d'eux bouter au milieu de ce royaume, et de fait ont conquête et occupent une grand' partie de la seigneurie du roi notre sire, et pour roient encore plus faire si les choses étoient en celle ou semblable disposition ; nous faisons savoir

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qu'attendant et considérant si grands maux et innumérables inconvénients, qui, pour le fait desdites divisions , si elles n'étoient apaisées , pourraient encore plus ensuivir , au très grand confondement et perdition de cette seigneurie \ qui redonderoit à un chacun de nous , à qui la chose plus touche qu'à nul autre, à très grand' charge et confusion, désirant , comme nous y sommes tenus , de à ce remédier et pourvoir de tout notre cœur et affection :

» Pourquoi, après aucuns traités sur ce eus, et pourparlers entre aucuns de nous d'une partie et d'autre, derechef aujourd'hui nous sommes assemblés, etd'un commun accord et consentement, pour l'honneur et révérence de Dieu principalement , et aussi pour Jeîrien de la paix, à qui chacun bon catholique est et doit être enclin , et à relever les pauvres peuples des dures et grands oppressions qu'à cette cause ont souffert, nous avons promis et juré , en la main de révérend père en Dieu , Alain , évêque de Léon, en Bretagne , envoyé à nous du saint siège apostolique, pour le fait de l'union et paix du royaume, sur la vraie croix et sain tesévangiles pour ce attouchés de nos mains , par la foi et serment de notre corps, fait l'un à l'autre sur notre part de paradis , en parole de prince et autrement , en outre que faire se peut, les choses qui s'ensuivent.

» Et premièrement nous , Jean , duc de Bourgogne, tant comme nous vivrons en ce monde, nous, après la personne du roi notredit seigneur , ho-

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norerons et servirons de tout notre cœur et notre pensée , plus que nuls autres , et aimerons la personne de notredit seigneur le dauphin ; et , comme à son état appartient , à lui obéirons ; et ne ferons ni souffrirons être fait à notre pouvoir aucune chose qui soit à son préjudice, et de tout notre pouvoir lui aiderons à garder et maintenir son état en toutes manières; et lui serons toujours vrais et loyaux parenls, procurerons son bien et honneur, et escheverons ( éviterons ) son mal et son dommage par toutes voies à nous possibles; et de ce nous Invertirons. Et s'il advenoit qu'aucun , de quelque état qu'il fût , lui voulsît faire guerre ou porter dommage , nous , en ce cas , le servirons et aiderons de toute notre puissance contre tous, comme pour noire propre fiait.

» Et pareillement , nous , Charles , dauphin dessusdit , si longuement qu'il plaira à Dieu nous donner vie au corps , à quelque état , domination et puissance qu'au temps à venir pourrions venir, toutes choses faites mises en oubli , de bonne foi nous aimerons notre très cher et très aimé cousin le duc de Bourgogne dessusdit , et en toutes ses affaires et besognes , le traiterous comme notre prochain et loyal parent , voudrons et procurerons son bien , honneur et profit , et eschèverons (éviterons) son mal , le garderons et maintiendrons en son état, et en toutes ses affaires et besognes le traiterons; et si aucun , de quelque état qu'il fût , le vouloit grever d'aucune chose , nous le soutiendrons et

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porterons , et aussitôt que de ce nous requerra , lui aiderons et défendrons de toute notre puissance conlre tous, qui vivre puisse ou mourir; et même si aucuns de notre sang et lignage , ou quelconques autres , par la raison d'aucunes choses au temps passé , en ce royaume ou ailleurs , vouloit demander ou faire de notredit cousin de Bourgogne , ou de ses pays et sujets , nous et toute notre puissance lui aiderons , soutiendrons et défendrons contre tous ceux qui le voudroient grever et dommager. « Item , nous , Charles , dauphin , et Jean , duc de Bourgogne , entendrons dorénavant par bonne union , chacun selon son état , à tous les grands affaires de ce royaume, sans vouloir entreprendre ou avoir envie l'un sur l'autre ; et si aucune relation nous étoit faite par aucuns de nos officiers , ou par autres , qui fût à la charge l'un de l'autre à engendrer aucune division nouvelle , nous de ce avertirons l'un l'autre en bonne foi , et ny ajouterons aucune foi ; et comme bon et loyal pa-i rent , et prochain de notre seigneur le roi et de la couronne de France , nous , principalement , sans aucune fiction , nous emploierons à débouter lesdits ennemis et autres, et à réparer la domination de ce royaume , et ne prendrons avec lesdits ennemis aucuns traités ou alliances , fors du bon plaisir et consentement l'un de l'autre; et, qui plus est , en toutes alliances que ferons dorénavant , nous comprendrons l'un l'autre en bonne foi; et si aucunes alliances ou traités avoient été faits devant la

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date de ces présentes , avec les dessusdits ennemis anciens ou avec autres, préjudiciables l'un à l'autre de nous , dorénavant voulons icelles être nulles.

» Et toutes ces choses dessusdites avons promis et promettons comme dit est , fermement et entièrement à tenir , sans jamais aller ou faire aller au contraire.

» Et si aucun de nous , de sa volonté ou autrement , enfreignît ou fît enfreindre ledit traité de cette présente alliance , que Dieu ne veuille ! nous voulons et nous plaît, et à un chacun de nous , que les gens , vassaux et serviteurs , présents et à venir, de celui qui enfreindra ladite paix , ne soient obligés après ladite infraction , d'icelui servir , maifr serviront l'autre desdites parties ; et en ce cas seront absous et quittes en tous serments de loyauté et autres , de toutes promesses et obligations de services ; et lesquels audit cas , dès maintenant comme adonc , nous de ce les tenons quittes et absous, sans ce qu'au temps à venir on leur puisse imputer à charge ou reproche , ni aucune chose demander.

» Et en plus grande sûreté et confirmation , à ce que n'ayons aucune imagination sur les servi* teurs et officiers l'un de l'autre , nous avons voulu et ordonné que nos principaux serviteurs et officiers jurent ; et de fait en notre présence , es mains dudit évêque de Léon , jureront tenir les choses dessusdites de par eux , et en tant qu'il leur pourra toucher , et espécialement que de tout leur pouvoir

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ils nous entretiendront en bonne et vraie amour , l'un avec l'autre, et ne feront. aucune chose ni procureront , qui de ce nous doive empêcher ;mais si aucun empêchement apercevoient , de ce ils nous avertiront et de toutes les choses dessusdites et ils feront leur devoir , et bailleront sur ce leur scel.

» Et mêmement , ont juré sur les saintes évangiles, de par nous, dauphin , nos amés et loyaux serviteurs , sire Jacques de Bourbon , seigneur de Cuvroi ; maître Robert le Maçon , notre chancelier; le vicomte de Narbonne et les seigneurs de Barbasan , d'Espagnon , du Bocage , de Montenay et de Gamache ; sire Tanneguy du Châtel , sire Jean Louvet , président de Provence ; Guillaume de Margouin , Hues de JVoyers , Jean du Mes ni 1 , Pierre Fratier , Guichard de Bourdon et Collart de la Vigne.

» Et de par nous , duc de Bourgogne , nos très chers et amés le comte de Saint-Pol , sire Jean, de Luxembourg , sire Archambault de Foix , le seir gneur de Noailles, le seigneur d'Autre , sire- Thibault du Neuf-Châtel , le seigneur de Montagu , sire Jean de la Tremouille , Guillaume de Vienne, sire Pierre de Bauffirenioat , grand prieur de France; sire Gautlier deRuppes, sire Charles de Lens, Jean, seigneur de Cotebrune , maréchal de Bourgogne ; Jean , seigneur de Thoulongeon;RegnierPot, Pierre, seigneur de Giac ; Antoine de Thoulongeon , GuiK laume de Champ-Divers , Philippe de Jossequin et Nicole Raulin.

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» Et en outre , pour plus grand' sûreté des choses dessusdiles , voulons et consentons que les seigneurs du sang et lignage denotredit seigneur, pareillement jurent de tenir et garder cette présente amitié , concorde et union ainsi faite entre nous, et finabletnent, les gens d'église, les nobles et les bonnes villes de nos pays et seigneuries , et de notre sire le roi.

» Et avec ce , nous, et chacun de nous , pour observer les choses dessusdites et chacune d'icelles, nous sou mettons à la correction de notre mère la sainte église et de notre saint père le pape , ou de leurs commis et députés ; par lesquels voulons et consentons être contraints , et chacun de nous , par voie de solennelle excommunication , d'aggravances et réaggravances , d'interdits en notre pays et terres, par la sentence et jugement de l'église, plus en outre que faire se pourra.

» En témoin de toutes les choses dessusdites, nous et chacun de nous avons écrit à ces présentes notre nom , et de nos propres mains , et avons fait mettre nos sceaux à ce.

» Donné au lieu de notre assemblée et congrégation sur le Ponceau , qui esta une lieue de Melun, assez près de Pouilly-le-Fort, le mardi onzième jour de juillet , l'an de grâce rail quatre cent dix- neuf. »

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