‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 69 sur 107 · CHAPITRE CCXLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLIII

Comment Henri , roi d'Angleterre, alla de Rouen à Calais, avec lui la, reine sa femme, elde là en Angleterre , où il fut recuf r << s 7i grand' joie de tous ceux du pays.

Après ce qu'Henri, roi d'Angleterre eut ordonné ses besognes à Rouen , et commis en son lieu capitaine-général de toute la Normandie, son frère le duc de Clarence qui etoit moult prudent et renommé en armes , il se partit de là , et passa parmi Gaux , avec lui la reine sa femme , son frère le duc de Bedfort , et bien six mille combattants ; et vint par Poix à Amiens , la vigile Saint- Vincent ; et fut logé en l'hôtel de maître Robert le Jeune, qui naguère avoit été constitué nouvel bailli d'Amiens , au lieu du seigneur de Humbercourt. Si fut moult honorablement reçu , et lui fit-on et à sa femme la reine plusieurs présents; et de là, par Dourlans, Saint-Pol et Thérouenne, alla à Calais, où il séjourna aucuns jours; et après passa la mer, et alla en Angleterre , où il fut reçu comme l'ange de Dieu. Et lui venu en sondit royaume d'Angleterre, s'employa hâtivement par toutes manières à couronner sa femme la reine. Laquelle coronation fut faite en la cité royale de Londres , chef el maîtresse de tout le royaume. Et là fut faite telle et si grande pompe, et boban ^t joliveté,

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que depuis le temps que jadis le très noble combattant Artus, roi des Bretons et des Anglois, commença à régner, jusques à présent, en Angleterre , quiéloit appelée la Grand' Bretagne , ne fut yue en ladite ville de Londres la pareille fête de nuls des rois anglois.

Après laquelle fête, ledit roi alla en propre personne par les cités et bonnes villes de son royaume; et leur exposa et déclara, comme homme discret et beau parleur, toutes les grands et bonnes avenues qui, par son labeur et peine, par long-temps , et en mouk de places, lui étoient advenues en France, et les besognes qui restoient et demeuroient encore à faire audit royaume , c'est à savoir subjuguer son adversaire le dauphin dç Vienne, seul fils du roi Charles, et frère de sa femme, reine d'Angleterre, qui, à lui contredisant, se disoit régent de France et héritier, et tenoit, occupoit, et possédoit en doute la plus grand' partie dudit royaume, disant que pour ce faire et pour conqqerre , deux choses lui étoient ipoult nécessaires , c'est à savoir finance et gens d'armes. Lesquelles requêtes par lui faites lui furent accordées et octroyées libéralement de tout son peuple des bonnes villes dudit royaume. Et pour vrai il pssembla tantôt si grand' pécune en or, argent et joyaux, qu'à peine les pourroit-on nqmbrer.Eloe fait , il élut en sondit royaume une grand' compagnie de toute la jeunesse du pays, des plus forts et des plus habiles à traire et çpmbattrç, et çn brçf

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en cueilla et fit un ost qu'il joignit avec ses princes, chevaliers et écuyers, tant qu'en tout assembla bien trente mille combattants , pour derechef les mener en France, et combattre et subjuguer son adversaire le dauphin. Mais lui étant en sondit royaume d'Angleterre , et pouricelui obtenir plus sûr , prit et donna trêves à ses ennemis de Galles et d'Ecosse, et avec ce consentit la délivrance du roi d'Ecosse, qui par très long-temps avoit été prisonnier en Angleterre , comme dit est ailleurs, moyennant qu'il prît à femme sa cousinegermaine, sœur du comte de Sombresset (Sommerset), et nièce du cardinal de Winchestre, lequel fut principal envers le roi dessusdit de traiter icelui mariage et délivrance.

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