‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 3 sur 103 · CHAPITRE CVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVIII

Gomment les officiers du roi étoient en grand doute; de la prise de messire Pierre des Essarts et du duc de Bar , et de plusieurs autres besognes faites par les Parisiens.

Au commencement de cet an , les officiers du roi de France , c'est à savoir ceux qui avoient le gouvernement des finances depuis vingt ans par avant, étoient moult fort pressés et contraints de rendre compte; et se faisoient plusieurs informations à rencontre d'eux, tant publiquement comme secrètement , dont la plus grand' partie d'iceux étoient en grand doute et soupçon , comme dit est ailleurs , comme ils pourroient échapper; car déjà en y avoit plusieurs arrêtés personnellement , et

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les aucuns s'étoient rendus fugitifs; desquels on avoit mis tous les biens en la main du roi. Si quéroieni divers moyens envers les princes qui gouvernoient le roi. Entre lesquels m essire Pierre desEssarts, qui s'en étoit fui à Cherbourg, par aucuns moyens qu'il eut envers le duc d'Aquitaine, fut remandé à venir dedans ledit lieu de Paris , et entra secrètement dedans la bastille Saint-Antoine , et avec lui Antoine des Essarts, son frère; mais toutefois il fut aucunement su par aucuns des bourgeois de Paris , qui pas ne l'aimoîent ; et le firent à savoir au duc de Bourgogne et à ses gens, qui pareiTIementdelui n'étoient pas contents : si fut assez bref faite une grand' assemblée des communes d» Paris , avec lesquels allèrent messire Elion de Jacqui^ville , lors capitaine de P^ris , et aucuns autres d^js^ens du duc de Bourgogne ; et tous ensemble allèrent devant ladite bastille , et tant firent qu'ils eurent en leurs mains le dessusdit messire Pierre dés Essarts et son frère Antoine; et les menèrent pHscMiniers au cbàtel du Louvre, et depuis furent menés au palais.

! Et après ces besognes accomplies; les dessusdites communes derechef s'assemblèrent, jusques au nombre de six mille ou environ , sous l'étendard dodit Jacqueville; avec lesquels s'adjoignirent messire' Bobert de Mailly, messire Charles de Lens, et plusieurs autres hommes d'armes de l'hôtel du duc de Bourgogne. Et tous ensemble , environ dix heures du matin, allèrent eux mettre devant l'hôtel

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du duc d'Aquitaine ; et éloient les principaux émouveurs d*icelles communes, Jeannot Caboche, écorcheur de vaches au Maisiel (boucherie) Saint- Jacques, maître Jean deTrojes, surgien(chirurgien) àParis, et Denisot de Chaumont; lesquels entrèrent dedans Thôtel, et allèrent audit duc d'Aquitaine ^ disant en cette manière : « Notre très redouté sisi- » gneur, véez- ci les Parisiens , non pas tous, en » armes , qui , de par celte bonne ville de Paris , » pour le bien de votre père et de vous v requièrent » qu'on leur livre aucuns traîtres qui sont en » votre hôtel de présent. » A quoi ledit duc ré*^ pondit par grand' fureur, que ce h'appartenoit pas à eux^ et aussi qu'il n'y avoit nuls traîtres en son hôtel. Auquel ils dirent que s'il les vouloil bailler, il les baillât , ou sinon , en kt présence de son visage, ils les prendraient et puniroient selon leurs démérites. Et entre temps le duc deBourgogneet Je duc de Lorraine survenant, y allèrent aucuns desdits Parisiens et entrèrent dedans ledit hôte) , et de fait prirent maître Jean de Vailly, nouveau' chancelier dudit duc , Edouard, duc de Bar, cousin^ germaîndu roi , mfevSsire Jacques de la Rivière , les deux fils du seigneur de Bossay, Michel de Vilry et son frère, les deux fils de messire Regnault de Guyennes, les deux frères du Mesnil , les deux de Géresmes et Pierre de Nesson. Et adonc ledit duc* d'Aquitaine voyant en sa présence être fait un tel outrage , jeta les yeux devers le duc de Bourgogne,, et par grand courroux lui dit : « Beau-père , cette

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