CHAPITRE CXX
Commeut le dessusdit duc de Bovr^gnq alla à puissance devers . Paris , et se logea à Saiat-Denis, et de tout ce qui adrint , durant ce yoyage, à cause d'icelui.
Or est vérité que le duc de Bourgogne, pour parfournir son entreprise à aller à Paris parlant d'Arras, se tira vers Péronne pour avoir le droit passage ; mais ceux de la ville , qui déjà avoient eu défense , de par le roi , de le non laisser passer, envoyèrent devers lui le seigneur de Longueval, leur capitaine, pour eux excuser en déniant icelui passage. Et jà-soit-ce que ledit duc ne le prit pas bien en gré , néanmoins feignant que de ce ne lui chaloit (imporloit), s'en alla par dehors, et passa la rivière de Somme à Esclusier , et s*en alla à Roye en Vermandois; et de là envoya devant à Compiègne , le comte de Nevers son frère , qui déjà s'éloit joint avec lui atout (avec) belle compagnie. Lequel de Nevers traita tant avec eux , nonobstant qu'ils avoient défense au contraire de par le roi, qu'ils furent contents de livrer passage audit duc de Bourgogne. Et la cause qui plus les inclina à ce faire fut ce qu'on leur montra la copie et vidimus des lettres que avoit envoyées le duc d'Aquitaine au duc de Bourgogne, contenants qu'il allât devers
CHBOiriQUES DB MovsTaiLiT. — > 7*. ///. 20
l46 CUliOiNIQUES D^ENGUERRAND (1414)
lui , duquel vidimus et copie ia teneur s'ensuit mot après autre sous scel rojal.
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront , Jean Glabaut, écuyer^ garde, de parle roi, du scel du bailliage de Vermandois , établi à Ro^e , salut ^
» Sachent tous que le vingt-troisième jour de février de Fan présent mil quatre cent et treize, de par très haut et puissant prince monseigneur le duc de Bourgogne , nous avoient été exhibées et montrées trois paires de lettres closes, et signées de très excellent et puissant prince monseigneur le duc d'Aquitaine , lesquelles nous avons vues , tenites et lues de mot à mot , et desquelles la teneur s'ensuit:
>> Très cher et bien aimé père, nous vous man- » dons que incontinent ces lettres vues, toutes M excusations cessants , vous veniez devers nous )) bien accompagné pour la sûreté de votre per- » sonue ; et en ce sur tout que vous doutez à nous » courroucer ne nous défaillez pas.
» Ecrit de notre propre main , à Paris , le qua- » trième jour de décembre » , signées de sa main, « Louis »• Et en la suscription : « A notre très cher » et bien aimé père le duc de Bourgogne.» '
« Très cher et très aimé père , je vous ari autre- » fois écrit que vous Vinssiez devers moi très bien » accompagné ; pourquoi je vous pWe et mande M encore que le plus tôt que vouspourrez vous ve- M niez à moi très bien accompagné, et pour cause, » et ne doutez, car je porterai votre fait tout outre M qui lé Veuille voir.
» Ecrit de ma propre main , à Paris le treizième
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» jour lie décembre » , signées de sa main , » Louis» .En la suscriplion : «A notre 1res cher » et très aimé père le duc de Bourgogne. »
« Très cher et très aimé père , je vous ai mandé » par deux' fois que vous vinssiez à moi , dont vous » n'avez rien fait ; toutefois nous vous mandons en- » core derechef, que toutes choses arrière mises, » le plus tôt que vous pourrez, vous veniez à nous » très bien accompagné pour votre sûreté , et en » ce ne défaillez point pour quelconques lettres » que vous a jez de nous au contraire, sur toute » Famourque nous aimez , et surtout quantque M vous nous doutez à courroucer, et pour certaines » causes , qui tant nous touchent que plus ne nous » peuvent toucher. Ecrit de ma propre main, le » vingt-deuxième jour de décembre » , signées de sa propre main , ce Louis ». Et la suscription d'icelles lettres. « A notre très cher et bien aimé » père le duc de Bourgogne. »
» En témoins desquelles lettres dessusdiles écrites^ par nous vues , lues et tenues , comme dit est , nous avons mis à cestes le scel dudit bailliage, sauf le droit du roi notre sire et Tautrui , et fait à l'original, la collation faite en la présence de Jean Billart^ écuyer, garde de par le roi de la prévôté de Roye et des terres exemptes , de Charmy et des ressorts de Roye, es présences de Pierre de la Beanne, grenetier dudit lieu de Roye , de Nicolas d'Ardel-Chanons de Roye, Jean Pelle-Haste, maître Guillaume delà Garde, maître Godefroy Baudun ,
lO. '
l48 CHRONIQU BS d'eNGU BKR AND (i4i4)
Brissart , tabellion royal j Tau el le jour dessudib . ainsi signé Brissart. »
Et au troisième jour alla de Roye , ledit duc de Bourgogne , à Compiègne.
Et après qu'il eut eu convenance des plus notables de la ville de tenir son parti , prit son chemin pour aller à Senlis , où il avoit déjà envoyé le seigneur de Roubaix, pour savoir s*ils le recevroient ; mais ils le refusèrent à mettre en leur ville , pour la défense du roi que ils a voient eue : pourquoi ledit duc de Bourgogne prit son chemin par Barron à Dammartin , là ou étoient jà venus au-devant de lui , les seigneurs de Bourgogne , à grosse compagnie.
Et tandis que ledit duc de Bourgogne approchoit ainsi Paris , en allèrent les nouvelles au duc d'Aquitaine , et autres seigneurs du sang royal ; lequel duc d'Aquitaine dinoit à l'hôtel d'un chanoine, au cloître de Notre-Dame de Paris. Lesquelles nouvelles ouïes , s'assemblèrent au cloître, le roi Louis , le duc d'Orléans , le comte de Vertus , le comte de Richemont , le comte d'Eu, le comte d'Armagnac , et plusieurs autres grands seigneurs ^ atout (avec) grand' compagnie de gens d'armes ; et là monta à cheval le duc d'Aquitaine. Lesquels firent et ordonnèrent trois batailles: c'est à savoir l'avant-garde; la grosse bataille et l'arrière-garde ; et ce fait, vinrent devant le portail de Notre-Dame , et de là devant l'hôtel de la ville , et là s'arrêtèrent. L'avant-garde conduisoient trois comtes , c'est à savoir de Vertus , d'Eu et de Riche-
Hi4) DE MONSTRELBT. 1^9
mont, qui chevaiicSioienl tous trois de front , et leurs gens les suivoien t au dos , et la grand* bataille lessuivoitunpeu après ; de laquelle éloient devant, le roi Louis , te duc d'Aquitaine , et le duc d'Orléans; lesquels ensuivoient grand' multitude de gens d'armes ; et l'arrière-garde gouvernoient le eomte d'Armagnac , Louis Bourdon , et le seigneur de Gaule , qui tous trois chevauchoient de front devant leurs gens , lesquels on eslimoit en tout environ onze mille ehevaux. Et eux étants devant leursdils hôtels, commença à sonner une Irompette ; et tantôt le chancelier d'Aquitaine vint , après le duc d^Aquitaine, qui dit au peuple de Paris , qui suivoit , afin qu'il vît que ce vouloit être : «^ Que monseigneur le duc d'AquHaine , premier fils du roi de France , les regraoioit du bon devoir et de la bonne amour qu'ils avoieoteu et avoient à lui , du service et de la loyauté et obédience qu'à cette fois ils lui montroienl, et qu'il avoit espérance qu'encore feroient; et que tous s'appointassent de leur pouvoir et puissance de résister à rencontre du duc de Bou^rgogne, et à sa très mauvaise entreprise ; lequel venoit contre la volonté du roi et contre sa défiense, et aussi contre ladite paix , et en enfreignant icelle; et aussi qu'il leur ratifioit et affirmoit qu'il ne l'avoit pas mandé ni n'avoit écrit qu'il vînt à Paris , jàsoit-ce qu'il dit avoir les lettres devers lui» ; et puis demanda audit duc d'Aquitaine s'il l'avouoit, lequel , avec son aveu dit qu'il disoit vérité et ainsi l'affirma.
i50 GHRO]SIQU£S d'eH 61} ERR AND (i4i4)
Lesquelles choses ainsi dites, et plusieurs autres^ par ledit chancelier. d'Aquitaine, les devant dits seigneurs se partirent par la manière dessusdite , et chevauchèrent tout droit à la Croix du Tiroir, et là arrêtèrent ; et là ledit chancelier étant à cheval devant le duc d'Aquitainq , devant le peuple, qui là étoil3açs nombre assemblé, dit ce qu'il avoit dit et récité en Grève , et, comme devant , de ce se fit avouer du duc d'Aquitaine* Lequel avoué ^ icelui d.uc entra au Louvre, le duc d'Orléans s'en alla au prieuré Saint-Martin-des- Champs , le roi Louis en la bastille Saint*- Antoine , les comtes d^ Armagnac et Bourbon en Thôtel d'Artois, et les autres ailleurs.
Le duc de Berri , après ce fait, vint de son hôtel de Nesle au Louvre^ visiter l^dit duc d'Aquitaine , et de là s'en alla au Temple ^ et là se logea avec ses gens.
Et les seigneurs soigneusement et souvent alloient parmi la ville , afin que aucune rumeur ne s'émût'en la ville; et firent clorre toutes les portes, excepté la porte de Saint -Antoine, et la porte Saint-Jacqueç. Si étoient en grand doute, nonobstant qu'ils eussent gra^^d' puissance de gens d'aiv mes , qu'en la faveur dp duc de Bourgogne et à sa venue, le peuple ne s'émût contre eux, et par espécial ceux du quartier des halles.
Le duc de Bourgogne , dé Dammartin vint loger atout ( avec) sa puissance dedans la ville de Saint- Denis , qui lui fut ouverte et abandonnée par les
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habitants d*icelle , et se logea à l'hôtel de rEpée» Si pDuvoit avoir en sa compagnie bien deux miile bassinetSycëevaliers eléGuyers, tant des pays d' Artois et de Picardie comme de Flandre^ Relbelois et BourguigiDons » avec deux à troi^ mille cornbattantsy tant archers comme arbalétriers, el autres Tarlets armés. Et étoieot avec lui messire Jean de Luxemboui^ atout (avec) les gens du comte Waleran de Saint* Pol> son oncle. Après la venue duquel due de Bourgogne dedans Saint*Denis , le troisième jour ensuivant, envoya à Paris son roi d'armes d'Artois, portant lettres au roi , à la reine » an duc d'Aquitaine et à ceux de la ville, par lesquelles il leur requéroit qu'ils voulsissent être con-^ tents qu'il allât devers eux pour dire la cause de sa venue; laquelle, comme il disoit, étoit toute tendante à bonne fin , et qu'il n'étoit veau àucu« nement pour faire guerre , ni pour porter dom -^ mage à quelque personne ; mais seulement au mandement du duc d'Aquitaine , pour lui servir et obéir , ainsi que tenu y étoit.
' Lequel roi d'armes, venn audit lieu de Paris , fut mené en un hôtel, et tantôt après vint devers lui un homme qu'il ne connoissoit, lequel lui'dit qu'il s'en allât hâtivement , ou on lui feroit dé^ plaisir de sa personne. Et bref ensuivant , ainsi qu'il devoit monter à cheval pour s'en retourner, voyant qu'on ne le vouloit ouïr, ni Recevoir ses lettres, il vint derechef à lui le comte d'Armagnac, qui lui dit que si lui ou a^rtre de par leiluc de Bour-
l5â CHRONIQUES D^EKOUBRRAND (i4i4)
gogae retournoit plus dedans Paris ^ on leur couperoit les têtes. Et sur ce, s'en retourna dedans Saint-Denis devers son maître le duc de Bour* gogne , auquel il raconta toutes les besognes dessusdites ^ et la rudesse qu'on lui avoit faite; et si en fut icelui duc mal content , et se conclut avec ceux de son conseil d'y aller en puissance et en personne avec toute sadite puissance. Si se mit le lendemain très matin aux champs avec tous ses gens , qui étoient tous armés comme si présentement dussent entrer en la bataille ; et en belle ordonnance se tira assez près de la porte Mont- Martre, laquelle ctoit close ; et là, par grand espace, se tint sur mont tout ordonné en bataille, quec'étoit belle chose à voir.
Ledit duc ainsi étant là , il envoya derechef son roi d'armes à la porte Saint-Honoré , laquelle aussi étoit close, en disant et requérant à ceux qui étoient sur ladite porte , que quatre de ses plus féables chevaliers, lesquels il a voit envoyés assez près icelui roi d'armes , ils voulsissent ouïr dire les causes de sa venue, tendants à toute bonne paix; mais il fut répondu par iceux , que s'il ne s'en alloit bientôt on trahiroit ( tireroit) après lui de bons carreaux d'arbalêtres ; disants outre , qu'ils n'avoient cure d'ouïr ledit duc ni ses chevaliers. .Et par ainsi s'^n retournèrent devers leurs maîtres.
Et entre temps , Enguerrand de Bournonville , atout (avec) environ quatre cents combattants, étoit descendu à pied , et atout (avec) l'étendard
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Judit duc étoit alté assez près de la porte Saînt-Honoré pour voir s'il pourroil rien faire^ car leur espérance étoit que le peuple se niettroit sus à puis- .sance pour les mettre dedans par aucune porle ; ce qui pas n'advint. Si pada ledit Enguerrand aucunes paroles à Bourdon , qui étoit ]à, leque] ne répondit mot. Et pour tant icelui Enguerrand , voyant que rien ne pouvoit besogner, se relrahit (retira); mais en retrayant on tira d'arbalêtres après lui; et fut l'un de ses gens navré , jà-soit-ce que lui ni nul de ses gens n'eussent montré semblant de faire aucune guerre par trait ni autrement à ceux de Paris , pour la révérence du roi et du duc d'Aquitaine ; car il leur étoit défendu dudit duc. Lequel , quand il vit que rien ne protitoit , s'en retourna audit lieu de Saint-Denis , et fit écrire lettres y lesquelles il fit attacher par nuit , par aucuns ses favorisants , aux poteaux de l'église Notre- Dame , du Palais et ailleurs à Paris ; et lesquelles il envoya à plusieurs bonnes villes , desquelles la copie s'ensuit.
« Nous, Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre , d'Artois et de Bourgogne^ palatin , seigneur de Salins et de Malines , certifions à tous que, par vertu de plusieurs lettres écrites et signées de la main de monseigneur d'Aquitaine, nous vînmes devers Paris pour nous employer au bien du roi et commandement de monseigneur d'Aquitaine; et avecques ce à l'aider à mettre hors dedanger^t servitude où il est pour le présent : pour laquelle cause ^
l54 CHKONIQUES d'eMOUBURAKD (*4"4)
nous voulons employer nous^ ifolre corps , notre puissance et tout ce que Dieu nous a prêté en ce monde y en signifiant à tous les bienveillants du roi et de monseigneur d'Aquitaine , qu'ils seront ims, si nous pouvons^ à leur pleine délivrance, franche volonté et seigneurie; et ceux qui les ont niis et tiennent en servage.seront r'ôtés d'avecques eux, et chacun en son paj^s. £t afin que nul n'entende que aous soyons venus pour quelque ambition ou concupiscence d'avoir l'administration el gouvernement de ce royaume ^ ni que nous voulions aucunement adommager la bonne ville de Paris , sommes prêts et appareillés d'entretenir tout ce que par l'ordonnance du roi avons juré et promis » et semblablement de retourner en aucun de nos pays, pourvu qu'il soit ainsi &it desautres -qui l'ont jurée, lesquels ont fait et font le contraire. Et voulons bien que Dieu et chacun sache que jusques adonc que nous sentirons monseigneur le roi et raonsei» gneur d'Aquitaine être au devantdit état, et les autres pareillement avecques leurs gens , et qui tien* nent leur partie être dans Paris, et ne retourner en leur pays , et que mondit seigneur le roi soit pourvu de bons et notables chevaliers /conseillers et serviteurs, et pareillement mondit seigneurd'Aquitaine , nous ne nous départirons ni déporterons de notre entreprise; car nous aurions plus cher à mourir que voir monseigneur le roi et monseigneur d'Aquitaine ainsi être demeurés en servage. Et ne nous pouvons assez émerveiller comment les bour-
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geois et loyaux sujets de mondit seigneur le roi ont tels cœurs envers lui^. etils peuvent souffrir telle dureté qu'on leur fait et tient. Et avecquesce, nous qui sommes si prochains que chacun sait, nous sommes moult d^ ce émerveillés, que nuls n'ont voulu ni recevoir nos chevaliers , ni héraut, ni autre qui ait voulu s'offrir de présenter nos lettres à monseigneur le roi , . à madame la reine , à monseigneur d'Aquitaine^ ni à la bonne ville de Paris.
» Et jà -soit-ce que;Sdi)s invasion de trait ou autrement faire, fussions devant la bonne ville de Paris, par le commandement devant dit, et pour exposer aucunes besognes touchant le bi^n de paix et de tout ce rpjaume y,, pot été traits et blessés de nos gens, sans ce que par beau parler on les ; ait voulu ouïr ni écouter ; mais par le comte d'Armagnac fut dit à notre roi d'armes que $'il jretoqrnoit plus, la tête lui seroit ôtée ; laquelle chose nous est dure à porter et ,à souffrir* J£^X mémement que nous et notre compagnie sommes venus en payant partQut i)os dépenses, comme prochain et proesme (parent) de mondit seigneur le roi et de monseir goeur d'Aquitaine ,. requérant à toi^s les bienveil-* lants et loyaux sujets , qu'ils nous veuillent aider et conforter , et nous servir cpnti:e tous ceux qui ainsi ont mis en danger çt servitude mondit seigneur d'Aquitaine , en eqx signifiant du fait con-r traire en temps et en lieu de accuser du £ait contraire de déloyauté envers leur souverain seigneur ; et de
l56 CHRONIQUES d' ENGU ERRA » D (MïO
ce n*ait point doule, car, à l'aide de Dieu et du bon droit qu'avons en celte querelle , nous le porterons , soutiendrons et conforterons ; et de ce sommes-nous puissants, et bonne volonté avons avecques plusieurs et notables bonnes villes du royaume , lesquelles nous avons trouvées , qui demeureront ave.cque nous,
» Donné à Saint-Denis , sous noire scel de secret , en l'absence du grand conseil , le onzième joui* de février , l'an mil quatre cent et treize. »
Lesquelles lettres, quand elles furent trouvées ainsi , comme dit est , attachées en plusieurs lieux dedans Paris, furent ceux qui étoient contraires audit duc de Bourgogne en plus grand soupçon que devant. Néanmoins ils pourvurent si bien à !a garde de la ville, que nuls inconvénients ne leur en advinrent.
En après 4 durant le temps que le dessusdit duc de Bourgogne étoit à Saint-Denis , comme dit est, le seigneur de Croj, qui étoit en sa compagnie, envoja jusques à vingt hommes d'armes des plus experts et aventureux de sa charge , passer la rivière de Seine, très bien montés, devers Conflans; et chevauchèrent le plus secrètement qu'ils purent, chacun la lance au poing , jusques en la ville de Mont-le-Héry , et là se logèrent en deux hôtelleries assez près l'un de l'autre; et feignoient qu'ils fussent au duc d'Orléans.
Or est ainsi que messire Jean de Croy , fils dudil seigneur de Croy , qui étoil prisonnier auchâtel,
(44*4) DE MONSTRELET. IDJ
comme dit est ailleurs, éloit aucunement averti de leur venue par le moyen d'un chapelain , qui léans se gouyernoit. Si trouva manière d'aller ouïr la messe à l'église , qui éloit assez près dudit ehâtel. Et adonc iceux hommes d'armes , qui étoient tous prêts et sur leurgarde, montèrent à cheval et vinrent audit messire Jean deCroj, lequel ils firent tantôt monter sur un bon cheval, et incontinent chevauchèrent partant de là très roidement en tirant vers Pontoise. El depuis prirent leur chemin pour retourner au passage par où ils avoient passé la rivière de Seine ; et finablement firent si bonne diligence qu'ils ramenèrent franchement icelui à son père , audit lieu de Saint-Denis. Pour laquelle entreprise ainsi par eux achevée, ils furent grandement recommandés, tant du duc de Bourgogne comme dudit seigneur de Croy, Et furent les principaux conduisants cette besogne , Lamont de Launoy, Villemont de Monchart , Jenninet de Molliens , Jean Roussel et autres , jusques au nombre dessusdit. Toutefois ils furent poursuivis assez roidement de la garnison dudit châtel de Mont-le- Héry ; mais ils ne les purent trouver, pour les divers chemins qu'ils tinrent.
En outre , le duc de Bourgrogne envoya encore le roi d'armes de Flandre à Paris , portant lettres au roi de Sicile et aux ducs d'Orléans et de Berri, pour eux signifier les causes de sa venue , en eux requérant que lui souftrissent parler, ou au moins ses gens au roi ou au duc d'Aquitaine , et qu'il éloit
l58 CHRONIQUES d' ENGUfi RRANT) (i4i4)
venu [lour loutbien, et que ce qu'il avoil juré et promis, il vooloit entretenir, et qu'ainsi voukissetit faire de leur partie : disant outre qu'ils laissassentle roi et le duc d'Aquitaine dominer et gouverner son royaume sans eux tenir en servitude , et espécialenient iceluiduc d'Aquitaine , lequel ils détiennent à sa très grand' déplaisance. Mais quand ledit roi d'armes vint devant la' porte de Saint- Antoine , il lui fut dit qu'il n'entremit pas dedans et ne recevroit-on pas ses lettres , et s'il ne s'en alloit bien en hâte , qu'on lui feroit déplaisir. Lequel ojànt ce , conseilla à lui-même , prit lesdites lettres , les bouta en un bâton fendu, lequel il ficha en terre , et là les laissa, et le plus tôt qu'il put s'en ï^toiirna à Saint-Denis devers son maître lé duc , qui en persévérant fut plus malcontent que devant. Néanmoins , voyant que rien ne pouvoit achevei^de son intention, délibéra avecques son conseil de retourner en son pays ; et par aucuns peu de jours vint à Compiègne , le chemin qu'il avoit tenu. Dedans làquelle ville, et en la tité de Soissons, il laissa garnison de gens d'^armes et de trait : est à savoir , audit lieu de Compiègne , pour capitaine messireHue de Langny , les seigneurs de Saint-»Léger et de serez , Hector et Philippe de Saveuse , fiouvelet de Magenshien, et plusieurs au très experts hommes de guerre; juisques à cinq cents combattants ou environ ; et à Soissons fut mis Enguerrand de Bournonville, messire Collart de Fiennes, Lamon de f^unoy, Guiot le Boutillier normand, messire
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Pierre de Menault , et plusieurs autres gens de guerre.
Et fut conclu par ledit duc avec sa chevalerie , et lesdites bonnes villes , que jusques à tant que le roi et le duc d'Aquitaine seroient en plein régime et franchise , sans être ainsi détenus , et qu'ils se gouverneroient par telles bonnes personnes qu'il leur plaira , et que lesdits seigneurs qui ainsi les détiennent, elles gens de leur bande ^ seront chacun en son pays , si comme lui de Bourgogne et ceux de son parti s'offrent à eux en aller en leurs terres et pays , ils ne se départiront de celle opinion, et ne donneront point d-obéissance au man* dément du roi y donné par le conseil et avis desdits seigneurs, ni de ceux de leur parti; et tout cela ledit de Bourgogne , nobles et bondes villes , signifieront, et veuillent signifiera toutes bonnes personnes de ce royaume ; et ce même leur mande le duc de Bourgogne, de par le roi et le duc d'Aquitaine ; et de sa partie il requiert qu'à celle fin ils le veuillent aider à ceulx adjoindre avec lui ; et en ce faisant , eux et chacun d'eux acquitteront leur loyauté, et en seront recommandés toute leur vie. Et ledit duc leur promit d'eux aider et conforter de tout sou pouvoir, et de ce leur bailla ses lettres ; et après se partit de Compiègne , et retourna à Arrasi. * • ^ •
Si envoya ses Bourguignons, qui étoient environ sept cents lances, vivreaupays deCambrésis, et enThierache,aucontempl(mépris)duroiLouisqu'il