‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 27 sur 103 · CHAPITRE CXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXV

Comment le duc d'Aquitaine partant de Paris alla à Senlîs devers le roi , et de là allèrent mettre le siège devant la ville de Compiégne.

Au commencement de cet an* , c'est à savoir le lundi de Pâques, le duc d'Aquitaine premier fils du roi , partit de Paris à très belle compagnie , et alla à Senlis , où étoit le roi son père ; lequel roi , accompagné de plusieurs princes , prélats et grand' chevalerie, parlant de Senlis, alla logera Verberie^, et la reine ^ avec elle la duchesse d'Aquitaine , de Paris allèrent demeurer a Meaux en Brie , après le parlement du roi dessusdit. Et le ducdeBerri , seul

1 • En commençant l'année à Pâques , comme Monsirelet le fait tonjoars.

a. Sur l'Oise , à trois lieuesde Senlis , et quatre de Compiëgne.

212 CMUONIQUES D ISMGUBaRAND <i.4i4)

et pour tous demeura capitaine de Paris et gouverneur des marches à l'environ. Le roi Louis s'en alla à Angers ^ et depuis retourna à Paris , et ne fut pas pour ce voyage en la compagnie du roi de France. Lequel roi de France , de Verberie , avec ses princes , s'en alla vers G)mpiégtte ; et quand il fut auprès , envoya un de ses hérauts à la porte de la ville noncer à ceux de dedans comment leur roi venoit à belle compagnie y et qu'ils le missent dedans y ainsi que loyaux sujets doivent faire à leur seigneur. Lesquels de la ville firent réponse que très volontiers le recevroient lui et son fils duc d'Aquitaine , avec tout leur état et non autrement. Ijcsquelles paroles ledit héraut reporta devers le roi son seigneur, qui se logea en la maison d'un bourgeois, entre la ville et la forêt ; et le duc d'Aquitaine se logea en l'abbaye de Royal-Lieu, El les autres princes et capitaines où ils purent le n>ieux. Et tou* jours continuoient les engins du roi à jeter contre la ville, on ils firent de grands donim^ges. ^t entre temps se firent plusieurs escarmouches des uns contre les autres ; entre lesquelles en y eut une dont il faut faire aucune qiep|;ion; c'est à savoir que le premier jour de vçiû approchant , messire Hector , bâtard de Bourbon , manda aux assiégés que le jour de mai les vîendroit réveiller. Et pour tant , ledit jour de mai, monta à cheval , et avec lui deux cents hommes d'armes roides et expertsen fait de guerre , çivec aucunes gens de pied ; et tous ensemble , chacun un chapeau de mai sur leurs têtes

(i4»4) OB MONSTRELET. 2l3

par-dessus leurs armures, les mena auprès de là porte de Pierrefons pour porter une branche d^ mai à iceux: assiégés comme mandé leur avoit ; les()uels ^ toute leur puissance firent grand^ résistance au dessusdit, et tant qu'à cette besogne eut wii très dur et fort es tour (combat) des uns contre ]es autres, dont les aucuns de chacune partie furent morts et navrés cruellement ; etmèmement ledit bâtard de fiourbou eut son cheval tué sous lui , et fut en grand péril d'être tué, où d'être prisonnier de ses adversaires.

Durant lequel temps, le duc de Bourgogne tint plusieurs parlements avec ses Flamands, afin qu'ils lui voutsissent aider de certain nombre de genspour lever ledit siège de Compiégne ; mais de ce ne lui voulurent rien accorder, disant que contre le roi ils ne se vouloient pas armer. Et pourtant ledit duc de Bourgogne , à qui ses gens de la ville d« Compiégne avoient déjà envoyé savoir s'il leur bailleroit secours , fit réponse à iceux qu'ils prendissent (prissent) appointement avec le roi ou le dise d'Aquitaine , le plus courtoisement qu'ils pourvoient. Lesquels , de ce avertis , traitèrent avec le roi ,. par condition que tous les gens dudit duc de Bourgogne s'en iroient, saufs leurs corps et leurs biens, par ainsi qu'ils promirent ou leur capitaine pour eux , de ne jamais tenir contre le roi , ni le duc d'Aquitaine , nulles places ni villes qui leur appartinssent. Semblablement le roi pardonna aux bourgeois et habitants de ladite ville leurs offenses ,

2l4. CBHONIQUES D*EIf 6U£ R RA ND (i4i4)

en iceux recevant à merci , saufs leurs corps et leurs biens.

Ainsi et par icelle ordonnance, fut reçue à merci la ville de Compiégne, le lundi huitième jour de mai ; en laquelle , après que les gens dudil duc de Bourgogne furent partis, ayant sauf-conduit du roi et du duc d'Aquitaine, entra ledit roi et le duc d'Aquitaine dedans la ville , où ils séjournèrent aucune espace ; et lesdits Bourguignons partis de Corapiègne , se retrahirent (retirèrent) au pays d'Artois.

Auquel temps Waleran , comte de Saint-Pol, qui se disoit encore connétable de France , chevauchant de la ville d'Amiens pour aller à Saint-Pol, chut de son cheval si roidement qu'il se rompit la jambe; et pour la grand' douleur d'icelle, se fit porter en son chàtel de Saint-Pol. Toutefois il fut aucunement bruit qu'il feignoit être ainsi blessé, afin d'être excusé d'aller au mandement du roi , dutjuel, par plusieurs fois , avoit été sommé et requis, et par pareil cas du duc de Bourgogne, lesquels il véoit en grand' tribulation l'un contre l'autre , dont moult lui déplaisoit. Et pareillement messire Jacques deChâtillon, chevalier, seigneur de Dampierre , soi-disant amiral de France, se tint toute cette saison en son cbâtel de Ramecourt, feignant être malade de goutte, dont souvent é toit occupé, afin d'être excusé , ainsi que ledit connétable, de servir le roi en son armée, ou ledit duc de Bourgogne , dont moult désiroit le salut. Toutefois leurs

(i4i4) DE MOlfSTRBLET. 2l5

gens 9 qui avoient aecoutumé d'aller en armes avec eax quand ils se mettoieiU sus , se mirent tous^ ou au moins la plus grande partie , à servir le due de Boui^ogne contre le roi et ses favorisants.

Durant eette guerre, ainsi et par la manière dessusdite, étoient plusieurs seigneurs en grand souci, et ne savoient bonnement comment trouver manière à leur honneur de eux excuser envers les seigneurs dessusdits*

Page 1