‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 4 sur 107 · AS · texte numérisé non relu

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mis du roi et devers lui et son royaume ; et pour ce répond ledit duc de Bourgogne, pour soi et pour tous ceux de sa compagnie tout absolument: qu'il n'en fera départir ses gens , mais poursuivra toujours , comme par la teneur de ses lettres il a promis.

» Item, et en tant qu'il touche que ledit messire Aubert de Chauny démontra que le duc de Bourgogne fait déshonneur grand et grand blâme et reproche qui sera pour lui et sa génération s'il persévère, en tenant les manières qu'il a commencées , et qu'il ne fasse pas telle vilenie à son bon père , qui tant fut vaillant et loyal , et qui en sa mort expressément lui commanda toujours obéir au roi et à ses commandements ; répond le duc de Bourgogne : que son père, de bonne mémoire, à qui Dieu pardoint, fut toujours, comme dit est, bon et loyal devers le roi. Et pource qu'il véoit et connoissoit les iniquités des mauvais régner en la cour de France au temps de son trépas , il commanda à son fils loyaument servir au roi et à la couronne de France, sans épargner son corps ni sa chevance: dont le duc de Bourgogne a pris ces bonnes manières tendant, à la réparation et à la bon ne réformation de ce royaume, et à la conservation d'icelui; et n'a pas ce fait soudainement, mais toujours par très grand' et mûre délibération de conseil ; et s'il s'en départait, il en seroit blâmé et reproché à sa grand' charge et de ceux qui de lui istront , et pour ce il ne s'en départira pas.

» Item , et en tant qu'il touche que messire Aubert remontrera pareillement les choses devant dites, et tous les seigneurs, barons, chevaliers, écuyers , et autres notables gens , étant en la compagnie dudit duc de Bourgogne ; répond ledit duc : que toujours les manières qu'il a tenues et entend à tenir, il a fait et fera au plaisir de Dieu , par le conseil de ses barons , chevaliers et écuyers , et autres gens notables ; et pour ce il octroie pleinement que tout leur soit remontré; car de tant qu'on leur parlera plus desdites besognes , de tant plus verront-ils et connoîtront les iniquités de ceux qui détournent la paix , et la bonne intention dudit duc.

» Item, et eh tant qu'il touche que le roi a commandé audit messire Âubert , qu'il fasse au duc de Bourgogne et à tous ceux de sa compagnie, le plus doucement et gracieusement que il pourra , les commandement^ et défenses contenues , et déclarées es lettres patentes sur ce baillées , et chargées, de par le roi, à messire Aubert; répond ledit duc : ayant en mémoire que pas ne lui faut faire telles défenses , et qu'il sait bien que ces choses ne viennent pas de la certaine volonté du roi , et que le roi l'aime et lui veut du bien , et le désire , et demande souvent de sa venue; mais ces faiii traîtres couvertement font ces instructions et défenses ; et aussi vu que les ennemis de ce royaume y sont naguères descendus , il n'est pas maintenant heure d'obéirà telles défenses: mais aincois tous les

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hommes loyaux se doivent employer à la défension de ce royaume. Et supposé que les ennemis jà n'y descendissent , si ne voudroit pas souffrir le duc de Bourgogne, que les faux traîtres demeurassent en telle gouverne.

» Item y et en tant qu'il touche que si le duc de Bourgogne et au 1res de sa compagnie disoient que ceux qui gouvernent le roi leur ont fait, et font de jour en jour maints grands duretés et choses qu'il «epourroient souffrir, et au très choses, si n'étoit-cé pas chose raisonnable ni suffisante pour ainsi dé* truire le royaume , ni par quoi ledit duc eût dû favoriser ou donner confort ou aucune aide aux Anglois; répondledit duc de Bourgogne : que ce qui est ci-dessus dit , et moult d'autres choses innumérables qui seroient moult longues à réciter, e&t tout notoire que les gouverneurs, c'est à savoir, messire Henri de Marie , l'évéque de Paria , messire Tanneguy du Châtel, messire Burel de Dampmartin , maître Etienne de Mauregard , maître Philippe de Corbie , et plusieurs autres , ont été principaux promoteurs et conduiseurs desdites iniquités , à la perturbation de paix qui est en ce royaume , et d'autres grands excès et crimes , qui ci-après seront déclarés. Et pour tant ledit duc de Bourgogne s'est mis en armes , non pas ponr dé* truire le royaume ou pour favoriser les Anglois , mais il est en armes pour enchâsser et débouter lesdits gouverneurs de toute leur gouverne , et d'être entour le roi ; et ne cessera, tant qu'il aura la

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vie au corps , jusques à tant qu'il sera parvenu à 9a bonne intention ; car ils ne sont pas tels hommes , qu'ils doivent avoir telle autorité ; ni pas ne leur est dû pour lignage, science, loyauté, expérience, ou antre bonté ; mais est une grande ordure et dérision > que par gens de si petit fait et condition , la puissance des Ànglois soit déboutée et enchâssée. Et à ce doivent bien avoir regard les seigneurs et les nobles de ce royaume , et tous autres prud'hommes de souffrir telle bêterie et ordure , de se laisser ainsi détruire , suppéditer et déshonorer par tels gens, qui rien ne savent , et qui rien ne peuvent ni ne valent; car chacun communément voit qu'ils n'ont de puissance , d'autorité et de seigneurie, fors ce qu'ils entreprennent de faire, et que ils se donnentde gloire; et ilsconduisent et ont conduit les choses dessusdites par grands cruautés, tyrannies et inhumanités; lesquelles ils ont toujours faites et font de jour en jour aux bons, vrais et loyaux sujets du roi , sous ombre de faire et main^ tenir justice.

» Item, en tant qu'il touche que le roi, à la requête du comte de Hainaut, à qui Dieu pardoint ! a autrefois octroyé , pour le bien dé paix, au duc de Bourgogne et à tous ceux qui l'on servi , moult de grosses choses, et qui bien lui doivent plaire '\ mais que le duc ne voulut pas excepter , et n'en fit compte ; répond le duc: que pour le bien de paix et union de cç royaume, qu'il* toujours désiré et désire de tout son cœur , il se transporta devers

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monseigneur le dauphin derrain trépassé et monseigneur de Hainaut , auxquels Dieu fasse bonne merci! et après moult de paroles dites sur le faïlde la paix , le duc de Bourgogne leur bailla une cédule contenant la volonté finale qu'il avoit suricelle paix , en l'offrant a tous qui la voudraient avecqne lui , excepté le roi Louis , naguère mort , pour aucuns intérêts qu'il avoit contre lui , dont le dauphin et le comte de Hainaut furent moult bien contents ; lesquels, pourla perfection de cette matière de paix , se transportèrent à Compiégne. Et combien qu'en telles choses on doit procéder le plus hâtivement et diligente ment qu'on peut, afin de faire cesser tout inconvénient de guerre; néanmoins les traîtres d'entour le roi, qui manient les besognes par allées , venues et voies frauduleuses , furent par espace de trois mois on environ sans de ce prendre aucune conclusion. Toutefois, il est bien vrai que finablement le comte de Hainaut alla à Paris,, et moyennant la reine, procura devers lés traîtres, sur ladite besogne , certainappointement dont assez étoit content; maisainçois (avant) que l'appointement fût entièrement passé , il s'aperçut secrètement et occultementqu'ondevoît prendre lui et la reine et les emprisonner , afin qu'après ils fissentdu dauphin leur volonté : pour quoi tecomte de Hainaut prit un hâtif conseil de partir couvertement de Paris, et retourna à Compiégne, auquel lieu , assez tôt après sa venue , le dauphin trépassa par fausset et damnable manière. Laquelle chose

le duc de Bourgogne déclara par ses lettres dessusdites. Après le décès duquel, le comte de Hainaut se transporta en son pays de Hainaut , auquel lieu lui fut adressé la réponse de ladite paix', dont il fut très mal content , disant qu'après le décès du dauphin les traîtres ont changé et mué ce qui parafant a voit été octroyé et passé ; et envoya icelle réponse au duc de Bourgogne. Laquelle réponse vue, par le duc Jean, à très grande et mûrejdélibération de conseil , il trouva qu'elle éloit moult mal gracieuse au regard du bien du roi et de son royaume, et du duc de Bourgogne. Et pour ce le duc ne fut pas bier> content , et n'en fit compte : mais fut mû de faire et d'envoyer en plusieurs lieux de ce royaume les* dites lettres -païen tes, contenant la désolation du royaume et sa bonne volonté et intention. Lesquelles lettres présenta en sa personne au comte de Hainaut, icelui comte étant malade , de laquelle maladie il mourut. Lequel en son bon sens et entende-» ment ouït la lecture des lettres et les reçut agréablement pour faire publier en son pays, et dit que le duc de Bourgogne fais oit bien , car les traîtres d'entour le roi étoient pires que nul nepourroit dire ni imaginer, en offrant au duc de Bourgogne son service de corps et de gens , si Dieu lui donnoit grâce de relever de sa maladie. Et si son corps* pour l'enfirmeté , demeuroit empêché , il lui offrit ses sujets, amis et bienveillants, et sa finance. Et lors jura un très grand serment, que s'il ne se fût l'autre jour hâtivement parti de Paris, que lestraî-

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très a voient conclu de prendre la reine et luimême , comme tantôt bien notoirement apparut en tant qu'il touche la reine ; car ils prirent et empoignèrent et emportèrent tous ses biens au déshonneur du roi, d'elle et de toute leur génération. Il est vrai aussi que quand le duc de Bourgogne étoit à Lagn y , le duc de Bretagne fut en grand péril à Paris ; et convint qu'il s'en partit , pource qu'il procuroit la paix du royaume. En outre , dit le comte de Hainaut, en jurant comme dessus; que certainement il tenoit que si les An gl ois étoientà un lez (côté) des portes de Paris, et le d uc de Bourgogne fûlà l'au tre lez à une des portes, ils lairroient ai n cois (plutôt) entrer les Anglois ens (dedans) que le duc de Bourgogne. Et toutes les choses dessusdites dit le comte de Hainaut en la présence de madame de Hainaut , monseigneurde Charrolois , monseigneur de Saint-Pol, le trésorier de Hainaut, Jean Bâtard, maître Eustachede Lactre, monseigneur de Champ- Divers et plusieurs autres.

» Aussi , il y a bien apparu qu'ils n'ont nulle volonté de bien faire ; car nouvellement ils ont fait ardoir les lettres-patentes du duc de Bourgogne, en le palais à Paris ; par lesquelles le duc de Boui> gogne offroit paix à tous ceux qui , avec ltii , la youloient avoir, comme ci-dessus est touché ; laquelle chose leur fut et est une pauvre vengeance et grand' foiblesse de cœur d'eux cuider venger (Tardoir un peu de parchemin.

» Item et finablement , afin que chacun sache la

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volonté el intention du duc de Bourgogne , il fait savoir à tous , et signifie qu'il persévérera en son bon propos , et ne le délaissera jusques à ce qu'il aura eu grand conseil avec le roi , et lui aura fait démontrer au long les iniquités, tyrannies , cruautés et inhumanités ci-dessus déclarées , la désola* tioo du royaume et les manières qu'il convient tenir pour Ja réparation d'icelles , tellement et tant que le roi et tous les bons loyaux prud'hommes de son royaume en devront être contents. Et combien que le duc de Bourgogne , par ses lettres -patentes , ait offert paix à tous , comme dit est , et que ceux d'entour le roi ne l'aient pas reçu à ce, mai$ aient persévéré en leur rigueur, néanmoins le duc de Bourgogne veuillant , en cette partie, laisser toute rigueur et vengeance , pour le bien du royaume , qui tant a besoin de paix , de confort et d'aide , il est prêt et appareillé de vouloir paix i tous , selon la teneur de ces lettres. »

Après qu'à tous les articles dessusdits.au duc de Bourgogne, de par le roi, par le seigneur deChaunj , comme dit est , icelui duc eut répondu de sa personne et fait répondre par son conseil , selon la tepeur de chacun article , comme dessus est écrit , ledit seigneur de Chauny, prenant congé audit duc de Bourgogne, s'en retourna à Paris devers le roi , portant par écrit les dessusdites réponses.

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