‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 28 sur 103 · CHAPITRE CXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVI

Comment le roi et sa puissance alla de Compiégne à Soissons , et la fit assi^er et enfin ijrencUé de force,, et.fiit dp tout pillée et robée.

Or est vérité qu*"après que le roi eut remis en son obéissance la ville de Compiégne , comme dit est , le cinquième jour de mai se partit dHcelle avec tout son exercite , et s*en alla pour assiéger la cité de Soissons , auquel lieu étoit capitaine ce vaiU tant combattant sire Enguerrand de Bournon ville , noble vassal , et très renommé en armes. Devant laquelle ville étoit déjà allé l'avant-garde du roi , laquelle conduisoient le duc de Bar, le comte d'Armagnac, Clignet de Brabant , soi-disant amiral de France, le bâtard de Bourbon, et messire Aimé de Sallebruse ( Saarbruck}^ damoiseldeCoramercy , avec plusieurs autres notables soudoyers du roi.

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Et comme avoient fait par avant ceux de Compiégne, firent ceux de Soissons , voyant qu'ils dévoient être assiégés : c'est à savoif , firent ardoir, abattre et démolir plusieurs églises , maisons et notables édifices ; mais nonobstant ce ^ le roi et ses princes là venus , furent iceux assiégés très puissamment , et de très près approchés des gens du roi. Lequel roi et son conseil, à son avènement devant Soissons, fit notablement sommer ceux de ladite ville , afin qu'ils lui fissent obéissance , ou si ce non ils étoient en voie de perdition ; mais nonobstant lesdites remonstrations à eux faites , se conclurent d'eux dé^ fendre et résister contre toute la puissauce du roi , espérant d'avoir secours parleur seigneur et maître le duc de Bourgogne , lequel leur a voit promis de les secourir en dedans certain jour par lui assigné.

Or est ainsi que le roi se logea dedans l'abbaye de Saint- Jean des Vignes , de l'ordre de saint Au-» guslin , et les ducs d'Aquitaine et d'Orléans se logèrent en l'abbaye Saint-Quentin, et les autres princes et seigneurs en autres lieux , par ordon-> nanee , au mieux qu'ils purent.

Dedans la ville, avec ledit Ënguerrand étoient messire Colart de Fiennes, Lamon de Launoy, messire Pierre de Menau , Gille du Plessis , le vieil seigneur de Menau , rempli d'âge el de richesse, et Guyot le Boutillier, avec plusieurs autres gens de guerre des pays de Boulenois, Artois et Picardie. Et si avoilbien quarante combattants anglois ; maïs pour aucun discord , le commun et les bourgeois delà

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ville ne fiirent pas bien cl*accord àvecque les gens dudit Enguerrand^ dont la force d'icelles parties fut moult afioiblié.

Et entre temps/ les gens du roi de jour en jour mettoient grand* peine et faisoient diligence à ^ever ladite ville ; c'est à savoir de grosses bombardes , canons /bricoles et autres habillements de guerre; lesquels souventefois, de jour et de nuit , jetoient contre les portes, tours et murailles de ladite ville. En laquelle besogne tant continuèrent, quelesdits assiégés furent moult travaillés par les engins dessusdits , et leurs murailles dérompues en [dusieurs et divers lieux. Finalement , le vingt et unième jour de mai , fut icelle ville assaillie très terriblement par les gens du roi à tous côtés ; auquel assaut furent faits nouveaux chevaliers, Louis , dac en Bavière y le comte de Richement y et le prévôt de Paris et plusieurs autres.

Pareillement , à Tautre côté de Tavant-garde du roi, où étoient le doc de Bar, le comte d'Armagnac, Remonnet de la Guerre , et plusieurs autres capi-^ taines , assaillirent très vaillamment lesdits assiégés« Et en autres lieux tout autour de la ville , les princes, chacun en son côté, firent hâter l'assaut et enforcer, tel et si fort , que nonobstant la grand* défense et résistance d*iceux assiégés, entrèrent iceux assaillants jusques à une grand' rompure que avoient fait lesdits engins do roi ; et là se combattirent les uns contre les autres de lances , haches et épces main à main.

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Et durant cet assaut, le capitaine des Anglois , qui ctoit dedans la ville avec ledit Ënguerrand de Bournonville, lequel par avant avoit parlementé avec aucuns Anglois qui étoient en Tost , fit découper une porte vers la rivière, par laquelle entrèrent premièrement les gens du comte d'Armagnac j qui tantôt mirent au plus haut de la tour la bannière et enseigne dudit comte d'Armagnac ; et même grand' partie desdits Anglois se retournèrent hâtivement contre ceux de ladite ville. Et assez tôt après iceux assaillants entrèrent par plusieurs côtés à grand' puissance , mettant tout à l'épée ceux qu'ils encontroient , tant des gens d'armes comme du commun de la ville.

Et en icelle désolation , Ënguerrand de Bournonville ♦ qui chevauchoit vigoureusement en plusieurs parties autour de ladite ville pourrehaiter fencourager ) ses gens, et les mettre en ordonnance, fut poursuivi des gens Remonnet de la Guerre , postés en une petite rue où il passoit, et en laquelle il y avoit chaîne tendue. Lesquels dessusdits gens le hâtèrent par telle manière qu'il fallut qu'il se retrahit ( retirât ) ; et par force cuida faire saillir son cheval par-dessus la chaîne devant dite ; mais il demeura sur ladite chaîne sans pouvoir passer outre , et tantôt fut pris par un des gens dudit Remonnet , lequel le mena à son maître , qui en fit grand' joie. Les au très gens de guerre, voyant laprise de ladite ville, se retrahirent ( retirèrent ) en plusieurs et divers lieux dedans les portes , et es tours de la ville. Et

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là , en parlementant à leurs ennemis , se rendoient par tel , si qu'ils leur promettoient de leur sauver leur vie. Les autres , en défendant leurs gardes , furent occis et pris ; et finablement , tant des gens d'armes du duc de Bourgogne comme des bourgeois , furent , que pris que morts , en icelie journée y bien douze cents hommes.

Tant qu'est à parler du desroi (désordre ) que Brent les gens du roi dedans ladite ville de Soissons , n'est pas à estimer ; car, après qu'ils eurent pillé et robe tous les biens des bourgeois et habitants d'icelle, avec ce prirent etrobèrent tous les biens des églises et monastères ; et même prirent et robèrent la plus grand' partie des saintes reliques de plusieurs corps saints , qu'ils dévêtirent et détachèrent de toutes les pierres, or , argent et perles qui étoient autour d'icelles, avecque plusieurs autres jojaux et choses sacrées , appartenant auxdites églises.

En outre , n'est chrétien nul qui n'eût eu pitié de voir la grand' désolation qui fut faite en icelie ville , en violation de femmes mariée's , présents leurs maris ; jeunes pucelles , présents leurs pères et mères ; nonnains sacrées , gentillesfemmes et autres de tous états , dont il j en avoit grand' quantité en ladite ville : lesquelles , ou la plus grand' partie , furent violentement contre leur volonté oppressées et connues charnellement de plusieurs et divers nobles et autres : lesquels, sans en avoir pitié , après qu'ils en avoient fait leur volonté, ils les li-

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vroien t à leurs serviteurs. Et n'est point de naémoire qu'oncques de chrétiens fût fait si grand desroi en telles besognes , attendu la haute seigneurie qui là étoit assemblée, lesquels n'y mirent nul remède» et si avoit plusieurs seigneurs et gentilshommes en l'armée du roi , qui avoient léans de leurs parentes , tant séculiers comme d'église ; mais pourtant rien n'en cessa.

En outre , durant ledit assaut , j eut plusieurs de ladite ville , voyant la désolation et prise d'icelle y qui se cuidèrent sauver; si saillirent par-dessus la muraille vers l'eau , contendant de nager et passer outre pour sauver leur vie; mais grand* partie en furent noyés , comme depuis furent trouvés en divers lieux sur la rivière ; et en cette tribulation , y eut aucunes femmes d'état, qui, à l'aide de leurs amis, furent conduites jusques au logis du roi , et du duc d'Aquitaine , lesquelles furent gardées desdites violations.

En après , pour ce principalemen t que au mettre le siège , messire Hector , bâtard de Bourbon , qui étoit prudent , vaillant et renommé en armes autant que nul autre de la partie du roi , avoit été navré en parlementant à EnguerranddeBournonville , d'une flèche au visage , si angoiseusement qu'il en étoit mort , le duc de Bourbon , qui nnioult aimoit son frète naturel , en avoit conçu si grand* haine contre ledit Enguerrand et aucuns autres des assiégés, qu'il procura et fit tant devers le roi et ceux de son grand conseil , que celui Enguerrand fut dé-

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