‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 63 sur 107 · CHAPITRE CCXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXVI

Comment plusieurs forteresses environ Paris furent mises en la main du roi Henri , où il mit capitaines ; et les mandements royaux qui furent envoyés à sa requête.

Durant ledit siège dé Melun , furent mises en la main du roi d'Angleterre, par le commandement du roi de France , et par le consentement du duc

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de Bourgogne et des Parisiens, les forteresses ciaprès déclarées; c'est à savoir la bastille Saint-Antoine, le Louvre, la maison de Nesle et le bois de Vincennes. Pour lesquels fut envoyé dudit roi d'Angleterre son frère , le duc de Clarence , lequel fat constitué capitaine de Paris. Et avec ce mit es forteresses dessusdites garnison d'Anglois , en déboutant hors tons les François, qui paravant les avoient eu en garde. Et fut aussi ôté de ladite capitainerie de Paris , le comte de Saint -Pol , qui tantôt, de par le roi de France , fut envoyé comme ambassadeur d'icelui roi es marches de Picardie, accompagné de maître Pierre de Marigny et aucuns autres , pour recevoir les serments des trois états et bonnes villes d'icelui pays, afin que la paix naguères faite entre les deux rois vonlsissent du tout entretenir et observer; et que , dorénavant, obéissent libéralement au roi d'Angleterre, comme régent et héritier de France; et que , desdits serments , les ambassadeurs prissent lettres scellées et signées des dessusdits trois états et bonnes villes. Desquelles lettres et pouvoir d'iceux ambassadeurs à eux donné , de par le roi , la copie s'ensuit : » Charles , par la grâce de Dieu , roi de France , à nos très chers et aimés cousins le comte de Saint-Pol , l'évêque de Thérouenne et Jean de Luxembourg , et à nos très chers et bienaimésl'évêque d'Arras , le vidame d'Amiens , le seigneur de la Viefville, les gouverneurs d'Arras et de Lille, maître Pierre de Marigny , notre avocat en parle-

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ment , et maître Georges d'Ostende , notre secrétaire , salut et dilection.

» Comme naguères avons fait paix finale et perpétuelle pour le très grand bien et évident profit de nous et de la chose publique de notre royaume, et par l'avis et mûre délibération de notre très chère compagne la reine et de noire très cher et très aimé fils le duc Philippe de Bourgogne , des prélats et autres gens d'église , des nobles et communautés dudit royaume, entre notre très cherfils le roi Henri d'Angleterre, régent et héritier de France , pour nous et pour lui , et pour les royaume*? de France et d'Angleterre; et icelle paix, nous , notreditc compagne , noire fils de Bourgogne , les nobles, barons et communautés dessusdits , avons juré solennellement : et en outre avons conclu et ordonné que tous les prélats , gens d'église , barons et les communautés de notredit royaume, qui ne l'ont juré, le jureront semblablement. Et pourtant , nous confiant de vos loyautés , grand' prudence et bonne diligence , et de chacun de vous , vous mandons et commandons , en commettant par ces présentes que vous vous transportiez en toutes les cités, bonnes villes , forteresses et lieux notables des bailliages d'Amiens, Tournay, Lille, Douai, Arras , et en la comté de Ponthieu, ressorts et enclavements d'iceux pays et environ ; et là mandez ceux que desdits lieux bon vous semblera, et faites venir devant vous pour et en votre nom : c'est à savoir, prélats, capitaines,

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doyens et autres nobles gens d'église, bourgeois el communautés : et en leurs présence faites lire leslettres de ladite paix et publier solennellement, en eux Faisant de par nous, exprès et espécial commandement, sur peine d'être réputés rebelles et désobéissants à nous, qu'en votre présence ils jurent sur les saintes évangiles de Dieu, tenir fermement, et inviolablemenl garder ladite paix, selon la forme contenue sur ce , de laquelle la teneur s'ensuit :

*> Premièrement, vous jurez qu'à très haut et très puissant prince Henri , roi d'Angleterre , comme à gouverneur et régent du royaume de France et de la chose publique dudit royaume , vous obéirez loyaument et diligemment à ses cornmandements et mandements , en toutes choses conservant et gardant le régime et gouvernement de la chose publique, maintenant sujette à très haut et très puissant prince Charles, roi deFrance,

notre souverain seigneur.

» Item , et qu'incontinent après le décès de notre sire le roi Charles , en ensuivant le traité de paix par lui fait et confirmé , vous serez loyaux hommes, liges et vrais sujets au dessnsdit très haut et puissant prince Henri, roi d'Angleterre, et à ses hoirs : et le honorerez et recevrez sans opposition , contredit ou difficulté aucune , comme votre derrain seigneur et vrai roi deFrance, et obéirez à lui comme tel ; et promettez que dès maintenant, jusques à jamais n'obéirez à nul autre comme roi deFrance , sinon à notre derrain et souverain seigneur le roi Charles.

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» Item } que vous ne serez en aide , conseil on accord pourquoi ledit roi d'Angleterre perde vie ou membre , ou soit pris de mal prise , ou souffre dommage ou diminution en sa personne, en son état ou biens quelconques : mais si vous savez ou connoissez aucune semblable chose être pensée ou machinée contre lui, vous le détourberez et garderez tant que vous pourrez, et lui ferez savoir par messages ou lettres. Et généralement vous jurez que vous garderez et observerez sans fraude, déception ou mal engin, tous les points des dessusdits articles , contenus es lettres et appointement de ladite paix finale faite et jurée entre le roi Charles notre sire et le dessusdit roi Henri d'Angleterre : et n'irez en jugement à l 'encontre ou hors jugement, publiquement ou secrètement, par quelconque couleur que ce soit ou puisse advenir; mais par toutes voies et manières quelconques possibles , tant de fait comme de droit, résisterez à tous ceux qni viendront, attenteront ou s'efforceront venir ou attenter au contraire des articles dessusdits. Lesquels serments nous voulons el enjoignons^ tous nos vassauxde quelconque étal^dignité ou autorité qu'ils soient , qu'ils jurent ladite paix , la tiennent et gardent sans l'enfreindre ; et à vous, et à vos commis et députés , baillent leurs lettrespatentes desdits serments qu'ils auront faits : lesquelles nous voulons par vous être apportées vers nous.

» Et aussi voulons que vous baillez vos lettres

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Je certification d'avoir reçu lesdits serments à ceux qui ainsi les auront faits , si métier est, et si vous en êtes requis de ce faire , vous donnons pouvoir, autorité et mandement espécial à vous dessusdits , a neuf, à huit, à sept , à six , à cinq , à quatre , à trois de vous.

» Mandons et commandons à tous nos justiciers , officiers et sujets , qu'à vous et vosdits commis et députés en cette partie obéissent et entendent diligemment , vous prêtant conseil , confort et aide , si métier est et si requis en sont. Et pource qu'il sera nécessité de bailler et publier ces présentes en plusieurs lieux, nous voulons que pleine -foi soit ajoutée au vidimus d'icelles , faites sous le scel roval , comme à l'original.

» Donné en notre siège devant Melun , le vingttroisième jour de juillet, l'an de grâce mille quatre cent et vingt ; et de notre règne le quarante-cinquième.

» Ainsi signées , Marc. »

Atout (avec) lequel mandement Philippe , comte de Saint-Pol , et les autres ambassadeurs et commissaires , pour icelui mettre à exécution , se partirent de Paris et allèrent par aucuns jours à Amiens , eschevanl (évitant) les aguets des Dauphinois. Auquel lieu d'Amiens furent reçus bénignement; et après qu'ils eurent montré leur pouvoir aux gouverneurs et habitants d'icelle ville, prirent d'eux les serments. El après allèrent de là à Abbeville , Saint- Riquier , Mon treuil , Boulogne,

Chroniques de Mohstrelet. — T. IV. l3

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Saint-Omer et autres lieux > où ils furent partout obéis , et mirent à due exécution la charge qu'ils a voient.

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