‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 68 sur 107 · CHAPITRE CCXLIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLIF

Comment plusieurs ambassadeurs, de parles trois états du royaume de France , vinrent à Paris; des états que tinrent les rois; et autres matières.

En ces mêmes jours vinrent à Paris plusieurs ambassadeurs et commis , de par les trois états du royaume de France, par avant mandés , comme dit est dessus; avec lesquels, et en. leur absence, furent tenus plusieurs conseils touchant le gouvernement et bien public dudit royaume. En la fin desquels furent les gabelles , impositions , quatrièmes et autres subsides remises sus , réservé les grains.

En après, la fête de Noël venue, tinrent les deux rois , et les reines leurs femmes , leurs états dedans Paris , c'est à savoir le roi de France , ea son hôtel de Saint - Pol , et le roi d'Angleterre au Louvre. Lesquels états furent bien différents l'an à l'autre , carie roi de France étoit petitement et pauvrement servi et accompagné , au regard du noble et puissant état qu'il souloit (a voit. coutume) avoir ; et à peu cedit jour fut visité ni accompagné, sinon d'aucuns vieux serviteurs et des gens de petit état ; laquelle chose moult devoit déplaire à tous les cœurs des vrais François là étant, voyant ce

(Uao) DE MONSTRELET. 2Q3

noble royaume , par fortune de guerre, et tribulad'eux-rnèmes être mis et gouverné en et par la inain de leurs anciens ennemis, dessous laquelle domination et gouvernement il leur falloit vivre de présent.

Et quant est à parler de l'état du roi Henri d'Angleterre , et de sa femme la reine , lequel il fît ce jour , nul ne sauroit raconter les grands états , pompes et bobans qui furent faits en son hôtel , tant de lui comme de ses princes. Et de toutes parts venoient en grand' humilité les sujets de ce noble royaume de France , devers lui , pour lui honorer et exaucer. Et dès lors commença ledit roi du tout à gouverner et administrer les besognes dudit royaume , et faire officiers à son plaisir, en démettant ceux qui par le roi et le duc de Bourgogne mort , et icelui de maintenant , y avoient été mis de long-temps. Et d'autre part, constitua le comte de Kyme, nommé Effre ville (Humphre ville), capitaine-général de la ville de Melun, atout (avec) suffisante garnison de gens d'armes et de gens de trait; et le comte de Hautiton ( Huntingdon ) , son cousin-germain , fut fait capitaine du bois de Vincennes ; et à Paris , fut ordonné à demeurer avec le roi Charles, le duc d'Ecestre (Exeter), avec cinq cents combattants. Après lesquelles ordonnances, et que la fêle de la Nativité Notre-Seigneur fut passée , se partit de Paris le dessusdit roi Henri, la reine sa femme , le duc de Clarence etdeBedlort, et autres de ses princes et grands seigneurs *

294 CHRONIQUES DENGUEUHAND (i{»q)

et s'en alla à Rouen , où il tint derechef plusieurs grands conseils sur le régime du royaume ; et y séjourna certaine espace devant qu'il retournât en Angleterre.

Et pareillement le duc Philippe de Bourgogne ; partant dudit lieu de Paris , s'en alla à Beauvais , à la fcte et entrée de maître Pierre Cauchon , docteur en théologie, nouvel évêque d'icelle ville de Beauvais , moult enclin et affecté à la partie de Bourgogne. Laquelle fête passée , se partit ledit duc de là ; et , par Amiens et Dourlens , s'en alla à Lille A et puis à Gand , où éloit sa femme la duchesse Michelle , où il séjourna environ trois semaines. Et le rouge duc en Bavière , qui éloit venu servir le roi Henri , son beau-rfrère, comme vous avez ouï, atout (avec) cinq cents combattants ou environ, s'en retourna hâtivement , par Cambrai , en son pays d'Allemagne , pour ce qu'il avoit ouï nouvelles que les Bohémiens, instruits et enseignés par un clerc de leur pays, qui étoit hérétique , s'étoient dressés et confusément émus du venin d'hérésie , non pas seulement contre notre sainte foi catholique , mais avec ce, contre les rois d'Allemagne, de Hongrie et de Bohème; et en grand' multitude leur faisoienj guerre mortelle çt très cruelle.

;4ao) DE MONSTRBLBT. 2q5

Page 1