‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 54 sur 107 · CHAPITRE CCXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXX

Comment messire Jean de Luxembourg alla courre atout ( avec ) sa puissance devant Alibaudiéres , et ce qu'il en advint.

Après les besognes dessusdites, environ dix jours devant Pâques , fut envoyé messire Jean de Luxembourg, avec lui cinq cents combattants, pour aviser une forteresse à six lieues de Troyes, vers Vermandois, nommée Alibaudiéres, dedans laquelle étQient aucuns Dauphinois, qui très fort dommageoient le pays de Champagne. Et quand ledit de Luxembourg fut venu assez près d'icelle, laissa la plus

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grand' partie de ses gens en embûche , et alla avec aucuns autres courre devant la barrière. A rencontre duquel saillirent très âprement, toutà pied, ceux de ladite forteresse , et commencèrent roidement à traire , lancer et combattre ceux de ladite forteresse contre leurs adversaires. En laquelle besogne ledit de Luxembourg chut jus de son cheval , par la cause de ce que sa selle se partit; mais tantôt fut relevé par ses gens. Et incontinent , de grand courage, et tout ému d'ire, alla, sa lance en sa main, de pied, combattre très vaillamment iceux Dauphinois. Et de fait , jà-soit-ce que de présent eût moins de gens qu'eux , leur fit clorre leur boulevert , et se retrahirent (retirèrent ) en grand desroy (désordre). Et présentement manda ses gens qui étoient en l'embûche dessusdite ; et fit hâtivement assaillir ledit boulevert , qui en conclusion fut pris par ledit assaut et mis en feu ; mais à ce faire y eut plusieurs hommes blessés. Et après, ledit messire Jean de Luxembourg s'en retourna à Troyes devers le duc Philippe de Bourgogne ; auquel lieu on faisoit pour le temps grands préparations pour recevoir le roi Henri d'Angleterre , qui dedans bref temps devoit venir pour solenniser et faire la fête de son mariage.

Entretemps, le duc de Touraine , dauphin , et ceux de son conseil , qui étoient à Bourges en Berri, ouïrent certaines nouvelles des alliances qui se faisoient contre loi. Si fut pour ce en grand souci comment il pourroit résister aux entreprises et

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efforcémentsdes deux parties dessusdites, c'est s savoir du roi d'Angleterre et du duc de Bourgogne , sachant que par le moyen de la dessusdite alliance, il étoit en péril de perdre sa seigneurie , et l'attente qu'il avoit à la couronne de France. Néanmoins il eut conseil de pourvoir à son fait , et lui défendre au mieux qu'il pourroit. Si fit garnir de ses gens plusieurs villes qui étoient sur les frontières de ses adversaires , et y constitua capitaines des plus féables de son parti. Entre lesquels mit à Melnn le seigneur de Barbasan, grandement accompagné; à Montereau le sire de Guitry ; messire Robert de Loire à Montargis; le bâtard de Vauru et Pierron de Lupel à Meaux en Brie, le seigneur de Gamache à Compiégne, et en plusieurs autres lieux en fit pareillement. Et avec ce ,se pourvut de très grand nombre de gens d'armes pour être toujours au près de sa personne , en attendant les aventures qui de jour en jour lui pouvoient survenir.

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