CHAPITRE CCXXXVI
Comment le siège fut mis tout à Penviron de Melun ; la prise du comte de Conversan, et le partement du jeune roi de Sicile pour aller à Rome.
Or , faut revenir à parler des rois de France et d'Angleterre, et du duc de Bourgogne, lesquels, après qu'ils eurent conquis Montereau, comme vous avez ouï , se partirent de là pour venir devers Melun , que tenoient les gens du dauphin. Laquelle ville , par ledit duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre , fut assiégée en grand' puissance , et environnée tout autour. Et ledit roi de France , avec les deux reines dessusdites y allèrent tenir leur état à Corbeil ; et futicelui roi Henri, avec lui ses frères le rouge duc de Bavière , son serourge(beau-frère) , et ses autres princes, logé au côté vers Gâtinois; et le duc Philippe de Bourgogne, atout (avec) ses gens, et le comte de Hautiton , (Hunlingdon) avec aucuns autres capitaines anglois, furent logés à l'autre côté vers la Brie. Si mirent iceux assiégeants loute leur intention et volonté d'approcher et combattre leurs adversaires; et, pour les adommager, firent en plusieurs lieux asseoir leurs engins volants , bombardes, canons et autres instruments ,
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et habillements de guerre , pour dérompre , confondre et abattre les murs de la ville.
Dedans laquelle étoit principal capitaine le seigneur de Barbasan , noble vassal, expert, subtil et renommé en armes ; et avec lui le seigneur de Préaux , c'est à savoir messire Pierre de Bourbon , et un nommé Bourgeois , qui avoient en leur compagnie de six à sept cents combattants; lesquels, par grand' vigueur, montrèrent à leurs ennemis semblant de grand' hardiesse, en eux défendant vaillamment contre les entreprises et approchements desdits assiégeants. Toutefois, nonobstant les défenses dessusdites, furent en plusieurs lieux autour de leur ville approchés jusques à leurs fossés, tant par mines, taudis ', bouleverts, comme par autres habillements de guerre ; et tant fut par lesdits assiégeants continué, que les murs de la ville furent fort dommages en plusieurs lieux.
Et d'autre part, du côté où étoit ledit duc de Bourgogne, fut par soudain assaut pris un très fort boulevert , que avoient fait lesdits assiégés dehors leurs fossés ; par lequel ils travailloient fort ceux du siège. Et depuis la prise dessusdile fut icelui fortifié par ledit duc de Bourgogne, et tenu durant ledit siège , en faisant guet de nuit et de jour.
En outre , fut fait un pont par-dessus la rivière de Seine sur bateaux , par lequel les deux osls pou-
i. Mauvaises maisons.
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voientaller l'un avec l'autre pleinement; etavecce , fit le roi d'Angleterre clorre son ost tout autour de bons fossés et de pieux attachés sus , afin que de ses ennemis point ne fût surpris, délaissant en aucuns lieux nécessaires entrées, lesquelles se fermoient à bonnes barrières, et y faisoil-on guet de nuit et de jour. Et pareillement fut fait au côté où étoit logé le duc de Bourgogne et les autres Anglois. Et en tel état dura ledit siège l'espace de dixhuit semaines , durant lequel furent faites aucunes escarmouches et saillies par les assiégés , et non pas grandement. Toutefois en icelles furent tués par trait un très vaillant capitaine anglois , nommé messire Philippe Lis, et un notable gentilhomme du pays de Bourgogne, nommé messire Everard de Vienne, avec plusieurs autres. Et comme lesdits assiégeants entendissent curieusement à grever nuit et jour, et subjuguer leurs ennemis, en cas pareil les assiégés se défendoient par grand' vigueur , et tantôt que leurs murs étoient dérompus par lesengins de leursadversaires, les refortifioient de queues pleines de terre et de bois, et d'autres besognes à ce compétentes.
En après, du côté du roi d'Angleterre fut faite une mine au-dessous de la ville, laquelle fut percée jusques assez près des murs ; mais les assiégés se doutant, contreminèrent à l'opposite d'icelle; et firent si bonne diligence, qu'elle fut effondrée, et y eut des deux partis grands poussis de lances. Et adonc , du côté des Anglois, fut faite une bar-
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rière dedans ladite mine , en laquelle combattaient ensemble contre deux Dauphinois le roi d'Angleterre et Je duc de Bourgogne , en poussant de lances l'un contre l'autre; et depuis, en continuant, allèrent plusieurs chevaliers et éçuyers combattre à ladite mine. Desquels y furent faits chevaliers de l'hôtel dudit duc de Bourgogne, Jean de Homes, seigneur de Baussignies ; Robert de Aiamines , et aucuns autres.
Et entre temps, le dessusdit roi d'Angleterre s'en alloitdefoisàaulreàCorbeil,voir sa femme la reine, avec laquelle étoit la duchesse de Clarence , et autres nobles (lames du pays d'Angleterre. Et après certaine espace, que ledit siège de Melon fut refermé, commeditest, y fut amené le roi de France, afin que plus sûrement on pût sommer lesdits assiégés , qu'ils rendissent la ville de Melun au roi de France, leur naturel et vrai seigneur ; mais à ce firent réponse, que à son état privé lui feroient ouverture très volontiers, sans en rien contredire, disant qu'an roi anglois, ancien ennemi mortel de France, point n'obéiroient. Néanmoins le dessusdit roi de France fut grand espace audit siège logé en ses lenles , sous le gouvernement de son beaufils le roi Henri d'Angleterre, non pas en tel état le compagnie et habillements que autrefois avoit été vu; car , au regard du temps passé, étoit peu de chose de le voir à présent.
Et en ce même siège, fil ledit roi amener sa femme la reine , grandement accompagnée de
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dames et de damoiselles ; el y séjournèrent environ un mois , étant logés en une maison qu'avoit fait faire ledit roi d'Angleterre, toute propice emprès ses tentes , qui étaient loin de la ville , afin que des canons ne pussent être travaillées. Et là, devant la tente dudit roi, de nuit sonnoient moult mélodieusement par l'espace d'une heure ou environ, à jour fai liant et au point du jour, huit ou dix clairons d'Angleterre , et autres divers instruments. Et pour vrai, icelui roi d'Angleterre était alors plus grandement accompagné à icelui siège; qu'il n'avoitété en nul autre durant son règne, et avec ce de sa personne, faisoit merveilleuse diligence pour achever son entreprise.
Et entre temps que ces besognes se faisoient, Pierre de Luxembourg , comte de Conversan , retournant dudit siège de Melun, pour aller en sa comté de Brien ne, accompagné de soixante hommes ou environ, fut rencontré des Dauphinois, qui se tenoienlà Meaux en Brie , c'est à savoir Pierron de Luppel el aucuns autres; lesquels, pource qu'ils étaient en tropgrand nombre au regarddelui, l'emmenèrent, avecque toute sa gent, audit lieu de Meaux , où il fut longue espace , jûsques à tant que le roi d'Angleterre l'assiégea, comme vous orrez ci-après.
En après , en ces propres jours , la reine de Sicile , veuve du roi Louis de bonne mémoire, donna congé à Louis , son fils aîné , non pas sans soupirer de cœur, d'aller à Rome, afin que de la main de notre saint Père le pape il fût couronné à roi. Et le bailla
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aux Florentins et aux Genevois sur leur loyauté; lesquels étoient entrés, atout ( avec ) quinze galées d'armes , au port de Marseille , qui est de la terre de ladite reine. Mais elle retint devers elle en otage, pour son fils, huit des plus nobles barons du royaume de Naples , et de ses pays environs , qui l'étoient venu quérir de par les cités et bonnes villes, et les plus grands seigneurs dudit royaume. Et ce firent par la haine qu'ils avoienl à leur reine, femme de messire Jacques de Bourbon , comte de La Marche : laquelle tenoit sondit mari en prison pour discord qu'elle avoit à lui et à ses gouverneurs; et ainsi ledit Louis , nageant par mer et galées dessusdites , entra à Rome ; et reçut solennellement sondit royaume par la main de notre saint père le pape , jà-soit-ce que pour lors ne fut pas couronné. Et fut, de ce jour en avant, nommé roi Louis, comme avoit été paravant son feu père.