‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 99 sur 107 · CHAPITRE CCLXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXII

Gomment les deux rois allèrent de Paris À Senlis ; du siège de Saint* Valery ; la rendition de Compiesgne , et l'ambassade faite à nessire Jacques de Harcourt.

Le vingt-deuxième jour de juin, les deux rois de France et d'Angleterre et les reines leurs femmes se partirent de Paris, et allèrent à Senlis , où ils séjournèrent aucuns jours; et de là , approchant le jour que la ville deGamachese devoit rendre, j envoya le roi, pour icelle recevoir , le comte de Warwick , atout trois mille combattants en sa compagnie. Lequel comte, comme promis avoil été, entra en ladite ville le vingt-septième jour de juin , et rétablit les otages sains et hai Lés (bien portant), lesquels il avoil menés avec lui ; et après reçut les serments de ceux de la ville au nom des deux rois. Et avec ce , y commit capitaine messire Felton , natif d'Angleterre, avec certain nombre de gens d'armes et archers. Ces besognes accomplies, allaledit comte devant Saint-Valéry , que tenoient les Dauphinois» et icelle approchant , envoya ses coureurs devant la ville. De laquelle issirent à l'encontre d'eux environ cent hommes d'armes très experts , montés sur chevaux roides et habiles , qui de pleine venue se ferirent èsdits Anglois ; et y eut d'une partie

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et d'autre de grands estotirs, hommes d'armes navrés terriblement , et aucuns autres pris prisonniers de la partie des Anglois. Mais , en ce faisant , ledit comte, pour secourir et aider ses gens, se hâta moult Tort atout son ost, pourquoi il fallut par contrainte les Dauphinois rentrer dedans leur ville en grand' hâte.

Etlors ledit comte moult prudentement chevauchoit en ses armes autour de la ville, pour fermer son ost et tenir ses gens en bonue ordonnance. Dont la plus grand' partie desdits Anglois se logé* rent dedans l'abbaye, et les autres le mieux qu'ils purent en tentes et en pavillons. Après lequel logis pris par eux , commencèrent à abattre ladite ville de leurs pierres et engins, sans cesser, jetant contre les murs d'icelle,et les dérompant en plusieurs lieux. Et au regard des saillies et envahisseinents que firent les Dauphinois chevaleureusement sur ceux du siège, se convient taire, pour cause de brièveté ; et pour tant que du côté vers la mer n'y avoit point de siège, par faute de navires que n'avoient pas lesdils assiégeants, issoienl lesdils assiégés à leur plaisir par leurs navires , pour aller quérir vivres abondamment et autres choses à eux nécessaires, tant au Crotoy comme ailleurs; laquelle chose moult déplaisoit au comte de Warwick, et à ceux du siège.

Pour ce envoya icelui comle en plusieurs ports «le Normandie quérir navires , lesquels vinrent en grand' puissance , et assiégèrent par le côté de

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la mer. Dont lesdits assiégés, voyant que de tous cotés avoient perdu l'issue de leur ville , furent moult troublés et assimplis. Pourquoi , au bout de trois semaines ou environ, firent traité avec le dessusdit comte de Warwick , par condition qu'ils se départiraient de ladite ville , saufs leurs corps et leurs biens, le quart jour du mois de septembre ensuivant , au cas que le duc de Touraine, dauphin, ne seroit à ce jour puissant de combattre ses ennemis devant ladite ville. Et aussi durant le temps dessusdit, lesdits assiégés se abstiendront de courir ni fourrager les pajs. Sur ce , délivrèrent audit comte , pour plus grand' sûreté, bons otages ; lequel, atout ses Anglois, retourna devers le roi Henri d'Angleterre , après l'accomplissement des choses dessusdites. Et pareillement envoya le roi Henri d'Angleterre , le duc de Bedfort, son frère , et autres de ses princes , grandemen t accompagnés, en la ville deCompiégne, pour icelle recevoir en la main du seigneur deGamache ; lequel , comme par avant avoit promis, la rendit le dix-huitième jour du mois de juin , en la main dudit duc de Bedfort , et après se départit , atout environ douze cents combattants , lesquels sous bon sauf-conduit du roi Henri , il emmena outre la rivière de Seine, et de là vers le Dauphin. Et en cas pareil rendit le seigneur de Gamacbe les forteresses que ses gens tenoient, dont dessus est faite mention. Et par ainsi toutes les places que tenoient les Dauphinois, depuis Paris jusques à

Boulogne sur mer , furent mises en l'obéissance des deux rois de France et d'Angleterre , réservé le Crotoy et la terre de Guise.

En outre , après que ledit duc de Bedfort eut reçu les serments des bourgeois et habitants de Compiégne, et aussi qu'il y eut constitué capitaine messire Hue de Launoy , s'en retourna à Senlis , devers le roi Henri, son frère; et en ce même temps furent envoyés , de par iceuxrois, ambassadeurs au Crotoy , devers messire Jacques de Harcourt , c'est à savoir son frère l'évêque d'Amiens> et avec lui l'évêque de Beauvais , messire Hue de Launoy, maître des arbalétriers , et un héraut, de par le roi Henri, pour lui faire sommation de rendre la ville et châtel en la main des rois dessusdits ; mais finablement , pour diligence qu'ils pussent faire , ne purent venir à quelque traité , et pour ce s'en retournèrent.

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