‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 55 sur 107 · CHAPITRE CCXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXI

Comment le comte de Conversait, messire Jean de Luxembourg, son frère ;le seigneur de Croy,et autres capitaines, mirent le siège devant Alibaudières , et ce qu'il en advint.

Au commencement de cet an , envoya le duc de Bourgogne , Pierre de Luxembourg , comte de Gonversan et deBriauté ; messire Jean de Luxembourg, son frère , et plusieurs de ses capitaines , comme le maréchal Âe l'Ile Adam , le vidame d'Amiens , Antoine , seigneur de Croy ; Hector de Saveuse, messire Mauroy deSainl-Léger, le bâtard deThien , etaucuns autres en grand nombre, mettre le siège devant le châtel d' Alibaudières , dont par avant est faite mention. Lesquels dudit châtel a voient refortifié très bien leur boulevert, qui autrefois par ledit messire Jean de Luxembourg et ses gens avoit été pris et mis en feu ; et tant en ladite fortification avoient continué , qu'il étoit plus défensable que jamais n'avoit été. Mais néanmoins ledit de Luxembourg venu devant ladite forteresse, sans y faire long séjour, fit armer et habiller grand* partie de ses gens , lesquels , atout (avec) échelles et autres habillements de guerre, il mena pour assaillir ledit boulevert , le cuidant ( croyant) prendre ,

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comme autrefois avoil fait. Et là très âprement et par longue espace fut ledit assaut continué , tant que les deux parties combat toienl l'un contre l'autre très vaillamment; et étoient contre icelui dres» sées aucunes échelles , sur lesquelles combattirent par grand espace et vigueur Hector de Saveuse , Henri de Chauffeur, et aucuns autres experts en armes. Lequel Henri de Chauftour, très renommé en armes , étant sur une desdites échelles , armé de plein harnois, fut féru d'un fer de lance au vide de son harnois de jambes , parmi son jarret; duquel coup il mourut dedans brefs jours ensuivant. Et là les défendeurs combattoient par merveilleuse vertu en défendant leur garde.

Durant lequel assaut, messireJean de Luxembourg, qui étoit au plus près dudit boulevert, avoit levé sa visière de son bassinet , et regardoit la contenance des dessusdits défendeurs par entre deux chênes : mais l'und'iceux défenseurs ce percevant, le férit assez près de l'œil, d'une lance ferrée ou non ferrée K ne sais pas bien lequel ; duquel coup il fut très durement navré, et en perdit finablement la vue d'icelui œil. Et lors aucuns de ses gens le ramenèren (dedans sa tente pour lui reposer;et assez tôt après son étendard, qui avoitété porté audit assaut, fut pris par le bout et coupé au plus près de la lance où il tenoit ; dont ledit de Luxembourg , en poursuivant de courroux en autre, fut très iré. Pour lesquels inconvénients , et aussi pour la grand' résistance des défendeurs cessa pour cette fois ledit

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assaut, mais ce ne fut pas qu'il n'y eût plusieurs des assaillants morts et navrés.

En outre , le comte de Conversan et les autres capitaines se logèrent tout à i'environ de ladite forteresse. Et furent assises contre la porte , tours et murailles d'icelle plusieurs grosses bombardes, pour içelui châtel confondre et abbattre. Et ledit messire Jean de Luxembourg, pour la grand 9 douleur de sa blessure à soulager, fut ramené à Troyes en Champagne , où il fut soigneusement visité par notables médecins.

Son frère , le comte de Conversan dessusdit , demeure principal conducteur d'icelui siège, et là, par les engins dessusdits, fit tant continuer jqu'icelle forteresse fut fort dommagée , et la porte çt aucunes tours abattues jusques à moi tiéou environ. Pourquoi les assiégés commencèrent à eux ébahir, et requirent d'avoir parlement avec ledit comte, lequel leur fut accordé. Mais , pour cette première fois, ne purent être d'accord; par quoi, incontinent que ceux qui étoient issus pour traiter furent rentrés , les assiégeants , sans commandement de leur capitaine, en plusieurs lieux commencèrent à eux armer , et vigoureusement et de grand courage, atout ( avec ) échelles , allèrent podr assaillir ladite forteresse. Et , de pleine ver^je, entrèrent* dedans deux tours bien soixante hoiomes d'armes , mais bonnement ne pouvoient passer plus avant, pour la fortification qu'iceux assiégés avoient faite. Toutesfois ledit assaut dura moult terrible, péril-

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leux et dangereux par l'espace de cinq heures ou environ : et y eut, tant desdits assaillants comme desdits défendants , plusieurs morts et navrés. Et , pour mettre fin , ceux qui étoient entrés dedans lesdites tours furent chassés et boutés dehors par la force et défense d'iceux défendeurs. Et même tirèrent dedans une trompette qui étoit armé en état d'hommes d'armes.

Et le lendemain , iceux assiégés , doutant d'avoir nouvel assaut , requirent d'avoir traité. Et , en conclusion, furent d'accord, par condition qu'ils s'en iroient, sauve leur vie tant seulement, excepté aucuns qui emmenèrent chacun un petit cheval , et s'en allèrent en tel état à Mojmers. Et la forteresse dessusdile fut du tout démolie, arse et abbattue , et les biens furent pillés par renforcement des gens d'armes assiégeants; et en prit chacun qui plus tôt y pût advenir , en rompant les ordonnances des capitaines; lesquels bref après s'en retournèrent à Troyes » et es villages à ('environ.

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